Saint André — en grec Andréas, « le viril », « le courageux » — est l'un des Douze Apôtres et le frère de Simon-Pierre. Pêcheur de Bethsaïde sur les rives du lac de Galilée, il fut, selon le quatrième Évangile, le tout premier à suivre Jésus : la tradition grecque le salue depuis l'Antiquité du titre de « Protoclète », le « Premier appelé ».[1]
Sa vocation porte une signature spirituelle unique : à peine a-t-il reconnu le Messie qu'il court chercher son frère. « Nous avons trouvé le Messie », lui dit-il en l'amenant à Jésus — et ce frère deviendra Pierre, le roc de l'Église.[2] André apparaît ainsi, dès la première page, comme l'apôtre qui conduit les autres au Christ : il amène Pierre, il signale le jeune garçon aux cinq pains, il introduit les Grecs qui veulent voir Jésus.[3]
Après la Pentecôte, une tradition ancienne, déjà connue d'Origène et d'Eusèbe de Césarée, envoie André évangéliser la Scythie, au nord de la mer Noire, puis l'Asie Mineure, la Thrace et la Grèce.[4] Il aurait fondé l'Église de Byzance, la future Constantinople, en y établissant saint Stachys comme premier évêque : c'est de là que le patriarcat œcuménique se réclame aujourd'hui de lui, comme Rome se réclame de Pierre.[5]
André meurt crucifié à Patras, en Achaïe, vers l'an 60. La tradition médiévale lui donnera la croix en forme de X, la crux decussata devenue la « croix de Saint-André », sur laquelle il aurait été lié plutôt que cloué, pour prolonger l'agonie et prêcher plus longtemps.[6] Vénéré de la Russie à l'Écosse, qui en ont fait leur patron, il demeure l'un des apôtres les plus universels — et, parce qu'il est le frère de Pierre, un signe vivant de l'unité désirée entre l'Orient et l'Occident chrétiens.[7]
Qui est saint André l'Apôtre ?
André de Bethsaïde : pêcheur de Galilée, frère de Simon-Pierre
André naît au début du Ier siècle à Bethsaïde de Galilée, petite ville de pêcheurs sur la rive nord du lac de Tibériade. Il est le fils de Jonas (ou Jean) et le frère de Simon, le futur Pierre ; tous deux exercent le métier de pêcheurs et partagent, au début de la vie publique de Jésus, une même maison à Capharnaüm.[8] Son nom est purement grec — Andréas, dérivé d'anêr, « l'homme » au sens du courage —, signe que la Galilée du temps de Jésus, surnommée « Galilée des nations », était profondément ouverte au monde hellénistique.[9]
Ce détail n'est pas anodin. Le nom grec d'André, comme plus tard son rôle d'intermédiaire auprès des Grecs venus voir Jésus, le situe à la frontière de deux mondes : le judaïsme galiléen et l'univers gréco-romain où l'Évangile allait bientôt se répandre. André est de cette première génération d'apôtres qui parlent l'araméen mais que leur culture rend déjà capables d'annoncer le Christ aux païens.
Le « Premier appelé » (Protoclète)
Le titre qui résume toute la figure de saint André vient de la liturgie byzantine : il est le Protoclète (Πρωτόκλητος), le « Premier appelé ».[10] Selon l'Évangile de Jean, André était d'abord disciple de Jean-Baptiste ; entendant celui-ci désigner Jésus comme « l'Agneau de Dieu », il le suivit aussitôt et fut ainsi le premier des Douze à s'attacher au Christ.[11]
« Voici l'Agneau de Dieu. » — Saint Jean-Baptiste, désignant Jésus à ses disciples, Évangile selon saint Jean 1, 36[12]
L'Église d'Orient a tiré de ce primat chronologique toute une théologie : si Pierre est le premier par l'autorité, André est le premier par l'appel. Loin de s'opposer, les deux frères encadrent ainsi tout le collège apostolique — l'un au principe de la mission, l'autre au principe de l'unité.
