Le rôle de l'Église dans les hôpitaux

Le rôle de l'Église dans les hôpitaux unit soin des malades, fondation d'hôpitaux, pastorale de la santé, dignité humaine et service des pauvres à la lumière du Christ médecin.

Ignispedia

Le rôle de l'Église dans les hôpitaux désigne l'ensemble des œuvres par lesquelles l'Église catholique a soigné les malades, fondé des hôpitaux, organisé des dispensaires, accompagné les mourants, formé des soignants et défendu une éthique du soin centrée sur la dignité de toute personne humaine.

Ce rôle n'est pas un accident philanthropique. Il naît de l'Évangile : Jésus guérit les malades, touche les lépreux, relève les paralysés, pleure devant la mort de Lazare et identifie le service du malade à une rencontre avec lui-même : « j'étais malade, et vous m'avez visité ».[1]

Historiquement, le christianisme n'a pas inventé toute médecine. Le monde grec possédait Hippocrate, les cultes d'Asclépios et des traditions médicales sérieuses. Mais l'Église a donné à l'accueil institutionnel du malade pauvre, étranger, incurable ou mourant une force nouvelle : le malade n'est pas seulement un cas clinique ; il est un membre souffrant du Christ.[2]

Au XXIe siècle, cette présence reste massive. Le dossier Fides « Catholic Church Statistics 2025 » du mois missionnaire (octobre 2025, données au 31 décembre 2023, Annuarium Statisticum) recense 5 377 hôpitaux, 13 895 dispensaires, 504 léproseries et, au total, 103 951 institutions sanitaires, caritatives ou d'assistance liées à l'Église dans le monde.[3]

Pourquoi l'Église soigne-t-elle les malades ?

Parce que le Christ s'approche du monde de la souffrance

Les évangiles montrent Jésus comme prédicateur du Royaume et comme guérisseur. Il ne traite pas la maladie comme un détail secondaire de la mission : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent.[4] La guérison corporelle n'épuise pas le salut, mais elle en devient le signe visible.

Jean-Paul II en tire une conséquence directe dans Dolentium hominum : l'intérêt de l'Église pour le monde de la souffrance suit l'exemple de son Fondateur.[5] L'hôpital catholique n'est donc pas une simple copie religieuse de l'hôpital civil. Il est une manière organisée de prolonger la compassion du Christ.

« Le Christ s'est sans cesse approché du monde de la souffrance humaine. » — Saint Jean-Paul II, Dolentium hominum, n. 1 (reprenant Salvifici doloris, n. 16)[6]

Cette phrase donne la clé de tout l'article. L'Église n'adore pas la souffrance ; elle s'en approche. Elle ne glorifie pas la maladie ; elle sert le malade. Elle ne remplace pas la médecine par la piété ; elle demande à la médecine de ne jamais oublier la personne.

Parce que le malade est le Christ accueilli

Matthieu 25 donne à la charité chrétienne une radicalité unique. Le pauvre, le prisonnier, l'étranger et le malade ne sont pas seulement des bénéficiaires d'une aide morale : le Christ s'identifie à eux.[7] Cette identification a façonné une civilisation du soin.

Dans une logique purement utilitaire, le malade pauvre coûte. Dans une logique chrétienne, il révèle. Il révèle la vérité de l'amour, la fragilité commune, le jugement dernier, la priorité des petits. Un hôpital catholique fidèle à son origine ne mesure donc jamais seulement les lits, les actes, les budgets et les protocoles ; il doit se demander qui est reconnu dans le malade.

Parce que la souffrance appelle une réponse active

La doctrine catholique du sens chrétien de la souffrance est parfois caricaturée comme une invitation à subir. Salvifici doloris dit l'inverse. Jean-Paul II explique que l'Évangile nie la passivité en face de la souffrance : le Bon Samaritain voit, s'arrête, panse, transporte, paie, confie le blessé à l'aubergiste.[8]

« L'Évangile est la négation de la passivité en face de la souffrance. » — Saint Jean-Paul II, Salvifici doloris, n. 30[9]

Cette ligne est capitale. La spiritualité catholique du malade ne supprime pas le devoir de soigner. Elle donne une profondeur au soin : lutter contre la souffrance quand on peut, accompagner quand on ne peut plus guérir, unir à la Croix ce qui demeure irréductible.

