Serviteur de Dieu Don Dolindo Ruotolo (1882-1970)

Le Serviteur de Dieu Don Dolindo Ruotolo (1882-1970), prêtre napolitain deux fois suspendu par le Saint-Office puis réhabilité en 1937, est l'auteur de l'Acte d'abandon à Jésus : « Ô Jésus, je m'abandonne à toi, occupe-toi de tout ! »

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Le Serviteur de Dieu Don Dolindo Ruotolo (1882-1970) est un prêtre napolitain, formé chez les lazaristes puis prêtre du diocèse de Naples, auteur de l'Acte d'abandon à Jésus, une prière dont la conclusion est répétée dans le monde entier : « Ô Jésus, je m'abandonne à toi, occupe-toi de tout ! »[1]

Sa vie de prêtre est d'abord une longue épreuve d'obéissance. Accusé d'hérésie en 1907 pour avoir défendu la bonne foi d'une voyante de Catane, suspendu a divinis à deux reprises, de 1907 à 1910 puis de 1921 à 1937, expulsé de sa congrégation et soumis à une expertise psychiatrique qui le déclare sain d'esprit, il ne rompt jamais avec l'Église ; il est pleinement réhabilité le 17 juillet 1937.[2][3] Trois ans plus tard, quand son commentaire de la Bible est mis à l'Index, il se soumet aussitôt.[4]

Confesseur assiégé par le peuple de Naples, il est tenu en haute estime par saint Padre Pio, qui renvoyait vers lui les pèlerins napolitains.[5] Il meurt à Naples le 19 novembre 1970 et sa tombe attire toujours les foules. Un décret de l'archevêque de Naples, Mgr Domenico Battaglia, rendu public le 20 mai 2021, a désigné les parties actrices de sa cause de béatification : Don Dolindo porte le titre de Serviteur de Dieu.[6][7]

Une enfance marquée par la douleur (1882-1905)

« Je fus appelé Dolindo, ce qui signifie douleur »

Dolindo Ruotolo naît à Naples le 6 octobre 1882, cinquième des onze enfants de Raffaele Ruotolo, ingénieur et mathématicien, et de Silvia Valle, issue de la noblesse napolitaine et espagnole.[8] Son père choisit ce prénom inusité ; Don Dolindo en donne lui-même le sens dans le titre de son autobiographie, Fui chiamato Dolindo, che significa dolore (« Je fus appelé Dolindo, ce qui signifie douleur »).[9][10] L'enfance est rude : santé fragile, gêne financière, père violent qui frappe ses enfants pour des riens, puis séparation des parents.[11][12] Il n'en garde aucune rancune et y voit le commencement de sa vocation : « Ainsi commença ma vie de douleur, qui devait toujours grandir et prendre tant de part à la Passion adorée de Jésus-Christ. »[13]

Chez les Prêtres de la Mission (1896-1905)

En 1896, sa mère le confie, avec son frère Elio, à l'École apostolique des Prêtres de la Mission, les lazaristes, fils de saint Vincent de Paul, dans leur maison des Vergini, à Naples.[14][15] Il entre ensuite au noviziat, prononce ses vœux le 1ᵉʳ juin 1901, demande en vain, deux ans plus tard, à partir comme missionnaire en Chine, et il est ordonné prêtre le 24 juin 1905.[16] Novice, il demandait chaque matin à Jésus « l'amour, la douleur, l'humilité, la foi, la mansuétude, la longanimité, la patience ».[17] Nommé professeur des clercs de l'École apostolique et maître de chant grégorien, il est ensuite envoyé à Tarente, puis au séminaire de Molfetta, dans les Pouilles, où il enseigne et travaille à la réforme de l'établissement.[18][19]

L'affaire Serafina Gentile et la première suspension (1907-1912)

Une voyante de Catane et un rapport travesti

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En septembre 1907, le père Andrea Volpe, son supérieur, alors en poste à Catane, demande à Don Dolindo son avis sur une jeune femme réputée voyante, Serafina Gentile, dont il estime lui-même la bonne foi.[20][21] Venue à Giovinazzo, près de Molfetta, elle se confesse à Don Dolindo, qui l'observe pendant huit jours et l'entend parler en extase. Son avis est favorable, bien qu'elle dise assister à la « manifestation de l'Esprit Saint sous la forme d'un enfant ».[22]

