Adrienne von Speyr (née le 20 septembre 1902 à La Chaux-de-Fonds, morte le 17 septembre 1967 à Bâle) fut l'un des grands médecins suisses de la première moitié du XXᵉ siècle avant de devenir, après sa conversion au catholicisme en 1940, l'une des mystiques les plus discutées de l'Église contemporaine. Convertie du protestantisme à trente-huit ans, elle reçut, selon son propre témoignage recueilli par son confesseur, des grâces mystiques extraordinaires — visions, stigmates, expériences de la Passion et de l'enfer — qu'elle dicta, pendant plus de vingt ans, à un jeune prêtre jésuite bâlois, le père Hans Urs von Balthasar — nommé cardinal en 1988, mort avant le consistoire.[1][2]
De cette collaboration inédite dans l'histoire de la théologie naquirent près de soixante-dix volumes de commentaires bibliques, de méditations et de traités mystiques, publiés par la maison d'édition que Balthasar fonda à cet effet, ainsi qu'un institut séculier, la Communauté Saint-Jean, où laïcs et prêtres vivent aujourd'hui encore les conseils évangéliques au cœur du monde.[3] Balthasar lui-même n'hésita jamais à dire que son œuvre théologique et celle d'Adrienne formaient un seul bloc indissociable, et que lui avait reçu d'elle, sur le plan théologique, bien plus qu'il ne lui avait donné.[4]
L'existence d'Adrienne von Speyr reste néanmoins un objet de débat théologique : ses visions de l'enfer et son insistance sur l'espérance du salut universel ont nourri, chez certains théologiens, la crainte d'une dérive vers l'apocatastase — la thèse d'un salut final garanti à tous, y compris aux démons, condamnée par l'Église. D'autres, à commencer par Balthasar, ont fermement défendu l'orthodoxie de ses expériences.[5][6] Sa cause de béatification, ouverte en 2018, l'a officiellement fait entrer dans le rang des Servantes de Dieu.[7]
Pour Ignispedia, Adrienne von Speyr est une personnalité marquante du catholicisme du XXᵉ siècle à double titre : celui d'une femme médecin qui vécut sa foi jusque dans le soin quotidien des plus pauvres, et celui d'une mystique dont l'expérience — discutée, mais jamais condamnée par le Magistère — a nourri l'une des théologies les plus influentes de l'après-guerre.[8]
Repères chronologiques
- 20 septembre 1902Naissance à La Chaux-de-Fonds
Naissance d'Adrienne von Speyr dans une famille protestante neuchâteloise, deuxième des quatre enfants du docteur Theodor von Speyr et de Laure Girard.[9][10]
- 1917-1920Tuberculose et rémission
Vers dix-huit ans, elle contracte une tuberculose que les médecins jugent mortelle à brève échéance ; envoyée au sanatorium de Leysin, elle survit et connaît une seconde poussée de la maladie.[11]
- 1930Diplôme de médecine
Elle devient l'une des toutes premières femmes médecins de Suisse, après des études à l'université de Bâle financées par des leçons particulières.[12]
- 1927-1934Premier mariage — Emil Dürr
- 1936Second mariage — Werner Kaegi
Mariage avec l'historien Werner Kaegi, protestant pratiquant, qui encourage son exploration du catholicisme.[15]
- 1er novembre 1940Conversion au catholicisme
Reçue dans l'Église catholique par le père Hans Urs von Balthasar, jour de la Toussaint 1940.[16][17]
- Juillet 1942Réception des stigmates
Premier épisode de stigmatisation, soudain et inattendu selon le témoignage de son confesseur.[18]
- 1944-1945Fondation de la Communauté Saint-Jean
Cofondation, avec Balthasar, de l'institut séculier de la Communauté Saint-Jean.[19]
- 1944-1967La dictée de l'œuvre
Sur plus de vingt ans, elle dicte à Balthasar l'équivalent de soixante à soixante-dix volumes de commentaires bibliques et de théologie mystique.[20]
- 1954Fin de la pratique médicale
La détérioration de sa santé (cœur, diabète, arthrite) la contraint à cesser sa pratique de médecin généraliste.[21]
- 1964Cécité
Elle perd la vue, alors que sa santé continue de décliner fortement.[22]
- 17 septembre 1967Mort à Bâle
Elle meurt à son domicile bâlois, le jour de la fête de sainte Hildegarde de Bingen, après avoir prononcé : « Que c'est beau de mourir. »[23]
- 28 septembre 1985Colloque romain voulu par Jean-Paul II
Jean-Paul II reçoit les participants d'un colloque romain consacré à sa personnalité et à sa mission ecclésiale.[24]
- Mars 2018Ouverture de la cause de béatification
Le diocèse de Coire ouvre officiellement sa cause de béatification ; elle reçoit le titre de Servante de Dieu.[25]
Une jeunesse suisse entre maladie et exigence intellectuelle
Naissance à La Chaux-de-Fonds dans une famille protestante
Adrienne von Speyr naît le 20 septembre 1902 à La Chaux-de-Fonds, ville horlogère du canton de Neuchâtel, dans une famille protestante de la bourgeoisie suisse-romande.[26] Son père, Theodor von Speyr, exerce comme médecin ophtalmologue ; sa mère, Laure Girard, descend de familles horlogères genevoises et neuchâteloises. Adrienne est la deuxième de quatre enfants : une sœur aînée, Hélène, puis Willy — qui deviendra lui aussi médecin — et Theodor, futur directeur de banque.[27]
Le père meurt en janvier 1918, d'une perforation digestive, alors qu'Adrienne a quinze ans — un deuil précoce qui marque durablement la famille.[28] Élevée dans une piété protestante rigoureuse mais, selon ses propres souvenirs d'enfance rapportés après coup, habitée très tôt par un sentiment de vide dans le protestantisme de son milieu, elle développe dès l'enfance des intuitions qu'elle rattachera plus tard à une attirance native pour la pratique catholique — visions, pressentiments, épisodes qu'elle racontera seulement après sa conversion et qu'aucune source contemporaine indépendante ne permet de vérifier autrement que par son propre témoignage rétrospectif.[29] Cette prudence s'impose : ce que l'on sait avec certitude, en revanche, est qu'elle excelle au gymnase, en particulier en latin et en grec, avant de passer une année dans une école de jeunes filles de sa ville natale.[30]