Les premiers hôpitaux chrétiens

La Catholic Encyclopedia (« Hospitals ») relève que les premiers hôpitaux, nés en Orient chrétien, ont imposé en Occident même leurs noms grecs, jusque dans le vocabulaire latin.[10]

Avant l'hôpital chrétien : médecine antique et limites institutionnelles

Un article sérieux doit éviter deux erreurs. La première serait de dire que personne ne soignait avant le christianisme. Les mondes grec, romain, juif, égyptien, mésopotamien et indien possédaient des pratiques médicales anciennes. La seconde serait de confondre ces pratiques avec l'hôpital chrétien au sens d'une institution stable d'accueil, de logement et de soin des malades pauvres.

Les sanctuaires d'Asclépios accueillaient des malades et associaient rites, incubation, médecine et espérance de guérison. Les armées romaines disposaient de valetudinaria pour les soldats. Mais ces dispositifs ne formaient pas encore le modèle caritatif chrétien : accueillir ensemble le pauvre, l'étranger, le malade, le mourant et parfois le lépreux comme une mission religieuse permanente.[11]

Institution antiquePublic principalLogique dominanteDifférence avec l'hôpital chrétien
Sanctuaire d'AsclépiosMalades venant chercher guérisonRite, incubation, médecine religieusePas d'institution chrétienne de charité permanente envers les pauvres
Valetudinarium romainSoldats, esclaves ou domainesFonction militaire ou économiquePublic limité, non universel
Maison familialeProches et dépendantsSoin domestiquePas de réseau public d'accueil
Hôpital chrétien ancienPauvres, malades, étrangers, incurablesCharité évangélique et soin corporelLe malade est accueilli comme le Christ

La Basiliade : une ville de charité autour de saint Basile

Saint Basile de Césarée (vers 329-379), évêque de Cappadoce, fonde près de Césarée un vaste complexe de charité que la tradition appelle la Basiliade. Les historiens discutent les détails exacts de son fonctionnement, mais l'ensemble associe accueil des pauvres, soin des malades, logement, assistance et service religieux.[12]

Le point important n'est pas de plaquer sur le IVe siècle l'hôpital universitaire moderne. C'est de constater une innovation chrétienne : l'évêque organise durablement une institution où les malades et les pauvres sont accueillis non comme déchets sociaux, mais comme personnes confiées à la communauté.

La Basiliade correspond à une intuition profondément catholique : l'évêque n'est pas seulement gardien de la doctrine ; il est aussi père des pauvres. La charité n'est pas laissée au hasard de quelques dons privés. Elle devient institution ecclésiale.

Fabiola : l'hôpital de Rome et le témoignage de saint Jérôme

En Occident, la figure de sainte Fabiola est décisive. Veuve romaine de haute naissance, pénitente et disciple du cercle de saint Jérôme, elle consacre ses biens au service des pauvres et fonde un hôpital à Rome. La lettre 77 de Jérôme, adressée à Oceanus après la mort de Fabiola en 399, rapporte son œuvre et la présente comme un fait majeur de charité chrétienne.[13]

Jérôme insiste sur le caractère concret de cette charité : Fabiola ne se contente pas de donner de loin ; elle sert les malades, les recueille, s'approche des plaies et des corps rejetés. L'intérêt du témoignage tient à sa proximité : ce n'est pas une légende médiévale tardive, mais une source patristique presque contemporaine.

Jérôme rapporte que Fabiola établit la première un hôpital pour y recueillir les souffrants ramassés dans les rues et y soigner les malheureuses victimes de la maladie et du besoin — paraphrase et traduction de travail d'après le texte anglais, le latin (P.L., XXII, 694) n'ayant pu être consulté directement.[14]

Cette formule vaut pour Rome et l'Occident latin, non pour toute l'histoire universelle du soin. Elle n'en demeure pas moins forte : dès l'Antiquité chrétienne, la foi produit des lieux publics où les malades pauvres sont reçus pour eux-mêmes.

