Une exhortation apostolique est un document pontifical par lequel le pape encourage les fidèles à vivre une pratique chrétienne, approfondit un thème pastoral ou — le plus souvent depuis 1975 — recueille et prolonge les travaux d'un Synode des évêques. Contrairement à l'encyclique, elle ne prétend pas exposer systématiquement une doctrine ; contrairement à la constitution apostolique, elle ne sert jamais à définir un dogme ou à promulguer une loi de l'Église. C'est un genre d'exhortation pastorale, au ton souvent plus personnel et plus proche du terrain que les autres actes du Magistère pontifical.
Le genre existait de façon sporadique depuis le XIXᵉ siècle, mais c'est Paul VI qui, avec Evangelii Nuntiandi le 8 décembre 1975, lui donne sa forme moderne et son usage le plus caractéristique : recueillir les travaux d'une assemblée du Synode des évêques que le pape signe ensuite en son nom propre. Depuis cette date, chaque pontificat a produit sa série d'exhortations post-synodales — sur l'évangélisation, la famille, les laïcs, la formation des prêtres, la vie consacrée, l'Eucharistie, la Parole de Dieu, la joie de l'Évangile, l'amour dans la famille, la jeunesse, l'Amazonie — auxquelles s'ajoutent, plus rarement, des exhortations rédigées hors de tout Synode, comme Gaudete et Exsultate (2018) sur la sainteté ou Dilexi Te (2025) de Léon XIV sur l'amour envers les pauvres.
Cet article retrace la naissance du genre, dresse le panorama chronologique des exhortations publiées depuis 1975, précise leur statut magistériel exact — qui n'est ni celui d'une simple homélie, ni celui d'une définition dogmatique —, et décrit l'anatomie formelle qui les distingue des autres actes pontificaux : bulles, constitutions apostoliques, encycliques et motu proprio, chacun traité dans son propre article Ignispedia.
Qu'est-ce qu'une exhortation apostolique ? Étymologie et nature de l'acte
Du latin exhortari à l'acte pontifical contemporain
Le mot exhortation vient du latin exhortari, verbe composé du préfixe intensif ex- et de hortari, « encourager, inciter, presser vivement » — le même radical que l'on retrouve dans hortatoire.[1] Le sens du mot est donc, dès son étymologie, celui d'un encouragement pressant plutôt que d'un enseignement systématique ou d'une définition juridique : exhorter, ce n'est pas d'abord démontrer ou légiférer, c'est inviter avec insistance à une conduite, une conversion, un approfondissement. Cette nuance étymologique explique le ton particulier de la plupart des exhortations apostoliques, plus proche de l'adresse pastorale que du traité doctrinal ou du texte de loi.
Appliqué aux actes du Saint-Siège, le terme exhortation apostolique désigne un document par lequel le pape, en vertu de sa charge propre de docteur et pasteur suprême, encourage l'ensemble de l'Église — ou une catégorie précise de fidèles (les jeunes, les laïcs, les consacrés, le clergé) — à approfondir un aspect de la vie chrétienne. Le genre n'a pas de définition juridique fixée par le Code de droit canonique de 1983, qui ne l'énumère pas parmi les actes normatifs formels ; il appartient à la catégorie plus large des actes du magistère authentique non définitif du pape, au même titre que l'encyclique ordinaire.
Une différence capitale avec l'encyclique : pas de doctrine nouvelle
Le trait le plus stable qui distingue l'exhortation apostolique de l'encyclique n'est pas de forme mais de fonction : une encyclique expose en général une doctrine de façon relativement autonome, tandis qu'une exhortation apostolique recueille, synthétise et prolonge un travail collégial antérieur — le plus souvent les travaux d'une assemblée du Synode des évêques — sans prétendre à l'exhaustivité doctrinale du genre encyclique. En ce sens, la logique de ces textes est celle d'une réponse du pape à une consultation collégiale, non l'exposé ex nihilo d'un enseignement pontifical solitaire. Concrètement, une exhortation post-synodale s'ouvre presque toujours par un rappel explicite de l'assemblée synodale dont elle est issue — ses dates, son thème, le nombre de propositiones votées par les pères synodaux — avant de développer, en première personne, la réflexion du pape sur ce matériau.
Un genre déjà ancien, mais mineur, avant 1975
Des exhortations pontificales isolées depuis le XIXe siècle
Avant que Paul VI ne lui donne sa forme post-synodale caractéristique, l'exhortation apostolique existait déjà comme genre mineur de la chancellerie romaine, utilisé de façon occasionnelle par plusieurs papes du XIXᵉ et du XXᵉ siècle pour des adresses pastorales ponctuelles, généralement moins solennelles qu'une encyclique et moins normatives qu'une constitution apostolique. Ces textes anciens restent, pour la plupart, peu étudiés et peu réédités, à la différence des grandes encycliques du même siècle ; ils n'ont jamais constitué, avant 1975, un corpus organisé ni un rythme régulier de publication.
Menti Nostrae (1950) : l'exhortation la mieux attestée avant le Concile
L'exemple le mieux documenté et le plus souvent cité de cette période antérieure est l'exhortation apostolique Menti Nostrae de Pie XII, publiée à Rome le 23 septembre 1950 et adressée au clergé du monde catholique sur la sainteté de la vie sacerdotale.[2] Le texte, qui insiste sur la formation spirituelle continue des prêtres, la direction spirituelle, l'oraison mentale quotidienne et la vie de pauvreté évangélique du clergé séculier, illustre le type d'usage que ce genre documentaire connaissait avant Vatican II : une adresse pastorale substantielle, mais circonscrite à une catégorie de destinataires précise (ici le clergé), sans lien avec une consultation synodale préalable — pour cause, le Synode des évêques moderne n'existait pas encore. Ce n'est qu'avec l'institution du Synode des évêques par Paul VI, le 15 septembre 1965, par le motu proprio Apostolica Sollicitudo, que les conditions structurelles d'un usage régulier et post-synodal du genre sont réunies.[3]
📖 Voir l'article détaillé — Les synodes dans l'histoire de l'Église, pour l'institution du Synode des évêques en 1965 et son fonctionnement.