André dans les évangiles : une présence discrète mais décisive
André n'est pas un apôtre de premier plan dans le récit évangélique : il ne fait pas partie, comme Pierre, Jacques et Jean, du cercle des trois témoins de la Transfiguration et de l'agonie. Pourtant, il est toujours nommé parmi les quatre premiers dans les listes des Douze, et le Nouveau Testament lui réserve quelques scènes décisives.[13] À chaque fois, son rôle est le même : il fait le lien, il amène quelqu'un à Jésus.
Cette discrétion active est sa signature. André n'occupe jamais le centre ; il introduit, il présente, il signale. C'est pourquoi la tradition spirituelle a vu en lui le patron de tous ceux qui, sans éclat, conduisent les autres au Christ — le premier missionnaire, au sens étymologique de celui qui est envoyé vers son prochain.
La vocation : du Baptiste au Christ
Disciple de Jean-Baptiste : la quête du Messie
Avant de suivre Jésus, André était au désert, parmi les disciples de Jean-Baptiste.[14] Ce détail, propre au quatrième Évangile, révèle un homme en recherche, qui ne se contente pas de la religion reçue mais attend activement la venue du Messie. Lorsque le Baptiste, voyant passer Jésus, prononce les mots « Voici l'Agneau de Dieu », André et un autre disciple — que la tradition identifie à Jean l'Évangéliste — quittent leur premier maître pour suivre le nouveau.[15]
Jésus se retourne et leur pose la première question de son ministère johannique : « Que cherchez-vous ? » Ils répondent : « Rabbi, où demeures-tu ? » — et Jésus les invite : « Venez et voyez. » Ils passèrent ce jour-là auprès de lui, précise l'Évangile : « il était environ la dixième heure. »[16] André garde le souvenir précis de cette heure : celle de sa rencontre fondatrice.
« Nous avons trouvé le Messie » : André amène Pierre
Le premier geste d'André, une fois Jésus rencontré, est de courir chercher son frère. C'est l'acte fondateur de toute évangélisation, et l'Évangile en a fixé les mots :
« Il rencontre en premier lieu son frère Simon et lui dit : "Nous avons trouvé le Messie" — ce qui veut dire Christ. Et il l'amena à Jésus. » — Évangile selon saint Jean 1, 41-42[17]
En amenant Simon, André amène à l'Église celui qui en deviendra le roc. Les Pères ont souligné le paradoxe : le premier appelé introduit celui qui sera le premier en dignité. André ne s'en trouve pas diminué ; il accomplit au contraire sa vocation propre, qui est de conduire à Jésus, non de retenir pour soi. La sainteté d'André est tout entière dans ce mouvement d'effacement fécond.
L'appel sur le rivage : « pêcheurs d'hommes »
Aux récits de Jean s'ajoute la scène, racontée par Matthieu et Marc, de l'appel sur le rivage du lac de Galilée. Jésus voit les deux frères en train de jeter le filet et les appelle ensemble :
« Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. Et aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. » — Évangile selon saint Marc 1, 17-18[18]
Loin de se contredire, les deux récits se complètent : la rencontre du Jourdain (Jean) précède l'appel définitif au bord du lac (les synoptiques), où André et Pierre abandonnent tout pour suivre le Maître. La promesse de devenir « pêcheurs d'hommes » résume la mission qu'André remplira jusqu'au martyre : prendre les hommes dans le filet de l'Évangile.
André dans le ministère de Jésus
Les cinq pains et les deux poissons
Lors de la multiplication des pains, c'est encore André qui fait le lien entre la foule affamée et le miracle à venir. Devant cinq mille hommes à nourrir, il repère un détail que tous les autres négligent :
« André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : "Il y a là un jeune garçon, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ?" » — Évangile selon saint Jean 6, 8-9[19]
André apporte le peu qu'il a trouvé, en avouant son insuffisance — « qu'est-ce que cela ? » — et c'est précisément ce peu, remis entre les mains du Christ, qui nourrira la multitude. La scène est devenue, dans la tradition spirituelle, l'image du don pauvre offert à Dieu : André ne fait pas le miracle, mais il en fournit la matière en présentant au Christ ce qui est petit.
