La liberté d'expression

La liberté d'expression selon l'Église catholique : un vrai bien, enraciné dans la dignité de l'homme fait pour la vérité, mais jamais un absolu. « L'exercice de la liberté n'implique pas le droit de tout dire et de tout faire » (CEC § 1740) : la parole est ordonnée à la vérité, à la charité et au bien commun, et trouve ses limites dans le mensonge, la calomnie et le scandale.

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La liberté d'expression — le droit de communiquer librement sa pensée par la parole, l'écrit, la presse ou l'image — est l'une des libertés que les sociétés modernes placent au sommet de leurs déclarations de droits. L'Église catholique ne la combat pas : elle y reconnaît un vrai bien, fondé sur la dignité d'un être fait pour chercher et dire la vérité. Mais elle refuse d'en faire une idole. Une liberté détachée de la vérité, indifférente au bien d'autrui et au bien commun, n'est plus une liberté : c'est une licence, le pouvoir de nuire autant que de servir.

Le Catéchisme énonce le principe d'un mot : « L'exercice de la liberté n'implique pas le droit de tout dire et de tout faire »[1]. Toute la doctrine catholique de la liberté d'expression tient dans cette tension féconde : oui à la liberté de la parole, parce que l'homme est ordonné à la vérité et appelé à la communiquer ; non au « droit de mentir », de calomnier, de salir, de scandaliser, de répandre la haine sous couvert de liberté. La parole n'est pas un bien neutre : « Mort et vie sont au pouvoir de la langue » (Pr 18, 21)[2].

Cette question est aussi une grande question sociale. La libre circulation des idées est nécessaire à la recherche commune de la vérité, au contrôle des pouvoirs, à la vie démocratique. Mais l'histoire récente — désinformation de masse, « fake news », propagande, mais aussi censures et autocensures nouvelles — montre que la parole publique peut être pervertie dans les deux sens : par l'excès qui répand le mensonge, et par la contrainte qui étouffe la vérité. L'enseignement de l'Église éclaire les deux dangers.

Cet article expose la vision catholique de la liberté d'expression : ce qu'elle est, pourquoi elle est un bien, pourquoi elle n'est pas un absolu, quels devoirs elle impose, ce qu'en disent l'Écriture, les papes et la doctrine sociale, et les enjeux d'aujourd'hui. Les terrains voisins ont leur propre article, vers lesquels on renvoie sans les redoubler : la vérité dans les médias, la liberté religieuse, la liberté de conscience, la guerre culturelle et la mission des laïcs dans la cité.

Qu'est-ce que la liberté d'expression ?

Avant de juger une liberté, il faut la nommer avec exactitude. La liberté d'expression a un cœur précis et des frontières souvent confondues avec d'autres libertés voisines.

Une définition : communiquer librement sa pensée

La liberté d'expression est le droit de manifester et de communiquer sa pensée — opinions, convictions, informations, jugements — sans être empêché par une contrainte injuste, par la parole, l'écrit, la presse, l'art ou aujourd'hui les réseaux numériques. Elle se déploie en plusieurs droits connexes : la liberté d'opinion (penser ce qu'on tient pour vrai), la liberté de parole et de publication, la liberté de la presse et de l'information, et le droit corrélatif du public à recevoir une information vraie.

Le point décisif, pour la pensée catholique, est que cette liberté n'est pas un pur pouvoir d'émettre des sons ou de publier n'importe quoi : c'est une faculté ordonnée à une fin, la communication de la vérité entre des personnes appelées à vivre ensemble. C'est sa finalité — chercher, dire et partager le vrai — qui fonde sa dignité et trace en même temps ses limites.

Liberté d'expression, liberté de conscience, liberté religieuse : ne pas confondre

On confond souvent trois libertés que la doctrine distingue. La liberté de conscience concerne le for intérieur : le droit de ne pas être contraint d'agir contre sa conscience droite. La liberté religieuse concerne le droit de chercher la vérité religieuse et de la pratiquer sans coercition civile, telle que l'a affirmée le concile Vatican II. La liberté d'expression concerne, elle, la communication publique de la pensée.

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Les trois se touchent — on exprime souvent une conviction de conscience ou une foi — mais elles ne se confondent pas, et l'Église ne les traite pas exactement de la même manière. Cet article se tient au plan de la communication de la pensée ; pour le for intérieur et la foi, on renvoie aux articles dédiés La liberté de conscience et La liberté religieuse.