Paul VI invente l'exhortation post-synodale : Evangelii Nuntiandi (1975)
Le Synode de 1974 sur l'évangélisation et son incapacité à trancher
En octobre et novembre 1974, Paul VI réunit à Rome la troisième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, consacrée à l'évangélisation dans le monde contemporain. L'assemblée, qui devait clore ses travaux par un texte de synthèse commun, ne parvient pas à s'accorder sur une position unifiée capable de faire droit à la fois à la théologie missionnaire traditionnelle et aux théologies de la libération alors en plein essor en Amérique latine : les pères synodaux remettent finalement au pape le résultat de leurs délibérations, sans document de conclusion arrêté collectivement.[4] Le cardinal Karol Wojtyła, archevêque de Cracovie et futur Jean-Paul II, alors consulteur au Conseil pontifical pour les laïcs, joue un rôle actif de rapporteur de synthèse dans la rédaction préparatoire, notamment via le document de travail connu sous le nom de « Document bleu ».[5] C'est sur cette base que Paul VI rédige, en un an, le texte qu'il publie le 8 décembre 1975 sous le titre Evangelii Nuntiandi — « L'annonce de l'Évangile ».
Le texte lui-même situe explicitement sa propre origine dans son deuxième paragraphe, en la rattachant à un triple contexte : la fin de l'Année Sainte, le dixième anniversaire de la clôture du concile Vatican II, et l'année qui suit immédiatement la troisième assemblée du Synode des évêques, dont les pères avaient demandé au pape « un élan nouveau » capable de susciter « des temps nouveaux d'évangélisation ».[6] Cette matrice — un Synode qui consulte, un pape qui rédige et signe en son nom propre — devient, à partir de ce texte, le schéma type de l'exhortation post-synodale pour les cinquante années suivantes.
Le cœur doctrinal d'Evangelii Nuntiandi : l'Église existe pour évangéliser
Le texte de Paul VI affirme, dans une formule restée l'une des plus citées du magistère du XXᵉ siècle sur la mission de l'Église :
« Évangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l'Église, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser. » — Paul VI, exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, n. 14, 8 décembre 1975[7]
Plus loin, le document articule un principe de méthode qui traversera toute la réflexion catholique postérieure sur la nouvelle évangélisation :
« L'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins. » — Paul VI, exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, n. 41, 8 décembre 1975[8]
Ce principe du témoignage comme condition de crédibilité de l'enseignement — et non son substitut — inspirera directement Jean-Paul II dans sa relance de la « nouvelle évangélisation » au tournant des années 1980-1990, puis le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation créé par Benoît XVI en 2010.
Marialis Cultus et Gaudete in Domino : les exhortations non post-synodales de Paul VI
Paul VI publie également, dans le même mouvement des années 1974-1975, deux exhortations qui ne sont pas issues d'un Synode. Marialis Cultus, le 2 février 1974, porte sur le bon ordre et le développement du culte marial et cherche à harmoniser les dévotions à la Vierge Marie avec la réforme liturgique de Vatican II.[9] Gaudete in Domino, le 9 mai 1975, traite de la joie chrétienne — un texte plus méditatif, structuré autour de la joie dans l'Ancien Testament, dans le Nouveau Testament, dans le cœur de Marie et des saints, puis dans la vie du peuple de Dieu à l'occasion de l'Année Sainte 1975.[10] Ces deux textes montrent que, dès l'origine, le genre de l'exhortation apostolique n'a jamais été réductible à sa seule forme post-synodale : il reste disponible pour toute adresse pastorale substantielle que le pape souhaite adresser sans passer par la médiation d'un Synode.
Jean-Paul II : le régime post-synodal devient la norme (1979-2003)
Catechesi Tradendae (1979), fruit du Synode sur la catéchèse
Élu en octobre 1978, Jean-Paul II hérite d'un Synode déjà tenu sous Paul VI sur le thème de la catéchèse. Il en tire, le 16 octobre 1979, sa première exhortation post-synodale, Catechesi Tradendae, consacrée à la transmission de la foi aux enfants, aux jeunes et aux adultes dans un monde marqué par la sécularisation croissante.[11] Le texte insiste sur le lien indissoluble entre catéchèse et vie liturgique, et prépare, en germe, le grand chantier qui aboutira treize ans plus tard à la publication du Catéchisme de l'Église catholique de 1992.
📖 Voir l'article détaillé — Le Catéchisme de l'Église catholique (1992), pour l'aboutissement du chantier catéchétique ouvert par ce Synode de 1977.
Familiaris Consortio (1981) : « Famille, deviens ce que tu es »
Le Synode de 1980 sur la famille donne lieu, le 22 novembre 1981, jour de la solennité du Christ-Roi, à l'exhortation Familiaris Consortio, sur les tâches de la famille chrétienne dans le monde d'aujourd'hui.[12] Le texte s'ouvre par une formule impérative restée célèbre dans la théologie du mariage :
« Famille, "deviens" ce que tu "es" ! » — Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris Consortio, n. 17, 22 novembre 1981[13]
Cette formule condense le principe théologique central du document : la famille reçoit de Dieu la mission de garder, révéler et communiquer l'amour, et se voit confier quatre tâches fondamentales — former une communauté de personnes, servir la vie, participer au développement de la société, participer à la vie et à la mission de l'Église.[14] Familiaris Consortio restera, pendant plus de trois décennies, le texte de référence de l'enseignement pontifical sur le mariage et la famille, jusqu'à ce que le double Synode de 2014-2015 conduise François à publier Amoris Laetitia.
