Le Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique (en latin Dicasterium pro Institutis Vitae Consecratae et Societatibus Vitae Apostolicae) est l'organe de la Curie romaine chargé, selon la constitution apostolique Praedicate Evangelium, de « promouvoir, animer et réglementer la pratique des conseils évangéliques telle qu'elle est vécue dans les formes approuvées de vie consacrée », ainsi que tout ce qui concerne la vie et l'activité des Sociétés de vie apostolique dans toute l'Église latine[1]. Concrètement, c'est ce dicastère qui approuve la naissance d'un institut religieux, confirme ses constitutions, autorise les fusions ou les suppressions, et accompagne — depuis Rome — la vie quotidienne de plusieurs centaines de milliers de religieux, religieuses, membres d'instituts séculiers et de sociétés de vie apostolique répartis sur les cinq continents.
Héritier de l'antique Congrégation des consulteurs des réguliers, érigée par le pape Sixte V le 27 mai 1586, ce dicastère a traversé plus de quatre siècles de réorganisations, de fusions et de scissions, à l'image de la plupart des grands organes de la Curie romaine[2]. Depuis le 6 janvier 2025, il est dirigé par une religieuse italienne, la Sœur Simona Brambilla, missionnaire de la Consolata, devenue à cette date la première femme de l'histoire à présider un dicastère du Saint-Siège, une fonction jusque-là toujours réservée à des cardinaux ou à des archevêques[3][4].
Histoire institutionnelle : de la Congrégation des réguliers au Dicastère
Sixte V et la naissance de la Congrégation des réguliers (1586)
Le 27 mai 1586, le pape Sixte V institue la Sacra Congregatio super consultationibus regularium — la Congrégation pour les consultations relatives aux réguliers —, chargée de surveiller et d'assister le gouvernement des ordres religieux de l'Église latine[5]. Cette fondation précède de près de deux ans la grande réforme d'ensemble de la Curie romaine que le même pape entreprendra par la constitution apostolique Immensa Aeterni Dei du 22 janvier 1588, laquelle instituera quinze congrégations permanentes de cardinaux — parmi elles, la Congrégation des Rites, dont est issu, par une tout autre ligne institutionnelle, le Dicastère pour le Culte divin[6]. Immensa Aeterni Dei confirme et consolide l'existence de la Congrégation des réguliers dans cette nouvelle architecture curiale[7].
Durant les XVIᵉ-XVIIᵉ siècles, l'essentiel de l'activité de la Congrégation consiste à trancher les innombrables litiges de préséance, de discipline interne et d'observance qui opposent les différents ordres religieux entre eux et avec les évêques diocésains, dans une Église encore largement structurée par les grands ordres mendiants et monastiques médiévaux et par les instituts nés de la Réforme catholique tridentine.
L'union de 1601 avec la Congrégation des évêques
En 1601, la Congrégation des réguliers est unie à la Congregatio pro consultationibus episcoporum et aliorum praelatorum — la Congrégation pour les consultations relatives aux évêques et autres prélats —, formant un seul organe compétent à la fois sur le clergé séculier diocésain et sur les instituts religieux[8]. Cette union durera plus de trois siècles, jusqu'à la grande réforme de la Curie entreprise par saint Pie X au début du XXᵉ siècle.
Pie X rend son autonomie à la Congrégation des religieux : Sapienti Consilio (1908)
Le 29 juin 1908, dans le cadre d'une réforme d'ensemble de la Curie romaine qui réduit et rationalise le nombre de ses congrégations, le pape saint Pie X promulgue la constitution apostolique Sapienti Consilio[9]. Ce texte sépare de nouveau les deux matières unies depuis 1601 : les évêques et le clergé séculier relèvent désormais d'une congrégation distincte, tandis que la matière religieuse retrouve un organe autonome, la Congrégation des religieux (Sacra Congregatio de Religiosis), pleinement compétente sur l'ensemble des ordres, congrégations et instituts religieux de l'Église latine[10].
1947 : Pie XII crée les instituts séculiers, une nouvelle forme de vie consacrée
Le 2 février 1947, en la fête de la Présentation du Seigneur, le pape Pie XII promulgue la constitution apostolique Provida Mater Ecclesia, « l'Église, Mère attentive », qui reconnaît pour la première fois dans le droit de l'Église une forme entièrement nouvelle de consécration : les instituts séculiers[11]. À la différence des religieux, les membres de ces instituts pratiquent les conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d'obéissance tout en demeurant pleinement engagés dans le siècle, sans habit distinctif ni vie communautaire obligatoire, « pour être clairement distingués des autres associations communes de fidèles »[12]. La constitution place d'emblée ces nouveaux instituts sous la tutelle de la Congrégation des religieux, annonçant le regroupement administratif des deux matières, réalisé deux décennies plus tard[13].