Le rapport parvient au Visiteur, le supérieur provincial de Naples, qui le travestit : la « vision » devient une « incarnation de l'Esprit Saint », c'est-à-dire une hérésie.[23][24] Don Dolindo, qui défend aussi la bonne foi de son supérieur, a beau préciser qu'il n'a jamais été question d'une incarnation de la troisième Personne de la Trinité et que l'Église ne s'est pas encore prononcée sur ces faits : il n'est pas compris.[25] On veut alors lui faire signer une déclaration présentant Serafina Gentile comme une trompeuse de mauvaise foi. Il refuse, car il ne peut en conscience juger les intentions de cette femme.[26]

Le Saint-Office, la suspension et l'expulsion (1907-1908)

Le 29 octobre 1907, Don Dolindo est rappelé à Naples, reçoit l'ordre de ne plus s'occuper de l'affaire et se voit interdire la célébration de la messe.[27][28] Accusé d'être un « hérétique formel et dogmatisant », il part le 4 décembre pour Rome, où le Saint-Office l'examine près de quatre mois. Il ne rétracte rien de ce qu'il a vu et entendu, est privé des sacrements, puis soumis à une expertise psychiatrique qui le déclare sain d'esprit.[29][30] Il écrira plus tard :

« Je descendis du Saint-Office content d'avoir fait mon devoir, ou ce que je croyais alors être mon devoir. Je compris pourquoi les martyrs devaient exulter dans leurs tourments, et j'allai à Saint-Pierre remercier Jésus de ce qui était arrivé et de la force qu'il m'avait donnée. » — Don Dolindo Ruotolo, autobiographie[31]

Le 13 avril 1908, ses supérieurs le convoquent à Naples, l'expulsent de la Congrégation de la Mission et le soumettent à un exorcisme.[32] À l'exorciste, Mgr Andrulli, il dit simplement : « Monseigneur, la paix que je sens dans mon âme est si grande que, de deux choses l'une : ou je n'ai pas le diable au corps, ou vous ne savez pas le chasser ! »[33]

Rossano et la première réhabilitation (1908-1912)

De retour dans sa famille, qui le tient pour fou, il accepte de servir comme domestique chez un cousin. Mgr Orazio Mazzella, archevêque de Rossano, en Calabre, qui l'avait connu à Tarente, l'appelle alors comme secrétaire particulier.[34][35] Le 9 juin 1910, avec l'accord de son confesseur, Don Dolindo s'offre en victime à Jésus.[36] Le 8 août 1910, la révision de son dossier aboutit : il peut de nouveau célébrer la messe, au terme d'une suspension que lui-même, dans son autobiographie, chiffre à deux ans, six mois et onze jours — comptés à partir de la suspension formelle prononcée par le Saint-Office, et non de l'interdiction de célébrer reçue dès le 29 octobre 1907.[37][38] Convoqué une nouvelle fois à Rome en décembre 1911 et frappé de nouvelles restrictions pour la confession, la prédication et la direction spirituelle, il est renvoyé à Naples en 1912, où le cardinal Rampolla lui rend la faculté de prêcher.[39][40]

La seconde épreuve (1918-1937)

Une calomnie portée jusqu'à Benoît XV (1918)

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À Naples, Don Dolindo prêche à partir de 1913 dans de nombreuses églises, ouvre une « école de religion » pour des étudiantes, fonde le 27 décembre 1914 l'Opera di Dio, une œuvre de vie eucharistique renouvelée, puis en 1915 l'Apostolato Stampa, qui diffuse ses écrits.[41][42][43] Une de ses filles spirituelles, qui se croit délaissée, le calomnie alors auprès d'un ancien adversaire, l'augustinien Domenico Fenocchio.[44][45]

Le 15 septembre 1918, celui-ci obtient une audience privée de Benoît XV et accuse Don Dolindo de répandre des nouveautés contraires à la foi et d'avoir formé une sorte de secte. L'accusation est fausse, mais le pape fait aussitôt suspendre ses prédications et ordonne une enquête. Don Dolindo, qui ignore tout de ce qui se passe à Rome, cesse de prêcher à l'instant même.[46]