Reconciliatio et Paenitentia (1984) et Christifideles Laici (1988)
Quelques mois plus tôt, hors de tout Synode, Jean-Paul II avait publié, le 25 mars 1984, à l'occasion de l'Année sainte extraordinaire de la Rédemption, l'exhortation Redemptionis Donum, adressée aux religieux et aux religieuses sur leur consécration à la lumière du mystère de la Rédemption.[15] Le Synode de 1983 sur la réconciliation et la pénitence donne naissance, le 2 décembre 1984, à l'exhortation Reconciliatio et Paenitentia, qui rappelle notamment les formes traditionnelles de la confession individuelle face à une pratique alors en recul dans plusieurs pays occidentaux, et précise les conditions strictes de l'absolution collective.[16] Quatre ans plus tard, le Synode de 1987 sur la vocation et la mission des laïcs aboutit, le 30 décembre 1988, à Christifideles Laici, qui développe la théologie du laïcat post-conciliaire — la participation des fidèles laïcs à la triple fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ par le baptême, et non par simple délégation cléricale.[17] Entre les deux, hors de tout Synode, Jean-Paul II publie le 15 août 1989 Redemptoris Custos, sur la personne et la mission de saint Joseph dans la vie du Christ et de l'Église, à l'occasion du centenaire de l'encyclique Quamquam Pluries de Léon XIII sur le même sujet.[18]
Pastores Dabo Vobis (1992) et Vita Consecrata (1996)
Le Synode de 1990 sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles donne l'exhortation Pastores Dabo Vobis, publiée le 25 mars 1992, qui structure aujourd'hui encore la formation des séminaristes autour de quatre dimensions — humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale.[19] Le Synode de 1994 sur la vie consacrée aboutit, le 25 mars 1996, en la solennité de l'Annonciation, à Vita Consecrata, qui rappelle la place des religieux et religieuses comme « mémoire vivante » du mode de vie adopté par Jésus lui-même.[20]
Les cinq exhortations continentales pour le grand Jubilé de 2000
Dans la préparation du grand Jubilé de l'an 2000, Jean-Paul II convoque une série de Synodes continentaux spéciaux dont chacun donne lieu à sa propre exhortation post-synodale : Ecclesia in Africa (14 septembre 1995), Ecclesia in America (22 janvier 1999), Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), Ecclesia in Oceania (22 novembre 2001) et Ecclesia in Europa (28 juin 2003).[21][22][23][24][25] Cette série continentale, sans précédent dans l'histoire du genre, illustre une caractéristique propre du pontificat de Jean-Paul II : la volonté de donner à chaque grande aire culturelle de l'Église un texte de référence adapté à ses défis pastoraux spécifiques — évangélisation et pauvreté en Afrique, sécularisme et immigration en Amérique, dialogue interreligieux en Asie, isolement géographique en Océanie, sécularisation et unité continentale en Europe. Dans le même esprit, l'Assemblée spéciale du Synode des évêques pour le Liban (1995) donne lieu à l'exhortation post-synodale Une espérance nouvelle pour le Liban, publiée le 10 mai 1997.[26] Le pontificat se clôt, sur ce terrain, par Pastores Gregis, publiée le 16 octobre 2003 à l'issue du Synode de 2001 sur l'évêque, quinzième et dernière exhortation apostolique du pontificat.[27]
Benoît XVI : quatre exhortations, toutes post-synodales
Sacramentum Caritatis (2007) sur l'Eucharistie
Benoît XVI, élu en avril 2005, publie sa première exhortation apostolique, Sacramentum Caritatis, le 22 février 2007, à l'issue du Synode de 2005 sur l'Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l'Église.[28] Le texte insiste sur le lien entre célébration eucharistique et adoration en dehors de la messe, sur la beauté de la liturgie comme voie d'accès au mystère, et sur les conséquences éthiques et sociales de la communion eucharistique.
📖 Voir l'article détaillé — Le Code de droit canonique de 1983 (Codex Iuris Canonici), pour le cadre juridique canon 897-958 relatif à la discipline eucharistique évoquée par le texte.
Verbum Domini, Africae Munus et Ecclesia in Medio Oriente
Trois autres exhortations post-synodales suivent, chacune fruit d'une assemblée synodale distincte : Verbum Domini, le 30 septembre 2010, sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église, issue du Synode de 2008.[29] Africae Munus, le 19 novembre 2011, signée à Ouidah au Bénin, sur la deuxième Assemblée spéciale pour l'Afrique de 2009, consacrée à la réconciliation, la justice et la paix.[30] Enfin Ecclesia in Medio Oriente, le 14 septembre 2012, publiée à Beyrouth, prolonge l'Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient de 2010, dans un contexte de tensions confessionnelles et d'émigration chrétienne massive hors de la région.[31] Le pontificat de Benoît XVI, qui compte quatre exhortations pour trois encycliques, illustre à quel point le genre post-synodal est devenu, en une génération, un pilier ordinaire du magistère pontifical, au même rang institutionnel que l'encyclique elle-même.
François : sept exhortations pour un genre élargi
Evangelii Gaudium (2013), la charte programmatique du pontificat
Élu en mars 2013, François publie dès le 24 novembre 2013 Evangelii Gaudium, à l'issue du Synode de 2012 sur la nouvelle évangélisation — mais le texte dépasse largement le compte rendu synodal pour devenir, de fait, la charte programmatique de tout son pontificat. Le document s'ouvre par une affirmation qui donne le ton de l'ensemble :
« La joie de l'Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l'isolement. » — François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 1, 24 novembre 2013[32]
Le texte développe ensuite une critique vigoureuse de ce qu'il appelle l'« économie de l'exclusion » :
« De même que le commandement de "ne pas tuer" pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd'hui, nous devons dire "non à une économie de l'exclusion et de la disparité sociale". Une telle économie tue. » — François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 53, 24 novembre 2013[33]
Et formule, sur la mission missionnaire de l'Église, l'une des images les plus reprises de tout son pontificat :
« Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu'une Église malade de la fermeture et du confort de s'accrocher à ses propres sécurités. » — François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 49, 24 novembre 2013[34]
Amoris Laetitia (2016) et la controverse des dubia
Le double Synode de 2014-2015 sur la famille aboutit, le 19 mars 2016, à Amoris Laetitia, sur l'amour dans la famille.[35] Le texte réaffirme l'ensemble de la doctrine catholique du mariage exposée par Familiaris Consortio, mais son chapitre VIII, consacré à l'accompagnement pastoral des situations dites « irrégulières », suscite dès septembre 2016 une demande formelle de clarification — les dubia — adressée au pape François par quatre cardinaux, Walter Brandmüller, Raymond Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner, rendue publique le 14 novembre 2016 faute de réponse directe du pape.[36] L'épisode, abondamment commenté dans la presse catholique mondiale, illustre concrètement pourquoi la connaissance exacte du statut magistériel d'une exhortation apostolique importe pour un catholique attentif : relevant du magistère authentique non définitif, Amoris Laetitia peut légitimement susciter des demandes de précision de la part de cardinaux ou de théologiens, sans que cela constitue en soi une rébellion contre le Magistère — le statut d'un tel texte n'équivaut jamais à celui d'une définition dogmatique irrévocable.