Vatican II et Perfectae Caritatis : le grand chantier du renouveau (1965)
Le 28 octobre 1965, le concile œcuménique Vatican II promulgue, par un vote de 2 321 voix contre 4, le décret Perfectae Caritatis sur la rénovation et l'adaptation de la vie religieuse — l'un des textes conciliaires les plus brefs, mais dont l'application concrète transformera en profondeur la vie quotidienne de centaines de milliers de religieux dans le monde entier durant les décennies suivantes[14]. Le décret demande aux instituts de renouveler leur observance à la lumière de l'Évangile, de l'esprit propre à leur fondateur et des besoins pastoraux de l'époque contemporaine[15] :
« La rénovation adéquate de la vie religieuse comporte à la fois un retour continuel aux sources de toute vie chrétienne et à l'inspiration primitive des instituts, et une adaptation de ceux-ci aux conditions changées des temps. » — Concile Vatican II, décret Perfectae Caritatis, n° 2, 28 octobre 1965[16]
C'est la Congrégation des religieux qui reçoit la charge d'accompagner, sur le terrain canonique, la mise en œuvre de ce vaste chantier de révision des constitutions de tous les instituts religieux du monde catholique.
1967 : fusion avec les instituts séculiers sous Regimini Ecclesiae Universae
Le 15 août 1967, le pape Paul VI promulgue la constitution apostolique Regimini Ecclesiae Universae, qui réorganise en profondeur la Curie romaine dans l'esprit du concile qui vient de s'achever. Le texte réorganise la Congrégation des religieux, qui devient la Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers (Sacra Congregatio pro Religiosis et Institutis Saecularibus, souvent désignée par le sigle SCRIS)[17]. Ce regroupement unifie pour la première fois, sous une même autorité romaine, les deux grandes voies canoniques de la consécration : la vie religieuse communautaire classique et la consécration séculière instituée vingt ans plus tôt par Pie XII.
1978 : Mutuae Relationes, régler les tensions entre évêques et religieux
Le 14 mai 1978, la Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers publie, conjointement avec la Congrégation pour les évêques, le document Mutuae Relationes — « Directives pour les relations mutuelles entre évêques et religieux dans l'Église »[18]. Ce texte cherche à clarifier juridiquement et pastoralement un point de friction récurrent depuis des siècles : l'articulation entre l'autorité de l'évêque diocésain, responsable de toute la pastorale de son diocèse, et l'autonomie propre reconnue par le droit canonique aux instituts religieux exempts, dont les supérieurs relèvent directement du Saint-Siège et non de l'évêque du lieu[19]. Le document insiste sur la nécessaire complémentarité entre les deux formes de vie ecclésiale plutôt que sur une logique de rapports de force.
1983 : le nouveau Code de droit canonique consacre la vie consacrée
La promulgation du Code de droit canonique de 1983 par le pape Jean-Paul II offre pour la première fois à la vie consacrée un livre entier du droit universel de l'Église — les canons 573 à 746 — qui distingue juridiquement les instituts religieux, les instituts séculiers (can. 710-730) et les sociétés de vie apostolique (can. 731-746)[20]. Cette codification donne au dicastère un cadre juridique stable et détaillé pour exercer sa compétence d'approbation, de contrôle et de suppression des instituts.
1988 : Pastor Bonus et le nom actuel de l'institution
La grande réforme de la Curie entreprise par Jean-Paul II, la constitution apostolique Pastor Bonus du 28 juin 1988 — entrée en vigueur le 1ᵉʳ mars 1989 —, renomme la Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers en Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique (Congregatio pro Institutis Vitae Consecratae et Societatibus Vitae Apostolicae, sigle CIVCSVA)[21]. Cette dénomination, qui intègre pour la première fois explicitement les sociétés de vie apostolique — des instituts comme les Missionnaires de Saint-Vincent-de-Paul ou les Pères de Maryknoll, dont les membres ne prononcent pas de vœux religieux au sens strict mais mènent une vie commune fraternelle en vue de la mission — demeure inchangée jusqu'à la réforme de 2022.