Seize ans et demi de suspension (1921-1937)

En janvier 1921, avant de partir pour Rome où le Saint-Office doit de nouveau l'interroger, Don Dolindo prononce un vœu d'abandon à la volonté de Dieu.[47] Le 4 mars 1921, au terme d'un nouveau procès, il est suspendu a divinis ; ses locutions intérieures avec Jésus sont, elles aussi, jugées.[48][49] Cette seconde suspension durera seize ans et demi. À l'annonce de la sanction, il écrit : « Je me sens comme plongé dans la Passion de Jésus. Mais je pardonne et je bénis ! »[50]

Pendant toutes ces années, il assiste chaque jour à la messe parmi les simples fidèles, d'ordinaire au dernier rang, et va communier : il veut que chacun sache qu'il demeure un humble fils de l'Église, qu'il appelle « sainte, immaculée, indéfectible ». À ceux qui accusent ses juges, il répond : « Taisez-vous, ce sont mes bienfaiteurs. »[51]

Le pardon accordé au père Fenocchio (1923)

En 1923, le père Fenocchio, malade, confie à Don Dolindo ses nombreux remords et lui demande pardon. Don Dolindo lui fait comprendre qu'il lui a déjà pardonné et l'a toujours aimé, puis lui indique le remède à son trouble :[52]

« Vous ne devez pas vous troubler, mais tout remettre à Jésus. […] Dites à Jésus, en vous humiliant et avec une pleine confiance : “Mon Jésus, je remets entre tes mains tout ce que je n'ai pas bien fait ; trouve, toi, le moyen d'y remédier.” Et vous, Père, ne vous souciez de rien d'autre. » — Don Dolindo Ruotolo au père Domenico Fenocchio, 1923[53]

Dix-sept ans avant l'Acte d'abandon, ce conseil en contient déjà toute la logique : remettre à Jésus ce que l'on ne peut réparer soi-même.

La réhabilitation définitive (17 juillet 1937)

L'intervention de la bienheureuse Armida Barelli, fondatrice de la Jeunesse féminine de l'Action catholique italienne, débloque la situation : elle obtient de Pie XI la création d'une commission chargée de revoir le dossier.[54] Le 17 juillet 1937, à près de cinquante-cinq ans, Don Dolindo est définitivement réhabilité.[55][56] Les deux suspensions l'ont privé de son ministère pendant près de vingt ans, sur trente-deux années de sacerdoce.[57]

Le confesseur de Naples

Saint-Joseph-des-Nudi, puis Saint-Joseph-des-Vieux

Prêtre du diocèse de Naples, Don Dolindo exerce son ministère à l'église Saint-Joseph-des-Nudi, puis, à partir du 14 avril 1942, comme vicaire de la paroisse Saint-Joseph-des-Vieux, dont son frère Elio est le curé.[58][59] Après la guerre, il contribue à y construire, en ex-voto, une réplique de la grotte de Lourdes, qui donne à la paroisse son nom actuel de Saint-Joseph-des-Vieux-et-Immaculée-de-Lourdes.[60] Son confessionnal attire des foules. Il est aussi exorciste, et il écrit au dos d'images pieuses des milliers de courtes pensées, reçues dans ses locutions intérieures, qu'il distribue à tous comme un soutien dans la foi.[61]

Des charismes rapportés par ses proches

Les témoignages réunis par sa nièce Grazia Ruotolo, témoin direct de sa vie, et par le journaliste Luciano Regolo décrivent un prêtre aux charismes peu communs : il lit dans les cœurs, obtient par sa prière des guérisons, connaît des phénomènes de bilocation et des assauts nocturnes du démon, et entretient depuis sa jeunesse un dialogue intérieur avec Jésus, la Vierge, son ange gardien et sainte Gemma Galgani.[62] Ces dons étaient le fruit de l'adoration, de la prière contemplative et des mortifications par lesquelles il se préparait à recevoir les fidèles.[63]

Une carte pour la Pologne (1965)