Ce que cet article traite — et ce qu'il renvoie ailleurs

Pour rester clair, cet article se tient au niveau des principes moraux et sociaux de la liberté d'expression : son fondement, ses limites, ses devoirs, son histoire doctrinale et ses enjeux actuels. Les terrains particuliers sont traités à part :

La liberté d'expression est-elle un bien ? Le fondement catholique

Contre l'idée reçue d'une Église méfiante par principe envers la parole libre, il faut affirmer d'abord le oui catholique : la liberté d'expression est un bien réel, qui plonge ses racines dans l'anthropologie chrétienne.

La dignité de la personne, faite pour la vérité

L'homme est créé à l'image de Dieu comme un être intelligent et libre, capable de connaître la vérité et appelé à y adhérer librement. « La vérité vous rendra libres », dit le Christ (Jn 8, 32)[3]. Empêcher un homme de chercher la vérité, de la professer et de la communiquer, c'est blesser ce qu'il a de plus haut. La parole n'est pas un ornement : elle est l'expression de la raison et le lien entre les consciences. Une société qui interdit toute parole interdit à l'homme d'être pleinement homme.

C'est pourquoi le Magistère récent a reconnu un véritable droit dans ce domaine. Jean XXIII, dans l'encyclique Pacem in Terris, énumère parmi les droits fondamentaux de la personne celui-ci :

« L'homme a droit […] à la liberté dans la recherche de la vérité, ainsi que dans la manifestation et la diffusion de sa pensée […], dans les limites de l'ordre moral et du bien commun. » — Jean XXIII, Pacem in Terris, n° 12[4]

La fin de la phrase n'est pas un détail : le droit est affirmé et borné dans le même souffle. C'est exactement la position catholique — un droit réel, jamais absolu.

La parole, don de Dieu et acte spirituel

Pour l'Écriture, la parole n'est jamais anodine. Dieu lui-même crée « par sa Parole » (Gn 1) ; le Verbe s'est fait chair (Jn 1, 14). L'homme, image de Dieu, reçoit la parole comme un don et une responsabilité. Parler, c'est sortir de soi vers autrui, révéler sa pensée, établir la communion — ou, par le mensonge et la calomnie, la détruire. La dignité de la liberté d'expression vient de là : elle sert ce pour quoi la parole existe, la communication de ce qui est vrai et bon.

La « parrhêsia » : la franchise courageuse des apôtres

Le Nouveau Testament connaît une forme éminente de liberté de parole : la parrhêsia, la franchise hardie avec laquelle les apôtres annoncent l'Évangile, même devant les puissants qui veulent les faire taire. Sommés par le Sanhédrin de ne plus parler au nom de Jésus, Pierre et Jean répondent qu'ils ne peuvent se taire ; et l'Église prie pour cette audace :

« Et maintenant, Seigneur, […] donne à tes serviteurs d'annoncer ta parole en toute assurance. » — Actes des Apôtres 4, 29[5]

Saint Jean Chrysostome, la « bouche d'or », icône de Dionisius et de son atelier, vers 1502 — domaine public, Wikimedia Commons.

Cette liberté-là n'est pas le caprice de tout dire : c'est le courage de dire le vrai quand il en coûte. Elle fonde, dans la tradition chrétienne, le droit et même le devoir de témoigner publiquement de la vérité — y compris contre le pouvoir.

Le droit à l'information vraie

À l'âge des médias de masse, l'Église a précisé ce droit en un droit à l'information. Le Catéchisme l'énonce clairement :

« L'information de ces médias est au service du bien commun. La société a droit à une information fondée sur la vérité, la liberté, la justice et la solidarité. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2494[6]

Le droit du public à savoir, le droit du journaliste à enquêter et à publier, sont donc reconnus — mais toujours « au service du bien commun » et « fondés sur la vérité ». Une information libre mais fausse, ou libre mais asservie à des intérêts, trahit sa propre raison d'être. On retrouvera ce point dans l'article voisin sur la vérité dans les médias.

La liberté d'expression est-elle un absolu ? La critique catholique du « tout-dire »

Si l'Église dit oui à la liberté de la parole, elle a toujours dit non à son absolutisation. C'est ici qu'elle se distingue d'un certain libéralisme pour qui toute parole se vaut et où la seule limite serait l'absence de limite.