La tuberculose et l'expérience précoce de la souffrance
Vers dix-huit ans, Adrienne von Speyr contracte une tuberculose que les médecins jugent alors mortelle à brève échéance. Envoyée au sanatorium de Leysin, dans les Alpes vaudoises, elle survit contre le pronostic initial, mais connaît une seconde poussée de la maladie peu après.[31] Cette rémission inattendue et cette familiarité précoce avec la souffrance physique — position de patiente autant que de future soignante — configurent une existence que la maladie ne quittera plus jamais complètement : dans son enfance et son adolescence, elle souffre déjà d'épisodes de spondylite qui la clouent fréquemment au lit, selon un rythme que ses biographes relèvent comme récurrent autour de la période pascale.[32]
Des études de médecine parmi les premières Suissesses
Contre les réticences habituelles de l'époque envers les femmes dans les professions libérales, Adrienne von Speyr entreprend des études de médecine à l'université de Bâle, qu'elle finance elle-même en donnant des leçons particulières.[33] Elle obtient son diplôme en 1930, devenant ainsi l'une des toutes premières femmes médecins de Suisse.[34][35] L'année suivante, elle ouvre son propre cabinet à Bâle et y exerce la médecine générale jusqu'en 1954. Dans le récit autobiographique rédigé à la demande de Balthasar, elle revient longuement sur cette résolution inébranlable de devenir médecin malgré les obstacles, ainsi que sur les expériences intérieures de ses jeunes années qui l'ont façonnée.[36]
Médecin à Bâle : deux mariages, un veuvage, une pratique hors norme
Une pratique médicale au service des pauvres et de la vie
Le cabinet bâlois d'Adrienne von Speyr devient rapidement l'un des plus actifs de la ville : elle y reçoit jusqu'à soixante ou quatre-vingts patients par jour, et soigne gratuitement un grand nombre de malades pauvres.[37] Refusant catégoriquement de pratiquer des avortements, elle consacre une part de son activité à dissuader ses patientes d'y recourir — la fondation qui gère aujourd'hui son héritage biographique estime qu'elle a ainsi contribué à éviter près d'un millier d'avortements au fil de sa carrière.[38] C'est seulement la détérioration progressive de sa propre santé — troubles cardiaques, diabète, arthrite sévère — qui la contraint, en 1954, à mettre fin à sa pratique médicale.[39]
Emil Dürr et la tragédie de 1934
En 1927, Adrienne von Speyr épouse Emil Dürr, historien, archiviste et professeur à l'université de Bâle, veuf et père de deux jeunes fils, Niklaus et Arnold, qu'elle adopte.[40] Le couple s'installe près de la cathédrale de Bâle. Trois fausses couches successives lui interdisent d'avoir des enfants biologiques.[41] Emil Dürr, né le 3 décembre 1883, gravit les échelons universitaires jusqu'à occuper, à partir de 1931, la chaire d'histoire générale avec spécialisation en histoire suisse.[42] Le 12 février 1934, il meurt accidentellement à Bâle — un accident de tramway selon la biographie la plus détaillée disponible en anglais — après seulement sept années de mariage.[43][44] Il est enterré au cimetière du Hörnli, à Riehen, dans l'agglomération bâloise.[45]
Ce deuil brutal plonge Adrienne von Speyr dans une crise intérieure profonde : elle songe au suicide, jusqu'à ce que l'intervention de son ami le docteur Franz Merke ne l'en détourne.[46] C'est dans les mois qui suivent qu'elle commence à fréquenter à nouveau, sporadiquement, la messe — un premier pas, encore incertain, vers ce qui deviendra six ans plus tard sa conversion.[47]
Werner Kaegi et l'ouverture progressive au catholicisme
En 1936, elle épouse en secondes noces Werner Kaegi, également professeur d'histoire à l'université de Bâle et membre pratiquant de l'Église réformée suisse. C'est paradoxalement lui — protestant convaincu — qui encourage Adrienne à explorer le catholicisme, dans un couple qui s'engage par ailleurs concrètement auprès de mères célibataires et d'enfants défavorisés.[48] Werner Kaegi accueillera plus tard, de 1952 à 1967, le père Hans Urs von Balthasar sous son propre toit — signe de la profondeur inhabituelle de cette configuration familiale, où l'époux protestant héberge pendant quinze ans le confesseur catholique de son épouse sans qu'aucune rupture conjugale n'en résulte.[49]
La conversion du 1ᵉʳ novembre 1940
La rencontre avec le père Hans Urs von Balthasar
En 1940, un ami commun — selon certaines sources, l'écrivain et critique Albert Béguin — met Adrienne von Speyr en relation avec un jeune prêtre jésuite récemment nommé aumônier des étudiants catholiques de l'université de Bâle : Hans Urs von Balthasar (Hans Urs von Balthasar).[50] Elle lui confie son désir d'entrer dans l'Église catholique ; il entreprend aussitôt de l'instruire des fondements de la foi. Selon le témoignage même de Balthasar, elle « comprenait tout immédiatement ».[51]
Balthasar lui-même a résumé ainsi leur collaboration, dans le témoignage publié l'année suivant sa mort : sur le plan théologique, il estime avoir reçu d'Adrienne bien plus qu'elle n'a reçu de lui.[52]
L'entrée dans l'Église et une controverse tenace