📖 Voir l'article détaillé — Les documents du Magistère, pour l'exposé complet des trois degrés d'assentiment doctrinal auxquels une exhortation apostolique peut, selon son contenu, engager le fidèle.
Gaudete et Exsultate (2018), une exhortation hors Synode sur la sainteté
Le 19 mars 2018, François publie Gaudete et Exsultate, sur l'appel à la sainteté dans le monde actuel — un texte qui, à la différence de la plupart des exhortations de son pontificat, n'est issu d'aucun Synode des évêques.[37] Le document distingue une sainteté « de la porte d'à côté », accessible dans le quotidien de chacun, et met en garde contre deux tentations spirituelles contemporaines qu'il nomme le néo-pélagianisme (la confiance excessive dans ses propres forces) et le néo-gnosticisme (une spiritualité réduite à une connaissance désincarnée).
Christus Vivit (2019) et Querida Amazonia (2020)
Le Synode de 2018 sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel donne lieu, le 25 mars 2019, à Christus Vivit, adressée aux jeunes et à tout le peuple de Dieu, qui s'ouvre par une profession de foi pascale :
« Il vit, le Christ, notre espérance, et il est la plus belle jeunesse de ce monde. […] Il vit et il te veut vivant ! » — François, exhortation apostolique Christus Vivit, n. 1, 25 mars 2019[38]
Un an plus tard, l'Assemblée spéciale du Synode pour la région panamazonienne d'octobre 2019 aboutit, le 2 février 2020, à Querida Amazonia, qui articule quatre « rêves » pour l'Amazonie — social, culturel, écologique et ecclésial :
« Je rêve d'une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones […] qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue […] qui préserve jalousement l'irrésistible beauté naturelle qui la décore […] [et] de communautés chrétiennes capables de se donner et de s'incarner en Amazonie. » — François, exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia, n. 7, 2 février 2020[39]
Le texte, très attendu sur la question controversée de l'ordination d'hommes mariés d'âge mûr (viri probati) pour combler la pénurie de prêtres dans la forêt amazonienne — une proposition votée par les pères synodaux au paragraphe 111 de leur document final —, choisit de ne pas reprendre cette demande et de réaffirmer au contraire la centralité du prêtre ordonné pour la présidence eucharistique, tout en appelant à multiplier les services confiés aux laïcs et aux femmes.
Laudate Deum et C'est la confiance (2023), deux textes hors Synode
En 2023, François publie coup sur coup deux exhortations qui ne procèdent d'aucun Synode. Laudate Deum, le 4 octobre 2023, en la fête de saint François d'Assise, prolonge et actualise huit ans après l'encyclique Laudato Si' sur la crise climatique, avec un ton plus direct sur l'urgence de l'action politique internationale.[40] Onze jours plus tard, le 15 octobre 2023, en l'année du cent-cinquantième anniversaire de la naissance de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, François signe C'est la confiance, exhortation rédigée en français — fait rare pour ce genre habituellement composé en italien puis traduit — sur la « petite voie » thérésienne comme chemin d'abandon confiant à l'amour miséricordieux de Dieu.[41]
Le Synode sur la synodalité (2024) : la rupture avec cinquante ans d'usage
Le double Synode sur la synodalité, réuni en octobre 2023 puis en octobre 2024, constitue un cas à part dans l'histoire du genre inauguré en 1975. À l'issue de la seconde session, le 26 octobre 2024, François choisit de ne pas publier d'exhortation apostolique post-synodale — pour la première fois depuis Evangelii Nuntiandi — et d'approuver directement le Document final voté par l'assemblée synodale comme faisant déjà partie du Magistère ordinaire du pape, sans repasser par la médiation rédactionnelle habituelle d'une exhortation signée en son seul nom.[42] Le pape justifie ce choix inédit en expliquant que « ce que nous avons approuvé est suffisant » et que le document contenait déjà « des indications très concrètes qui peuvent servir de guide pour la mission des Églises dans les différents continents et contextes ».[43] Cette rupture avec un demi-siècle de pratique constante — chaque Synode ordinaire depuis 1974 ayant reçu sa propre exhortation post-synodale — illustre que le genre, pour bien établi qu'il soit devenu, reste un choix de méthode laissé à l'appréciation du pape régnant, et non une obligation juridique fixée par le droit canonique.
Léon XIV : Dilexi Te (2025), un héritage assumé dès le début du pontificat
Un texte commencé par François, achevé et signé par Léon XIV
Élu le 8 mai 2025 sous le nom de Léon XIV, le cardinal Robert Francis Prevost publie, dès le 4 octobre 2025 — cinq mois seulement après son élection —, sa première exhortation apostolique, Dilexi Te, sur l'amour envers les pauvres. Le texte n'est pas issu d'un Synode : il poursuit directement un projet que François préparait dans les derniers mois de son pontificat, dans la continuité explicite de son encyclique Dilexit Nos sur le Cœur du Christ. Léon XIV l'explique lui-même dès l'ouverture du document :
« Je pense moi aussi qu'il est nécessaire d'insister sur ce chemin de sanctification, parce que dans cet appel [à reconnaître le Christ dans les pauvres] se révèle le cœur même du Christ. » — Léon XIV, exhortation apostolique Dilexi Te, n. 3, 4 octobre 2025[44]
Le texte développe une lecture biblique de l'option préférentielle pour les pauvres, citant notamment la parole du Seigneur à Moïse au buisson ardent :
« J'ai entendu son cri devant ses oppresseurs. […] Je suis descendu pour le délivrer. » — Cité par Léon XIV, exhortation apostolique Dilexi Te, n. 8, 4 octobre 2025[45]
Et conclut sur le caractère structurel, et non seulement charitable, de l'attention de l'Église aux pauvres :
« [L'option préférentielle pour les pauvres] exprime un choix décisif et radical en faveur des plus faibles. » — Léon XIV, exhortation apostolique Dilexi Te, n. 16, 4 octobre 2025[46]
Le geste éditorial — achever et signer sous son propre nom un texte initié par son prédécesseur — n'est pas sans précédent dans l'histoire récente du magistère pontifical : François avait de même achevé et publié en 2013, sous son propre nom, l'encyclique Lumen Fidei largement préparée par Benoît XVI. Dilexi Te montre ainsi que le genre de l'exhortation apostolique, cinquante ans après Evangelii Nuntiandi, continue d'évoluer tout en restant fidèle à sa fonction d'origine : donner une voix pontificale personnelle à un chantier pastoral qui dépasse la durée d'un seul pontificat.
