Servante de Dieu Élisabeth Leseur (1866-1914)

Élisabeth Leseur (1866-1914), laïque parisienne mariée à un médecin athée et anticlérical : vingt-cinq ans de prière et de souffrance offerte en silence, sans jamais un reproche. Morte en 1914 sans en voir le fruit, elle l'obtint après sa mort : à la lecture de son Journal, Félix se convertit et devint prêtre dominicain.

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La servante de Dieu Élisabeth Leseur (1866-1914), née Pauline Élisabeth Arrighi, est une laïque parisienne dont la sainteté tient presque tout entière dans un apostolat caché. Pendant près de vingt-cinq ans de mariage avec Félix Leseur, médecin de formation devenu journaliste anticlérical, elle ne lui imposa jamais sa foi, offrit en secret ses maladies et pria sans relâche pour sa conversion.[1][2] Elle mourut le 3 mai 1914 sans en voir le fruit.

Ce fruit vint après sa mort. En lisant le testament spirituel et le Journal qu'elle lui laissait, Félix découvrit qu'elle avait offert sa vie pour son retour à la foi : il se convertit, publia ces pages en 1917, entra chez les dominicains et fut ordonné prêtre en 1923.[3][4] Le Journal et pensées de chaque jour atteignit rapidement 100 000 exemplaires et fut traduit en une douzaine de langues.[5]

Le procès informatif en vue de sa béatification s'est ouvert à Paris en 1936 et ses écrits ont été approuvés à Rome en 1955 : elle porte le titre de servante de Dieu.[6][7] Ni religieuse ni martyre, cette femme du monde de la Belle Époque a vécu sa vocation dans son salon, sur sa chaise longue de malade et dans son mariage ; elle demeure un modèle pour les personnes qui souffrent et pour les conjoints de personnes éloignées de la foi.[8]

Une jeunesse parisienne bien née (1866-1889)

En quelques dates

Le tableau ci-dessous met en regard les deux itinéraires d'Élisabeth et de Félix Leseur : la sainteté cachée de l'une précède et prépare, après sa mort, la conversion de l'autre.[9][10]

DateÉlisabeth LeseurFélix Leseur
22 mars 1861—Naissance à Reims
16 octobre 1866Naissance à Paris—
31 juillet 1889Mariage à Saint-Germain-des-PrésRenonce à la carrière coloniale
Été 1889Grave maladie, huit mois alitée—
1897Détachée de la pratique religieuseLui fait lire Renan
11 septembre 1899Commence son Journal—
Mars-avril 1903Rencontre son directeur dominicain ; grâce à Saint-Pierre de Rome—
13 avril 1905Mort de sa sœur Juliette—
10 avril 1911Opération d'un cancer du seinSon étonnement devient du respect
Juin 1912Pèlerinage d'action de grâces à LourdesL'accompagne ; entrevoit « le surnaturel »
3 mai 1914Mort à 47 ansDécouvre le testament et le Journal
Juin 1914—Éprouve la présence de sa femme : « Dieu existe »
Printemps 1915—Se confesse au père Janvier, dominicain
Printemps 1917Publication posthume du JournalFait publier le Journal
1919—Entre au noviciat dominicain
8 juillet 1923—Ordination sacerdotale
1936Ouverture du procès informatif à Paris—
25 février 1950—Mort du père Marie-Albert Leseur
27 juin 1955Approbation de ses écrits à Rome—

Une famille bourgeoise, une foi ordinaire

Pauline Élisabeth Arrighi naît à Paris le 16 octobre 1866 ; elle est l'aînée de cinq enfants.[11][12] Son père, Antoine Arrighi, d'origine corse et docteur en droit, s'est fait, écrira son gendre, « une place en vue dans le barreau de Paris ».[13][14] Le même témoin note que rien, dans ce milieu, n'annonçait la vie intérieure d'Élisabeth : son père « se préoccupait peu des questions surnaturelles », sa mère « pratiquait ses devoirs catholiques sans une particulière ferveur », et seules ses sœurs étaient « pieuses foncièrement ».[15] Élisabeth reçoit l'éducation chrétienne des jeunes filles de son milieu : catéchisme, première communion et confirmation en mai 1879.[16][17]

Saint-Germain-des-Prés, où Élisabeth Arrighi épouse Félix Leseur le 31 juillet 1889. Frank Boggs, 1900. Musée Carnavalet / Paris Musées, D.7617, CC0. Wikimedia Commons.

Son journal d'enfant laisse pourtant voir, très tôt, une ferveur personnelle. Elle a onze ans quand elle y note :

« J'ai été hier au catéchisme pour la troisième fois. Oh ! C'est cela qui m'intéresse !… Je suis bien contente, parce que cette semaine j'irai à confesse ; j'en ai grand besoin. » — Élisabeth Arrighi, journal d'enfant, 14 novembre 1877[18]

La jeune fille connaît tôt le deuil : en 1887, sa plus jeune sœur, âgée de douze ans, est emportée presque subitement ; Élisabeth, qui en a vingt et un, en garde « une ineffaçable impression ».[19] Ce premier contact avec la mort prépare la place que tiendront plus tard, dans sa prière, les absents et la communion des saints.

Une jeune femme cultivée, gaie et recherchée

Félix décrira chez elle « une intelligence ouverte à tout, remarquablement prompte et pénétrante » : elle avait appris le latin, connaissait l'anglais, parlait et écrivait couramment le russe et commençait à bien posséder l'italien.[20] Elle aimait la peinture, la sculpture, la musique et la littérature, et tenait la gaieté pour une vertu, rappelant volontiers que sainte Thérèse d'Avila, l'une de ses saintes préférées avec sainte Catherine de Sienne, recommandait à ses religieuses d'être toujours gaies.[21]

La première monographie qui lui sera consacrée, en 1928, résumera ce double visage par son titre même : Une femme du monde apôtre.[22] C'est dans ce milieu cultivé que des amis communs lui font connaître un jeune Rémois, médecin de formation passionné par les colonies : Félix Leseur.[23]

Le mariage avec un incroyant militant (1889)

Les fiançailles et le mariage à Saint-Germain-des-Prés

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Félix Leseur naît à Reims le 22 mars 1861, troisième enfant d'une famille catholique aisée : son père, avocat, appartient à divers groupements catholiques ; sa mère est d'une grande piété.[24] Élevé dans des établissements catholiques, il étudie la médecine à Reims puis à Paris en vue d'une carrière au service des colonies, et perd la foi dans ce milieu matérialiste.[25] Il l'avouera sans détour :

« Quand je me suis marié, j'étais foncièrement antireligieux. J'avais cependant été élevé dans une famille extrêmement catholique, par un père et une mère tous deux très pratiquants […]. Au sortir du collège, je fis mes études de médecine et je perdis vite mes sentiments chrétiens. » — Félix Leseur, préface « In Memoriam » du Journal, 1917[26]