« L'exercice de la liberté n'implique pas le droit de tout dire et de tout faire »

Le principe est posé par le Catéchisme dans son traité de la liberté humaine :

« L'exercice de la liberté n'implique pas le droit de tout dire et de tout faire. Il est faux de prétendre que "l'homme, sujet de la liberté, se suffit à lui-même en ayant pour fin la satisfaction de son intérêt propre dans la jouissance des biens terrestres" (CDF, instr. "Libertatis conscientia" 13). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1740[7]

La liberté n'est pas l'indétermination du caprice : c'est le pouvoir d'agir selon le bien et le vrai. Une parole libre mais menteuse, diffamatoire ou haineuse n'est pas un usage de la liberté — c'en est l'abus. Le mensonge n'est pas un cas particulier de la liberté de parole : c'est sa corruption.

Vraie liberté et licence : la leçon de Léon XIII

Léon XIII en 1898, tirage photomécanique de M. Cane publié dans Munsey's Magazine — domaine public, Wikimedia Commons.

Au XIXᵉ siècle, face au libéralisme qui érigeait la « liberté de parole et de presse » en droit absolu et illimité, Léon XIII a opposé une distinction restée classique entre la vraie liberté et la licence. Dans l'encyclique Libertas praestantissimum (1888), il refuse l'idée qu'on aurait le droit de répandre indifféremment le vrai et le faux, le bien et le mal :

« De ces considérations, il résulte donc qu'il n'est aucunement permis de demander, de défendre ou d'accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l'enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l'homme. » — Léon XIII, Libertas praestantissimum (1888)[8]

Le raisonnement de Léon XIII n'est pas une condamnation de la liberté, qu'il appelle au contraire « le plus grand des biens naturels » propre aux créatures raisonnables : c'est une condamnation de la liberté divinisée, coupée de la vérité et de la loi morale. L'Église, écrit-il, agit « tout en n'accordant de droits qu'à ce qui est vrai et honnête » : l'erreur n'a pas, comme telle, de droit à se répandre ; ce sont les personnes qui ont des droits, dont celui de n'être pas trompées.

Le contexte du XIXᵉ siècle : Mirari vos et le Syllabus

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Cette méfiance a une histoire qu'il faut comprendre dans son contexte, sans anachronisme. Au début du XIXᵉ siècle, la « liberté de la presse » que dénonçaient les papes n'était pas la simple possibilité matérielle de s'exprimer : c'était une doctrine philosophique — l'indifférentisme libéral — selon laquelle toutes les opinions, y compris l'athéisme et l'erreur religieuse la plus radicale, auraient un droit égal à se propager, comme si la vérité et l'erreur avaient les mêmes droits. Grégoire XVI, dans Mirari vos (1832), qualifie ainsi de funeste l'idée qu'il faille assurer à chacun « la liberté de conscience » comprise au sens indifférentiste, et dénonce la « liberté de la presse » livrée sans frein à la diffusion de toute erreur[9].

Il faut lire ces textes dans l'herméneutique de la continuité, sans les opposer à l'enseignement plus récent. Ce que les papes du XIXᵉ siècle refusent, c'est le fondement libéral et indifférentiste (l'erreur aurait des droits, la vérité n'aurait pas d'importance), pas la liberté civile bien comprise. Le concile Vatican II le précisera : la liberté qu'il faut reconnaître n'est pas fondée sur l'idée que toutes les opinions se valent, mais sur la dignité de la personne qui doit chercher la vérité sans contrainte.

Du refus du libéralisme à l'affirmation positive : Vatican II

Le XXᵉ siècle a vu l'Église passer d'un langage surtout défensif à un langage positif, sans se contredire sur le fond. Gaudium et Spes reconnaît la juste liberté nécessaire à la culture, à la recherche et à l'expression[10]. Dignitatis Humanae fonde la liberté religieuse civile sur la dignité de la personne — tout en rappelant qu'elle s'exerce « dans les justes limites » de l'ordre public et du bien commun. La continuité est réelle : c'est toujours la vérité et la dignité qui fondent la liberté et qui en marquent les bornes. Ce qui change, c'est le contexte (États modernes, pluralisme) et donc l'accent : non plus d'abord les dangers de l'erreur, mais d'abord le droit de la personne à n'être pas contrainte dans sa recherche du vrai.

ÉtapeDocumentAccent dominant
1832Grégoire XVI, Mirari vosRefus de l'indifférentisme libéral : l'erreur n'a pas de droits
1864Pie IX, SyllabusCondamnation des erreurs du libéralisme radical
1888Léon XIII, LibertasDistinction vraie liberté / licence ; la liberté ordonnée au vrai et au bien
1963Jean XXIII, Pacem in TerrisAffirmation positive du droit d'exprimer et diffuser sa pensée, avec limites
1963Vatican II, Inter MirificaDroit à l'information ; loi morale des moyens de communication
1965Vatican II, Dignitatis Humanae / Gaudium et SpesLiberté fondée sur la dignité de la personne, dans les justes limites

Les devoirs de la parole : vérité, charité, bien commun

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Toute liberté authentique porte en elle des devoirs. La liberté d'expression n'échappe pas à cette loi : qui veut le droit de parler accepte la responsabilité de ce qu'il dit. La tradition catholique nomme avec précision les biens que la parole doit respecter.