Quel statut magistériel pour une exhortation apostolique ?
Le magistère authentique non définitif, troisième degré d'assentiment
Une exhortation apostolique relève, dans l'immense majorité des cas, du magistère ordinaire du pape — non du magistère extraordinaire qui s'exerce par une définition dogmatique solennelle ex cathedra ou par un concile œcuménique. Le canon 752 du Code de droit canonique de 1983 précise la nature de l'assentiment dû à ce type d'enseignement :
« Ce n'est pas un assentiment de foi qui est requis, mais une soumission religieuse de l'intelligence et de la volonté [...] même s'il n'a pas l'intention de la proclamer par un acte définitif. » — Code de droit canonique (1983), canon 752[47]
Cette « soumission religieuse de l'intelligence et de la volonté » — formule reprise et systématisée par l'instruction Donum Veritatis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1990 — constitue le troisième degré d'assentiment doctrinal, distinct de l'adhésion de foi divine et catholique due aux vérités formellement révélées, et de l'adhésion ferme et définitive due aux vérités que le Magistère propose comme définitivement tenues.[48] Concrètement, un catholique doit à une exhortation apostolique une réception docile et confiante de son enseignement pastoral et moral, sans que cela équivaille à devoir tenir chaque formulation du texte comme irréformable au même titre qu'un dogme défini.
Ce qu'une exhortation apostolique ne fait jamais
Depuis 1950 comme depuis 1975, aucune exhortation apostolique n'a jamais servi à définir un dogme au sens strict fixé par la constitution dogmatique Pastor Aeternus de Vatican I. Cette limite n'est pas un hasard rhétorique : la forme même de l'exhortation — un texte d'encouragement pastoral, souvent issu d'une consultation collégiale et rédigé en première personne — se prête mal à l'acte solennel et bref par lequel un pape définirait ex cathedra une vérité comme faisant désormais partie intégrante du dépôt de la foi. Les deux dogmes mariaux proclamés depuis le XIXᵉ siècle ont ainsi été promulgués non par exhortation ni même par encyclique, mais respectivement par une bulle (Ineffabilis Deus, 1854) et par une constitution apostolique (Munificentissimus Deus, 1950) — les formes les plus solennelles de la hiérarchie documentaire pontificale.
Le tableau suivant situe les principales exhortations apostoliques depuis 1975 selon leur origine synodale ou non synodale et leur thème dominant :
| Exhortation | Pape | Date | Origine | Thème principal |
|---|---|---|---|---|
| Evangelii Nuntiandi | Paul VI | 8 déc. 1975 | Synode 1974 | Évangélisation dans le monde moderne |
| Familiaris Consortio | Jean-Paul II | 22 nov. 1981 | Synode 1980 | Tâches de la famille chrétienne |
| Christifideles Laici | Jean-Paul II | 30 déc. 1988 | Synode 1987 | Vocation et mission des laïcs |
| Pastores Dabo Vobis | Jean-Paul II | 25 mars 1992 | Synode 1990 | Formation des prêtres |
| Vita Consecrata | Jean-Paul II | 25 mars 1996 | Synode 1994 | Vie consacrée |
| Sacramentum Caritatis | Benoît XVI | 22 fév. 2007 | Synode 2005 | Eucharistie |
| Verbum Domini | Benoît XVI | 30 sept. 2010 | Synode 2008 | Parole de Dieu |
| Evangelii Gaudium | François | 24 nov. 2013 | Synode 2012 | Joie de l'Évangile, nouvelle évangélisation |
| Amoris Laetitia | François | 19 mars 2016 | Synodes 2014-2015 | Amour dans la famille |
| Gaudete et Exsultate | François | 19 mars 2018 | hors Synode | Appel universel à la sainteté |
| Querida Amazonia | François | 2 fév. 2020 | Synode 2019 | Église en Amazonie |
| Dilexi Te | Léon XIV | 4 oct. 2025 | hors Synode | Amour envers les pauvres |
Comment recevoir une exhortation apostolique en cas d'incompréhension
Il arrive qu'une exhortation apostolique suscite, chez des fidèles ou des théologiens de bonne foi, une incompréhension ou l'impression d'une tension avec l'enseignement antérieur — le cas du chapitre VIII d'Amoris Laetitia en offre l'exemple le plus discuté du XXIᵉ siècle. La méthode catholique classique face à cette difficulté n'est ni le rejet immédiat au nom d'une fidélité prétendue à la Tradition, ni l'adhésion aveugle qui refuserait toute question légitime, mais ce que Benoît XVI a appelé l'herméneutique de la réforme dans la continuité : chercher, avant toute conclusion hâtive, comment le nouveau texte peut se lire en cohérence avec l'ensemble du dépôt reçu, avant d'envisager, dans les cas rares où cette lecture s'avérerait vraiment impossible, qu'une clarification ultérieure du Magistère lui-même soit nécessaire — comme l'ont demandé, sans jamais l'obtenir directement du pape François, les quatre cardinaux signataires des dubia de 2016.