Les jeunes gens se fiancent le 23 mai 1889. Les parents d'Élisabeth refusant qu'elle le suive outre-mer, Félix renonce à la carrière coloniale pour l'épouser.[27] Il s'était « bien engagé à respecter les croyances de [sa] femme et à la laisser les pratiquer librement ».[28] Le mariage est célébré le 31 juillet 1889 en l'église Saint-Germain-des-Prés.[29]

Un journaliste anticlérical dans le Paris de la Belle Époque

En mars 1892, Félix entre à La République française, le quotidien fondé par Léon Gambetta, fortement anticlérical, où il écrit sur la politique étrangère et les colonies ; en octobre 1894, il passe au Siècle, autre grand journal parisien anticlérical.[30][31] Nommé peu après au Conseil supérieur des colonies avec résidence en Afrique, il refuse ce poste et entre dans une grande compagnie d'assurances, qu'il finit par diriger.[32] Il résumera lui-même ce milieu : « je collaborais à des journaux quotidiens influents de gauche, anticléricaux », et les relations habituelles du couple se composaient « d'hommes politiques, de publicistes, de journalistes, de médecins, d'universitaires, de savants, d'hommes de lettres, de musiciens, d'auteurs dramatiques, d'artistes ».[33]

De 1893 à 1897, les Leseur mènent une vie mondaine intense et voyagent longuement : Rome, l'Algérie, la Tunisie, l'Allemagne, l'Europe de l'Est ; de 1899 à 1901 suivront la Russie, l'Asie Mineure, la Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Maroc, la Belgique et la Hollande.[34] De plus en plus intolérant envers la foi de sa femme, Félix s'applique, selon ses propres mots, « à chercher des motifs d'incrédulité, comme un vrai chrétien recherche ses raisons de croire ». Ce désaccord profond n'entame pourtant ni l'amour des deux époux ni l'intimité de leur foyer.[35]

La maladie, le deuil et l'enfant qui ne vint pas

Un mois à peine après le mariage, alors que le couple séjourne en province, une affection intestinale « extrêmement grave » manque d'emporter Élisabeth : elle reste huit mois au lit et rentre à Paris couchée dans une voiture d'ambulance ; ce mal ne guérira jamais entièrement.[36][37] À la fin de décembre 1889, son père meurt en trois jours de l'influenza ; clouée au lit, elle obtient seulement que le cortège funèbre passe sous ses fenêtres, d'où elle le salue « de ses larmes et de ses prières ».[38] Depuis l'enfance, elle souffre en outre d'une affection du foie qui la tourmentera jusqu'à la fin.[39]

Le couple n'aura pas d'enfant. Élisabeth « en eut le grand désir, et la privation lui fut un chagrin inconsolable », écrit Félix ; elle reporte son sentiment maternel sur sa nièce et ses neveux, et fait de son intérieur « un foyer chaud et délicat », que la jeunesse aime fréquenter.[40]

La crise et la reconquête de la foi (1897-1903)

L'offensive de Félix : Renan contre la foi d'Élisabeth

Félix supporte de plus en plus mal, à ses côtés, « des convictions autres que [ses] négations ». Il fait de sa femme l'objet de ce qu'il appellera son « prosélytisme à rebours » :

« Je me mis à attaquer sa croyance, m'appliquai à la lui enlever, et, — que Dieu veuille bien me le pardonner ! — je faillis y réussir. » — Félix Leseur, préface « In Memoriam » du Journal, 1917[41]

Dans le courant de 1897, à force de lectures et de pressions, il la détache de toute pratique religieuse et l'amène au protestantisme libéral, qui n'était dans son esprit qu'« une étape vers un agnosticisme radical ».[42] Pour achever son œuvre, il lui met entre les mains l'Histoire des origines du christianisme d'Ernest Renan.[43]

« Frappée par l'indigence du fond »

Le calcul se retourne contre lui. Félix raconte lui-même le renversement :

« Elle ne fut pas abusée par la magie de la forme et fut, au contraire, frappée par l'indigence du fond. Le perpétuel balancement, les hypothèses les plus contestables et fréquemment contradictoires, le manque de sincérité, qui se rencontrent à chaque détour de cet ouvrage, la troublèrent profondément. Elle pressentit l'abîme, se rejeta en arrière, et, de suite, elle s'attacha à refaire elle-même son instruction religieuse. » — Félix Leseur, préface « In Memoriam » du Journal, 1917[44]

Vers 1898, Élisabeth reprend les Évangiles, et la vie religieuse de sa jeunesse se réveille.[45] Le 19 octobre 1911, elle relira cette crise comme « cette œuvre admirable de la conversion intérieure, provoquée, guidée, accomplie par Dieu seul, hors de toute influence humaine », et réalisée « parfois au moyen de ce qui aurait dû [lui] enlever toute foi religieuse ».[46] L'arme choisie pour détruire sa foi est devenue l'instrument de sa conversion.

Le Journal et une foi raisonnée (1899-1903)

Le 11 septembre 1899, elle commence le Journal qu'elle tiendra, avec une longue interruption de 1906 à 1911, jusqu'au 9 janvier 1914.[47] Elle se met aussi à la philosophie, dont elle regrette qu'on ne fasse pas « le couronnement de toute éducation féminine ».[48]

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En contrepoids de la bibliothèque antichrétienne de son mari, elle s'en constitue une autre, faite des Pères, des docteurs et des mystiques — saint Jérôme, saint Thomas d'Aquin, saint François de Sales, sainte Thérèse —, et surtout du Nouveau Testament, dont elle méditait chaque jour un passage.[49] « Elle acquit ainsi une foi solide et raisonnée », note Félix, qui insiste : « Tout ce travail, pendant plusieurs années, elle l'accomplit seule, seule, j'insiste là-dessus. »[50]

En mars 1903, on lui demande d'être la marraine d'un adulte converti, baptisé dans la chapelle du couvent dominicain du faubourg Saint-Honoré. Elle y rencontre un dominicain, le père Hébert, qui devient son directeur spirituel ; il dira plus tard à Félix : « C'était véritablement une sainte ! »[51][52][53]

Rome, avril 1903 : « renouvelée par Lui jusqu'aux profondeurs »

Quelques semaines plus tard, Élisabeth part pour Rome avec Félix et un couple d'amis. Le dimanche 19 avril 1903, elle est reçue en audience par Léon XIII, dont elle contemple la « physionomie maigre, diaphane, admirable d'intelligence et de bonté » ; le pape mourra le 20 juillet suivant.[54] Le mercredi 22 avril, seule à Saint-Pierre, elle se confesse, puis communie à la chapelle du Saint-Sacrement :