Adrienne von Speyr est reçue dans l'Église catholique le 1ᵉʳ novembre 1940, jour de la Toussaint, par baptême conditionnel administré par le père Balthasar ; Albert Béguin est son parrain de confirmation peu après.[53] Un point a nourri, des décennies plus tard, une controverse posthume : selon plusieurs témoignages, elle aurait, par mégarde, omis lors de la profession de foi la formule latine relative à l'absence de salut hors de l'Église — un oubli qu'elle aurait aussitôt signalé et pour lequel elle se serait excusée après la célébration.[54] Certains commentateurs y ont vu, rétrospectivement, un signe révélateur d'un rapport ambigu à l'exclusivisme salvifique catholique ; d'autres jugent qu'il s'agit d'une lecture excessive d'un simple lapsus liturgique corrigé sur-le-champ, sans portée doctrinale. L'Église catholique enseigne fermement, conformément à sa tradition constante réaffirmée par le Concile Vatican II, la nécessité de l'Église pour le salut — un principe qu'Adrienne von Speyr, dans l'ensemble de son œuvre publiée et pourvue de l'imprimatur, n'a jamais contesté.[55]
La famille d'Adrienne — sa mère, ses frères et sa sœur — prend d'abord ses distances face à cette conversion, avant une réconciliation progressive ; ses fils adoptifs Niklaus et Arnold, avec leurs propres enfants, entreront eux aussi, plus tard, dans l'Église catholique.[56]
Dans les mois qui suivent sa conversion, Adrienne von Speyr rapporte avoir reçu, en prière, une abondance de grâces qui ouvrent en elle une contemplation nouvelle de l'Écriture et du mystère trinitaire.[57] Balthasar, devenu son confesseur pour le reste de sa vie, se persuade rapidement de l'authenticité de cette expérience spirituelle et discerne qu'une mission commune leur est confiée.[58]
Une mystique sous le regard d'un théologien-témoin
Les grâces de la Semaine Sainte
À partir de 1941 et jusqu'à sa mort en 1967, Adrienne von Speyr rapporte avoir revécu, chaque année pendant le Carême et plus intensément la Semaine Sainte, des participations mystiques à la Passion du Christ : angoisses, humiliations, sentiment d'abandon de Dieu, souffrances physiques inexpliquées.[59] Selon le témoignage de Balthasar, seul témoin habituel de ces états, la Passion se referme chaque année le Vendredi Saint, vers quinze heures, dans un état proche de la mort apparente.[60] C'est de cette expérience répétée que naîtra la théologie balthasarienne du Samedi Saint, développée plus loin.
Les stigmates de juillet 1942
En juillet 1942, Adrienne von Speyr reçoit ce que Balthasar décrit comme les stigmates de la Passion — un phénomène soudain et totalement inattendu, qui la plonge d'abord dans une profonde confusion et une vive angoisse plutôt que dans un sentiment de consolation spirituelle.[61] Selon plusieurs témoignages rassemblés par Balthasar, elle revit ensuite chaque vendredi, avec une intensité variable, une part de cette souffrance stigmatique.[62]
Ces phénomènes extraordinaires — visions de la Vierge Marie, de la Trinité, de saints (notamment saint Jean l'Évangéliste et saint Ignace de Loyola), expériences répétées de la Passion et de l'enfer, épisodes rapportés de bilocation — restent, du vivant d'Adrienne von Speyr, connus du seul père Balthasar.[63] Cette discrétion absolue, maintenue pendant plus de vingt ans, est elle-même un argument régulièrement invoqué par les défenseurs de l'authenticité de sa mystique : rien, dans son comportement public de médecin puis d'épouse, ne trahissait ces expériences intérieures.
Bilocations, guérisons et pénitences : une vie cachée
Au-delà des grâces les plus spectaculaires, plusieurs témoignages rapportent qu'Adrienne von Speyr associait à sa vie mystique des pénitences volontaires sévères, offertes pour partager les souffrances d'autrui, ainsi que des guérisons inexpliquées chez certains de ses patients.[64] Balthasar, en tant que confesseur et unique témoin habituel de ces phénomènes, en reste le seul dépositaire et le seul commentateur théologique de son vivant — une situation que plusieurs critiques ultérieurs jugeront problématique sur le plan du discernement des esprits, faute de témoins indépendants.[65]
Une œuvre dictée : soixante à soixante-dix livres en un quart de siècle
La méthode de la dictée
À partir de 1944 et jusqu'à la fin de sa vie, Adrienne von Speyr dicte à Hans Urs von Balthasar, qui la prend en sténographie puis prépare l'édition, l'ensemble de son œuvre écrite : commentaires bibliques, méditations, traités de théologie mystique.[66] Le total dépasse les quinze mille pages, dont l'essentiel a été publié par la maison d'édition Johannes Verlag, fondée par Balthasar à Einsiedeln pour cette tâche précise.[67] Certains des écrits les plus explicitement mystiques ne furent publiés qu'après un colloque romain organisé en 1985 à la demande de Jean-Paul II, près de vingt ans après sa mort.[68]
Le tableau suivant, établi d'après le classement proposé par la fondation qui administre son héritage, donne un aperçu de la répartition thématique de cette œuvre considérable :
| Catégorie | Contenu | Volumes | Exemples |
|---|---|---|---|
| Commentaires scripturaires | Commentaires verset par verset de l'Ancien et du Nouveau Testament | Une vingtaine | Quatre volumes sur l'Évangile de Jean, deux sur l'Apocalypse, l'épître aux Éphésiens, Isaïe |
| Marie | Théologie mariale | 2 | La Servante du Seigneur, Marie dans la Rédemption |
| Prière et sacrements | Vie liturgique et sacramentelle | 8 | Le Monde de la prière, La Sainte Messe, La Confession |
| États de vie chrétienne | Vocations et choix de vie | 4 | L'État de vie chrétien, Le Livre de l'obéissance |
| L'homme devant Dieu | Anthropologie spirituelle | 9 | De l'amour, Le Mystère de la mort |
| Autobiographie | Récit de jeunesse | 1 | Mes années de jeunesse[69] |