Le Moyen Âge : hôtelleries, léproseries et ordres hospitaliers

Les monastères : accueillir le Christ malade

Le vocabulaire même d'« hôpital » vient du monde de l'hospitalité : hospes, l'hôte ; hospitium, le lieu où l'on reçoit.[15] La frontière entre hôtellerie, hospice, maison des pauvres, infirmerie et hôpital n'est pas toujours nette au Moyen Âge. Cette ambiguïté n'est pas une faiblesse : elle manifeste une époque où le voyageur, le pauvre, le malade et le pèlerin sont souvent les mêmes personnes.

La règle de saint Benoît demande de recevoir tous les hôtes comme le Christ.[16] Les monastères développent des infirmeries pour les moines, des hôtelleries pour les voyageurs, des aumôneries pour les pauvres. Le soin n'est pas encore médicalisé au sens moderne, mais il unit repos, nourriture, propreté, prière, présence et remèdes disponibles.

Les léproseries : séparer sans abandonner

La lèpre et les maladies assimilées produisent une peur sociale puissante. Le Moyen Âge chrétien a pu imposer des séparations très dures aux lépreux ; il ne faut pas idéaliser ces pratiques. Mais l'autre face du dossier est l'apparition massive de léproseries, souvent liées à l'Église, où les exclus reçoivent nourriture, toit, soins et vie religieuse.

La Catholic Encyclopedia rappelle que les famines et pestes médiévales ont provoqué la création de nombreuses institutions, notamment de léproseries, qui devinrent parfois ensuite des hôpitaux généraux lorsque l'épidémie reculait.[17]

Forme médiévaleFonctionApport ecclésial
Infirmerie monastiqueSoigner les religieux et parfois des pauvresDiscipline, repos, prière, pharmacie monastique
HôtellerieAccueillir pèlerins et voyageursHospitalité comme devoir spirituel
LéproserieAccueillir ou isoler les lépreuxNe pas abandonner les exclus
Hôtel-Dieu urbainRecevoir malades et pauvresInstitution publique de charité chrétienne
Ordre hospitalierSoigner, protéger, organiserProfessionnalisation religieuse du soin

Les ordres hospitaliers : une vocation religieuse du soin

Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, les Antonins, les Frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu, les Camilliens, les Filles de la Charité et de nombreuses congrégations féminines ou masculines donnent au soin une forme vocationnelle. Soigner devient un chemin de consécration.

Cette évolution est décisive. Dans l'Église, le soin des malades n'est pas seulement une profession utile ; il peut devenir un état de vie, un vœu, une règle, une mission communautaire. Des générations de religieux et religieuses ont passé leur vie dans les salles communes, les lazarets, les hospices, les infirmeries militaires, les dispensaires missionnaires et les chambres de mourants.

La révolution chrétienne du malade pauvre

Le malade n'est pas défini par son utilité

La modernité aime parler de dignité humaine. L'Église en a donné une traduction institutionnelle très ancienne : accueillir celui qui ne produit plus, qui coûte, qui sent mauvais, qui ne guérira peut-être pas, qui n'a pas de famille ou qui ne peut pas payer.

Cette logique ne vient pas d'une théorie abstraite. Elle vient du Christ pauvre et souffrant. Le malade possède une dignité qui ne dépend ni de son autonomie, ni de sa rentabilité, ni de son pronostic, ni de son apparence. C'est pourquoi l'hôpital catholique est particulièrement jugé sur les personnes qu'un système efficace voudrait écarter : mourants, handicapés lourds, migrants, pauvres, enfants à naître, personnes âgées, malades psychiques, incurables.

Le soin du corps et le soin de l'âme

L'Église refuse de réduire la personne à son corps, mais elle refuse aussi de mépriser le corps. Le corps malade doit être soigné, lavé, soulagé, nourri, opéré, rééduqué. L'âme malade doit être écoutée, consolée, confessée, fortifiée par l'Eucharistie, préparée à mourir si l'heure vient.

Cette unité explique la présence d'aumôneries hospitalières. Le prêtre, le diacre, le religieux, la religieuse ou le laïc formé n'est pas un supplément décoratif dans l'hôpital : il rappelle que la souffrance atteint le sens, la peur, la culpabilité, la solitude, la prière et parfois la réconciliation familiale.

Guérir quand c'est possible, accompagner toujours

Un hôpital catholique ne doit jamais opposer science et compassion. La compétence médicale est une exigence morale. Mal diagnostiquer, mal opérer, mal stériliser, mal former, mal gérer les médicaments n'est pas seulement une erreur technique ; c'est une faute contre le malade.