« J'ai senti vivre en moi, présent et m'apportant un amour ineffable, le Christ béni, Dieu même ; […] je me suis sentie renouvelée par Lui jusqu'aux profondeurs, prête à la vie nouvelle, aux devoirs, à l'œuvre voulue par sa Providence. Je me suis donnée sans réserve et je Lui ai donné l'avenir. » — Élisabeth Leseur, Journal, juillet 1903[55]

Elle n'en dit rien à son mari.[56] Au retour, écrit-elle, « je me suis trouvée dans une atmosphère d'ironie, de critique et d'indifférence. Mais peu m'importait ; la flamme du Christ brûlait encore au dedans de moi ».[57]

Un apostolat entièrement caché

La résolution du silence : ne prêcher que d'exemple

Au cœur de sa spiritualité se trouve une résolution tenue pendant toute sa vie conjugale : ne jamais faire de sa foi une arme, ni un objet de dispute ou de pression. En juin 1904, elle l'écrit à Félix lui-même :

« […] il faut être indulgent à des convictions que le temps et Dieu ont faites profondes, et grâce auxquelles je ne suis pas devenue un être aigri et égoïste. Jamais, tu peux en être sûr, elles ne seront importunes pour toi et d'autres, et c'est si bon de mettre un peu d'infini et d'éternité dans un amour tel que celui que j'éprouve pour toi […]. » — Élisabeth Leseur, lettre à Félix, juin 1904[58]

En février 1912 encore, elle se fixe de « ne plus prêcher que d'exemple, ne pas parler de [soi] et parler peu de Dieu », tout en allant vers chaque âme qui viendrait à elle, « très humblement, très discrètement ».[59] Félix confirme qu'elle professait « le plus grand respect pour la pensée d'autrui » ; une amie incroyante lui dira après sa mort : « elle n'a jamais tenté de me convertir, d'aborder même le sujet religieux. Mais ce que je voyais d'elle était si beau ! »[60]

Cette manière d'évangéliser est celle que l'apôtre Pierre recommandait déjà aux épouses de maris incroyants :

« Vous les femmes, soyez soumises à votre mari, pour que, même si certains refusent d'obéir à la parole de Dieu, ils soient gagnés par la conduite de leur femme et non par des paroles, en ouvrant les yeux devant votre attitude pure et pleine de respect. » — Première lettre de saint Pierre 3, 1-2[61]

Le règlement de vie de 1906 : « garder pour Dieu seul mon fardeau »

Le 13 avril 1905 meurt sa sœur Juliette, âgée de trente-deux ans, pour qui Élisabeth avait « une affection quasi maternelle » et qui était « la confidente de son âme ».[62] Elle lui consacre un petit livre de souvenirs, Une âme, imprimé en 1906 pour sa mère et les siens et distribué seulement à des amis et à quelques communautés religieuses.[63] La même année, dans le règlement de vie qu'elle inscrit en tête de son Cahier de résolutions en octobre-novembre 1906, elle prend la résolution qui résume toute sa vie cachée :

« Personne, sauf les rares affections qui verront au delà des apparences, personne ne doit connaître ma souffrance, ni même le sacrifice que j'accomplis en la dissimulant. Je dois me faire toute à tous […]. Ne laisser voir de ma foi que les œuvres inspirées par elle ; ne révéler de ma douleur que son action sanctifiante en mon âme. Savoir sourire, compatir, partager ; mais garder pour Dieu seul mon fardeau, dont tous ignoreront le poids. » — Élisabeth Leseur, Cahier de résolutions, octobre-novembre 1906[64]

Félix atteste qu'elle y parvint : lorsque le renoncement fut devenu sa règle, « elle sut si bien cacher tout cela sous l'affabilité et le sourire, que personne ne put s'en apercevoir » ; lui-même, reconnaît-il, ne sut « pas toujours le discerner ni le comprendre ».[65]

La souffrance offerte, « la forme supérieure de l'action »

C'est dans ce climat de discrétion qu'Élisabeth formule sa doctrine de la souffrance. Le 27 octobre 1911, elle écrit à l'épouse d'un ami menacé de perdre la vue :

« Je sais par expérience que certaines grâces sont obtenues pour d'autres aux heures d'épreuves, grâces que tous nos efforts ne pouvaient obtenir auparavant. Aussi suis-je arrivée à cette conclusion que la souffrance est la forme supérieure de l'action, la plus haute expression de l'admirable Communion des Saints, et qu'en souffrant on est sûr de ne pas se tromper (comme parfois en agissant), sûr aussi d'être utile aux autres, et aux grandes causes qu'on rêve de servir. » — Élisabeth Leseur, lettre du 27 octobre 1911[66]

Dans la même lettre, elle se décrit comme une personne « qui a le sentiment de n'avoir jamais plus fait pour Dieu que le jour où elle n'a plus rien fait aux yeux des profanes ».[67] Ce n'est pas une résignation passive : c'est la doctrine catholique de la souffrance unie à celle du Christ, qui « reçoit un sens nouveau : elle devient participation à l'œuvre salvifique de Jésus » (CEC 1521).[68] Élisabeth la vivait d'abord comme un échange d'amour entre les membres d'un même corps ; dès la Toussaint 1905, elle notait : « Pas une de nos larmes, pas une de nos prières ne se perd, et elles ont une force que trop de gens ne soupçonnent pas. »[69]

Les œuvres et les âmes

Sa charité ne se limite pas au foyer. Elle tente d'abord de fonder une maison qui rende le logement, la nourriture et une vie de famille à des ouvrières isolées de la banlieue parisienne ; l'œuvre échoue après plusieurs années.[70] Elle s'engage alors à l'Union populaire catholique, qui vient en aide aux familles misérables de la plaine Saint-Denis, et lorsque sa santé lui interdit les visites à domicile, elle en assure le secrétariat jusqu'à la fin de 1913.[71][72]

Mais c'est aux âmes, écrit Félix, qu'elle donna « la plus grande part » de sa charité. Ses lettres se comptent « par centaines » : elles s'adressent à une religieuse de province, à des amis israélites, à des universitaires athées ; beaucoup sont de véritables lettres de direction, et cette femme du monde était devenue, presque malgré elle, « un directeur d'âmes ».[73][74] C'est même de sa chaise longue, à partir de 1908, qu'elle exerça le plus d'action autour d'elle.[75]

Une devise pour sa sœur cadette

Un jour, sa sœur cadette lui tend son livre d'heures en lui demandant : « Écris-moi une devise. » Élisabeth se recueille, réfléchit, puis écrit sur la page de garde :

« Toute âme qui s'élève élève le monde ! » — Élisabeth Leseur, devise écrite pour sa sœur cadette[76]

« Elle venait de se définir dans cette pensée profonde », commente Félix.[77] La phrase figure en épigraphe sur la page de titre du Journal, avec la mention « devise donnée par Élisabeth Leseur à sa sœur ».[78] Elle circule souvent prolongée d'une seconde phrase (« et toute âme qui s'abaisse abaisse le monde »), absente de ce témoignage comme de la page de titre. Sa force tient à la logique même de la communion des saints : une vie intérieure fidèle n'est jamais un acte privé, elle rejaillit invisiblement sur les autres.