1996 : Vita Consecrata, la grande synthèse doctrinale de Jean-Paul II
À l'issue du synode des évêques de 1994 consacré à la vie consacrée, le pape Jean-Paul II publie, le 25 mars 1996 — en la solennité de l'Annonciation —, l'exhortation apostolique post-synodale Vita Consecrata, « sur la vie consacrée et sa mission dans l'Église et dans le monde »[22]. Ce texte demeure, trois décennies plus tard, la référence doctrinale la plus complète du magistère pontifical sur la nature théologique de la consécration religieuse — sa source christologique et trinitaire, sa dimension prophétique au sein du Peuple de Dieu, et l'articulation entre les trois grandes formes de vie consacrée : la vie contemplative et apostolique, les instituts séculiers, et les sociétés de vie apostolique.
Compétences actuelles selon Praedicate Evangelium
Approuver, ériger, fusionner, supprimer : le cœur de la mission (art. 121-122)
L'article 121 de Praedicate Evangelium fixe en une phrase l'esprit de toute l'action du dicastère :
« Il est de la compétence du Dicastère de promouvoir, d'animer et de réglementer la pratique des conseils évangéliques, telle qu'elle est vécue dans les formes approuvées de vie consacrée, ainsi que tout ce qui concerne la vie et l'activité des Sociétés de vie apostolique dans toute l'Église latine. » — Pape François, constitution apostolique Praedicate Evangelium, art. 121, 19 mars 2022[23]
L'article 122 détaille les actes juridiques les plus lourds de conséquence pour la vie des instituts : le dicastère approuve les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, les érige, et « accorde l'autorisation pour la validité de l'érection d'un Institut de vie consacrée ou d'une Société de vie apostolique de droit diocésain par l'évêque »[24]. Autrement dit, même lorsqu'un institut naît à l'initiative d'un évêque diocésain — comme c'est le cas de la grande majorité des nouvelles fondations contemporaines —, sa validité canonique définitive dépend d'une autorisation romaine préalable. Le même article réserve également au dicastère les fusions, unions et suppressions des instituts existants[25], ainsi que l'approbation de nouvelles formes de vie consacrée et l'érection des Unions, Confédérations et Fédérations d'instituts apparentés.
Constitutions, discipline temporelle et mesures extraordinaires (art. 123-124)
L'article 123 confie au dicastère la veille sur la progression spirituelle et l'efficacité apostolique des instituts, ce qui recouvre en pratique l'examen et l'approbation des constitutions de chaque institut — le texte fondamental qui régit sa vie interne, son gouvernement et sa spiritualité propre — ainsi que leurs révisions périodiques. L'article 124 énumère les domaines de compétence ordinaire et extraordinaire du dicastère : gestion des questions temporelles et patrimoniales des instituts, supervision des indults de sortie et de l'exclaustration (la sortie temporaire d'un religieux hors de son institut sans rupture définitive du lien), et, dans les cas les plus graves, mesures extraordinaires de gouvernement lorsqu'un institut traverse une crise interne majeure — dissolution d'un gouvernement provincial défaillant, nomination d'un commissaire pontifical, ou mise sous tutelle temporaire d'une congrégation en difficulté.
Conférences de supérieurs majeurs, vie érémitique et Ordo virginum (art. 125-127)
L'article 125 confie au dicastère l'érection des Conférences internationales des supérieurs majeurs — comme l'Union des supérieures générales (UISG) ou l'Union des supérieurs généraux (USG), qui rassemblent à Rome les responsables des grands instituts religieux du monde entier pour coordonner leur action et dialoguer avec le Saint-Siège. L'article 126 traite de deux formes anciennes et minoritaires, mais canoniquement réaffirmées par le Code de 1983 : la vie érémitique, pratiquée par des ermites individuels reconnus par leur évêque diocésain, et l'Ordo virginum, l'antique consécration des vierges vivant dans le monde, restaurée après le concile Vatican II. L'article 127, enfin, étend la compétence du dicastère aux Tiers-Ordres séculiers et aux associations qui leur sont apparentées, rattachées aux grandes familles religieuses (franciscaine, dominicaine, carmélitaine notamment) sans en partager la consécration propre.
Grands documents magistériels du dicastère
Rejoice (2014) : la première lettre circulaire du pontificat de François
Le 2 février 2014, en la fête de la Présentation du Seigneur — journée mondiale de la vie consacrée instituée par Jean-Paul II en 1997 —, la Congrégation publie sa première lettre circulaire adressée à l'ensemble des personnes consacrées du monde sous le pontificat du pape François : Rallegratevi (Rejoice, « Réjouissez-vous »)[26]. Le texte, construit autour des enseignements du nouveau pape sur la joie évangélique, appelle les religieux et religieuses à surmonter la tentation de la résignation face au vieillissement des instituts occidentaux et à retrouver la fraîcheur de leur charisme fondateur.