« Nous voudrions voir Jésus » : les Grecs et André
Quelques jours avant la Passion, des Grecs montés à Jérusalem pour la fête s'adressent à l'apôtre Philippe : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe ne décide pas seul : il en réfère à André, et tous deux ensemble transmettent la demande au Maître.[20]
« Philippe va le dire à André ; André et Philippe vont le dire à Jésus. » — Évangile selon saint Jean 12, 22[21]
Que des Grecs s'adressent à l'apôtre au nom grec n'est sans doute pas un hasard, et la tradition y a vu une préfiguration de la mission d'André vers le monde hellénique. Surtout, l'épisode confirme sa vocation d'introducteur : il est celui par qui les nations viennent au Christ. La réponse de Jésus — « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas… » — annonce déjà la Croix qui sera le terme du chemin d'André lui-même.[22]
Au mont des Oliviers : la question des derniers temps
Enfin, sur le mont des Oliviers, face au Temple, André figure parmi les quatre intimes qui interrogent Jésus sur la fin des temps. Marc le nomme expressément, aux côtés de Pierre, Jacques et Jean :
« Comme il était assis sur le mont des Oliviers, en face du Temple, Pierre, Jacques, Jean et André l'interrogeaient en particulier. » — Évangile selon saint Marc 13, 3[23]
C'est la seule fois où André est associé au cercle des trois témoins privilégiés. Sa question ouvre le grand discours eschatologique de Jésus sur la ruine du Temple et la venue du Fils de l'homme. André, le premier appelé, est ainsi présent aux deux extrémités de l'Évangile : à l'aube de la vocation et au seuil de la Passion.
La mission de l'apôtre après la Pentecôte
Les traditions missionnaires : Scythie, Asie Mineure, Grèce
Après la Pentecôte, le Nouveau Testament se tait sur André. Mais une tradition ancienne, antérieure au IIIe siècle, lui attribue l'évangélisation des régions situées au nord et à l'est de la mer Égée. Eusèbe de Césarée, citant Origène, écrit qu'André reçut en partage la Scythie — l'immense territoire au nord de la mer Noire, qui recouvre aujourd'hui des parties de la Roumanie, de l'Ukraine, de la Russie et de la Géorgie.[24]
« André reçut en partage la Scythie. » — Origène, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 1[25]
D'autres traditions, recueillies par les Pères et les ménologes grecs, le font prêcher en Cappadoce, en Bithynie, dans le Pont, en Thrace, en Macédoine et enfin en Achaïe, au sud de la Grèce, où il subira le martyre.[26] Ces itinéraires, transmis par des sources tardives et parfois divergentes, n'ont pas la solidité des récits évangéliques ; mais leur convergence sur un grand axe — du monde scythe à la Grèce — porte la mémoire d'une mission réelle vers le nord-est du bassin méditerranéen.
André et la fondation du siège de Byzance
Parmi ces traditions, la plus lourde de conséquences est celle qui fait d'André le fondateur de l'Église de Byzance. Selon les sources byzantines, l'apôtre aurait prêché dans la cité du Bosphore et y aurait établi son disciple Stachys — celui que saint Paul salue dans l'épître aux Romains — comme premier évêque.[27] Lorsque Byzance devint Constantinople, la « nouvelle Rome », puis le siège du patriarcat œcuménique, cette origine apostolique prit une importance capitale.