La vérité : « rejetez le mensonge »

Le premier devoir de la parole est la vérité. Saint Paul en fait la marque de l'homme nouveau :

« Rejetez donc le mensonge ; que chacun de vous dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres. » — Saint Paul, Éphésiens 4, 25[11]

Le mensonge n'est pas une variante de la liberté d'expression : il en est la négation, parce qu'il pervertit la parole en la détournant de sa fin, qui est de manifester le vrai. Saint Thomas d'Aquin range le mensonge parmi les péchés « contraires à la vérité » et rappelle qu'aucune bonne fin ne rend licite le fait de dire le faux comme s'il était vrai[12].

La charité : « la vérité dans la charité »

Dire le vrai ne suffit pas : il faut le dire dans l'amour. Saint Paul lie indissociablement les deux :

« Vivant selon la vérité dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ. » — Saint Paul, Éphésiens 4, 15[13]

Une vérité jetée à la figure pour blesser, humilier ou détruire trahit la charité ; un silence lâche qui laisse triompher l'erreur trahit la vérité. L'idéal chrétien tient les deux : « la vérité dans la charité ». C'est pourquoi Paul ajoute aussitôt une règle d'or de la parole publique et privée :

« Qu'aucune parole mauvaise ne sorte de votre bouche, mais s'il en est besoin, quelque bonne parole capable d'édifier et de faire du bien à ceux qui l'entendent. » — Saint Paul, Éphésiens 4, 29[14]

Le respect de la réputation : médisance, calomnie, diffamation

La liberté d'expression s'arrête là où commence le droit d'autrui à son honneur et à sa réputation. Le Catéchisme énumère avec netteté les fautes de langue qui violent ce droit :

« Se rend coupable de jugement téméraire celui qui […] admet comme vraie une faute morale chez le prochain ; de médisance celui qui, sans raison objectivement valable, dévoile les fautes et les manquements d'autrui à des personnes qui les ignoraient ; de calomnie celui qui, par des propos contraires à la vérité, nuit à la réputation des autres. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2477[15]

La distinction est précise et reste éclairante à l'âge des réseaux, où l'on peut détruire une réputation en un instant :

Faute de langueLe propos est…Ce qu'il viole
Jugement téméraireun soupçon admis sans preuvela justice due à l'autre dans le for intérieur
Médisancevrai, mais révélé sans raison justel'honneur et la réputation d'autrui
Calomnie / diffamationfaux et nuisibleà la fois la vérité et la réputation
Flatteriefaussement louangeur, par intérêtla vérité, en encourageant le mal d'autrui
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Le Catéchisme rappelle que ces fautes ne sont pas vénielles par nature : « nul n'a le droit de manifester sans raison nécessaire les fautes d'autrui », et celui qui a nui à la réputation d'un autre est tenu à réparation[16][17]. La liberté de publier ne couvre jamais le droit de salir.

Le scandale : la parole qui fait tomber

Un dernier devoir, souvent oublié dans les débats sur la liberté d'expression : ne pas scandaliser, au sens fort. Le scandale, enseigne le Catéchisme, est « l'attitude ou le comportement qui induit autrui à faire le mal »[18]. Une parole, une publication, une image peut être un piège qui fait tomber les plus fragiles. Le Christ a eu pour le scandale des mots d'une sévérité unique :

« Mais si quelqu'un devait scandaliser un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui accroche au cou une grosse meule et qu'on le précipite au fond de la mer. » — Évangile selon saint Matthieu 18, 6[19]

La liberté d'expression ne donne donc pas le droit de répandre ce qui corrompt délibérément les consciences, surtout celles des plus jeunes et des plus faibles — un point qui rejoint, par exemple, la question de la pornographie ou de la violence érigées en « contenus ».