L'Année de la vie consacrée (2014-2015) et Témoins de la joie
Le 21 novembre 2014, en la fête de la Présentation de la Vierge Marie, le pape François publie la lettre apostolique Témoins de la joie, adressée à l'ensemble des personnes consacrées à l'occasion de l'ouverture, le 30 novembre suivant, de l'Année de la vie consacrée, qui s'achèvera le 2 février 2016[27]. Reprenant les objectifs fixés quinze ans plus tôt par Jean-Paul II, le pape y exhorte les consacrés à ne pas se contenter de raconter une histoire glorieuse, mais à en construire une nouvelle :
« Vous n'êtes pas seulement invités à vous souvenir et à raconter une histoire glorieuse, mais à en construire une plus grande encore ! Regardez l'avenir, où l'Esprit vous envoie pour faire encore de grandes choses avec vous. » — Pape François, lettre apostolique Témoins de la joie, 21 novembre 2014[28]
Le dicastère organise, durant cette année spéciale, plusieurs rassemblements internationaux de supérieurs majeurs et de jeunes religieux à Rome, dont la synthèse doctrinale nourrira, en 2017, le document Vin nouveau dans des outres neuves.
Vultum Dei Quaerere et Cor Orans (2016-2018) : réformer la vie contemplative féminine
Le 29 juin 2016, le pape François promulgue la constitution apostolique Vultum Dei Quaerere, « Rechercher le visage de Dieu », consacrée spécifiquement à la vie contemplative féminine — les moniales cloîtrées de traditions bénédictine, cistercienne, chartreuse, carmélite, clarisse et dominicaine notamment[29]. Le texte aborde douze aspects concrets de cette vie : formation initiale et permanente, prière, place de la Parole de Dieu, sacrements de l'Eucharistie et de la Réconciliation, vie fraternelle en communauté, fédérations de monastères, clôture, travail, silence, usage des médias de communication et ascèse[30].
Le 1ᵉʳ avril 2018, en la solennité de Pâques, la Congrégation publie l'instruction d'application Cor Orans, « Un cœur qui prie », qui précise les modalités concrètes de mise en œuvre de Vultum Dei Quaerere dans les monastères de rite latin, notamment les procédures de fédération obligatoire des monastères autonomes et les critères d'évaluation de la formation des moniales[31].
Vin nouveau dans des outres neuves (2017) : cinquante ans après le concile
En 2017, le dicastère publie, avec l'approbation du pape François, le document d'orientation Vin nouveau dans des outres neuves (Vino nuovo in otri nuovi), issu des travaux de l'assemblée plénière de novembre 2014 consacrée au thème « La vie consacrée cinquante ans après Lumen Gentium et Perfectae Caritatis »[32]. S'appuyant sur la parole évangélique selon laquelle on ne met pas de vin nouveau dans de vieilles outres (Mt 9, 17), le texte dresse un bilan lucide des cinq décennies de renouveau conciliaire de la vie religieuse et des défis structurels persistants : vieillissement des instituts occidentaux, nécessité de fusions et de restructurations, formation initiale et permanente, gouvernance des instituts internationaux.