De même que Rome se réclame de Pierre, Constantinople se réclame d'André. Le patriarche de Constantinople est encore appelé aujourd'hui « successeur du Premier appelé ». La fraternité charnelle des deux apôtres — Pierre et André — est ainsi devenue, au fil des siècles, le symbole de la fraternité voulue entre les deux grandes Églises d'Orient et d'Occident.[28]
Les Actes d'André et la mémoire apostolique
Le principal foyer de ces traditions est un écrit apocryphe du milieu du IIe siècle, les Actes d'André (Acta Andreae), connus d'Eusèbe, d'Épiphane de Salamine et de plusieurs Pères.[29] Comme les autres Actes apocryphes, ce texte mêle un noyau de mémoire ancienne à des développements légendaires et à des tendances doctrinales suspectes (encratisme), ce qui explique sa mise à l'écart du canon.[30]
L'Église ne reçoit donc pas les Actes d'André comme une source historique de plein droit ; mais elle y reconnaît le témoignage d'une vénération très précoce de l'apôtre et le souvenir, transmis sous une forme amplifiée, de son martyre à Patras. C'est à partir de ce fonds, retravaillé notamment par Grégoire de Tours au VIe siècle dans son Livre des miracles de saint André, que s'est constituée la figure liturgique du saint.[31]
Le martyre de Patras
Devant le proconsul Égéas
La tradition unanime situe la mort d'André à Patras (Patræ), grand port d'Achaïe, sur la côte nord-ouest du Péloponnèse. Selon la Passion de saint André, l'apôtre y aurait converti Maximilla, l'épouse du proconsul romain Égéas (Aegeas ou Aegeates), ainsi que de nombreux habitants — ce qui provoqua la fureur du magistrat.[32] Sommé de sacrifier aux idoles, André refusa et confessa le Christ crucifié ; Égéas le condamna alors à la croix.[33]
Le Martyrologe romain au 30 novembre, et la Passion qui en est la source, rapportent qu'André fut lié et non cloué à la croix, afin que son supplice se prolongeât et que l'agonie devînt une dernière prédication. La tradition veut qu'il ait prêché deux jours durant depuis sa croix, exhortant la foule rassemblée à la foi.[34]
La croix en X : naissance d'une tradition
La célèbre croix en forme de X, la crux decussata aujourd'hui appelée « croix de Saint-André », n'apparaît pas dans les récits les plus anciens. Les premières sources, dont Grégoire de Tours, décrivent André attaché à une croix ordinaire, semblable à celle du Christ.[35] L'iconographie de la croix en X ne se standardise qu'à la fin du Moyen Âge, et ne s'impose vraiment qu'aux XVe-XVIIe siècles.[36]
La tradition postérieure explique ce choix par l'humilité de l'apôtre : André se serait jugé indigne de mourir sur une croix de la même forme que celle de son Maître, et aurait demandé une croix différente.[37] Sans valeur historique assurée, ce motif a une grande vérité spirituelle : il dit le refus d'égaler le Christ et l'amour de la Croix poussé jusqu'au désir de la partager dans l'abaissement. C'est cette croix en X qui deviendra, sous le nom de sautoir, l'un des emblèmes les plus répandus de la chrétienté, du drapeau de l'Écosse au pavillon de la marine russe.
« Ô bonne Croix ! » : la salutation à la croix
Le sommet de la Passion de saint André est la salutation que l'apôtre adresse à sa croix en l'apercevant. Ce texte, repris par le Martyrologe et par la liturgie de la fête, est l'un des plus beaux chants chrétiens à la Croix :
« Salut, ô Croix, que le corps du Christ a consacrée et que ses membres ont ornée comme de perles précieuses ! Longtemps je t'ai désirée, ardemment je t'ai aimée, sans cesse je t'ai cherchée ; et te voici enfin préparée pour le désir de mon âme. Reçois-moi du milieu des hommes et rends-moi à mon Maître, afin que par toi me reçoive Celui qui par toi m'a racheté. » — Passion de saint André, salutation à la croix[38]
La critique historique tient cette Passion pour un texte tardif et largement légendaire ; la salutation ne saurait donc être citée comme une parole authentiquement recueillie de la bouche de l'apôtre.[39] Mais elle exprime fidèlement la spiritualité martyriale de l'Église ancienne, qui voyait dans la croix non un instrument d'horreur mais le trône de gloire du disciple uni à son Seigneur. André, le premier appelé, devient ainsi le chantre de la Croix.
La spiritualité de saint André
L'apôtre qui conduit les autres au Christ
La grande leçon d'André tient en un verbe : amener. Il amène Pierre, il amène le jeune garçon aux cinq pains, il amène les Grecs. Sa sainteté n'est pas celle de la parole éclatante mais celle du lien : il se tient toujours entre quelqu'un et Jésus, et il s'efface dès que la rencontre a eu lieu. C'est la définition même de l'apôtre, envoyé non pour soi mais pour conduire à un autre.