Le 2 juillet 1965, au dos d'une carte destinée au comte polonais Witold Laskowski, Don Dolindo écrit que la Pologne résistera au communisme et qu'il s'y lèvera « un nouveau Jean », héritier de Jean III Sobieski, le roi qui sauva Vienne des Turcs en 1683.[64] Treize ans plus tard, le 16 octobre 1978, l'archevêque de Cracovie Karol Wojtyła est élu pape sous le nom de Jean-Paul II ; ce message explique le grand rayonnement de Don Dolindo en Pologne.[65][66]

Don Dolindo et Padre Pio

« À Naples, vous avez Don Dolindo ! »

Padre Pio, d’après Elia Stelluto ; portrait colorisé. Wikimedia Commons, domaine public (PD-Italy / PD-1996).

Don Dolindo et saint Padre Pio (1887-1968), son cadet de cinq ans, partagent bien des traits : une santé éprouvée, des combats nocturnes avec le démon, des phénomènes mystiques et l'obéissance sereine à l'Église au temps des enquêtes les plus sévères.[67]

Aux Napolitains qui venaient le voir, Padre Pio répétait : « Pourquoi venez-vous chez moi ? À Naples, vous avez Don Dolindo ! »[68] Il l'appelait « le saint apôtre de Naples »[69] et lui écrivit un jour : « Rien de ce qui est sorti de la plume de Don Dolindo ne doit être perdu. C'est un saint prêtre ! »[70]

« Tout le Paradis est dans ton âme »

Dans les années 1950, Don Dolindo se rend à San Giovanni Rotondo, l'âme encore oppressée par ses épreuves.[71] Dans le récit qu'il rédige après la mort du capucin, il raconte que Padre Pio l'embrassa devant ses confrères et lui dit :[72]

« Écoute-moi bien ! Tout le Paradis est dans ton âme ; il y a toujours été, il y est et il y sera pour toute l'éternité. » — Saint Padre Pio à Don Dolindo Ruotolo, San Giovanni Rotondo[73]

Pour le prêtre qu'on avait soupçonné, exorcisé et tenu pour fou, la parole venait d'un saint qui avait connu les mêmes soupçons.

L'Acte d'abandon à Jésus (1940)

Une lettre du 6 octobre 1940

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La prière la plus connue de Don Dolindo tient en quelques feuillets. Son manuscrit, conservé aux archives des Sœurs franciscaines de l'Immaculée à Naples, a été retrouvé par la journaliste et traductrice polonaise Joanna Bątkiewicz-Brożek, nommée en juin 2020 vice-postulatrice de sa cause.[74] Il porte la date du 6 octobre 1940, jour des cinquante-huit ans de son auteur, et se trouve collé à l'intérieur d'une lettre de soutien adressée à sa fille spirituelle Elena Montella, une jeune femme tourmentée.[75]

Écrit en lettres minuscules sur des fiches plus petites qu'une page de cahier d'écolier, le texte est donc postérieur de trois ans à sa réhabilitation, et antérieur de cinq semaines à la mise à l'Index de son commentaire biblique.[76][77]

« Laissez-moi le soin de vos affaires »

Le texte est écrit à la première personne : c'est Jésus qui parle aux âmes. Il s'ouvre sur un appel à la paix :[78]

« Pourquoi vous troublez-vous en vous agitant ? Laissez-moi le soin de vos affaires et tout se calmera. Je vous le dis en vérité : tout acte d'abandon vrai, aveugle, complet en moi produit l'effet que vous désirez et résout les situations épineuses. » — Acte d'abandon à Jésus, Don Dolindo Ruotolo, 1940[79]

L'abandon n'y est pas une résignation, mais une confiance d'enfant :

« S'abandonner, c'est fermer paisiblement les yeux de l'âme, détourner sa pensée de la tribulation et s'en remettre à moi, pour que moi seul je vous fasse trouver, comme des enfants endormis dans les bras de leur mère, sur l'autre rive. » — Acte d'abandon à Jésus[80]

Le texte relit le Notre Père dans le même sens : « que ta volonté soit faite », c'est dire « occupe-toi de tout ».[81] Il s'achève sur la formule devenue célèbre :