La maladie et la mort (1908-1914)

Le pacte caché et l'opération du 10 avril 1911

À partir d'avril 1908, de violentes crises hépatiques l'obligent à vivre dans un demi-repos, de longues heures étendue sur sa chaise longue.[79] En juillet 1910, lors d'une visite à l'Hôtel-Dieu de Beaune, elle se lie avec une religieuse hospitalière, sœur Marie Goby : leur correspondance l'accompagnera jusqu'à la fin.[80] En 1911, un cancer du sein rend une opération nécessaire.[81] Le 17 mars, elle note dans son Cahier une « prière spéciale » : un « pacte intime entre [son] âme et Dieu », par lequel, précise l'éditeur, elle fit à Dieu le sacrifice de sa vie pour obtenir, en premier lieu, la conversion de son mari.[82] Elle entre à la maison de santé le dimanche des Rameaux, 9 avril, et elle est opérée le lendemain, 10 avril 1911.[83] Le 8 juin, elle rend grâce pour le succès de l'opération et accepte « d'un cœur joyeux cette nouvelle « laideur » physique, dont Dieu fera pour mes chères âmes de la beauté et de la lumière surnaturelle ».[84]

Le pacte revient dans son Journal. Le 6 mars 1912, après une conversation avec Félix, elle écrit :

« Faites de mes épreuves, mes souffrances, mes renoncements, la route par laquelle Vous viendrez jusqu'à ce cœur si cher. […] Mon doux Sauveur, c'est entre votre Cœur et le mien que doit se faire ce pacte d'amour qui Vous donnera une âme et qui me donnera pour l'éternité celui que je chéris et que je veux avec moi dans votre Ciel. » — Élisabeth Leseur, Journal, 6 mars 1912[85]

Le 17 octobre suivant, elle ne demande plus rien pour elle-même, sinon « l'accomplissement de notre pacte caché », quitte à n'en voir la réalisation « que du Ciel ».[86]

Lourdes, juin 1912 : Félix entrevoit « le surnaturel »

Félix lui-même date de ces années le changement de son regard : il cesse d'attaquer ses convictions à partir de 1908 ; « en 1911, lors de son opération, mon étonnement devint du respect, et, en 1912, à l'occasion d'un voyage à Lourdes, de l'admiration ».[87] Élisabeth avait fait vœu de remercier la Vierge du succès de son opération et des guérisons de sa sœur et de son petit neveu. En juin 1912, elle accomplit ce vœu à Lourdes avec sa sœur et le fils de celle-ci ; Félix, qui ne veut pas la laisser voyager seule, les accompagne, « avec l'intention préconçue d'en rapporter la confirmation du triste livre de Zola ».[88]

La grotte de Lourdes, 1900. Auteur non identifié, Bibliothèque patrimoniale de Pau, B6-124 / BnF-Gallica, domaine public. Wikimedia Commons.

Il est d'abord ému par la bénédiction du Saint-Sacrement donnée aux malades d'un pèlerinage espagnol, et par un jeune prêtre paralysé qui, sans être guéri, rayonne d'une « joie » et d'une « paix profondes ».[89][90] Puis il aperçoit sa femme en prière devant la Grotte et se cache pour ne pas la troubler :

« J'avais sous les yeux le spectacle d'un fait qui m'échappait, que je ne comprenais pas, mais qui m'apparaissait cependant nettement, « le surnaturel », et je ne pouvais détacher mon regard de cette vision qui me ravissait. » — Félix Leseur, préface « In Memoriam » du Journal, 1917[91]

Il revient « très troublé », mais « toujours rationaliste, à la surface tout au moins », et l'impression s'efface rapidement, « en apparence du moins ».[92][93]

Les derniers mois (juillet 1913 – mai 1914)

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Le 6 juillet 1913, Élisabeth s'alite, atteinte du mal qui va l'emporter ; après une amélioration en octobre qui la fait croire guérie, la maladie reparaît le 12 novembre.[94] Une neuvaine à la petite carmélite de Lisieux, Thérèse de l'Enfant-Jésus, lui vaut un répit ; comme Félix se moque de « ta petite sœur », elle répond : « C'est au contraire très grand, mais tu ne peux pas comprendre. »[95] Dès le 16 juillet, elle offrait tout :

« Vous vous êtes servi de l'épreuve, des souffrances, de la maladie, pour me prendre toute à Vous et me sanctifier, après m'avoir d'abord attirée par votre seule action intérieure. Vous avez tout fait. Et maintenant, achevez votre œuvre ; faites-moi sainte, dans la mesure où Vous le voulez. » — Élisabeth Leseur, Journal, 16 juillet 1913[96]

Au plus fort des crises, elle répète seulement : « Mon Dieu, ayez pitié de nous, de moi ! »[97] Quelques semaines avant sa mort, parlant à Félix de la vie future et de la communion des saints, elle conclut « avec une autorité un peu solennelle » : « Tu viendras me retrouver, je le sais ! »[98] Le 28 avril 1914, se réveillant avec angoisse, elle presse sa sœur de « prier pour tous ces blessés » alors que rien n'en annonce encore : Félix y verra le pressentiment de la guerre qui éclatera trois mois plus tard.[99]

Élisabeth meurt le dimanche 3 mai 1914, dans les bras de son mari, après avoir reçu l'extrême-onction.[100] Sur son lit de mort, elle garde « une beauté véritablement surnaturelle » ; une foule d'inconnus défile à son chevet, et le personnel de l'église, au jour des obsèques, demande : « Mais qui donc était-ce ? Nous n'avons jamais vu d'enterrement comme celui-là ! »[101] Elle repose au cimetière parisien de Bagneux.[102]

Le testament spirituel adressé à Félix

Le testament spirituel que Félix découvre après sa mort avait été rédigé dès le 15 octobre 1903, puis recopié et légèrement modifié le 26 janvier 1911.[103] Félix le publiera en 1917, après de longues hésitations, comme épilogue du Journal.[104] Élisabeth y annonce sans détour la conversion de son mari et lui confie une mission :

« Lorsque, toi aussi, tu seras devenu son enfant, disciple de Jésus-Christ et membre vivant de l'Église, consacre ton existence, transformée par la grâce, à la prière et au don de toi-même dans la charité. Sois chrétien et sois apôtre. […] Aime les âmes ; prie, souffre et travaille pour elles. » — Élisabeth Leseur, testament spirituel, 15 octobre 1903[105]