Distinguer l'exhortation des autres genres de documents pontificaux
L'exhortation apostolique n'est qu'un genre parmi la dizaine d'actes que peut produire le Saint-Siège, et sa portée doctrinale ne se déduit jamais de son seul nom. Plusieurs genres voisins, chacun traité dans son propre article Ignispedia, méritent d'être brièvement distingués.
L'encyclique occupe un rang plus élevé dans l'exposé doctrinal systématique : c'est elle, et non l'exhortation, qui sert habituellement à développer un enseignement de façon relativement autonome, sans dépendre nécessairement d'une consultation synodale préalable.
📖 Voir l'article détaillé — Les encycliques, pour la lettre circulaire pontificale et ses degrés d'autorité.
La constitution apostolique occupe le sommet de la hiérarchie documentaire : c'est elle, et non l'exhortation, qui sert aux actes de gouvernement les plus solennels — définitions dogmatiques, promulgation de codes de droit, réorganisations institutionnelles majeures.
📖 Voir l'article détaillé — Les constitutions apostoliques, pour le sommet de la hiérarchie documentaire pontificale.
Le motu proprio désigne, lui, un acte que le pape prend « de son propre mouvement », sans y avoir été sollicité par un Synode ni consulté au préalable, et qui sert aujourd'hui principalement aux réformes législatives et institutionnelles — c'est précisément par un motu proprio, Apostolica Sollicitudo en 1965, que le Synode des évêques a lui-même été institué.
📖 Voir l'article détaillé — Les motu proprio, pour l'histoire du genre et l'inventaire des grands motu proprio contemporains.
Pour la cartographie complète de tous les actes pontificaux et curiaux — bulles, brefs, décrets, instructions, déclarations, notifications — l'article-hub de la famille reste le point d'entrée le plus complet.
📖 Voir l'article détaillé — Les documents du Magistère, pour la typologie complète de tous les actes pontificaux et curiaux et leurs degrés d'autorité respectifs.
Enfin, en amont de toute exhortation post-synodale, se trouve l'institution même qui la rend possible depuis 1965 :
📖 Voir l'article détaillé — Les synodes dans l'histoire de l'Église, pour l'histoire des synodes diocésains, provinciaux et du Synode des évêques dont les conclusions sont souvent reprises par une exhortation post-synodale.
Anatomie formelle d'une exhortation apostolique
Rédaction, langue et rapport au texte synodal source
Une exhortation post-synodale suit un cheminement institutionnel devenu classique depuis 1975 : une assemblée du Synode des évêques se réunit à Rome pendant plusieurs semaines autour d'un thème fixé à l'avance par le pape ; les pères synodaux votent, en fin d'assemblée, une série de propositions (propositiones) ou, plus récemment, un document final complet ; ce matériau est ensuite remis au pape, qui le fait travailler par ses services (le Secrétariat général du Synode, des théologiens consultants), avant de rédiger lui-même, en première personne et souvent en plusieurs versions successives, le texte définitif qu'il signe et publie sous sa propre autorité. Le texte de travail est le plus souvent composé dans la langue du pape régnant — l'italien pour Jean-Paul II, Benoît XVI et François, le français pour l'exception notable de C'est la confiance en 2023 — puis traduit dans les grandes langues internationales pour sa publication simultanée sur vatican.va et dans les Acta Apostolicae Sedis.
Le titre latin ou vernaculaire tiré de l'incipit
Comme les encycliques, la grande majorité des exhortations apostoliques portent un titre constitué de leurs premiers mots — l'incipit —, généralement en latin (Evangelii Nuntiandi, Familiaris Consortio, Christifideles Laici, Pastores Dabo Vobis, Amoris Laetitia, Dilexi Te) mais parfois dans la langue vernaculaire du texte lorsque celui-ci n'a pas été composé en latin dès l'origine, comme pour Querida Amazonia (« Chère Amazonie », en espagnol) ou C'est la confiance, rédigée directement en français et conservant son titre français jusque dans ses éditions étrangères. Cette convention distingue l'exhortation apostolique d'autres genres de documents curiaux dont le titre peut être purement thématique.
Chronologie : les exhortations apostoliques depuis 1975
- 8 décembre 1975Evangelii Nuntiandi
- 16 octobre 1979Catechesi Tradendae
Jean-Paul II publie sa première exhortation, sur la transmission de la catéchèse, fruit du Synode de 1977.[50]
- 22 novembre 1981Familiaris Consortio
Jean-Paul II expose les tâches de la famille chrétienne, fruit du Synode de 1980.[51]
- 25 mars 1984Redemptionis Donum
Jean-Paul II adresse aux religieux et aux religieuses une exhortation sur leur consécration, à l'occasion de l'Année sainte de la Rédemption.[52]
- 2 décembre 1984Reconciliatio et Paenitentia
Jean-Paul II rappelle la discipline de la confession individuelle, fruit du Synode de 1983.[53]
- 30 décembre 1988Christifideles Laici
Jean-Paul II développe la théologie du laïcat, fruit du Synode de 1987.[54]
- 25 mars 1992Pastores Dabo Vobis
Jean-Paul II structure la formation sacerdotale, fruit du Synode de 1990.[55]
- 10 mai 1997Une espérance nouvelle pour le Liban
Jean-Paul II publie l'exhortation post-synodale issue de l'Assemblée spéciale pour le Liban (1995).[56]
- 1995-2003Les cinq exhortations continentales
- 22 février 2007Sacramentum Caritatis
Benoît XVI publie sa première exhortation, sur l'Eucharistie, fruit du Synode de 2005.[59]
- 30 septembre 2010Verbum Domini
Benoît XVI développe la place de la Parole de Dieu dans l'Église, fruit du Synode de 2008.[60]
- 24 novembre 2013Evangelii Gaudium
François publie la charte programmatique de son pontificat, fruit du Synode de 2012.[61]
- 19 mars 2016Amoris Laetitia
François publie l'exhortation sur l'amour dans la famille, fruit des Synodes de 2014-2015, à l'origine de la controverse des dubia.[62]
- 2 février 2020Querida Amazonia
François publie l'exhortation sur l'Église en Amazonie, fruit du Synode panamazonien de 2019.[63]
- 26 octobre 2024Pas d'exhortation post-synodale
François choisit de ne pas publier d'exhortation pour le Synode sur la synodalité et approuve directement le Document final comme acte du Magistère ordinaire.[64]
- 4 octobre 2025Dilexi Te
Léon XIV publie sa première exhortation, sur l'amour envers les pauvres, achevant un projet initié par François.[65]
Pourquoi lire une exhortation apostolique aujourd'hui
Une exhortation apostolique n'est ni un communiqué de presse ni une simple prise de position journalistique datée : c'est un acte du magistère ordinaire du pape qui, selon son contenu exact, engage une véritable soumission religieuse de l'intelligence et de la volonté — sans jamais équivaloir à une définition dogmatique irrévocable. Lire un tel texte dans son intégralité, plutôt que dans les résumés médiatiques qui en retiennent souvent une seule phrase sortie de son contexte argumentatif — comme cela s'est produit pour Amoris Laetitia —, permet de mesurer la cohérence d'un enseignement pastoral construit, comme Evangelii Nuntiandi ou Familiaris Consortio, sur plusieurs dizaines de paragraphes structurés et directement héritiers d'une consultation collégiale de l'épiscopat mondial. Le fait qu'un demi-siècle sépare la première exhortation post-synodale de Paul VI de la dernière en date, signée par Léon XIV cinq mois seulement après son élection, sur des sujets aussi variés que l'évangélisation, la famille, la formation des prêtres, la vie consacrée, l'Eucharistie, la jeunesse, l'Amazonie ou l'amour envers les pauvres, témoigne d'une continuité pastorale que l'herméneutique catholique de la continuité invite à lire comme le développement organique d'une même mission reçue des apôtres, non comme une suite de ruptures.