Mais la médecine atteint toujours une limite : on ne guérit pas tout. Là se révèle une différence chrétienne majeure. Quand la guérison devient impossible, l'accompagnement demeure obligatoire. La personne ne perd pas sa valeur parce qu'elle entre en phase terminale.

Le magistère contemporain : souffrance, santé et dignité

Salvifici doloris : la souffrance n'est pas absurde

Dans Salvifici doloris (1984), Jean-Paul II ne donne pas un manuel d'organisation hospitalière. Il donne la théologie de fond qui permet de comprendre pourquoi l'Église entre dans le monde de la souffrance sans désespoir.

La souffrance reste un mal à combattre. Mais dans le Christ crucifié et ressuscité, elle peut être unie à l'amour rédempteur. Cette affirmation ne supprime ni la médecine, ni l'antalgie, ni la psychologie, ni l'aide sociale. Elle empêche de dire au malade : ta vie n'a plus de sens.

Jean-Paul II insiste aussi sur le rôle des institutions, tout en rappelant leur limite. Les organisations sont indispensables, mais elles ne peuvent pas remplacer le cœur humain devant la souffrance d'autrui.[18]

« Les institutions sont très importantes et indispensables ; cependant aucune institution ne peut par elle-même remplacer le cœur humain […]. » — Saint Jean-Paul II, Salvifici doloris, n. 29[19]

Dolentium hominum : coordonner l'apostolat catholique de la santé

Le 11 février 1985, Jean-Paul II crée par le motu proprio Dolentium hominum une Commission pontificale pour l'apostolat des personnels de santé. Le texte veut coordonner les institutions catholiques, religieuses et laïques, engagées dans l'apostolat des malades.[20]

Le document précise plusieurs missions : favoriser la formation éthique et religieuse des soignants, étudier les orientations de politique sanitaire, soutenir la pastorale de l'Église dans le monde de la santé, et mieux répondre aux besoins des personnes souffrantes.[21]

Cette création romaine montre que l'hôpital n'est pas seulement un sujet local de congrégations. Il est devenu un champ universel de mission : bioéthique, soins palliatifs, politiques publiques, recherche, formation, droits du malade, conscience des soignants. Le Conseil pontifical lui-même a été supprimé le 1er janvier 2017, ses compétences étant transférées au Dicastère pour le service du développement humain intégral.[22]

La Charte des personnels de santé

La Charte des personnels de la santé publiée en 1995 par le Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé, puis révisée dans une nouvelle charte publiée en 2016, présente le soignant comme un ministre de la vie.[23][24]

Cette expression est forte. Elle ne signifie pas que tout soignant catholique serait clerc ou religieux. Elle signifie que son travail touche directement un mystère confié : la vie humaine, depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. Le lit d'hôpital devient ainsi un lieu de vérité morale.

Les sacrements à l'hôpital

Le rôle de l'Église dans les hôpitaux ne se réduit pas aux bâtiments qu'elle possède. Même dans un hôpital public ou laïque, l'Église demande que les fidèles puissent recevoir accompagnement spirituel, confession, communion, onction des malades et présence au moment de mourir.

Le Catéchisme présente l'onction des malades comme un sacrement destiné à soutenir ceux qui commencent à être en danger en raison de la maladie ou de la vieillesse.[25] Ce sacrement ne remplace pas le traitement médical. Il donne au malade la grâce du Christ souffrant, la paix, le courage, parfois le relèvement corporel si Dieu le veut, et la préparation au passage ultime.

Le réseau contemporain des hôpitaux catholiques

Les chiffres mondiaux de Fides 2025

Le dossier Fides « Catholic Church Statistics 2025 » du mois missionnaire (octobre 2025 ; données mises à jour au 31 décembre 2023, Annuarium Statisticum) donne l'ordre de grandeur de la présence sanitaire catholique. Le total mondial des institutions sanitaires, caritatives et d'assistance liées à l'Église atteint 103 951.[26]

Type d'institution liée à l'ÉgliseTotal mondial Fides 2025
Hôpitaux5 377
Dispensaires13 895
Léproseries / centres pour personnes atteintes de la lèpre504
Maisons pour personnes âgées, malades chroniques ou handicapées15 566
Orphelinats8 593
Crèches10 858
Centres de conseil matrimonial10 827
Centres d'éducation ou rééducation sociale3 147
Autres institutions35 184
Total sanitaire, caritatif et assistance103 951

Ces chiffres ne signifient pas que le Vatican administre directement plus de cinq mille hôpitaux. Ils désignent un réseau mondial : diocèses, congrégations, ordres, fondations, associations, œuvres missionnaires, Caritas, initiatives locales. L'Église agit ici comme une communion d'institutions, non comme une multinationale centralisée.