| Écrits posthumes | Publiés après 1967, sur la sainteté et la mystique | 12 | Textes autorisés après le colloque romain de 1985 |
| Articles | Contributions diverses, 1944-1956 | 19 | — |
Lecture du tableau : cette classification, établie par la fondation Balthasar-Speyr elle-même, montre que l'œuvre d'Adrienne von Speyr déborde largement le cadre des « révélations privées » : elle couvre méthodiquement l'ensemble du champ dogmatique, de la Trinité à l'eschatologie, en passant par l'ecclésiologie et les sacrements.[70]
La Servante du Seigneur : la théologie mariale du fiat
Rédigé dans les mois qui suivent immédiatement sa conversion, La Servante du Seigneur est l'un des premiers grands textes dictés par Adrienne von Speyr : une longue méditation sur les « oui » successifs de la Vierge Marie, de l'Annonciation à l'Assomption.[71] Le titre reprend la réponse de Marie à l'ange Gabriel : « Je suis la servante du Seigneur » (Lc 1, 38).
Dès l'ouverture de l'ouvrage, Adrienne von Speyr compare la vie de Marie à une gerbe liée en son milieu, qui se déploie à ses deux extrémités : toute son existence tient dans son assentiment, acte unique dont elle reçoit son sens et sa forme, qui l'accompagne à chaque instant, éclaire chaque tournant de sa vie et donne à chaque situation son sens propre (paraphrase).[72]
Sur la nature de l'obéissance qui découle de ce fiat, elle développe la même idée : l'assentiment engage celle qui le donne, tout en lui laissant la liberté d'en façonner l'expression ; toute liberté véritable s'épanouit dans le don de soi et le renoncement à une existence sans attache (paraphrase).[73]
Cette théologie du fiat marial, où l'obéissance n'est pas servitude mais accomplissement de la liberté par le don total, traverse l'ensemble de l'œuvre d'Adrienne von Speyr. On la retrouve dans ses commentaires sur l'obéissance chrétienne en général, thème qu'elle relie systématiquement à l'attitude de disponibilité (Bereitschaft) devant Dieu qu'elle juge caractéristique de toute vie spirituelle authentique.[74]
La théologie du Samedi Saint et la descente aux enfers
Le fruit théologique le plus célèbre — et le plus discuté — de la collaboration entre Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar est la théologie du Samedi Saint, développée à partir des expériences mystiques de la Passion vécues chaque année par Adrienne pendant le Triduum pascal.[75] Le Samedi Saint y devient, selon la formule de Balthasar, un « centre mystérieux entre la Croix et la Résurrection », marqué par une passivité totale du Fils entre deux moments d'action : la mort sur la Croix et la victoire de la Résurrection.[76]
Cette théologie insiste sur la solidarité du Christ mort avec les pécheurs et les morts « aux enfers », comprise non comme une victoire triomphale immédiate mais comme un abaissement ultime et silencieux de l'obéissance filiale.[77] C'est précisément cette insistance sur la solidarité du Christ avec les damnés qui alimentera, chez certains lecteurs, la crainte d'une dérive vers l'espérance d'un salut universel — question que l'article aborde plus loin, dans la section consacrée aux débats théologiques.
La Communauté Saint-Jean, « l'enfant » commun de Balthasar et von Speyr
Dès juillet 1941, selon le témoignage de Balthasar lui-même, Adrienne von Speyr lui parle d'un projet de communauté de vie consacrée au cœur du monde.[78] Ce projet se concrétise entre 1944 et 1945 par la fondation de la Communauté Saint-Jean (Johannesgemeinschaft), institut séculier composé de laïcs consacrés et de prêtres diocésains vivant les conseils évangéliques — pauvreté, chasteté, obéissance — sans separation du monde professionnel ordinaire.[79] Adrienne von Speyr en assume la responsabilité de la branche féminine jusqu'à sa mort ; c'est ce projet commun que Balthasar, dans son propre témoignage sur leur collaboration, appellera leur « enfant ».[80]
C'est pour rester fidèle à cette mission conjointe que Balthasar quittera, en 1950, la Compagnie de Jésus — une décision coûteuse, développée plus en détail dans l'article consacré à Hans Urs von Balthasar, auquel on renverra pour la suite de cette histoire institutionnelle. La Communauté Saint-Jean subsiste aujourd'hui comme institut séculier.[81]
Les dernières années et la mort à Bâle (1954-1967)
À partir de 1954, la détérioration rapide de sa santé — problèmes cardiaques, diabète, arthrite sévère — contraint Adrienne von Speyr à cesser sa pratique médicale.[82] En 1964, elle perd la vue. Les derniers mois de sa vie sont marqués par des souffrances physiques d'une extrême intensité, qu'elle porte, selon les témoignages recueillis à l'époque, avec un calme et une sérénité remarqués par son entourage.[83]
Elle meurt à son domicile bâlois le 17 septembre 1967, jour de la fête liturgique de sainte Hildegarde de Bingen — coïncidence relevée par ses biographes, qui n'ont pas manqué d'y voir un clin d'œil entre deux grandes figures féminines de mystique et de médecine séparées par huit siècles.[84] Ses derniers mots rapportés sont : « Que c'est beau de mourir », suivis d'un « Merci, merci, merci » répété à l'adresse de ceux qui l'entouraient.[85] Elle est inhumée quelques jours plus tard — le jour de ce qui aurait été son soixante-cinquième anniversaire — au cimetière du Hörnli, à Riehen, dans l'agglomération bâloise : le même cimetière où reposait déjà, depuis 1934, son premier mari Emil Dürr.[86][87]
Réception ecclésiale et débats théologiques
Le symposium romain de 1985 et la parole de Jean-Paul II