La tempérance de la langue

L'Écriture sait combien la parole est difficile à maîtriser. La lettre de saint Jacques en fait une méditation célèbre sur la langue, petit membre aux effets démesurés :

« La langue, elle aussi, est un petit membre, et elle peut se vanter de grandes choses. Voyez quel petit feu embrase une grande forêt ! » — Lettre de saint Jacques 3, 5[20]

Le Siracide consacre lui aussi de longs versets à la « troisième langue », celle de la médisance, « qui a perdu beaucoup de gens » (Si 28, 13-18)[21]. La tempérance de la langue — savoir se taire, peser ses mots, refuser la calomnie — n'est pas une censure imposée du dehors : c'est une vertu, fruit de la maîtrise de soi, sans laquelle aucune liberté de parole n'est vraiment humaine.

Ce qu'en dit l'Écriture

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La Bible ne traite pas de la « liberté d'expression » au sens moderne, mais elle est traversée de bout en bout par une théologie de la parole : sa puissance, sa responsabilité, son jugement.

« Mort et vie sont au pouvoir de la langue »

La sagesse d'Israël mesure exactement le poids de la parole :

« Mort et vie sont au pouvoir de la langue ; ceux qui l'aiment mangeront de ses fruits. » — Proverbes 18, 21[22]

Une parole peut guérir ou tuer, relever ou écraser. Cette gravité fonde à la fois le droit de parler — car la parole est créatrice de vie — et le devoir d'en répondre.

Le compte des paroles vaines

Le Christ pousse cette responsabilité jusqu'à son terme : aucune parole n'est sans conséquence devant Dieu.

« Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole sans portée qu'ils auront proférée. » — Évangile selon saint Matthieu 12, 36[23]

Loin de banaliser la parole, l'Évangile la prend infiniment au sérieux. La liberté de parler est aussi une responsabilité de parler — y compris dans le bavardage, la dérision, la rumeur que la facilité numérique multiplie.

Parler avec courage : prophètes, apôtres et martyrs

À l'inverse de la parole vaine, l'Écriture exalte la parole courageuse : celle des prophètes qui dénoncent l'injustice des rois, celle de Jean-Baptiste qui paie de sa tête la vérité dite à Hérode, celle de Jésus devant Pilate : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37)[24]. La tradition chrétienne y voit le sommet de la liberté de parole : non pas le droit de tout dire, mais le devoir de dire le vrai, fût-ce au prix de la vie. Les martyrs sont, en ce sens, les premiers témoins d'une liberté d'expression plus haute que celle des chartes.

La doctrine de l'Église sur les moyens de communication

Avec la presse, la radio, la télévision puis le numérique, l'Église a développé un enseignement propre sur la communication sociale, qui prolonge et précise sa doctrine de la liberté d'expression.

Inter Mirifica et le droit à l'information (Vatican II)

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Dès sa deuxième session, le concile Vatican II a promulgué un décret entier, Inter Mirifica (4 décembre 1963), sur les « moyens de communication sociale ». Le concile y affirme à la fois le droit à l'information et sa soumission à la loi morale :

« Il existe, au sein de la société humaine, un droit à l'information sur ce qui convient aux hommes […]. L'exercice correct de ce droit exige cependant que l'information soit toujours vraie et, dans le respect de la justice et de la charité, complète. » — Concile Vatican II, Inter Mirifica, n° 5[25]

Le concile rappelle que « l'ordre moral objectif » s'impose à tous ceux qui usent de ces moyens : nul progrès technique de la diffusion n'exempte la parole publique des exigences de vérité et de charité.

Le Catéchisme : information, justice et charité

Le Catéchisme synthétise cette doctrine dans une section dédiée (§ 2493-2499). Il affirme le service du bien commun (§ 2494, cité plus haut), puis pose des devoirs aux deux bouts de la chaîne :

« L'information par les médias est au service du bien commun […]. Pour porter un jugement moral, il faut tenir compte […] de la vérité de l'information, des droits et de la dignité des personnes. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2494-2497[26]

Il invite ceux qui reçoivent l'information à la tempérance et la discipline face à des médias qui peuvent asservir (§ 2496), et il rappelle aux pouvoirs publics leur devoir de défendre « la vraie et juste liberté de l'information »[27].

Les devoirs des journalistes et des pouvoirs publics

La doctrine n'oppose donc pas liberté et responsabilité : elle les noue. Le journaliste a un droit réel d'enquêter et de publier, mais un devoir grave de vérité, d'équité et de respect des personnes. Les pouvoirs publics ont le devoir de garantir la liberté de l'information contre les monopoles et les pressions, mais aussi de protéger le bien commun, la jeunesse et la dignité des personnes contre ses abus. On retrouve ici, appliquée aux médias, la même logique que pour la transparence de la vie publique : la lumière de la vérité est l'amie du bien commun, l'ombre du mensonge en est l'ennemie.