Où se trouvent les hôpitaux ?

Fides donne aussi une répartition continentale. L'Afrique compte 1 634 hôpitaux et 4 973 dispensaires liés à l'Église ; l'Amérique 1 391 hôpitaux et 3 520 dispensaires ; l'Asie 1 166 hôpitaux et 2 449 dispensaires ; l'Europe 960 hôpitaux et 2 397 dispensaires ; l'Océanie 226 hôpitaux et 556 dispensaires.[27]

ContinentHôpitauxDispensairesLéproseries
Afrique1 6344 973189
Amérique1 3913 52038
Asie1 1662 449257
Europe9602 39720
Océanie2265560
Total5 37713 895504

Cette géographie parle d'elle-même. Les hôpitaux catholiques ne sont pas seulement un héritage européen. Ils se concentrent fortement dans les continents où la pauvreté médicale, les distances, les crises sanitaires et les fragilités institutionnelles rendent les dispensaires et hôpitaux missionnaires décisifs.

Dispensaires, léproseries et maisons de soins

L'hôpital moderne attire l'attention, mais le rôle sanitaire de l'Église passe souvent par des structures plus modestes : dispensaires ruraux, centres anti-lèpre, maternités, maisons pour personnes âgées, soins de suite, centres pour handicapés, pharmacies missionnaires, équipes mobiles.

Ces lieux sont parfois plus importants que les grands hôpitaux urbains. Dans certaines régions, un dispensaire catholique est le premier point d'accès à une vaccination, un accouchement suivi, un antipaludéen, un test VIH, un pansement propre ou une référence vers un chirurgien.

Objections et réponses

L'Église a-t-elle vraiment inventé l'hôpital ?

La réponse la plus rigoureuse est nuancée. Non, si l'on entend par là toute forme de médecine organisée, de lieu de guérison ou de soin collectif : des formes antérieures existent. Oui, si l'on parle d'une matrice institutionnelle durable où le malade pauvre, étranger ou incurable est accueilli comme une personne à soigner par charité religieuse, avec logement et assistance.

Les historiens contemporains débattent les définitions : hôpital comme lieu d'hébergement, comme lieu de soin médical, comme institution publique, comme enseignement clinique, comme charité organisée. Cette discussion est saine. Elle empêche le slogan simpliste, mais elle ne détruit pas le fait massif : le christianisme a transformé l'accueil des malades en mission ecclésiale permanente.[28]

Les hôpitaux catholiques ne servent-ils que les catholiques ?

Non. La logique catholique authentique sert la personne malade comme personne, non comme membre d'un groupe confessionnel. Les hôpitaux missionnaires ont soigné des catholiques, des non-catholiques, des musulmans, des hindous, des bouddhistes, des animistes, des athées, des pauvres sans identité administrative stable.

Cela ne signifie pas que la foi soit cachée ou honteuse. Cela signifie que le soin n'est pas conditionné par la conversion. Benoît XVI l'a formulé pour la charité chrétienne en général : l'amour est gratuit et ne doit pas devenir un moyen de prosélytisme.[29]

Les règles morales catholiques empêchent-elles de soigner ?

Cette objection revient souvent sur l'avortement, l'euthanasie, la stérilisation, la procréation artificielle ou certaines coopérations institutionnelles. La réponse catholique tient en une distinction : l'Église veut soigner toute personne ; elle refuse que le soin se transforme en suppression d'une vie innocente ou en acte contraire à la dignité humaine.

Un hôpital catholique doit donc être excellent en médecine, mais il ne peut pas tout faire au nom de la technique disponible. Sa fidélité morale n'est pas un refus du malade ; elle est une certaine idée du malade, de l'enfant à naître, du mourant, de la sexualité, de la conscience du soignant et de la vie humaine.