« Mille prières ne valent pas un seul acte d'abandon confiant : souvenez-vous-en bien. Il n'y a pas de neuvaine plus efficace que celle-ci : Ô Jésus, je m'abandonne à toi, occupe-toi de tout ! » — Acte d'abandon à Jésus[82]

Une prière devenue mondiale

Récitée comme une neuvaine, la prière a fait connaître son nom bien au-delà de Naples : en Pologne, en Slovaquie, en Angleterre et jusqu'en Amérique.[83] La première biographie complète, Gesù, pensaci tu, due à Grazia Ruotolo et à Luciano Regolo, a paru en 2020 aux éditions Ares, à Milan, et simultanément en polonais à Cracovie.[84]

Le commentaire biblique et l'épreuve de 1940-1941

Trente-trois volumes signés Dain Cohenel

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Le grand œuvre de Don Dolindo est un commentaire de l'Écriture sainte, La Sacra Scrittura. Psicologia, Commento, Meditazione, dont il publie le premier volume en 1930 sous le pseudonyme de Dain Cohenel, c'est-à-dire « Dolindo, prêtre de Dieu ».[85][86] L'ouvrage unit l'explication du texte, une lecture psychologique et la méditation ; avant 1940, treize volumes couvrent déjà l'Ancien Testament, de la Genèse à l'Ecclésiastique.[87][88]

L'ensemble atteindra trente-trois volumes, à côté de nombreux ouvrages de théologie, d'ascétique et de mystique, de recueils de lettres et d'écrits autobiographiques.[89] La Casa Mariana Editrice, à Frigento, en Campanie, qui a repris l'Apostolato Stampa, réédite aujourd'hui toute son œuvre.[90]

La mise à l'Index et la soumission (1940)

Le 13 novembre 1940, les cardinaux du Saint-Office condamnent l'ouvrage et le font inscrire à l'Index des livres prohibés « jusqu'à ce qu'il soit corrigé » (donec corrigatur) ; Pie XII approuve la décision le lendemain et le décret est publié le 20 novembre.[91] Le 6 décembre, le Saint-Office fait savoir officiellement que « le prêtre Dolindo Ruotolo (Dain Cohenel) s'est humblement soumis au décret ».[92] Il demandera à plusieurs reprises en quoi corriger son texte, sans recevoir de réponse ; après sa mort, l'Index ayant été supprimé en 1966, le commentaire a pu être publié en entier.[93]

L'opuscule de 1941 et la Commission biblique

En 1941, un opuscule anonyme de quarante-huit pages, Un gravissimo pericolo per la Chiesa e per le anime (« Un très grave danger pour l'Église et pour les âmes »), est envoyé aux cardinaux, aux évêques d'Italie et à des supérieurs généraux ; il dénonce le « système critico-scientifique » d'interprétation de l'Écriture.[94] Son auteur est Don Dolindo. Dans le climat qui suit la crise moderniste, il y défend sa lecture méditative de la Bible et le primat du sens spirituel, et y met en cause des professeurs de l'Institut biblique pontifical.[95][96]

Le 20 août 1941, la Commission biblique pontificale, présidée par le cardinal Eugène Tisserant, répond par une lettre aux évêques d'Italie, approuvée par Pie XII.[97] Elle reproche à l'opuscule son manque de prudence et la violence de ses attaques, puis rappelle quatre principes : la recherche du sens littéral, l'autorité juridique, et non critique, de la Vulgate, la légitimité de la critique textuelle et l'utilité des langues orientales. Elle affirme aussi la réalité du sens spirituel, à condition qu'il repose sur le sens littéral :

« C'est une proposition de foi, à tenir pour principe fondamental, que la Sainte Écriture contient, outre le sens littéral, un sens spirituel ou typique, comme nous l'enseigne la pratique de Notre-Seigneur et des Apôtres. » — Commission biblique pontificale, lettre du 20 août 1941[98]

Deux ans plus tard, l'encyclique Divino afflante Spiritu (30 septembre 1943) tient le même équilibre : « l'exégète, de même qu'il doit rechercher et exposer le sens littéral des mots, tel que l'hagiographe l'a voulu et exprimé, ainsi doit-il exposer le sens spirituel, pourvu qu'il résulte certainement qu'il a été voulu par Dieu ».[99][100]