Le 28 septembre 1985, le pape Jean-Paul II reçoit en audience les participants d'un colloque romain consacré à la personnalité et à la mission ecclésiale d'Adrienne von Speyr — colloque que le pape lui-même avait demandé à Balthasar d'organiser.[88] Dans son discours, le pape évoque « cette femme-médecin d'origine suisse qui a cherché la vérité catholique avec tant d'ardeur, jusqu'à sa conversion en 1940 », et salue l'objectif du colloque : « mieux cerner l'action mystérieuse et impressionnante du Seigneur dans une existence humaine assoiffée de Lui ».[89]
« Elle avait une prédilection pour "le disciple que Jésus aimait", et le voyait comme le dernier et le plus profond interprète du mystère de Jésus, de l'amour du Père pour le monde, du rôle de l'Esprit Saint comme introducteur parfait dans la pleine lumière de la révélation du Père et du Fils. » — Jean-Paul II, discours aux participants du colloque sur Adrienne von Speyr, 28 septembre 1985[90]
Le pape adresse enfin ses vœux à la Communauté Saint-Jean, souhaitant que « cette spiritualité, intensément vécue par Adrienne von Speyr », aide ses membres « à toujours mieux incarner leur souci de vie évangélique ».[91] Un second symposium romain, intitulé Adrienne von Speyr : une femme au cœur du XXᵉ siècle, réunit en novembre 2017 plus de soixante-dix chercheurs venus d'une vingtaine de pays.[92]
Une œuvre pourvue de l'imprimatur, jamais mise à l'index
Sur le plan strictement canonique, les faits établis sont les suivants : selon la notice biographique anglophone, Balthasar fit paraître les textes dictés avec l'approbation ecclésiastique, par la maison d'édition Johannes Verlag fondée à cet effet.[93] Aucune condamnation ni mise à l'Index des écrits d'Adrienne von Speyr par le Magistère n'est répertoriée, et aucune procédure doctrinale romaine à leur sujet ne l'est davantage : les critiques académiques, comme celle de Ralph Martin, portent sur l'interprétation théologique de certaines pages, non sur une cause canonique.[94] Rappelons enfin ce que vaut un imprimatur : l'autorisation attestant qu'un texte ne contient rien de contraire à la foi ou aux mœurs — soit l'absence d'hétérodoxie manifeste, non l'adhésion obligatoire à chaque conclusion théologique de l'auteur.[95]
Le débat sur l'espérance universelle : la critique de Ralph Martin
Le point le plus sérieusement débattu de l'héritage théologique commun de Balthasar et von Speyr concerne l'eschatologie. Certaines visions d'Adrienne von Speyr sur l'enfer — où elle ne rencontre, selon son témoignage, que des « effigies » plutôt que des personnes véritablement présentes — et les spéculations de Balthasar affirmant qu'il est « infiniment improbable » qu'une âme soit effectivement damnée, ont conduit plusieurs théologiens à s'interroger sur une possible dérive vers l'apocatastase, la thèse d'un salut final universel condamnée par l'Église.[96]
Le théologien américain Ralph Martin, dans un article académique publié en 2014 par la revue Angelicum de l'université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin (l'Angelicum, à Rome), soutient que le discernement des esprits est non seulement permis mais nécessaire dès lors qu'une expérience spirituelle est invoquée à l'appui d'une position théologique nouvelle et potentiellement problématique.[97] Il relève par ailleurs des variations de personnalité, de ton et parfois d'ironie mordante dans certains passages dictés — variations que Balthasar, de son côté, justifiait comme un exercice pédagogique voulu par Dieu pour le former, lui, à l'humilité.[98]
Il faut cependant noter que Balthasar lui-même a explicitement rejeté toute lecture universaliste des expériences d'Adrienne von Speyr relatives à l'enfer, affirmant qu'elle avait vécu cette réalité avec un réalisme tel qu'il serait, selon ses propres mots, « ridicule et blasphématoire de parler de la non-existence de l'enfer ».[99] La position défendue par Balthasar — reprise et systématisée dans son ouvrage Espérer pour tous (Was dürfen wir hoffen?) — n'est donc pas l'affirmation certaine que tous seront sauvés, ce que l'Église exclut, mais l'espérance, jugée légitime par ses défenseurs, que la miséricorde de Dieu puisse in fine toucher chaque âme sans que nul ne puisse l'affirmer avec certitude ni s'en prévaloir comme d'un acquis dogmatique. Le débat reste ouvert entre théologiens catholiques sérieux, sans qu'aucune sanction magistérielle n'ait jamais visé ni Balthasar ni von Speyr sur ce point précis.[100][101]
Le procès en illuminisme et la défense de Balthasar
Une dernière difficulté, plus générale, a été régulièrement soulevée : celle de faire reposer une part importante d'une œuvre théologique sur les révélations privées d'une mystique non canonisée, dont le confesseur fut aussi, pendant plus de vingt ans, l'unique témoin et le seul commentateur.[102] La réponse de Balthasar, constante tout au long de sa vie, distinguait toujours ce qui relève de la foi de l'Église — intangible, commune à tous les baptisés — de ce qui relève de l'expérience personnelle d'Adrienne von Speyr, qu'il présentait comme un éclairage possible mais jamais contraignant pour la foi catholique.[103] L'Église, sans s'être prononcée positivement sur l'authenticité surnaturelle de chacune de ses grâces mystiques — ce qui, pour une révélation privée, n'est jamais requis pour la validité de la foi commune —, n'a du reste jamais condamné leur collaboration.[104] Le procès en illuminisme, pour sévère qu'il ait pu être formulé par certains critiques, ne tient donc pas au regard des faits canoniques établis : Balthasar, théologien d'une exigence intellectuelle réputée redoutable, n'était en rien un esprit crédule.