Une décennie de vigilance : abus et vulnérabilités dans la vie consacrée
Le magazine Femmes Église Monde et la révélation d'abus sur des religieuses (2019)
En février 2019, le supplément mensuel Femmes Église Monde (Donne Chiesa Mondo) de L'Osservatore Romano consacre son numéro aux conditions de travail et aux abus subis par des religieuses de par le monde, notamment de la part de prêtres et, dans certains cas, de supérieures de leur propre institut[33]. Interrogé à ce sujet, le cardinal João Braz de Aviz, alors préfet de la Congrégation, reconnaît publiquement l'existence de cas graves :
« Il y a des cas vraiment difficiles, dans lesquels des supérieurs ont retenu les papiers d'identité de religieuses qui voulaient quitter le couvent, ou qui en avaient été renvoyées. » — Cardinal João Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée, cité par Femmes Église Monde, février 2019[34]
Interrogé dans l'avion qui le ramène des Émirats arabes unis, le 5 février 2019, le pape François confirme lui-même que des mesures avaient été prises sous Benoît XVI à l'encontre d'un groupe issu d'une communauté française : l'Institut des Sœurs de Saint-Jean et de Saint-Dominique, formé en 2012 par des religieuses ayant quitté la communauté principale — pour l'essentiel la branche contemplative des Sœurs de Saint-Jean, au sein de la Communauté Saint-Jean — et dissous en janvier 2013[35]. Le lendemain, le porte-parole du Saint-Siège Alessandro Gisotti précise que le pape, en parlant d'« esclavage sexuel », entendait une « manipulation », forme d'abus de pouvoir se reflétant aussi en abus sexuels, et non un esclavage au sens littéral[36]. La Communauté Saint-Jean avait elle-même reconnu dès 2013, et le rappelle dans son communiqué du 7 février 2019, que son fondateur, le père dominicain Marie-Dominique Philippe, mort en 2006, avait commis des actes contraires à la chasteté avec plusieurs femmes adultes qu'il accompagnait à l'époque, dont des religieuses consacrées, et que des frères et prêtres de la communauté s'étaient eux aussi rendus coupables d'abus, pour beaucoup déjà sanctionnés[37]. Un foyer d'accueil romain avait déjà été créé, sous l'autorité du dicastère, pour recueillir des religieuses ayant quitté leur institut dans des conditions précaires, certaines s'étant retrouvées sans ressources ni toit[38]. Cet épisode a conduit le dicastère à renforcer, au cours des années suivantes, ses procédures d'écoute, de signalement et d'accompagnement des religieuses en situation de vulnérabilité au sein de leurs propres instituts.
2022 : la refonte en Dicastère (Praedicate Evangelium)
Le 19 mars 2022, en la solennité de saint Joseph, le pape François promulgue la constitution apostolique Praedicate Evangelium sur la Curie romaine, entrée en vigueur le 5 juin 2022, jour de la Pentecôte. Le texte substitue partout le mot « dicastère » à « congrégation » et « conseil pontifical »[39]. La Congregatio pro Institutis Vitae Consecratae et Societatibus Vitae Apostolicae devient ainsi le Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, ses compétences étant redéfinies aux articles 121 à 127 de la nouvelle constitution — le socle juridique actuel de son action, détaillé plus haut.
2025 : Sœur Simona Brambilla, première femme préfète d'un dicastère
Un parcours entre soins infirmiers, mission en Afrique et psychologie
Née à Monza, en Lombardie, le 27 mars 1965, Simona Brambilla obtient d'abord un diplôme d'infirmière en 1986 et travaille à l'hôpital L. Mandic de Merate avant d'entrer, en 1988, dans l'Institut des Missionnaires de la Consolata, congrégation féminine d'origine italienne vouée à l'évangélisation missionnaire[40]. Après sa première profession religieuse en 1991, elle obtient une licence de psychologie à l'Institut de psychologie de l'Université pontificale grégorienne en 1998, puis part en mission au Mozambique à partir de 1999, où elle est responsable de la pastorale des jeunes au Centre d'études Macua Xirima de Maua[41]. De retour à Rome, elle enseigne à la Grégorienne de 2002 à 2006 et y obtient un doctorat de psychologie en 2008[42].
Supérieure générale, puis secrétaire et enfin préfète du dicastère
Élue le 7 juin 2011 supérieure générale de la branche féminine des Missionnaires de la Consolata pour un mandat de six ans, Sœur Brambilla est réélue en 2017 pour un second mandat qui s'achève en mai 2023[43]. Le 7 octobre 2023, le pape François la nomme secrétaire de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique[44]. Un peu plus d'un an plus tard, le 6 janvier 2025, le pape la nomme préfète de ce même dicastère, faisant d'elle la première femme de l'histoire à diriger un dicastère de la Curie romaine[45][46] — une fonction, jusqu'alors, toujours confiée à un cardinal ou à un archevêque. Le cardinal Ángel Fernández Artime, salésien espagnol et ancien Recteur majeur de la Congrégation salésienne de 2014 à 2024, est nommé le même jour pro-préfet du dicastère[47].
« Une femme est nommée à la tête d'un dicastère au Vatican. » — ZENIT, édition française, à propos de la nomination de Sœur Simona Brambilla, 7 janvier 2025[48]
Cette nomination s'inscrit dans une évolution plus large de la présence des femmes dans le gouvernement de la Curie romaine engagée par le pape François durant les dernières années de son pontificat, à travers la nomination progressive de religieuses et de laïques à des postes de responsabilité au sein de plusieurs dicastères.