« Quiconque vient à moi, je ne le rejetterai pas. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 6, 37[40]
Les Pères ont aimé cette figure parce qu'elle est imitable par tous : on n'est pas tous appelés à prêcher devant les foules, mais chacun peut, comme André, dire à un frère « nous avons trouvé le Messie » et l'amener au Christ. André est le patron discret de toute évangélisation de proximité, celle qui commence par la propre famille.
L'amour de la Croix
La seconde marque de la spiritualité d'André est l'amour de la Croix. Toute la tradition de son martyre — la croix demandée par humilité, la prédication poursuivie depuis le gibet, la salutation à la croix — fait de lui le témoin par excellence de la joie chrétienne dans la souffrance. Il ne subit pas la croix, il la désire, parce qu'elle l'unit définitivement à Celui qui l'a racheté par elle.
Cette spiritualité prolonge exactement la promesse de l'appel : devenir « pêcheur d'hommes » jusqu'au bout, c'est se laisser prendre soi-même dans le filet de la Croix. La mort d'André apparaît ainsi comme la dernière page, vécue et non écrite, de l'Évangile qu'il avait reçu au bord du lac.
La discrétion féconde du second
Frère de Pierre, André a vécu toute sa vie aux côtés d'un homme appelé à le précéder en autorité. Loin d'en concevoir jalousie, il a fait de cette place de second le lieu même de sa fécondité : c'est lui qui amène Pierre, c'est-à-dire qui donne à l'Église son chef. La tradition orientale a magnifié ce paradoxe en l'appelant Protoclète, le premier appelé, comme pour rendre justice à celui qui a librement accepté de n'être pas le premier en rang.
André enseigne ainsi une vertu rare : la joie d'être au service de plus grand que soi. Là où l'ambition divise, sa fraternité avec Pierre devient féconde — et c'est pourquoi la postérité a vu dans les deux frères, et non dans un seul, le double fondement apostolique de l'Église d'Orient et d'Occident.
Le culte de saint André
Les reliques : de Patras à Constantinople, Amalfi et Rome
Le destin des reliques de saint André raconte à lui seul mille ans d'histoire chrétienne. Inhumé à Patras, le corps de l'apôtre fut transféré à Constantinople en 357, sur l'ordre de l'empereur Constance II, et déposé dans la prestigieuse église des Saints-Apôtres, auprès des restes de saint Luc et de saint Timothée.[41]
Lors du sac de Constantinople par la quatrième croisade, les reliques furent emportées en Occident : en 1208, le cardinal Pierre de Capoue, originaire d'Amalfi, les fit transférer dans la cathédrale d'Amalfi, où le corps de l'apôtre repose encore aujourd'hui.[42] Le chef (le crâne), resté en Orient, fut donné en 1462 au pape Pie II par le despote byzantin Thomas Paléologue, frère du dernier empereur, qui fuyait l'avancée ottomane ; il fut alors vénéré à la basilique Saint-Pierre de Rome.[43]
Le retour du chef à Patras (1964) : le geste de Paul VI
Au XXe siècle, le destin des reliques prit une dimension œcuménique. En signe d'amitié envers l'Église orthodoxe de Grèce, le pape Paul VI décida de restituer le chef de saint André à Patras. Le 24 septembre 1964, le cardinal Augustin Bea, entouré d'une délégation, remit solennellement la précieuse relique au métropolite de Patras, dans la basilique élevée en l'honneur de l'apôtre.[44] En 1980, le cardinal Roger Etchegaray y ajouta la restitution d'un fragment de la croix du saint.[45]
Ce geste s'inscrivait dans le grand mouvement de rapprochement entre Rome et l'Orthodoxie engagé par Paul VI et le patriarche Athénagoras, qui levèrent ensemble, en 1965, les excommunications de 1054. Rendre le chef d'André à la Grèce, c'était reconnaître la dignité apostolique de l'Orient — et faire du Premier appelé, frère de Pierre, un artisan de réconciliation.