Les questions vives d'aujourd'hui

La doctrine catholique de la liberté d'expression n'est pas un musée : elle éclaire des débats brûlants de notre temps, où la parole publique est menacée des deux côtés — par l'excès et par la contrainte.

La désinformation et les « fake news »

Le danger le plus discuté est la désinformation : la fabrication et la diffusion massives de fausses nouvelles. Le pape François y a consacré son message pour la Journée mondiale des communications sociales 2018, intitulé d'après le Christ : « La vérité vous rendra libres (Jn 8, 32) ». Il y décrit le mécanisme du mensonge médiatique en remontant jusqu'au « père du mensonge » :

« La première fausse nouvelle […] remonte aux origines de l'histoire […]. C'est ainsi qu'agit le "père du mensonge" (cf. Jn 8, 44) […]. La stratégie de cette habile communication du mal, c'est le serpent. » — François, Message pour la 52e Journée mondiale des communications sociales (24 janvier 2018)[28]

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Le remède, dit François, n'est pas seulement technique : c'est un « journalisme de paix », au service de la vérité et de la personne, et une éducation au discernement. La désinformation est le contraire de la liberté d'expression : elle se sert de la liberté de parole pour détruire la vérité qui fait l'objet même de cette liberté. Ce point est développé dans la vérité dans les médias.

Le blasphème et l'offense religieuse : peut-on tout tourner en dérision ?

Une question récurrente oppose la liberté d'expression au respect du sacré : a-t-on le droit de tourner en dérision la foi, les croyants, ce qu'ils tiennent pour saint ? La position catholique est nuancée. D'une part, l'Église ne réclame pas que l'État punisse pénalement toute irrévérence : la foi se propose, elle ne s'impose pas, et un blasphème n'enlève rien à Dieu. D'autre part, elle rappelle que tout n'est pas permis de ce qui est légal : se moquer gratuitement de ce que des millions d'hommes vénèrent n'est pas un exploit de liberté, mais souvent un manquement au respect et à la charité. « On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas tourner la foi en dérision », rappelait le pape François après des attentats commis au nom d'une moquerie religieuse[29]. La liberté d'expression n'efface pas le devoir de respect ; et l'offense gratuite, sans être toujours un délit, reste une faute morale.

Censure, « cancel » et autocensure : les nouvelles menaces

Le danger inverse de la désinformation est la contrainte sur la parole vraie. Quand des opinions sont bannies du débat non parce qu'elles sont fausses mais parce qu'elles déplaisent, quand des personnes sont réduites au silence ou exclues pour avoir exprimé une conviction, quand la peur des représailles engendre l'autocensure, c'est la liberté d'expression elle-même qui est blessée. L'Église, qui a connu dans l'histoire bien des persécutions de la parole, défend ici le droit de chercher et de dire le vrai sans être écrasé par la pression sociale ou idéologique. Ce conflit est au cœur de ce qu'on appelle la guerre culturelle.

La liberté de témoigner de la foi dans l'espace public

Enfin, la liberté d'expression inclut pour le chrétien le droit — et le devoir — de témoigner publiquement de sa foi. Reléguer la religion à la seule sphère privée, interdire aux croyants de faire entendre leur voix sur les grandes questions humaines, serait nier la liberté d'expression au moment même où on la proclame. Les baptisés sont appelés à parler dans la cité avec à la fois courage (la parrhêsia des apôtres) et respect (« la vérité dans la charité »). C'est l'objet de la mission des laïcs dans la cité.

La voix des saints et des docteurs

La tradition spirituelle confirme et approfondit cette doctrine : la maîtrise de la parole est une école de sainteté.

Saint Thomas : dire vrai sans nuire

Saint Thomas d'Aquin a analysé avec une précision inégalée les vertus et les vices de la parole. Il montre que le mensonge est toujours mauvais, même « officieux » ou « joyeux », parce qu'il contredit la fin naturelle de la parole[30]. Mais il enseigne aussi qu'on n'est pas tenu de tout dire : on peut taire une vérité par prudence ou par charité, et l'on pèche par médisance (detractio) ou par injure (contumelia) quand on blesse l'honneur du prochain sans nécessité[31]. La règle thomiste est lumineuse : ne jamais dire le faux, ne pas toujours dire le vrai, et toujours respecter la personne.