Structure et gouvernance actuelles
Direction et responsables (2026)
| Fonction | Titulaire | Depuis |
|---|---|---|
| Préfète | Sœur Simona Brambilla, M.C. | 6 janvier 2025 |
| Pro-préfet | Cardinal Ángel Fernández Artime, S.D.B. | 6 janvier 2025 |
| Secrétaire | Sœur Tiziana Merletti, S.F.P. | 2025 |
Le dicastère organise son activité administrative autour de plusieurs offices spécialisés — discipline des instituts religieux, instituts séculiers, sociétés de vie apostolique, affaires économiques et patrimoniales — et entretient un dialogue institutionnel permanent avec les grandes conférences internationales de supérieurs majeurs qu'il a lui-même érigées : l'Union internationale des supérieures générales (UISG) et l'Union des supérieurs généraux (USG), qui rassemblent à Rome les responsables des principaux instituts religieux masculins et féminins du monde entier.
Tableau des préfets depuis 1908
| Période | Titulaire | Congrégation |
|---|---|---|
| 1908-1913 | José Calassanç Vives y Tuto, O.F.M. Cap. | Religieux |
| 1913-1915 | Ottavio Cagiano de Azevedo | Religieux |
| 1916 | Domenico Serafini, O.S.B. | Religieux |
| 1916-1917 | Diomede Falconio, O.F.M. | Religieux |
| 1917-1918 | Giulio Tonti | Religieux |
| 1918-1920 | Raffaele Scapinelli di Léguigno | Religieux |
| 1920-1922 | Teodoro Valfrè di Bonzo | Religieux |
| 1922-1928 | Camillo Laurenti | Religieux |
| 1928-1935 | Alexis-Henri-Marie Lépicier, O.S.M. | Religieux |
| 1935-1943 | Vincenzo La Puma | Religieux |
| 1945-1950 | Luigi Lavitrano | Religieux |
| 1950-1953 | Clemente Micara | Religieux |
| 1953-1963 | Valerio Valeri | Religieux |
| 1963-1973 | Ildebrando Antoniutti | Religieux |
| 1973-1975 | Arturo Tabera Araoz, C.M.F. | Religieux et instituts séculiers |
| 1976-1984 | Eduardo Francisco Pironio | Religieux et instituts séculiers |
| 1985-1992 | Jean Jérôme Hamer, O.P. | Instituts de vie consacrée (dès 1988) |
| 1992-2004 | Eduardo Martínez Somalo | Instituts de vie consacrée |
| 2004-2011 | Franc Rodé, C.M. | Instituts de vie consacrée |
| 2011-2025 | João Braz de Aviz | Instituts de vie consacrée |
| Depuis 2025 | Simona Brambilla, M.C. | Dicastère (depuis 2022) |
Ce tableau révèle un basculement institutionnel majeur au terme de plus de quatre siècles d'existence : jusqu'en 2025, la fonction de préfet de ce dicastère — comme celle de tous les autres organes de la Curie romaine — était systématiquement réservée à un cardinal ou, plus rarement dans son histoire ancienne, à un archevêque. La nomination de Sœur Simona Brambilla rompt directement avec cette tradition curiale ininterrompue depuis Sixte V, sans pour autant s'accompagner d'une élévation au cardinalat — la préfète demeure une religieuse professe, tandis que le cardinal Fernández Artime, en tant que pro-préfet, conserve certaines prérogatives liées à sa dignité cardinalice, notamment pour présider certains actes qui requièrent le rang épiscopal ou cardinalice.
Ce qu'il faut retenir
Le Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique n'est pas un simple bureau d'enregistrement des fondations religieuses : c'est l'instrument institutionnel par lequel Rome discerne, approuve, accompagne et, si nécessaire, réforme ou supprime les formes concrètes que prend, depuis les origines du monachisme jusqu'aux instituts séculiers contemporains, la radicalité évangélique des conseils de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Son histoire — quatre siècles et demi de réorganisations depuis la Congrégation des consulteurs des réguliers de 1586, l'intégration progressive des instituts séculiers puis des sociétés de vie apostolique, la grande synthèse doctrinale de Vita Consecrata, la vigilance accrue face aux abus internes révélés en 2019, et la nomination historique, en 2025, de la première femme à la tête d'un dicastère romain — traduit la difficulté propre et permanente du gouvernement, depuis Rome, d'une réalité aussi diverse que la vie consacrée catholique à l'échelle universelle.
Pour aller plus loin
- Lire La Curie romaine pour situer ce dicastère dans l'ensemble de l'architecture centrale de l'Église depuis Praedicate Evangelium.
- Lire Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi pour un dicastère de rang comparable, compétent en matière strictement doctrinale.