Elle y demande aussi des obsèques simples, « sans ostentation d'aucune sorte », des messes et des aumônes plutôt que des fleurs, et confie à Félix « l'œuvre de Juliette », une chapelle de secours à installer dans un quartier pauvre.[106]

La conversion de Félix Leseur

La découverte du Journal

Le Journal avait failli disparaître : jugeant qu'il avait rempli son rôle, Élisabeth voulait le brûler, et sa sœur l'en empêcha ; elle avait alors répondu : « Tu as raison, mon cher mari lira cela après ma mort, et cela lui expliquera bien des choses ! »[107] Félix raconte la suite :

« Après sa mort, à l'heure où tout semblait s'écrouler autour de moi, je trouvai le Testament spirituel qu'elle avait rédigé à mon intention, et, sur les indications de ma belle-sœur, son Journal. Je me plongeai dans leur lecture, je les lus et relus, et une révolution s'opéra dans tout mon être moral. » — Félix Leseur, préface « In Memoriam » du Journal, 1917[108]

Il comprend alors qu'elle avait offert ses souffrances, et bien plus elle-même, « en majeure partie pour [sa] conversion » ; son directeur spirituel lui confirme qu'elle n'avait aucun doute sur l'issue, « soit ici-bas, soit au Ciel ».[109]

« Si Élisabeth est vivante… c'est que Dieu existe » (juin 1914)

En juin 1914, au cours d'un voyage en voiture avec un ami, Félix éprouve soudain la présence de sa femme :

« Mais alors, me répétais-je, si Élisabeth est vivante comme je viens d'en avoir l'intuition irrésistible, c'est que l'âme est immortelle ; c'est donc que Dieu existe, que le monde surnaturel est la vérité. » — Félix Leseur, récit de sa conversion[110]

Quelques jours plus tard, dans la basilique de Paray-le-Monial, il tombe à genoux, avec « l'intuition » que le Christ est là, dans le tabernacle ; rentré à Paris, il se persuade pourtant d'avoir été le jouet d'une illusion.[111]

Pendant la guerre : « J'étais conquis ! »

La guerre éclate et Félix part pour Bordeaux. En chemin, il fait halte à Lourdes et, devant la Grotte, demande à la Vierge de lui obtenir le pardon de ses fautes ; une paix qu'il n'avait jamais connue l'envahit :

« J'étais conquis ! La lumière s'était faite. » — Félix Leseur, récit de sa conversion[112]

De retour à Paris, il étudie la foi dans la bibliothèque annotée laissée par Élisabeth, et l'exégèse rationaliste dont il s'était nourri lui apparaît « dans toute son indigence ».[113][114] Au printemps de 1915, un ami le conduit au père Janvier, dominicain renommé, qui l'écoute longuement et reçoit sa confession.[115][116]

Du militant incroyant au père dominicain (1915-1923)

Félix soumet le manuscrit au père Janvier, qui lui répond de Jougne, le 3 septembre 1915, qu'il « n'hésite pas » à en conseiller la publication.[117] Le Journal et pensées de chaque jour paraît au printemps 1917 et rencontre un immense succès ; les Lettres sur la souffrance suivent en 1918.[118][119]

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En 1919, Félix entre au noviciat des dominicains de Paris sous le nom de frère Marie-Albert ; il fait profession solennelle le 23 mars 1923 et il est ordonné prêtre le 8 juillet 1923, à soixante-deux ans.[120][121] Il consacre le reste de sa vie à faire connaître celle qu'il avait combattue, par des conférences et par une Vie d'Élisabeth Leseur publiée en 1931, et meurt le 25 février 1950.[122][123][124]

Au carême de 1924, le jeune prêtre américain Fulton Sheen fait sa retraite dans un couvent dominicain de Belgique sous la direction du père Leseur, qui lui raconte cette histoire ; Sheen la racontera à son tour.[125] Le trajet inverse de tant de couples où l'un des époux perd la foi — ici, le mari incroyant devient prêtre à la suite de son épouse défunte — est devenu le fruit le plus visible de l'apostolat caché d'Élisabeth.

Le Journal et pensées de chaque jour : une âme cachée devenue un succès de librairie

La publication de 1917 et la lettre du Saint-Siège

Le Journal reçoit le nihil obstat du père Janvier le 5 mars 1917 et l'imprimatur le 7 mars ; l'édition de 1920 porte déjà la mention « cinquante-quatrième mille ».[126] Le 16 août 1918, au nom de Benoît XV, le cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d'État, transmet à Félix les « augustes félicitations » du pape et sa bénédiction apostolique :

« À travers ces pages si émouvantes se reflète une âme d'une trempe surnaturelle singulièrement vigoureuse. Sous la suave et forte action de la grâce divine, par une connaissance de plus en plus précise et profonde de la vérité doctrinale, comme par une générosité croissante dans son offrande au Christ Jésus de la souffrance et de la douleur, il lui a été donné d'avancer à grands pas dans le chemin que nous a ouvert le Divin Maître, et de réaliser tout à la fois son ardent désir d'apostolat en faisant rayonner autour d'elle la bienfaisante influence d'un attirant exemple, d'une charité toujours en éveil, d'une foi active et lumineuse, d'une prière incessante. » — Cardinal Pietro Gasparri, lettre à Félix Leseur, 16 août 1918[127]

Ce succès s'explique aussi par le moment : en pleine guerre, Félix présentait ces pages comme « une sorte de traité de la souffrance », offert à une France en deuil.[128]

Structure du Journal : journal, résolutions, pensées et testament

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L'ouvrage réunit plusieurs strates : la première partie du Journal (1899-1906), le Cahier de résolutions (1906-1912), retrouvé par Félix et qui comble la lacune du Journal, la seconde partie du Journal (1911-1914), les Pensées de chaque jour (1899-1906) et le testament spirituel.[129][130] Le tout s'ouvre sur la longue préface biographique de Félix, « In Memoriam », datée de la Toussaint, où il raconte à la première personne sa propre trajectoire.[131]

Félix y prévient qu'il ne s'agit pas d'un journal au sens ordinaire : très peu de faits y sont relatés, car c'est « l'histoire d'une âme », écrite pour elle seule, « sans aucune préoccupation de style et de composition ».[132] L'ouvrage est toujours réédité : aux éditions du Cerf en 2005, puis aux éditions Ephata en 2024, avec une préface du frère Éric de Clermont-Tonnerre, dominicain.[133][134]

Les Lettres sur la souffrance : la correspondance avec sœur Marie Goby

La correspondance nouée à Beaune en juillet 1910 avec sœur Marie Goby, religieuse hospitalière, unit les deux femmes pendant les trois dernières années de la vie d'Élisabeth.[135] Félix en publie les soixante-dix-huit lettres en 1918 et leur donne leur titre, Lettres sur la souffrance ; la réédition de 2012 y ajoute pour la première fois les lettres de sœur Goby, retrouvées par l'universitaire américaine Janet Ruffing.[136] Avec le Journal, ces lettres sont le second pilier de l'œuvre écrite d'Élisabeth Leseur.