La correction fraternelle : une parole qui aime

La tradition connaît aussi une liberté de parole tournée vers le bien de l'autre : la correction fraternelle, par laquelle on avertit avec charité celui qui se trompe (cf. Mt 18, 15). Saint Thomas y voit un acte de charité, non un droit de juger : on parle pour guérir, non pour humilier[32]. C'est l'exact opposé de la médisance : la même parole peut sauver ou détruire, selon qu'elle cherche le bien de l'autre ou sa chute.

Les saints et la presse au service du bien

Saint Maximilien Kolbe en 1936, fondateur du Chevalier de l'Immaculée — photographie anonyme du domaine public, Wikimedia Commons.

À l'époque moderne, des saints ont compris que la liberté de la presse pouvait servir l'Évangile : saint Jean Bosco multipliant les publications populaires, saint Maximilien Kolbe fondant des revues à très grand tirage pour répandre la vérité et l'amour de la Vierge. Loin de craindre la parole publique, ils s'en sont saisis comme d'un instrument missionnaire, preuve que l'Église ne redoute pas la liberté d'expression mais en attend qu'elle serve la vérité et le bien[33].

Synthèse : une liberté ordonnée à la vérité et à l'amour

La liberté d'expression, vue par l'Église, n'est ni une idole ni une menace : c'est un bien réel et fragile, qu'il faut à la fois défendre et purifier. La défendre, contre tous ceux qui voudraient bâillonner la recherche et l'énoncé du vrai — censeurs, propagandistes, persécuteurs de la foi. La purifier, contre tous ceux qui la confondent avec le droit de mentir, de calomnier, de scandaliser, de détruire.

Le critère catholique n'est pas la quantité de paroles permises, mais leur orientation. Une parole est vraiment libre quand elle sert ce pour quoi la parole existe : « la vérité dans la charité » (Ep 4, 15). Hors de là, elle se retourne contre l'homme. Car « mort et vie sont au pouvoir de la langue » — et la même liberté qui permet de témoigner du Christ devant les puissants permet aussi de salir un innocent en un instant. Entre les deux, il n'y a pas une censure, mais une vertu : la vérité dite avec courage et avec amour.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1740 (« Menaces pour la liberté ») : « L'exercice de la liberté n'implique pas le droit de tout dire et de tout faire. » Le paragraphe critique la conception d'une liberté absolutisée et coupée de la vérité et du bien. Texte sur vatican.va.

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  2. Proverbes 18, 21 : « Mort et vie sont au pouvoir de la langue ; ceux qui l'aiment mangeront de ses fruits. »

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  3. Évangile selon saint Jean 8, 32 : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Traduction AELF.

    3
  4. Jean XXIII, encyclique Pacem in Terris (11 avril 1963), n° 12 : l'homme a droit « à la liberté dans la recherche de la vérité, dans la manifestation et la diffusion de sa pensée […], dans les limites de l'ordre moral et du bien commun ». Texte sur vatican.va.

    4
  5. Actes des Apôtres 4, 29 : prière de l'Église après l'arrestation de Pierre et Jean : « Et maintenant, Seigneur, […] donne à tes serviteurs d'annoncer ta parole en toute assurance (parrhêsia). » Cf. Ac 4, 13.31 sur l'assurance des apôtres. Traduction AELF.

    5
  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 2494 : « L'information de ces médias est au service du bien commun. La société a droit à une information fondée sur la vérité, la liberté, la justice et la solidarité. »

    6
  7. Léon XIII, encyclique Libertas praestantissimum (20 juin 1888), sur la liberté humaine, n° 23 et s. : critique de la « liberté de parole et de la presse » comprise comme droit illimité de répandre indifféremment le vrai et le faux ; distinction entre la vraie liberté (ordonnée au vrai et au bien) et la licence. Texte sur vatican.va.

    8
  8. Grégoire XVI, encyclique Mirari vos (15 août 1832) : critique de l'indifférentisme, de la « liberté de conscience » au sens libéral (qualifiée de deliramentum / délire) et de la « liberté de la presse » livrée sans frein à la diffusion de l'erreur. À lire dans l'herméneutique de la continuité (contexte du libéralisme radical du XIXe s.).

    9
  9. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes (1965), n° 59 : reconnaissance de la juste liberté nécessaire à la culture, à la recherche et à l'expression de la pensée, dans le respect de l'ordre moral et du bien commun.

    10
  10. Saint Paul, Épître aux Éphésiens 4, 25 : « Rejetez donc le mensonge ; que chacun de vous dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres. » Traduction liturgique AELF (aelf.org/bible/Ep/4).

    11
  11. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 110 (De mendacio) : le mensonge est par soi un péché parce qu'il contredit la fin de la parole (signifier ce que l'on a dans l'esprit) ; aucune bonne intention ne rend licite l'affirmation du faux comme vrai.