- Lire Le Dicastère pour les Causes des saints pour l'organe romain compétent sur les procès de canonisation, historiquement lié aux mêmes racines curiales du XVIᵉ siècle.
- Lire Le Dicastère pour les Églises orientales pour l'organe romain équivalent compétent sur la vie religieuse propre aux Églises catholiques orientales.
- Lire Le Code de droit canonique de 1983 pour le cadre juridique universel de la vie consacrée (canons 573-746).
- Consulter le texte intégral de la constitution apostolique Praedicate Evangelium (19 mars 2022) sur vatican.va pour le détail des articles 121 à 127.
- Consulter le profil officiel du Dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique sur vatican.va et vitaconsacrata.va pour sa présentation institutionnelle actualisée.
Notes et références
Pape François, constitution apostolique Praedicate Evangelium sur la Curie romaine, 19 mars 2022 (en vigueur le 5 juin 2022), art. 121. Texte intégral en français sur vatican.va.
1 23Wikipedia contributors, « Dicastery for Institutes of Consecrated Life and Societies of Apostolic Life », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, sur en.wikipedia.org. Fondation le 27 mai 1586 par Sixte V (Sacred Congregation for Consultations About Regulars) ; renommée Congregation for Religious par Pie X en 1908 ; renommée Congregation for Religious and Secular Institutes par Paul VI en 1967 ; dénomination actuelle par Praedicate Evangelium (François, 19 mars 2022) ; listes complètes des préfets et secrétaires de 1908 à 2025.
2 5 7 10Vatican News, « Pope appoints Sr. Simona Brambilla as Vatican's first female prefect », 6 janvier 2025, sur vaticannews.va.
3 45National Catholic Register / CNA, « Here's What to Know About the First Female Vatican Prefect in the Catholic Church's History », janvier 2025, sur ncregister.com.
4 46Wikipédia, contributeurs, « Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements », Wikipédia, l'encyclopédie libre, version consultée en juillet 2026, sur fr.wikipedia.org, pour la constitution Immensa Aeterni Dei de Sixte V (22 janvier 1588) instituant les quinze congrégations permanentes de la Curie romaine.
6 39Wikipédia, contributeurs, « Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique », Wikipédia, l'encyclopédie libre, version consultée en juillet 2026, sur fr.wikipedia.org. Fondation le 27 mai 1586 (S. Congregatio super consultibus regularium), confirmée par Immensa (22 janvier 1588) ; union de 1601 avec la Congrégation pour les évêques ; séparation par Sapienti Consilio (Pie X, 29 juin 1908) ; dénomination « Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers » par Regimini Ecclesiae Universae (Paul VI, 15 août 1967) ; dénomination « Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique » par Pastor Bonus (Jean-Paul II, 28 juin 1988) ; transformation en Dicastère par Praedicate Evangelium (François, 19 mars 2022).
8 17 21Wikipedia contributors et Catholic Encyclopedia (New Advent), « Sapienti Consilio », synthèse consultée en juillet 2026, sur la constitution apostolique de saint Pie X du 29 juin 1908 réorganisant la Curie romaine et séparant de nouveau la Congrégation des religieux de la Congrégation pour les évêques et le clergé séculier, union qui remontait à 1601.
9Pape Pie XII, constitution apostolique Provida Mater Ecclesia, 2 février 1947. Texte intégral en français sur vatican.va. Citation sur la définition des instituts séculiers : « pour être clairement distingués des autres associations communes de fidèles » ; placement de ces nouveaux instituts sous la tutelle de la Congrégation des religieux.
11 12 13Wikipedia contributors, « Perfectae caritatis », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, sur en.wikipedia.org. Décret conciliaire sur la rénovation et l'adaptation de la vie religieuse, promulgué le 28 octobre 1965 par un vote de 2 321 voix contre 4 ; n° 2 sur le double mouvement de retour aux sources et d'adaptation aux temps.
14 15 16Congrégation pour les évêques et Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers, Mutuae Relationes — Directives pour les relations mutuelles entre évêques et religieux dans l'Église, 14 mai 1978. Texte intégral en anglais sur vatican.va.
18 19Code de droit canonique, promulgué par le pape Jean-Paul II le 25 janvier 1983, canons 573 à 746 (Livre II, IIIᵉ partie, sur les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique), en vigueur depuis le 27 novembre 1983. Synthèse consultée en juillet 2026 sur la distinction canonique entre instituts religieux, instituts séculiers (can. 710-730) et sociétés de vie apostolique (can. 731-746).