Pour aller plus loin
- Les documents du Magistère — la typologie complète des actes pontificaux et curiaux et leurs trois degrés d'assentiment doctrinal.
- Les encycliques — la lettre circulaire pontificale, genre voisin mais distinct de l'exhortation.
- Les constitutions apostoliques — le sommet de la hiérarchie documentaire pontificale.
- Les motu proprio — les actes pris « de son propre mouvement » par le pape.
- Les synodes dans l'histoire de l'Église — l'institution dont les conclusions sont le plus souvent reprises par une exhortation post-synodale.
- Le Catéchisme de l'Église catholique (1992) — l'aboutissement du chantier catéchétique ouvert par le Synode de 1977 et Catechesi Tradendae.
- Le Code de droit canonique de 1983 (Codex Iuris Canonici) — le cadre canonique des canons 749-755 sur la fonction d'enseigner.
- Le droit canonique — le système juridique de l'Église dans lequel s'inscrivent, sans y appartenir formellement, les actes du Magistère.
Notes et références
Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), entrée « exhorter », qui rattache le verbe français au latin classique exhortari, « encourager, exciter vivement », composé de ex- intensif et hortari. Ressource en ligne : cnrtl.fr.
1Pie XII, exhortation apostolique Menti Nostrae, au clergé du monde catholique sur la sainteté de la vie sacerdotale, Rome, Saint-Pierre, 23 septembre 1950.
2Paul VI, lettre apostolique motu proprio Apostolica Sollicitudo, 15 septembre 1965, instituant le Synode des évêques comme organe consultatif permanent auprès du pape. Texte sur vatican.va.
3Sur l'échec de la troisième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques (octobre-novembre 1974) à produire un document de conclusion unifié, et sur le rôle de rapporteur de synthèse joué par le cardinal Karol Wojtyła via le « Document bleu » qui a servi de matériau préparatoire à Paul VI pour la rédaction d'Evangelii Nuntiandi. Cf. la notice de l'exhortation, Evangelii Nuntiandi, n. 2, 8 décembre 1975, qui rattache explicitement le texte aux travaux de cette assemblée synodale.
4 5Paul VI, exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, n. 2, 8 décembre 1975 : contexte de la fin de l'Année Sainte, du dixième anniversaire de la clôture du concile Vatican II et de la troisième Assemblée générale du Synode des évêques, dont les pères synodaux avaient demandé au pape « un élan nouveau » pour « des temps nouveaux d'évangélisation ». Texte français intégral sur vatican.va.
6 49Paul VI, exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, n. 14, 8 décembre 1975. Texte français intégral sur vatican.va.
7Paul VI, exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, n. 41, 8 décembre 1975. Texte français intégral sur vatican.va.
8Paul VI, exhortation apostolique Marialis Cultus, sur le bon ordre et le développement du culte de la Vierge Marie, 2 février 1974. Texte sur vatican.va.
9Paul VI, exhortation apostolique Gaudete in Domino, sur la joie chrétienne, 9 mai 1975. Texte sur vatican.va.
10Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Catechesi Tradendae, sur la catéchèse en notre temps, 16 octobre 1979, fruit du Synode des évêques de 1977 sur la catéchèse. Texte sur vatican.va.
11 50Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Familiaris Consortio, sur les tâches de la famille chrétienne dans le monde d'aujourd'hui, 22 novembre 1981, en la solennité du Christ-Roi, fruit du Synode des évêques de 1980. Texte sur vatican.va.
12 51Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris Consortio, n. 17, 22 novembre 1981 : la famille reçoit la mission de garder, révéler et communiquer l'amour, et se voit confier quatre tâches — former une communauté de personnes, servir la vie, participer au développement de la société, participer à la vie et à la mission de l'Église. Texte français intégral sur vatican.va.
13 14Jean-Paul II, exhortation apostolique Redemptionis Donum, aux religieux et aux religieuses sur leur consécration à la lumière du mystère de la Rédemption, 25 mars 1984, à l'occasion de l'Année sainte extraordinaire de la Rédemption. Texte sur vatican.va.
15 52Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Reconciliatio et Paenitentia, sur la réconciliation et la pénitence dans la mission de l'Église aujourd'hui, 2 décembre 1984, fruit du Synode des évêques de 1983. Texte sur vatican.va.
16 53Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Christifideles Laici, sur la vocation et la mission des laïcs dans l'Église et dans le monde, 30 décembre 1988, fruit du Synode des évêques de 1987. Texte sur vatican.va.