Les scandales annulent-ils le témoignage hospitalier ?

Non, mais ils obligent à la conversion. Des institutions catholiques ont pu connaître négligences, mauvaise gestion, abus d'autorité, compromis politiques, inégalités d'accès ou perte d'identité chrétienne. Un article catholique ne doit pas le nier. La charité institutionnelle peut se bureaucratiser ; un hôpital catholique peut garder un nom religieux tout en perdant l'esprit du Bon Samaritain.

La réponse n'est pas de supprimer la mission sanitaire de l'Église. Elle est de la purifier : transparence, protection des personnes vulnérables, qualité médicale, justice salariale, respect des consciences, priorité réelle aux pauvres, gouvernance compétente, fidélité doctrinale.

Les défis actuels de l'hôpital catholique

Garder l'identité catholique dans des systèmes complexes

Beaucoup d'hôpitaux catholiques sont intégrés à des systèmes de santé publics, assurantiels, réglementaires ou partenariaux. Ils dépendent parfois de financements publics, de normes nationales, de réseaux de mutuelles, de coopérations universitaires ou de groupes hospitaliers.

Le défi est réel : comment rester catholique sans devenir sectaire, et comment coopérer sans diluer sa mission ? La réponse demande des chartes claires, des responsables formés, des aumôneries vivantes, une bioéthique assumée et une attention concrète aux plus pauvres.

Défendre la vie au début et à la fin

Les débats contemporains sur l'avortement, le diagnostic prénatal, l'euthanasie, le suicide assisté, la sédation, le handicap et les soins palliatifs placent l'hôpital catholique sur une ligne de crête. Il doit soulager sans tuer, accompagner sans abandonner, respecter la conscience sans déserter la médecine.

La tradition catholique reconnaît qu'il n'est pas obligatoire d'utiliser des moyens disproportionnés pour prolonger biologiquement la vie à tout prix.[30] Mais elle refuse l'acte ou l'omission qui vise directement à provoquer la mort. Cette distinction est souvent difficile dans les cas concrets ; elle est pourtant essentielle pour ne pas confondre soin palliatif et euthanasie.

Former des soignants compétents et spirituels

Le grand besoin n'est pas seulement d'avoir des bâtiments catholiques. Il est d'avoir des soignants catholiques, ou au moins des soignants formés à respecter la vision catholique de la personne : médecins, infirmiers, aides-soignants, sages-femmes, pharmaciens, psychologues, directeurs, chercheurs, bénévoles, aumôniers.

La compétence technique ne suffit pas. Un excellent chirurgien peut humilier un malade ; une équipe efficace peut traiter une personne comme un flux ; une administration performante peut devenir dure envers les pauvres. L'Église rappelle que le soin est un acte humain avant d'être un acte industriel.

Synthèse catholique

Le rôle de l'Église dans les hôpitaux peut se résumer en cinq propositions.

PropositionSens catholique
Le malade rend le Christ présentMatthieu 25 fonde une charité qui voit plus qu'un cas médical
La médecine est une œuvre de miséricordeSoigner n'est pas seulement réparer un corps, mais servir une personne
L'institution est nécessaireLes hôpitaux, dispensaires et léproseries donnent une forme durable à la charité
L'institution ne suffit pasAucun système ne remplace la compassion concrète du soignant
La dignité humaine fixe les limitesTout soin doit respecter la vie, la conscience et la destinée éternelle de la personne

L'Église n'a pas seulement prié dans les hôpitaux : elle en a fondé, organisé, financé, habité et inspiré des milliers. Son apport n'est pas d'avoir remplacé la science médicale par la religion, mais d'avoir rappelé sans cesse que la science médicale existe pour servir une personne aimée de Dieu.