Les dernières années et le tombeau (1960-1970)

Paralysie et mort

En 1960, une thrombose cérébrale paralyse le côté gauche de son corps, sans le réduire à l'inaction ; en juin 1965, il célèbre ses soixante ans de sacerdoce.[101][102] Il meurt à Naples le 19 novembre 1970, à quatre-vingt-huit ans, après trois jours de broncho-pneumonie. Il s'éteint sereinement, lui qui avait fait de sa vie un acte d'abandon confiant à Dieu.[103]

Le tombeau de Saint-Joseph-des-Vieux

Don Dolindo repose dans la nef droite de l'église Saint-Joseph-des-Vieux-et-Immaculée-de-Lourdes, à Naples.[104] Près de son tombeau, on lit cette épitaphe :[105]

« Tu m'as laissé mutilé dans mon sacerdoce, ô sainte Église de Dieu. Émondé par la tribulation, nul ne pourra me détacher de toi. Mon sacerdoce a fleuri justement dans l'humiliation. Et comme un lierre aux cent racines, il s'est agrippé à ton sacerdoce éternel, Jésus. » — Épitaphe de Don Dolindo Ruotolo, Saint-Joseph-des-Vieux, Naples[106]

Selon une coutume napolitaine, les fidèles frappent trois fois sur le marbre de sa tombe, au nom de la Sainte Trinité, pour lui confier leurs demandes, comme il l'avait lui-même suggéré dans son testament spirituel ; chaque 19 du mois, jour anniversaire de sa mort, l'église se remplit.[107][108][109]

La cause de béatification

Des tentatives sans suite (1978-1997)

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La réputation de sainteté de Don Dolindo n'a cessé de grandir depuis sa mort, mais sa cause a connu un long parcours.[110] Les premières démarches remontent à 1978, à l'initiative des Frères mineurs conventuels, qui présentent en 1995 la demande formelle d'ouverture du procès diocésain, le supplex libellus. En janvier 1997, l'archevêque de Naples sollicite du Saint-Siège le nihil obstat nécessaire, sans obtenir de réponse ; la postulation générale des Franciscains de l'Immaculée reprend ensuite le dossier, sans plus de succès.[111]

Le décret de 2021

Un décret de Mgr Domenico Battaglia, archevêque métropolitain de Naples, rendu public le 20 mai 2021, établit que les parties actrices de la cause du « Serviteur de Dieu Dolindo Ruotolo, prêtre diocésain » seront l'archidiocèse de Naples et la paroisse Saint-Joseph-des-Vieux-et-Immaculée-de-Lourdes.[112][113] Ce décret ouvre officiellement la cause au niveau diocésain. Il ne se prononce pas sur l'héroïcité des vertus, qui relève d'un examen ultérieur du Dicastère pour les Causes des saints : Don Dolindo porte donc le titre de Serviteur de Dieu, et non celui de vénérable.

Ce prêtre, privé de son ministère pendant près de vingt ans, a laissé à l'Église une prière de confiance que des millions de fidèles récitent aujourd'hui.[114] Il se décrivait lui-même ainsi :

« Je ne suis pas un saint, je ne suis pas une âme délicate, vertueuse, pleine de bonnes inclinations et de vertus choisies ; je suis au contraire la synthèse de toute misère humaine, un monument vivant de la miséricorde de Dieu. Le Seigneur a beaucoup opéré en moi précisément pour élargir le cœur des autres dans une confiance illimitée en sa miséricorde. » — Don Dolindo Ruotolo[115]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. ACI Stampa, art. cit. Texte original : « Mille preghiere non valgono un atto solo di fiducioso abbandono: ricordatelo bene. Non c'è novena più efficace di questa: O Gesù m'abbandono in Te, pensaci tu! »

    1 82
  2. Cathopedia, l'enciclopedia cattolica, « Dolindo Ruotolo » : it.cathopedia.org.

    2 8 11 14 16 18 27 29 32 38 55 58 89
  3. Ermes Dovico, « Don Dolindo, la via dell'obbedienza e dell'amore », La Nuova Bussola Quotidiana, 19 novembre 2024 : lanuovabq.it.