17 54Jean-Paul II, exhortation apostolique Redemptoris Custos, sur la personne et la mission de saint Joseph dans la vie du Christ et de l'Église, 15 août 1989, à l'occasion du centenaire de l'encyclique Quamquam Pluries de Léon XIII. Texte sur vatican.va.
18Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Pastores Dabo Vobis, sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles, 25 mars 1992, fruit du Synode des évêques de 1990. Texte sur vatican.va.
19 55Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Vita Consecrata, sur la vie consacrée et sa mission dans l'Église et dans le monde, 25 mars 1996, fruit du Synode des évêques de 1994. Texte sur vatican.va.
20Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa, 14 septembre 1995, fruit de la première Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques (1994). Texte sur vatican.va.
21 57Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in America, 22 janvier 1999, fruit de l'Assemblée spéciale pour l'Amérique du Synode des évêques (1997). Texte sur vatican.va.
22Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Asia, 6 novembre 1999, fruit de l'Assemblée spéciale pour l'Asie du Synode des évêques (1998). Texte sur vatican.va.
23Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Oceania, 22 novembre 2001, fruit de l'Assemblée spéciale pour l'Océanie du Synode des évêques (1998). Texte sur vatican.va.
24Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, fruit de la deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des évêques (1999). Texte sur vatican.va.
25 58Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Une espérance nouvelle pour le Liban, 10 mai 1997, fruit de l'Assemblée spéciale pour le Liban du Synode des évêques (26 novembre-14 décembre 1995). Texte sur vatican.va.
26 56Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Pastores Gregis, sur l'évêque serviteur de l'Évangile de Jésus-Christ pour l'espérance du monde, 16 octobre 2003, fruit du Synode des évêques de 2001, quinzième et dernière exhortation apostolique du pontificat. Texte sur vatican.va.
27Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis, sur l'Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l'Église, 22 février 2007, fruit du Synode des évêques de 2005. Texte sur vatican.va.
28 59Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église, 30 septembre 2010, fruit du Synode des évêques de 2008. Texte sur vatican.va.
29 60Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Africae Munus, sur l'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, signée à Ouidah (Bénin) le 19 novembre 2011, fruit de la deuxième Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques (2009). Texte sur vatican.va.
30Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente, sur l'Église au Moyen-Orient, communion et témoignage, signée à Beyrouth (Liban) le 14 septembre 2012, fruit de l'Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des évêques (2010). Texte sur vatican.va.
31François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 1, 24 novembre 2013. Texte français intégral sur vatican.va.
32 61François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 53, 24 novembre 2013. Texte français intégral sur vatican.va.
33François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 49, 24 novembre 2013. Texte français intégral sur vatican.va.
34François, exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia, sur l'amour dans la famille, 19 mars 2016, fruit des Synodes des évêques de 2014 et 2015 sur la famille. Texte sur vatican.va.
35 62Cardinaux Walter Brandmüller, Raymond Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner, lettre de dubia adressée au pape François le 19 septembre 2016 sur l'interprétation du chapitre VIII de l'exhortation apostolique Amoris Laetitia, rendue publique le 14 novembre 2016 faute de réponse directe du pape.
36François, exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, sur l'appel à la sainteté dans le monde actuel, 19 mars 2018 — texte non issu d'un Synode des évêques. Texte sur vatican.va.
37François, exhortation apostolique post-synodale Christus Vivit, n. 1, 25 mars 2019, fruit du Synode des évêques de 2018 sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Texte français intégral sur vatican.va.
38François, exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia, n. 7, 2 février 2020, fruit de l'Assemblée spéciale pour la région panamazonienne du Synode des évêques (octobre 2019). Texte français intégral sur vatican.va.
39 63François, exhortation apostolique Laudate Deum, adressée à toutes les personnes de bonne volonté sur la crise climatique, 4 octobre 2023, en la fête de saint François d'Assise — texte non issu d'un Synode, prolongeant l'encyclique Laudato Si' (2015). Texte sur vatican.va.
40François, exhortation apostolique C'est la confiance, sur la confiance en l'amour miséricordieux, 15 octobre 2023, en l'année du cent-cinquantième anniversaire de la naissance de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (née le 2 janvier 1873) — texte rédigé directement en français, non issu d'un Synode. Texte sur vatican.va.
41François, décision de ne pas publier d'exhortation apostolique post-synodale à l'issue de la seconde session de la XVIᵉ Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur la synodalité, et d'approuver directement le Document final, voté le 26 octobre 2024, comme acte du Magistère ordinaire du pape. Citations : « Ce que nous avons approuvé est suffisant » ; le document contient « des indications très concrètes qui peuvent servir de guide pour la mission des Églises dans les différents continents et contextes ». Cf. Document final de la XVIᵉ Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, 26 octobre 2024, disponible sur synod.va, et la couverture de Vatican News du 26 octobre 2024.
42 43 64Léon XIV, exhortation apostolique Dilexi Te, sur l'amour envers les pauvres, n. 3, 4 octobre 2025. Le pape y explique avoir « reçu en héritage » un projet que François préparait dans les derniers mois de son pontificat, en continuité avec l'encyclique Dilexit Nos (2024). Texte français intégral sur vatican.va.
44 65Léon XIV, exhortation apostolique Dilexi Te, n. 8, 4 octobre 2025, citant la parole du Seigneur à Moïse au buisson ardent (Ex 3, 7. 8). Texte français intégral sur vatican.va.
45Léon XIV, exhortation apostolique Dilexi Te, n. 16, 4 octobre 2025, sur l'option préférentielle pour les pauvres comme « choix décisif et radical en faveur des plus faibles ». Texte français intégral sur vatican.va.
46Code de droit canonique (1983), canon 752 : soumission religieuse de l'intelligence et de la volonté due au magistère authentique non définitif du pape ou du collège des évêques. Texte officiel français sur vatican.va.
47Congrégation pour la Doctrine de la Foi, instruction Donum Veritatis (« Sur la vocation ecclésiale du théologien »), 24 mai 1990, nn. 15-17 et 23-24, sur les trois degrés d'autorité doctrinale et la nature de l'assentiment dû à chacun. Texte intégral sur vatican.va.
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