La cause de béatification

Le procès informatif à Paris (1936-1949)

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Le procès informatif sur la vie et les vertus d'Élisabeth Leseur s'ouvre à Paris en 1936 — le 30 novembre selon la biographie de Bernadette Chovelon — et se clôt en 1949 selon le relevé de l'Hagiography Circle.[137] Après une interruption due à la guerre, la cause est rouverte en 1990.[138] Félix lui-même avait pris soin de préciser, dès 1917, qu'en parlant de « sainteté » à propos de sa femme, il n'entendait « en rien prévenir les jugements de l'Église », auxquels il se soumettait.[139]

L'approbation romaine des écrits (1955)

Le 27 juin 1955, la Sacrée Congrégation des rites, alors chargée des causes des saints, approuve les écrits d'Élisabeth Leseur.[140][141] Cette étape vérifie que rien, dans les écrits d'un candidat, ne s'oppose à la foi et aux mœurs ;[142] elle rejoint le jugement que le père Janvier portait déjà en 1915 sur « la sûreté de la doctrine » du Journal.[143]

Les étapes qui restent avant une béatification

La cause n'a pas encore franchi l'étape suivante : l'étude de ses vertus, qui doit conduire, si elles sont reconnues héroïques, au titre de vénérable. Viendrait ensuite la béatification, qui suppose un miracle reconnu, puis la canonisation, qui en suppose un second.[144] Élisabeth Leseur porte donc aujourd'hui le titre de servante de Dieu.[145]

Félix, de son côté, assurait dès 1917 savoir « par des confidences, que certaines grâces particulières ont été obtenues par son intercession », et voyait dans sa propre conversion « un témoignage de sa surnaturelle influence ».[146]

La dévotion aujourd'hui

Le frère Éric de Clermont-Tonnerre, dominicain, ancien prieur provincial, est vice-postulateur de la cause.[147][148] Aux États-Unis, une association s'est constituée pour recueillir la réputation de sainteté d'Élisabeth ; en France, un Cercle d'amis organise des journées de conférences, comme celle du 16 octobre 2018 à Saint-Germain-des-Prés, et l'une de ses fidèles, vice-présidente de l'association américaine, entretient sa tombe au cimetière parisien de Bagneux.[149] Radio Maria France lui a consacré une émission entière, la présentant comme « une épouse pour son mari et pour Dieu ».[150] Des biographies récentes prolongent celle de Geneviève Duhamelet (1959) : Bernadette Chovelon (2015, rééditée en 2023) et Inès Delajoie (2024).[151][152][153]

Une théologie vécue : mariage, souffrance et apostolat silencieux

L'épouse qui sanctifie son mari incroyant

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Le cas d'Élisabeth Leseur illustre une vérité que saint Paul énonce pour les foyers où un seul des époux croit : « le mari non croyant se trouve sanctifié par sa femme » (1 Co 7, 14).[154] Sa méthode — présence aimante, silence sur ses convictions, refus de toute pression — refuse à la fois la résignation et l'affrontement. Le Catéchisme de l'Église catholique décrit aujourd'hui ce chemin presque trait pour trait :

« C'est une grande joie pour le conjoint chrétien et pour l'Église si cette " sanctification " conduit à la conversion libre de l'autre conjoint à la foi chrétienne (cf. 1 Co 7, 16). L'amour conjugal sincère, la pratique humble et patiente des vertus familiales et la prière persévérante peuvent préparer le conjoint non croyant à accueillir la grâce de la conversion. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1637[155]

Elle constitue, à ce titre, un repère concret pour tout chrétien lié — par le mariage, la famille ou l'amitié — à une personne éloignée de la foi.

La valeur rédemptrice de la souffrance offerte

La doctrine d'Élisabeth sur la souffrance s'enracine dans la parole de saint Paul : « ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l'accomplis pour son corps qui est l'Église » (Col 1, 24).[156] Le Catéchisme en tire la loi de la communion des saints :

« Le moindre de nos actes fait dans la charité retentit au profit de tous, dans cette solidarité avec tous les hommes, vivants ou morts, qui se fonde sur la communion des saints. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 953[157]

C'est très exactement cette conviction, vécue pendant vingt-cinq ans de maladie, qui fait le cœur de sa cause : non des phénomènes extraordinaires, mais une fidélité ordinaire poussée jusqu'à l'offrande de sa vie.

Une sainteté de laïque parmi les figures françaises du XXᵉ siècle

Élisabeth Leseur occupe, parmi les serviteurs de Dieu et vénérables français du XXᵉ siècle, une place singulière. Comme le serviteur de Dieu Jacques Fesch, elle montre qu'un chemin de sainteté peut s'accomplir loin des couvents, au cœur d'une existence ordinaire ou blessée. Comme la vénérable Madeleine Delbrêl, elle vit sa foi au contact quotidien d'un milieu incroyant, sans renoncer au dialogue ni chercher à l'emporter par la polémique. Et comme l'a enseigné le vénérable Henri Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame, sa vie atteste que le mariage chrétien est lui-même un chemin de sainteté — y compris, et peut-être surtout, lorsque ce chemin traverse l'épreuve de la désunion spirituelle.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 14 : engagement de respecter la foi de sa femme, « prosélytisme à rebours », « je faillis y réussir », détachement de la pratique et protestantisme libéral en 1897, lecture de l'Histoire des origines du christianisme de Renan.

    1 28 41 42 43
  2. Collège des Bernardins, « Félix et Élisabeth Leseur : de la vie mondaine à la vie chrétienne », magazine en ligne, 25 juin 2022, reprenant une lettre spirituelle de l'abbaye Saint-Joseph de Clairval : collegedesbernardins.fr. Enfance et journal d'enfant, famille de Félix, fiançailles du 23 mai 1889, carrière de Félix (La République française, Le Siècle, assurances), voyages, Rome en 1903, cancer, Lourdes en 1912, neuvaine à Thérèse de l'Enfant-Jésus, mort du 3 mai 1914, récits de conversion de Félix (juin 1914, Paray-le-Monial, Lourdes), père Janvier, noviciat de 1919, ordination du 8 juillet 1923, mort de Félix à la fin de février 1950.

    2 4 10 11 14 17 18 23 24 25 27 30 32 34 35 37 45 56 72 81 90 93 95 100 110 111 112 114 116 118 120 124
  3. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 38-42 : découverte du testament et du Journal, « une révolution s'opéra dans tout mon être moral », pacte de sa femme, « Tu viendras me retrouver, je le sais ! », réconciliation au printemps 1915, jugement du père Janvier sur « la sûreté de la doctrine ».