Pour aller plus loin

Sources principales

  • Saint Jérôme, Lettre 77 à Oceanus, 399, texte anglais New Advent d'après les Nicene and Post-Nicene Fathers.
  • Catholic Encyclopedia, "Hospitals", Robert Appleton Company, New York, 1910, texte New Advent.
  • Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Salvifici doloris, 11 février 1984, texte officiel Vatican.va.
  • Saint Jean-Paul II, motu proprio Dolentium hominum, 11 février 1985, texte officiel Vatican.va.
  • Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé, Charte des personnels de la santé, 1995, texte officiel Vatican.va.
  • Dicastère pour le Service du développement humain intégral, Nouvelle Charte des personnels de la santé, 2016.
  • Agenzia Fides / Salle de presse du Saint-Siège, Catholic Church Statistics 2025, dossier du mois missionnaire (octobre 2025), données mises à jour au 31 décembre 2023.
  • D. W. Amundsen et travaux d'histoire médicale via synthèses académiques récentes sur les origines chrétiennes de l'hôpital.

Notes et références

  1. Évangile selon saint Matthieu, 25, 31-46, Bible de Jérusalem : le jugement dernier identifie le service des affamés, étrangers, nus, malades et prisonniers au service rendu au Christ.

    1 7
  2. In-Sok Yeo, "The Birth of Hospital, Asclepius Cult and Early Christianity", Uisahak (Revue coréenne d'histoire de la médecine), vol. 26, n. 1, avril 2017, p. 3-28 : définit l'hôpital comme institution logeant des patients pour traitement et attribue à Basile de Césarée la création d'un premier hôpital en 369, tout en soulignant le rôle du contexte médical grec et du culte d'Asclépios. Concordant : Catholic Encyclopedia, « Hospitals », Robert Appleton Company, 1910, texte New Advent : fondation de saint Basile à Césarée de Cappadoce en 369, la « Basilias », décrite par saint Grégoire de Nazianze (Or. 43, In laudem Basilii / Or. fun. in Basil., P.G., XXXVI, 578-579 ; l'oraison funèbre de Basile est bien l'Or. 43, P.G. XXXVI, 493-605 — et non l'Or. 39, In sancta lumina). Dates de Basile : né probablement en 329, mort le 1er janvier 379 (Catholic Encyclopedia, « St. Basil the Great »).

    2 11 12 28
  3. Salle de presse du Saint-Siège / Agenzia Fides, Catholic Church Statistics 2025, dossier PDF « Missionary October — XCIX World Mission Sunday, 19 octobre 2025 », données de l'Annuarium Statisticum (Church's Book of Statistics) mises à jour au 31 décembre 2023, p. 5 et p. 11 : 103 951 centres sanitaires, caritatifs et d'assistance ; 5 377 hôpitaux ; 13 895 dispensaires ; 504 centres pour personnes atteintes de la lèpre.

    3 26
  4. Évangile selon saint Luc, 7, 18-23 : Jésus répond aux envoyés de Jean-Baptiste par les signes messianiques, dont les guérisons des aveugles, boiteux, lépreux et sourds.

    4
  5. Jean-Paul II, motu proprio Dolentium hominum, 11 février 1985, n. 1, texte officiel français Vatican.va : l'Église a toujours exprimé un vif intérêt pour le monde de la souffrance en suivant l'exemple de son Fondateur ; le même numéro reprend Salvifici doloris, n. 16, en écrivant que « le Christ s'est sans cesse approché du monde de la souffrance humaine » (là où Salvifici doloris porte « s'est sans cesse fait proche du monde de la souffrance humaine »).

    5 6
  6. Jean-Paul II, lettre apostolique Salvifici doloris, 11 février 1984, n. 30, texte officiel français Vatican.va : la parabole du Bon Samaritain accompagne l'histoire de l'Église et « L'Évangile est la négation de la passivité en face de la souffrance ».

    8 9
  7. Catholic Encyclopedia, « Hospitals », Robert Appleton Company, New York, 1910 (transcription Wikisource de la CE 1913) : « The fact that the first hospitals were founded in the East accounts for the use, even in the West, of names derived from the Greek to designate the main purpose of each institution. Of the terms most frequently met with the Nosocomium was for the sick; the Brephotrophium for foundlings; the Orphanotrophium for orphans; the Ptochium for the poor who were unable to work; the Gerontochium for the aged; the Xenodochium for poor or infirm pilgrims. » (soit : nosocomium — malades ; brephotrophium — enfants trouvés ; orphanotrophium — orphelins ; ptochium — pauvres incapables de travailler ; gerontochium — vieillards ; xenodochium — pèlerins pauvres ou infirmes). L'intermédiaire Lütz via Veyne, page exacte non vérifiable en séance, est retiré : seule l'attestation directe est conservée.