Patronages : Écosse, Russie, Roumanie, Grèce, Ukraine
Saint André est l'un des saints les plus universellement honorés. Il est le patron de l'Écosse — dont le drapeau, le sautoir blanc sur fond bleu, reproduit sa croix en X. La tradition rattache ce patronage à la légende de saint Régulus, qui aurait apporté des reliques de l'apôtre sur la côte des Pictes, au lieu qui devint la cité de Saint Andrews.[46]
Il est aussi le patron de la Russie — l'ordre de Saint-André, fondé par Pierre le Grand, est la plus haute distinction de l'Empire, et le pavillon de la marine russe porte sa croix bleue —, ainsi que de l'Ukraine, de la Roumanie, de la Géorgie et de la Grèce, dont les Églises se réclament de lui comme de leur fondateur apostolique.[47] Patron des pêcheurs et des marchands de poisson, il est invoqué dans le monde entier le jour de sa fête.
André et Pierre : les deux frères, signe de l'unité de l'Église
La plus haute signification du culte de saint André est sans doute œcuménique. Parce qu'il est le frère de Pierre, et parce que Constantinople le revendique comme Rome revendique Pierre, André est devenu le symbole vivant de l'unité désirée entre l'Orient et l'Occident. Chaque année, pour la fête de saint André le 30 novembre, le pape envoie une délégation au patriarche œcuménique de Constantinople ; et pour la fête des saints Pierre et Paul, le 29 juin, le patriarche envoie une délégation à Rome.[48]
Ce double échange, institué après le concile Vatican II, met en scène la fraternité des deux apôtres comme programme de réconciliation : ce qui unissait Pierre et André selon la chair doit réunir leurs Églises selon l'Esprit. André, le premier appelé, demeure ainsi l'apôtre de l'espérance de l'unité.
Fête liturgique et iconographie
L'Église latine et les Églises orientales célèbrent saint André le 30 novembre, date traditionnelle de son martyre.[49] Dans le calendrier liturgique romain, sa fête ouvre presque toujours le temps de l'Avent, dont elle est le saint le plus proche : André, le premier appelé, introduit ainsi l'année liturgique comme il avait introduit les premiers disciples auprès du Christ.
L'iconographie le représente en vieillard à la barbe blanche et épaisse, tenant ou embrassant sa croix en X, parfois avec un filet ou des poissons rappelant son métier. De la basilique de Patras aux cathédrales d'Amalfi et de Saint Andrews, son image rappelle partout la même leçon : celle d'un homme qui a tout quitté pour suivre, et tout donné pour amener les autres à Celui qu'il avait, le premier, reconnu comme le Messie.
Pour aller plus loin
- Saint Pierre — le prince des apôtres, frère d'André, que celui-ci amena le premier au Christ.
- Saint Paul — l'Apôtre des nations, qui salue Stachys, premier évêque institué par André à Byzance.
- Saint Jean-Baptiste — le précurseur dont André fut d'abord le disciple, avant de suivre l'Agneau de Dieu.
- Saint Luc l'Évangéliste — dont les reliques reposaient à Constantinople auprès de celles d'André.
- Saint Marc l'Évangéliste — autre apôtre fondateur d'un grand siège oriental, celui d'Alexandrie.
- Saint Étienne — le protomartyr, premier témoin du sang versé pour le Christ.
Notes et références
Joseph MacRory, "St. Andrew", The Catholic Encyclopedia, vol. I, Robert Appleton Company, New York, 1907 (texte intégral sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/01471a.htm). Notice de référence sur l'origine d'André à Bethsaïde, son lien avec Pierre, sa vocation comme disciple du Baptiste, son titre de Protoclète, ses apparitions évangéliques, les traditions missionnaires (Scythie, Achaïe, Byzance et Stachys), le martyre à Patras sous le proconsul Égéas, la croix decussata, et la fête du 30 novembre.
1 8 9 10 13 26 33 49Évangile selon saint Jean 1, 35-42 : Jean-Baptiste désigne « l'Agneau de Dieu » ; André et un autre disciple suivent Jésus (« Que cherchez-vous ? — Rabbi, où demeures-tu ? — Venez et voyez », vers la dixième heure) ; André trouve son frère Simon : « Nous avons trouvé le Messie », et l'amène à Jésus. Traduction de la Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, Paris.