Une cause de béatification ouverte : « Servante de Dieu » depuis 2018
En mars 2018, le diocèse de Coire, en Suisse, ouvre officiellement la cause de béatification d'Adrienne von Speyr, lui conférant le titre de Servante de Dieu et engageant la phase diocésaine d'enquête sur sa vie et ses vertus.[105][106] Le prêtre argentin Luis Escalante est nommé postulateur de la cause.[107] Le dossier, une fois l'enquête diocésaine achevée, doit être transmis à Rome pour examen par le Dicastère pour les causes des saints. À la date de rédaction de cet article, aucune étape supplémentaire — décret sur l'héroïcité des vertus, reconnaissance d'un miracle — n'a été rendue publique.
Postérité : symposiums, Casa Balthasar et rayonnement contemporain
L'héritage d'Adrienne von Speyr se prolonge aujourd'hui à travers plusieurs institutions. La Casa Balthasar, maison de discernement vocationnel fondée à Rome sous le patronage du futur Benoît XVI, s'appuie explicitement sur la spiritualité commune de Balthasar et von Speyr pour la formation de jeunes hommes en recherche vocationnelle.[108] Le mouvement missionnaire international Points-Cœur (Heart's Home) intègre également certains de ses enseignements dans sa propre spiritualité.[109] En 2018, la réalisatrice française Marie Viloin lui a consacré un documentaire de trente minutes diffusé sur France 2.[110]
Le poète T. S. Eliot, dans une appréciation régulièrement citée par ses lecteurs anglophones, aurait salué ses méditations sur l'Évangile de Jean comme un texte qui « ne se laisse ranger dans aucune classification », dont le lecteur ressort « fortifié et stimulé par une expérience nouvelle de la sensibilité chrétienne ».[111] Jean-Paul II a salué publiquement son apport, en recevant en audience les participants du colloque romain de 1985 qu'il avait lui-même souhaité.[112] La proximité institutionnelle s'est poursuivie ensuite : la Casa Balthasar, qui fait de la spiritualité commune de Balthasar et von Speyr un pilier de sa formation, a été fondée à Rome sous les auspices du cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI[113] ; et le symposium romain de 2017 s'est tenu au Vatican avec l'encouragement du pape François, selon le compte rendu du Catholic World Report.[114] Sur l'authenticité surnaturelle de ses grâces mystiques, le jugement définitif reste ouvert, comme il se doit pour toute révélation privée.
Reste, pour l'historien comme pour le croyant, une figure singulière : celle d'une femme médecin qui refusa toute la vie durant de choisir entre le soin des corps et la vie de l'esprit, et dont l'expérience mystique, jamais condamnée par l'Église, continue de nourrir la réflexion théologique catholique sur l'obéissance, l'espérance et le mystère du Samedi Saint.
Pour aller plus loin
- Hans Urs von Balthasar (1905-1988) — son confesseur, collaborateur et éditeur pendant vingt-sept ans ; théologien de la beauté et de l'espérance universelle, dont la biographie complète et l'œuvre théologique propre sont traitées dans son propre article.
- Alice von Hildebrand (1923-2022) — autre grande figure féminine laïque du catholicisme du XXᵉ siècle, philosophe de la vérité objective et de la féminité chrétienne.
- Jean Daniélou (1905-1974) et Yves Congar (1904-1995) — théologiens du renouveau catholique du XXᵉ siècle, contemporains de Balthasar et von Speyr, experts au Concile Vatican II, auquel Balthasar, lui, ne participa pas comme expert.
- Henri de Lubac (1896-1991) — autre grande figure de la théologie française du XXᵉ siècle, ami proche de Balthasar.
- Benoît XVI (1927-2022) — grand admirateur de l'œuvre de Balthasar, dont il salua la fidélité doctrinale au moment de ses funérailles.