    10
  8. Saint Jérôme, Lettre 77 à Oceanus (« De morte Fabiolae »), 399, n. 6 : paraphrase et traduction de travail d'après le texte anglais New Advent (Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 6) — « She was the first person to found a hospital, into which she might gather sufferers out of the streets, and where she might nurse the unfortunate victims of sickness and want » ; texte latin (Ep. LXXVII, P.L., XXII, 694) non consulté directement en séance : aucune parole n'est donc présentée ici comme verbatim de Jérôme. Concordant : Catholic Encyclopedia, « Hospitals », 1910 : « In the West, the earliest foundation was that of Fabiola at Rome about 400 » et « She first of all […] established a nosocomium to gather in the sick from the streets and to nurse the wretched sufferers wasted with poverty and disease » (Ep. LXXVII, P.L., XXII, 694). Portée : Rome et l'Occident latin, non l'histoire universelle du soin.

    13 14
  9. Charles B. Herbermann et al., "Hospitals", The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910, texte New Advent : étymologie latine hospes, hospitalis, hospitium.

    15
  10. Saint Benoît de Nursie, Règle, ch. 53, n. 1 : tous les hôtes qui surviennent doivent être reçus comme le Christ ; édition critique Sources chrétiennes n^os^ 181-186, Cerf, 1971-1972.

    16
  11. Charles B. Herbermann et al., "Hospitals", The Catholic Encyclopedia, vol. 7, 1910, section "Middle Ages", texte New Advent : fondations hospitalières médiévales, léproseries et transformation de certaines maisons de lépreux en hôpitaux généraux.

    17
  12. Jean-Paul II, Salvifici doloris, 11 février 1984, n. 29, texte officiel français Vatican.va : « Les institutions sont très importantes et indispensables ; cependant aucune institution ne peut par elle-même remplacer le cœur humain, la compassion humaine, l'amour humain, l'initiative humaine, lorsqu'il s'agit d'aller à la rencontre de la souffrance d'autrui. »

    18 19
  13. Jean-Paul II, Dolentium hominum, n. 6, 11 février 1985 : constitution d'une Commission pontificale pour l'apostolat des personnels de santé, destinée à coordonner les institutions catholiques engagées dans l'apostolat des malades.

    20
  14. Jean-Paul II, Dolentium hominum, n. 5, texte officiel français Vatican.va : formation éthique et religieuse des personnels de santé, étude des politiques sanitaires et soutien à la pastorale de la santé.

    21
  15. François, motu proprio Humanam progressionem, 17 août 2016, texte officiel Vatican.va : à compter du 1er janvier 2017, les compétences du Conseil pontifical pour les personnels de santé (avec Justice et Paix, Cor Unum et Migrants) sont fusionnées dans le Dicastère pour le service du développement humain intégral ; les art. 142-153 de la constitution Pastor Bonus sont abrogés.

    22
  16. Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé, Charte des personnels de la santé, Vatican, 1995, présentation officielle Vatican.va : code déontologique approuvé par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, destiné aux travailleurs de la santé.

    23
  17. Dicastère pour le Service du développement humain intégral, Nouvelle Charte des personnels de la santé, publiée fin 2016, présentation officielle humandevelopment.va : révision de la charte en conservant la structure centrée sur la vocation des personnels de santé comme ministres de la vie.

    24
  18. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1499-1532, spécialement §§ 1514-1515 : destinataires et effets de l'onction des malades.

    25
  19. Salle de presse du Saint-Siège / Agenzia Fides, Catholic Church Statistics 2025, dossier « Missionary October » (octobre 2025, données de l'Annuarium Statisticum au 31 décembre 2023), tableau "Hospital/clinics, charity work, welfare", p. 11 : répartition continentale des hôpitaux, dispensaires et centres pour personnes atteintes de la lèpre.

    27
  20. Benoît XVI, encyclique Deus caritas est, 25 décembre 2005, n. 31c : la charité ne doit pas être un moyen de prosélytisme ; l'amour est gratuit.

    29
  21. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2276-2279 : respect des personnes en fin de vie, refus de l'euthanasie, légitimité du refus de moyens disproportionnés et importance des soins palliatifs.

    30