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  12. Saint Paul, Épître aux Éphésiens 4, 15 : « Vivant selon la vérité dans la charité (alètheuontes en agapè), nous grandirons […] vers Celui qui est la Tête, le Christ. » Traduction AELF.

    13
  13. Saint Paul, Épître aux Éphésiens 4, 29 : « Qu'aucune parole mauvaise ne sorte de votre bouche, mais s'il en est besoin, quelque bonne parole capable d'édifier […]. » Traduction AELF.

    14
  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 2477 : définitions du jugement téméraire, de la médisance et de la calomnie. « Se rend coupable […] de médisance celui qui, sans raison objectivement valable, dévoile les fautes et les manquements d'autrui à des personnes qui les ignoraient ; de calomnie celui qui, par des propos contraires à la vérité, nuit à la réputation des autres. »

    15
  15. Catéchisme de l'Église catholique, § 2479 : la médisance et la calomnie détruisent la réputation et l'honneur du prochain, « or l'honneur est le témoignage social rendu à la dignité humaine ».

    16
  16. Catéchisme de l'Église catholique, § 2487 : « Toute faute commise contre la justice et la vérité entraîne le devoir de réparation » — y compris la réparation de la réputation lésée.

    17
  17. Catéchisme de l'Église catholique, § 2284 : « Le scandale est l'attitude ou le comportement qui induit autrui à faire le mal. » Cf. § 2285-2287 sur la gravité du scandale, surtout envers les petits.

    18
  18. Évangile selon saint Matthieu 18, 6 : « Celui qui est un scandale pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu'on lui accroche au cou une meule de moulin et qu'on le précipite au fond de la mer. » Traduction AELF.

    19
  19. Lettre de saint Jacques 3, 5-10 : la langue, « petit membre » qui peut embraser une forêt entière ; « par elle nous bénissons le Seigneur […] et par elle nous maudissons les hommes ». Traduction AELF (aelf.org/bible/Jc/3).

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  20. Siracide (Ecclésiastique) 28, 13-26 : contre la « troisième langue » (la médisance) qui « a perdu beaucoup de gens » et détruit les maisons ; éloge de qui sait garder sa bouche. Traduction AELF (aelf.org/bible/Si/28).

    21
  21. Évangile selon saint Matthieu 12, 36 : « Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole sans portée (vaine) qu'ils auront proférée. » Traduction AELF.

    23
  22. Évangile selon saint Jean 18, 37 : Jésus devant Pilate : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. » Traduction AELF.

    24
  23. Concile Vatican II, décret Inter Mirifica (4 décembre 1963) sur les moyens de communication sociale, n° 5 : droit à l'information « vraie » et, « dans le respect de la justice et de la charité », complète ; soumission de tous les moyens de communication à « l'ordre moral objectif ». Texte sur vatican.va.

    25
  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 2494-2497 : devoirs moraux liés à l'usage des médias (vérité de l'information, respect des droits et de la dignité des personnes, justice et charité dans la communication).

    26
  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 2498 : devoir des pouvoirs publics de défendre et garantir « la vraie et juste liberté de l'information », et de veiller au bien commun contre les abus des médias.

    27
  26. François, Message pour la 52e Journée mondiale des communications sociales (24 janvier 2018), « La vérité vous rendra libres (Jn 8, 32). Fake news et journalisme de paix » : analyse des « fausses nouvelles », référence au « père du mensonge » (Jn 8, 44) et à la « stratégie du serpent », appel à un « journalisme de paix ». Texte sur vatican.va.

    28
  27. François, propos tenus en vol vers Manille (janvier 2015) après les attentats de Paris : « On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas tourner la foi en dérision. » Le pape distingue le droit à la liberté d'expression et le devoir de ne pas offenser gratuitement la religion d'autrui. Source : agences de presse, janvier 2015.

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  28. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 73 (De detractione, la médisance) et q. 72 (De contumelia, l'injure) : atteintes à l'honneur et à la réputation du prochain par la parole ; gravité variable selon le dommage et l'intention.

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  29. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 33 (De correctione fraterna) : la correction fraternelle est un acte de charité ordonné au bien de celui qu'on reprend (cf. Mt 18, 15).

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  30. Exemples de saints ayant mis la presse au service de l'Évangile : saint Jean Bosco (publications populaires, Letture Cattoliche) et saint Maximilien Kolbe (revue Rycerz Niepokalanej / Le Chevalier de l'Immaculée, à très grand tirage).

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