Notes et références
« Adrienne von Speyr », notice biographique encyclopédique en ligne (jeunesse, famille, mariages, conversion) : naissance le 20 septembre 1902 à La Chaux-de-Fonds (père Theodor von Speyr, ophtalmologue ; mère Laure Girard ; deuxième de quatre enfants) ; mort du père en 1918 ; tuberculose vers dix-huit ans, sanatorium de Leysin ; mariage avec l'historien Emil Dürr en 1927 (veuf, deux fils adoptés, mort accidentelle en 1934) ; second mariage avec l'historien Werner Kaegi en 1936 ; rencontre du père Hans Urs von Balthasar en 1940 ; réception dans l'Église catholique le 1ᵉʳ novembre 1940, controverse sur l'omission de la formule extra quam nulla salus lors de la profession de foi. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Adrienne_von_Speyr
1 9 11 14 15 16 26 27 28 29 30 31 32 40 41 44 46 47 48 49 50 51 53 54 55 56 58Fondation Hans Urs von Balthasar — Adrienne von Speyr, site officiel, section « Vie et mission » (biographie d'Adrienne von Speyr) : deuxième de quatre enfants, père Theodor von Speyr ophtalmologue mort avant ses quinze ans ; tuberculose adolescente, séjour à l'hôpital psychiatrique de Waldau sous la garde d'un oncle médecin ; jusqu'à mille avortements évités par son action de conseil auprès de ses patientes au cours de sa carrière médicale ; abondance de grâces reçues après sa conversion de 1940, ouvrant à une contemplation nouvelle des Écritures et du mystère trinitaire ; inhumation au cimetière du Hörnli « just a few days later, on what would have been her sixty-fifth birthday » (quelques jours plus tard, le jour de ce qui aurait été son soixante-cinquième anniversaire). URL : https://balthasarspeyr.org/en/life-and-mission/speyr
2 17 38 57 86Fondation Hans Urs von Balthasar — Adrienne von Speyr, site officiel, section « Œuvre » (classification de l'œuvre écrite) : environ soixante-dix volumes dictés à partir de 1944, plus de quinze mille pages au total, publiés principalement chez Johannes Verlag Einsiedeln ; classification en sept grandes catégories (commentaires scripturaires, Marie, prière et sacrements, états de vie, l'homme devant Dieu, autobiographie, écrits posthumes) plus dix-neuf articles (1944-1956) ; Balthasar évoque un projet de communauté dont Adrienne von Speyr lui parle dès juillet 1941, concrétisé par la fondation de la Communauté Saint-Jean en 1944-1945. URL : https://balthasarspeyr.org/en/work/speyr
3 19 20 66 67 70 78 79« Adrienne von Speyr », notice biographique encyclopédique en ligne (mystique, œuvre dictée, débats) : grâces mystiques à partir de 1940-1941, stigmates de juillet 1942, visions et bilocations rapportées ; dictée d'environ soixante à soixante-dix volumes entre 1944 et 1967, parus avec l'approbation ecclésiastique chez Johannes Verlag ; écrits les plus mystiques publiés après le colloque romain de 1985 ; débat théologique sur l'apocatastase autour des visions de l'enfer, défense de Balthasar affirmant qu'il serait « ridicule et blasphématoire de parler de la non-existence de l'enfer ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Adrienne_von_Speyr
4 6 62 63 64 68 74 80 93 98 99 101 103 104Ralph Martin, « Balthasar and Speyr: First Steps in a Discernment of Spirits », Angelicum, vol. 91, n° 2, Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin (Angelicum), Rome, 2014, p. 273-301 : analyse critique des visions eschatologiques d'Adrienne von Speyr (rencontre de simples « effigies » en enfer) et des spéculations de Balthasar sur l'improbabilité de la damnation, questionnant leur compatibilité avec la doctrine définie sur la peine éternelle et plaidant pour un discernement théologique rigoureux des expériences mystiques invoquées à l'appui de positions doctrinales nouvelles.
5 65 94 96 97 100 102« Adrienne von Speyr », notice biographique encyclopédique en ligne (dernières années, mort, cause) : cécité en 1964 ; mort le 17 septembre 1967 à Bâle (fête de sainte Hildegarde de Bingen), derniers mots « Que c'est beau de mourir » puis « Merci, merci, merci » ; inhumation au cimetière du Hörnli à Riehen ; ouverture de la cause de béatification en mars 2018 par le diocèse de Coire, postulateur Luis Escalante, titre de Servante de Dieu. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Adrienne_von_Speyr
7 22 23 25 84 85 105 107« Getting to know Adrienne von Speyr: Mystic, author, and inspiring female role model », Catholic World Report, 18 décembre 2017 : compte rendu du symposium romain de novembre 2017 réunissant plus de soixante-dix chercheurs d'une vingtaine de pays ; c'est de lui que vient la formule des « trois papes consécutifs » (Jean-Paul II, Benoît XVI, François) appréciant son apport — formule précisée dans l'article acte par acte : audience et discours de Jean-Paul II en 1985 (source vaticane), Casa Balthasar sous les auspices du cardinal Ratzinger, encouragement du pape François pour la tenue du symposium 2017 au Vatican ; évocation des souffrances physiques des dernières années, portées selon les témoignages de l'époque avec un grand calme intérieur. URL : https://www.catholicworldreport.com/2017/12/18/getting-to-know-adrienne-von-speyr-mystic-author-and-inspiring-female-role-model/
8 83 92 114« Adrienne von Speyr », notice biographique Wikipédia en français : naissance le 20 septembre 1902 à La Chaux-de-Fonds, études et diplôme de médecine à Bâle en 1930, conversion au catholicisme en 1940, mort le 17 septembre 1967 à Bâle, ouverture de la cause de béatification par le diocèse de Coire en 2018. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Adrienne_von_Speyr
10 35 106« Adrienne von Speyr », notice biographique encyclopédique en ligne (pratique médicale) : études de médecine à l'université de Bâle financées par des leçons particulières, diplôme en 1930, l'une des premières femmes médecins de Suisse ; pratique à Bâle de 1931 à 1954, soixante à quatre-vingts patients par jour selon Balthasar, nombreux soins gratuits aux pauvres, refus de pratiquer l'avortement ; fin de la pratique en 1954 (troubles cardiaques, diabète, arthrite). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Adrienne_von_Speyr
12 21 33 34 37 39 82« Emil Dürr », notice biographique encyclopédique en ligne (version allemande) : né le 3 décembre 1883 à Bözingen ; doctorat en 1908 sur les sources d'Aegidius Tschudi ; archives d'État de Bâle-Ville à partir de 1909 ; Archives économiques suisses de 1914 à 1920 ; professeur extraordinaire en 1918, ordinaire en 1925 à l'université de Bâle, titulaire à partir de 1931 de la chaire d'histoire générale avec spécialisation en histoire suisse ; second mariage avec Adrienne von Speyr ; mort accidentelle le 12 février 1934 à Bâle ; inhumation au cimetière du Hörnli à Riehen (Bâle-Ville). URL : https://de.wikipedia.org/wiki/Emil_D%C3%BCrr
13 42 43 45 87Hans Urs von Balthasar, Premier regard sur Adrienne von Speyr (Erster Blick auf Adrienne von Speyr), coll. « Hans Urs von Balthasar — Œuvres complètes », Johannes Verlag, Einsiedeln/Fribourg, réédition 2021, 224 p., ISBN 979-10-93741-13-0 : témoignage direct de Balthasar sur sa première rencontre avec Adrienne von Speyr et sur l'irruption soudaine et inattendue des stigmates en juillet 1942, qui la plonge d'abord dans la confusion et l'angoisse plutôt que dans la consolation. C'est de ce témoignage que vient la formule souvent reprise sur leur collaboration, dont le texte anglais (First Glance at Adrienne von Speyr, Ignatius Press, p. 13) est : « On the whole, I received far more from her, theologically, than she from me, though, of course, the exact proportion can never be calculated » ; le français de l'article est donné comme paraphrase de cette phrase, non comme citation au mot près de l'édition française.