    3 9 98 108 109 113 115 143
  4. Élisabeth Leseur, Journal et pensées de chaque jour, préface du frère Éric de Clermont-Tonnerre, o.p., Éditions Ephata, coll. « Les classiques de la spiritualité », 2 octobre 2024, 296 p., ISBN 978-2-38550-059-7. La présentation de l'éditeur indique que le Journal « a rapidement atteint 100 000 exemplaires vendus et a été traduit en une douzaine de langues ».

    5 134 148
  5. Bernadette Chovelon, Élisabeth et Félix Leseur. Itinéraire spirituel d'un couple, Elidia (Ephata), 2023, p. 451 : ouverture de la cause à Paris, 30 novembre 1936 (date reprise dans la notice Wikipédia FR « Élisabeth Leseur », § « Processus de béatification et canonisation ») ; Janet K. Ruffing, R.S.M., « Elizabeth Leseur: A Strangely Forgotten Modern Saint », in Ann W. Astell (éd.), Lay Sanctity, Medieval and Modern: A Search for Models, University of Notre Dame Press, 2000 : cause « first initiated in 1936 ».

    6 137
  6. Notice Wikipédia FR « Élisabeth Leseur », § « Processus de béatification et canonisation » : « Rome, 27 juin 1955 : approbation des écrits d'Élisabeth Leseur par la commission des théologiens de la Congrégation pour les causes des saints », en convergence avec le relevé de l'Hagiography Circle.

    7 141
  7. Émilie Pourbaix, « Élisabeth Leseur, l'apostolat de la souffrance », France Catholique, 25 octobre 2024 : france-catholique.fr.

    8
  8. Bibliothèque nationale de France, notice d'autorité « Leseur, Élisabeth (1866-1914) », formes rejetées « Leseur, Madame Félix » et « Arrighi, Élisabeth », naissance le 16 octobre 1866, mort le 3 mai 1914 : catalogue.bnf.fr.

    12
  9. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 12-13 : la famille Arrighi, l'éducation d'Élisabeth, l'incroyance de Félix au moment du mariage.

    13 15 16 26
  10. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 20-22 : mort de sa plus jeune sœur (1887), de son père (décembre 1889), d'un neveu (mai 1901) et de sa sœur Juliette (13 avril 1905) ; Une âme (souvenirs recueillis par une sœur), 1906.

    19 38 62 63
  11. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 9-11 : culture et langues d'Élisabeth, goût des arts, gaieté et saintes préférées (sainte Thérèse, sainte Catherine de Sienne), désir d'enfants, nièce et neveux, renoncement caché « sous l'affabilité et le sourire ».

    20 21 40 65
  12. Eugène Roupain, Une femme du monde apôtre, J. de Gigord, Paris, 1928, 122 p.

    22
  13. Actuailes, « Le 23 mars 1923… Un dominicain qui ne croyait pas en Dieu ! », n° 159, 15 mars 2023 : actuailes.fr. Mariage à Saint-Germain-des-Prés le 31 juillet 1889, La République française, profession solennelle de Félix le 23 mars 1923, mort de Félix le 25 février 1950.

    29 31 121 123
  14. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 15-16 : « frappée par l'indigence du fond », reconstitution de son instruction religieuse, « foi solide et raisonnée », travail mené « seule », milieu journalistique et politique de Félix, isolement d'Élisabeth jusqu'en mars 1903.

    33 44 49 50 52
  15. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 17-18 : jugement de son directeur (« C'était véritablement une sainte ! »), affection du foie depuis l'enfance, maladie de 1889 et huit mois d'alitement, crises hépatiques à partir d'avril 1908, opération de 1911.

    36 39 53 79
  16. Élisabeth Leseur, Journal, 19 octobre 1911, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 229-230.

    46
  17. Félix Leseur, préface « In Memoriam », in Élisabeth Leseur, Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, Paris, 1920, p. 4-8 : nature du manuscrit, sauvegarde du Journal par la sœur d'Élisabeth, dates du Journal (11 septembre 1899 – 11 août 1906, puis 19 octobre 1911 – 9 janvier 1914), Cahier de résolutions (octobre 1906 – 18 juillet 1912), Pensées de chaque jour et testament spirituel. Texte intégral numérisé : archive.org/details/journaletpensees00lese.

    47 104 107 130 132
  18. Élisabeth Leseur, Journal, 20 septembre 1899, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 54.

    48
  19. Élisabeth Leseur, Journal, 12 mai 1903, et note de l'éditeur sur le baptême d'un adulte dont elle fut la marraine, dans la chapelle du couvent dominicain du faubourg Saint-Honoré, où elle connut « le Révérend Père H… », son futur directeur, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 89-90. Le R. P. Hébert, o.p., préfaça Une âme (1906) et les Lettres sur la souffrance (1918) ; sur ses visites à Élisabeth, voir « Élisabeth Leseur (1866-1914) », Le Secret de Marie : lesecretdemarie.com.

    51
  20. Élisabeth Leseur, Journal, entrée écrite peu après la mort de Léon XIII (20 juillet 1903), récit du voyage à Rome, de l'audience pontificale du 19 avril et de la communion à Saint-Pierre du 22 avril 1903, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 93-96.

    54 55 57
  21. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 29-30 : respect de la pensée d'autrui, témoignage d'une amie incroyante, lettre d'Élisabeth à Félix de juin 1904.

    58 60
  22. Élisabeth Leseur, Journal, 23 février 1912 (p. 239-240), 6 mars 1912 (p. 240-241) et 17 octobre 1912 (p. 248), in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920.

    59 85 86
  23. Bible, traduction officielle liturgique (AELF) : Première lettre de saint Pierre 3, 1-2 ; Première lettre aux Corinthiens 7, 14 ; Lettre aux Colossiens 1, 24 : aelf.org/bible.

    61 154 156
  24. Élisabeth Leseur, Cahier de résolutions, « Règlement de vie » inscrit en octobre-novembre 1906, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 151-165 ; passage cité p. 164-165.

    64
  25. Élisabeth Leseur, lettre du 27 octobre 1911, reproduite intégralement par Félix Leseur dans « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 24-26.

    66 67
  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 1521 (l'union à la Passion du Christ) : vatican.va.

    68
  27. Élisabeth Leseur, Journal, 1er novembre 1905, fête de la Toussaint, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 133-134.

    69
  28. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 27-28 : maison pour ouvrières isolées, engagement à l'Union populaire catholique (plaine Saint-Denis) jusqu'à la fin de 1913, charité envers les âmes.

    70 71 73
  29. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 31-33 : la devise écrite pour sa sœur cadette, le défilé à son chevet, les obsèques, ses lettres « par centaines » et son rôle de « directeur d'âmes ».