    3 10 44 46 52 54 56 57 72 105
  4. Suprema Sacra Congregatio S. Officii, Submissionis notificatio, 6 décembre 1940, Acta Apostolicae Sedis 32 (1940), p. 554. Texte original : « Sac. Dolindus Ruotolo (Dain Cohenel) humiliter se subiecit decreto Sancti Officii diei 13 Novembris 1940 ».

    4 92
  5. Il Settimanale di Padre Pio, art. cit. Texte original : « Perché venite da me? A Napoli avete Don Dolindo! » ; variante rapportée par Famiglia Cristiana : « Che ci venite a fare qui da me, voi che tenete don Dolindo a casa vostra? »

    5 68
  6. La Luce di Maria, « La tanto attesa notizia su don Dolindo Ruotolo a firma di Battaglia », 20 mai 2021 : lalucedimaria.it. Texte original du décret : « Servo di Dio Dolindo Ruotolo, sacerdote diocesano ».

    6 112
  7. Antonio Borrelli, « Servo di Dio Dolindo Ruotolo, Sacerdote », Santi, beati e testimoni : santiebeati.it.

    7 19 20 22 23 28 30 39 42 49 109 110 113 114
  8. Il Settimanale di Padre Pio, « Speciale Don Dolindo Ruotolo / Un “nulla” nelle mani di Dio », d'après l'autobiographie de Don Dolindo, Fui chiamato Dolindo che significa dolore. Pagine di autobiografia, Frigento, Casa Mariana Editrice, 2017 : settimanaleppio.it. Textes originaux : « Il mio nome, Dolindo, significa “dolore” » ; « Così iniziò la mia vita di dolore […], che poi doveva crescere sempre, e diventare tanto partecipe alla Passione adorata di Gesù Cristo » ; « ogni mattina gli domandavo: amore, dolore, umiltà, fede, mansuetudine, longanimità, pazienza ».

    9 12 13 15 17 21 25 26 35 36 37 40 43 47 83 90 102 103
  9. Emilia Flocchini, « Don Dolindo Ruotolo, semplicemente sacerdote », Testimoni-ando, 19 novembre 2020 : testimoni-ando.blogspot.com.

    24 34 41 45 48 59 60 66 85 87 93 101 104 108 111
  10. Il Settimanale di Padre Pio, art. cit. Textes originaux : « Discesi dal Sant'Uffizio contento di aver fatto il mio dovere, o quello che io allora credevo mio dovere. Capii perché i martiri dovevano esultare nei loro tormenti, e andai in San Pietro a ringraziare Gesù di quello che era successo e della forza che mi aveva data » ; « Monsignore, è tanta la pace che sento nell'anima che due sono i fatti: o io non ho il diavolo in corpo o Voi... non lo sapete cacciare! »

    31 33
  11. Ermes Dovico, art. cit. Textes originaux : « Mi sento come immerso nella Passione di Gesù » ; « Ma io perdono e benedico! » ; « santa, immacolata, indefettibile » ; « Tacete, quelli sono miei benefattori ».

    50 51
  12. Ermes Dovico, art. cit. Texte original : « Lei non deve turbarsi, ma deve rimettere tutto a Gesù. […] dica a Gesù, umiliandosi e con piena fiducia: “Gesù mio, io metto nelle tue mani tutto quello che non ho fatto bene; trova Tu il modo di accomodarlo”. Lei, Padre, non si dia pensiero di altro. »

    53
  13. Famiglia Cristiana, « Mistico ed esorcista: don Dolindo Ruotolo, il Padre Pio di Napoli », 24 septembre 2020, à propos de Grazia Ruotolo et Luciano Regolo, Gesù, pensaci tu, Milan, Ares, 2020 : famigliacristiana.it. Texte original : « il santo apostolo di Napoli ».

    61 62 63 65 67 69 84
  14. Emilia Flocchini, art. cit., sur la carte du 2 juillet 1965. Texte original : la Pologne, terre « dalla quale sarebbe sorto un “nuovo Giovanni” ».