18 52 61Jean-Paul II, discours aux participants du colloque sur la personnalité d'Adrienne von Speyr, cité du Vatican, 28 septembre 1985, texte officiel en français. URL : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/speeches/1985/september/documents/hf_jp-ii_spe_19850928_adrienne-von-speyr.html
24 88 89 90 91 112Adrienne von Speyr, My Early Years, trad. anglaise, Ignatius Press, San Francisco, 2012 (récit autobiographique rédigé à la demande de Hans Urs von Balthasar, éd. fr. Mes années de jeunesse, Johannes Verlag / Communauté Saint-Jean) : récit des jeunes années — famille protestante, vocation médicale poursuivie malgré les obstacles, et premières expériences intérieures qui ont façonné sa vie.
36 69Abbaye Saint-Paul de Wisques, dossier de spiritualité « Adrienne von Speyr — Les mystères de la Passion du Christ » : synthèse des expériences mystiques annuelles de la Passion vécues par Adrienne von Speyr de 1941 à 1967, depuis le Carême jusqu'au Vendredi Saint, se refermant chaque année vers quinze heures dans un état proche de la mort apparente ; rôle de témoin direct de Hans Urs von Balthasar.
59 60 75Adrienne von Speyr, La Servante du Seigneur. Contemplations mariales (allemand Magd des Herrn, 1948, l'un des premiers livres parus chez Johannes Verlag ; trad. angl. Handmaid of the Lord, Ignatius Press, San Francisco) : longue méditation sur les « oui » successifs de la Vierge, de l'Annonciation à l'Assomption, organisée autour du fiat de Marie comme « oui » central unifiant toute son existence. Les deux passages résumés ici ouvrent l'ouvrage : texte anglais vérifié dans l'édition Ignatius Press, p. 7-8 (« As a sheaf of grain is tied together in the middle and spreads out at either end, so Mary's life is bound together by her assent. From this assent her life receives its meaning and form and unfolds toward past and future. This single, all-encompassing act accompanies her at every moment of her existence, illuminates every turning point of her life, bestows upon every situation its own particular meaning [...] This is the nature of an assent: it binds the one who gives it, yet it allows him complete freedom in shaping its expression [...] All freedom develops through surrender and through renunciation of liberty. ») ; la formulation exacte de l'édition française (Johannes Verlag / Communauté Saint-Jean, Fribourg, ISBN 979-10-93741-00-0) n'ayant pu être relevée au mot près, le français ci-dessus est donné comme paraphrase, non comme citation.
71 72 73« Le Samedi saint ou l'ouverture d'un espace christologique dans les enfers », Transversalités, revue de l'Institut Catholique de Paris, 2017/1, p. 71 et suivantes, plateforme Cairn.info : exposé de la théologie balthasarienne du Samedi Saint comme centre mystérieux entre la Croix et la Résurrection, marqué par la passivité totale du Fils et sa solidarité obéissante avec les morts.
76 77« Adrienne von Speyr », notice biographique encyclopédique en ligne (fondation, postérité) : cofondation de la Communauté Saint-Jean (Johannesgemeinschaft) en 1944-1945, institut catholique de laïcs consacrés (la notice renvoie à la Conférence américaine des instituts séculiers) ; second symposium romain de 2017 (Adrienne von Speyr : une femme au cœur du XXᵉ siècle) ; Casa Balthasar à Rome, maison de discernement fondée sous les auspices de Joseph Ratzinger, et mouvement Points-Cœur se réclamant de sa spiritualité ; documentaire de Marie Viloin (France 2, 2018) ; appréciation de T. S. Eliot sur ses commentaires johanniques. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Adrienne_von_Speyr
81 108 109 110 111 113« Imprimaturs and Private Revelations », Catholic Answers Magazine : article général sur la nature de l'imprimatur (jugement d'absence d'hétérodoxie manifeste, non d'adhésion doctrinale obligatoire) et sur la distinction entre l'imprimatur accordé par un évêque et la procédure d'examen d'une apparition, réservée à l'évêque du lieu. Cet article ne mentionne pas Adrienne von Speyr : il n'est cité ici que comme source de définition, les faits propres à Speyr étant sourcés par ailleurs. URL : https://www.catholic.com/magazine/online-edition/imprimaturs-and-private-revelations
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