    74 76 77 101
  30. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 19-20 : séjours d'été à Jougne (Doubs), dernière maladie à partir de juillet 1913, mort le 3 mai 1914, invocation « Mon Dieu, ayez pitié de nous, de moi ! », rayonnement exercé depuis sa chaise longue à partir de 1908.

    75 97
  31. Élisabeth Leseur, Journal et pensées de chaque jour, précédés d'une lettre du R. P. Janvier, o.p., J. de Gigord, Paris, 1920, « cinquante-quatrième mille » : page de titre (épigraphe « Toute âme qui s'élève élève le monde », « devise donnée par Élisabeth Leseur à sa sœur »), nihil obstat du 5 mars 1917 et imprimatur du 7 mars 1917, liste des ouvrages du même auteur (Lettres sur la souffrance, préface du R. P. Hébert, 1918) et table des matières. Exemplaire de l'Université d'Ottawa numérisé : archive.org/details/journaletpensees00lese.

    78 119 126 129
  32. Élisabeth Leseur, Lettres sur la souffrance. Correspondance avec sœur Marie Goby (1910-1914), introduction de Janet Ruffing, r.s.m., Éditions du Cerf, coll. « Intimité du christianisme », août 2012, 240 p., ISBN 978-2-204-08404-8 ; présentation de l'éditeur : editionsducerf.fr. Première édition : J. de Gigord, 1918.

    80 135 136
  33. Élisabeth Leseur, Cahier de résolutions, 17 mars, 9 avril et 8 juin 1911, avec les notes de l'éditeur sur le « pacte » et sur l'opération du 10 avril 1911, lendemain du dimanche des Rameaux, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 214-217.

    82 83 84
  34. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 35-37 : grâces attribuées à son intercession, évolution de Félix (1908, 1911, 1912), vœu et pèlerinage de Lourdes en juin 1912, « le surnaturel », retour « très troublé ».

    87 88 89 91 92 146
  35. Élisabeth Leseur, Journal, 16 juillet 1913, et note de l'éditeur (alitement le 6 juillet 1913, amélioration en octobre, rechute le 12 novembre), in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 262-263.

    94 96
  36. Félix Leseur, « In Memoriam », Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 44-46 : le Journal comme « traité de la souffrance » au milieu de la guerre, l'épisode du 28 avril 1914, et la note finale où Félix soumet aux jugements de l'Église les mots de « sainteté » et de « perfection ».

    99 128 131 139
  37. Isabelle Demangeat, « Élisabeth Leseur : un exemple pour notre temps », Paris Notre-Dame, 4 octobre 2018, Diocèse de Paris : dioceseparis.fr. Journée de conférences du 16 octobre 2018 à Saint-Germain-des-Prés, association américaine pour la cause, sépulture au cimetière parisien de Bagneux.

    102 149
  38. Élisabeth Leseur, « Testament spirituel pour Félix », daté du 15 octobre 1903, recopié et légèrement modifié le 26 janvier 1911, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. 335-338.

    103 105 106
  39. R. P. Marie-Albert Janvier, o.p., lettre à Félix Leseur, Jougne, 3 septembre 1915, in Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920, p. VII-IX.

    117
  40. Marie-Albert (Félix) Leseur, o.p., Vie d'Élisabeth Leseur, J. de Gigord, Paris, 1931 (rééd. 1954), 388 p.

    122
  41. Jenny Lark Snarski, « Fulton Sheen and 3 amazing stories of Our Lady of Lourdes », Aleteia (édition anglaise), 10 février 2026 : aleteia.org, citant Fulton Sheen. Texte original : « Lent 1924, during Lent, I, Fulton J. Sheen, made my retreat in the Dominican monastery in Belgium. […] I made my retreat under the spiritual guidance of Father Felix Leseur of the Order of Preachers […], who told me this story. » Voir aussi Christopher Kaczor, « Redemptive Marriage: The Story of an Atheist and a Catholic », Word on Fire : wordonfire.org.

    125
  42. Cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d'État, lettre à Félix Leseur transmise par le R. P. Janvier, Vatican, 16 août 1918 (n° 70.462), reproduite en tête de Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1920.

    127
  43. Élisabeth Leseur, Journal et pensées de chaque jour, préface de Félix Leseur, Éditions du Cerf, 2005, ISBN 978-2-204-07082-9.

    133
  44. Janet K. Ruffing, R.S.M., « Elizabeth Leseur: A Strangely Forgotten Modern Saint », in Ann W. Astell (éd.), Lay Sanctity, Medieval and Modern: A Search for Models, University of Notre Dame Press, 2000 : cause « first initiated in 1936 and, after a delay due to the war, […] reopened in 1990 » (texte mis en ligne sur le site de l'université Fordham).

    138
  45. Hagiography Circle, notices des causes par année de mort, « 1914 », n° 13, « Élisabeth Leseur née Arrighi » : forum compétent Paris, protocole 628, cause sur les vertus héroïques, procès informatif ouvert le 8 avril 1936 et clos en 1949, décret sur les écrits du 27 juin 1955, demandeur la province dominicaine de France : newsaints.faithweb.com/year/1914.htm. Relevé privé, utilisé ici seulement pour les points corroborés par les notes [^cause-1936] et [^cause-1955].

    140 145
  46. Jean-Paul II, constitution apostolique Divinus perfectionis Magister, 25 janvier 1983, et normes de la Congrégation pour les causes des saints : procès diocésain sur la vie et les vertus, positio, décret sur l'héroïcité des vertus, puis reconnaissance d'un miracle pour la béatification et d'un second pour la canonisation.

    142 144
  47. Radio Présence, « Élisabeth et Félix Leseur à Lourdes. Les chemins de la sainteté », émission Vivante Église, 5 décembre 2024, avec le frère Éric de Clermont-Tonnerre, « vice-postulateur de la cause de béatification d'Élisabeth Leseur » : radiopresence.com.

    147
  48. Radio Maria France, « Élisabeth Leseur, une épouse pour son mari et pour Dieu », émission Dames de cœur, 12 juin 2025 : radiomaria.fr.

    150
  49. Geneviève Duhamelet, Élisabeth Leseur, 1866-1914 ; le miracle de l'amour chrétien, Lethielleux, Paris, 1959.

    151
  50. Bernadette Chovelon, Élisabeth et Félix Leseur. Itinéraire spirituel d'un couple, Artège, 2015 ; rééd. Elidia (Ephata), 2023, 480 p., ISBN 978-2-38550-014-6.

    152
  51. Inès Delajoie, Élisabeth Leseur, une âme pour élever le monde, Nouvelle Cité, 2024, 128 p., ISBN 978-2-37582-607-2.

    153
  52. Catéchisme de l'Église catholique, § 1637 (mariages avec disparité de culte) : vatican.va.

    155
  53. Catéchisme de l'Église catholique, § 953 (la communion de la charité) : vatican.va.

    157