20Wikipedia contributors, « Vita consecrata », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, sur en.wikipedia.org. Exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II, publiée le 25 mars 1996, faisant suite au synode des évêques de 1994 sur la vie consacrée.
22Pape François, Praedicate Evangelium, art. 122, 19 mars 2022. Texte sur vatican.va.
24 25Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, lettre circulaire Rallegratevi (Rejoice — Réjouissez-vous), aux personnes consacrées, 2 février 2014. Texte intégral en anglais sur vatican.va.
26Pape François, lettre apostolique à tous les consacrés à l'occasion de l'Année de la vie consacrée, 21 novembre 2014. Texte intégral en français sur vatican.va.
27 28Wikipedia contributors, « Vultum Dei quaerere », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, sur en.wikipedia.org. Constitution apostolique du pape François, promulguée le 29 juin 2016, sur la vie contemplative féminine ; douze aspects traités : formation, prière, Parole de Dieu, sacrements, vie fraternelle en communauté, fédérations, clôture, travail, silence, médias de communication, ascèse.
29 30Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, instruction d'application Cor Orans de la constitution apostolique Vultum Dei quaerere sur la vie contemplative féminine, 1ᵉʳ avril 2018. Texte intégral en anglais sur vatican.va.
31Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, document d'orientation Vin nouveau dans des outres neuves (Vino nuovo in otri nuovi — New Wine in New Wineskins), Libreria Editrice Vaticana, 2017, issu de l'assemblée plénière de novembre 2014 sur le thème « La vie consacrée cinquante ans après Lumen Gentium et Perfectae Caritatis ». Synthèse consultée en juillet 2026 sur camilliani.org.
32Global Sisters Report, « Vatican women's magazine blames drop in nuns on abuses », février 2019, sur globalsistersreport.org, citant le supplément Femmes Église Monde (Donne Chiesa Mondo) de L'Osservatore Romano, février 2019, et la déclaration du cardinal João Braz de Aviz, alors préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée.
33 34Cindy Wooden / Catholic News Service, « French order, acknowledging abuse by founder, clarifies pope's remarks », 11 février 2019, repris sur catholicphilly.com : propos du pape du 5 février 2019 dans l'avion du retour des Émirats arabes unis ; le groupe dissous par Benoît XVI en janvier 2013 avait quitté la communauté principale pour former en 2012 l'Institut des Sœurs de Saint-Jean et de Saint-Dominique ; communiqué du 7 février 2019 des responsables des trois branches reconnaissant les actes du père Marie-Dominique Philippe, fondateur mort en 2006, et les sanctions prises contre les frères et prêtres coupables d'abus.
35 37Alessandro Gisotti, directeur par intérim de la Salle de presse du Saint-Siège, déclaration du 6 février 2019 : en parlant d'« esclavage sexuel », le pape entendait une « manipulation », forme d'abus de pouvoir se reflétant aussi en abus sexuels — cité par Catholic World Report, « Vatican clarifies pope's comments on sexual abuse of women religious », 6 février 2019, sur catholicworldreport.com.
36CBS News, « Pope Francis confirms priests' abuse of nuns included "sexual slavery" », février 2019, sur cbsnews.com, sur la confirmation par le pape François de mesures prises par Benoît XVI contre une communauté française et la création d'un foyer d'accueil romain pour religieuses en situation précaire.
38Wikipedia contributors, « Simona Brambilla », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, sur en.wikipedia.org. Naissance le 27 mars 1965 à Monza (Lombardie) ; diplôme d'infirmière (1986) ; entrée chez les Missionnaires de la Consolata (1988), première profession (1991) ; licence de psychologie à la Grégorienne (1998) ; mission au Mozambique dès 1999 ; doctorat de psychologie (2008) ; supérieure générale des Missionnaires de la Consolata (2011-2023, deux mandats) ; secrétaire du dicastère (7 octobre 2023) ; préfète du dicastère (6 janvier 2025).
40 41 42 43 44Istituto Figlie di Maria Ausiliatrice, « Nommé Préfet et Pro-Préfet du Dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique », janvier 2025, sur cgfmanet.org, sur la nomination conjointe du 6 janvier 2025 de Sœur Simona Brambilla comme préfète et du cardinal Ángel Fernández Artime, ancien Recteur majeur des Salésiens (2014-2024), comme pro-préfet.
47ZENIT (édition française), « Une femme nommée à la tête d'un dicastère au Vatican », 7 janvier 2025, sur fr.zenit.org.
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