    64
  15. Antonio Borrelli, art. cit. Texte original, cité d'une lettre de Padre Pio : « Niente di quanto è scaturito dalla penna di don Dolindo deve andar perduto. È un santo sacerdote! »

    70
  16. Il Settimanale di Padre Pio date cette visite de l'automne 1958 ; La Nuova Bussola Quotidiana, qui cite le récit rédigé par Don Dolindo après la mort de Padre Pio (23 septembre 1968), de 1953.

    71
  17. Ermes Dovico, art. cit. Texte original : « Ascoltami bene! Tutto il Paradiso è nell'anima tua, c'è stato sempre, c'è e ci sarà per tutta l'eternità. »

    73
  18. Aleteia, « “Ô Jésus, je m'abandonne à toi”, Joanna a retrouvé le manuscrit original de don Dolindo Ruotolo », 1ᵉʳ février 2022 : fr.aleteia.org.

    74 75 76
  19. Suprema Sacra Congregatio S. Officii, Decretum. Proscriptio operis, Rome, 20 novembre 1940, Acta Apostolicae Sedis 32 (1940), p. 553 : condamnation, donec corrigatur, de « Dain Cohenel [pseudonymus Sac. Dolindi Ruotolo], La Sacra Scrittura. Psicologia, Commento, Meditazione ».

    77 86 91
  20. ACI Stampa, « L'atto di abbandono di Don Dolindo Ruotolo », Naples, 18 février 2022, avec le texte intégral de l'Acte d'abandon : acistampa.com.

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  21. ACI Stampa, art. cit. Texte original : « Gesù alle anime: Perché vi confondete agitandovi? Lasciate a me la cura delle vostre cose e tutto si calmerà. Vi dico in verità che ogni atto di vero, cieco, completo abbandono in me, produce l'effetto che desiderate e risolve le situazioni spinose. »

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  22. ACI Stampa, art. cit. Texte original : « Abbandonarsi significa chiudere placidamente gli occhi dell'anima, stornare il pensiero dalla tribolazione, e rimettersi a me perché io solo vi faccia trovare, come bimbi addormentati nelle braccia materne, nell'altra riva. »

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  23. Klemens Stock, s.j., « I cento anni della Pontificia Commissione Biblica », 30 octobre 2002 : vatican.va.

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  24. Pontificia Commissio de re biblica, lettre aux archevêques et évêques d'Italie, Rome, 20 août 1941, signée du cardinal Eugène Tisserant et du P. Jacques-Marie Vosté, o.p., Acta Apostolicae Sedis 33 (1941), p. 465-472.

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  25. Treccani, Cristiani d'Italia (2011), « Le eredità/2: i postumi della crisi modernista (1914-1958) » : treccani.it.

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  26. Pontificia Commissio de re biblica, lettre citée, AAS 33 (1941), p. 466-467. Texte original (extrait, la phrase se poursuit) : « Ora se è proposizione di fede da tenersi per principio fondamentale, che la Sacra Scrittura contiene, oltre al senso letterale, un senso spirituale o tipico, come ci è insegnato dalla pratica di Nòstro Signore e degli Apostoli [...] ».

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  27. Pie XII, encyclique Divino afflante Spiritu, 30 septembre 1943, § 29 : vatican.va.

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  28. Ermes Dovico, art. cit. Texte original : « Mi lasciasti mutilato nel mio Sacerdozio, o Santa Chiesa di Dio. Potato dalla tribolazione, nessuno potrà distaccarmi da te. Il mio Sacerdozio fiorì, proprio nell'umiliazione. E come edera dalle cento radici, si avvinghiò al tuo Sacerdozio eterno, Gesù. »

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  29. Paroisse Saint-Joseph-des-Vieux-et-Immaculée-de-Lourdes, Naples, site officiel : parrocchiadondolindo.it.

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  30. Il Settimanale di Padre Pio, art. cit. Texte original : « Non sono un santo, non sono un'anima gentile, virtuosa, piena di buone inclinazioni, di virtù elette; sono invece la sintesi di ogni miseria umana, sono un monumento vivo della misericordia di Dio. Il Signore ha operato molto in me proprio per allargare il cuore degli altri nella fiducia illimitata nella sua misericordia. »

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