2 11 12 14 15 16 17Évangile selon saint Jean 6, 8-9 (et 6, 37) : lors de la multiplication des pains, André signale « un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ». Traduction de la Bible de Jérusalem, Cerf.
3 19 40Origène, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre III, ch. 1 (vers 325) : répartition des champs de mission des apôtres, « André reçut en partage la Scythie » (région au nord de la mer Noire). Édition de référence : coll. Sources Chrétiennes n° 31, traduction Gustave Bardy, Éditions du Cerf, Paris, 1952.
4 24 25Tradition de la fondation du siège de Byzance par saint André et de l'institution de saint Stachys (cf. Romains 16, 9) comme premier évêque : sources byzantines tardives (ménologes ; Nicétas le Paphlagonien, Xe siècle) résumées dans MacRory, Catholic Encyclopedia, "St. Andrew". Sur le patronage du patriarcat œcuménique de Constantinople et l'échange annuel de délégations entre Rome (fête des saints Pierre et Paul, 29 juin) et le Phanar (fête de saint André, 30 novembre), voir les communiqués du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.
5 27 28 48Sur la croix en X (crux decussata, « sautoir » ou « croix de Saint-André ») : les sources anciennes (Grégoire de Tours) décrivent une croix ordinaire ; l'iconographie de la croix en X ne se standardise qu'à la fin du Moyen Âge et s'impose surtout aux XVe-XVIIe siècles. La tradition l'explique par l'humilité de l'apôtre, se jugeant indigne de mourir comme le Christ. Voir la notice "Andrew the Apostle", Wikipedia, section Cross of Saint Andrew, et la notice "Saltire".
6 36 37Restitution du chef de saint André à Patras par le pape Paul VI : le 24 septembre 1964, le cardinal Augustin Bea remet la relique au métropolite de Patras, dans le cadre du rapprochement avec l'Église orthodoxe de Grèce. En 1980, le cardinal Roger Etchegaray restitue un fragment de la croix de l'apôtre. Voir le New York Times, 26 septembre 1964, et John Sanidopoulos, "The Return of the Skull of the Apostle Andrew to Patras in 1964".
7 44 45Évangile selon saint Marc 1, 16-18 (parallèle Matthieu 4, 18-20) : l'appel d'André et de Simon au bord du lac de Galilée, « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes ». Traduction de la Bible de Jérusalem, Cerf.
18Évangile selon saint Jean 12, 20-22 : des Grecs montés pour la fête demandent à voir Jésus ; Philippe le dit à André, et André et Philippe le disent à Jésus. Suit la parole du grain de blé (Jn 12, 24). Traduction de la Bible de Jérusalem, Cerf.
20 21 22Évangile selon saint Marc 13, 3-4 : sur le mont des Oliviers, « Pierre, Jacques, Jean et André » interrogent Jésus en particulier sur la ruine du Temple et la fin des temps, ouvrant le discours eschatologique. Traduction de la Bible de Jérusalem, Cerf.
23Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 25 (sur les écrits apocryphes attribués aux apôtres) ; Épiphane de Salamine, Panarion, contre les usages encratites des Actes d'André. Les Actes d'André (Acta Andreae) datent du milieu du IIe siècle ; texte légendaire mêlé de tendances encratites, non reçu dans le canon. Voir Jean-Marc Prieur, Acta Andreae, coll. Corpus Christianorum, Series Apocryphorum, Brepols, Turnhout, 1989.
29 30Grégoire de Tours, Livre des miracles de saint André l'Apôtre (Liber de miraculis beati Andreae apostoli, vers 590), abrégé latin d'une version ancienne des Actes d'André : André y est décrit lié à une croix ordinaire, prêchant depuis le gibet. Édition dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Merovingicarum, t. I, 2.
31 35Passion de saint André (Passio sancti Andreae apostoli / Epistola presbyterorum et diaconorum Achaiae), texte tardif et largement légendaire conservé en grec et en latin : récit du martyre à Patras sous le proconsul Égéas, conversion de Maximilla, prédication de deux jours depuis la croix, et salutation à la croix (« Salve, crux… »). Texte original latin de la salutation : « Salve, crux pretiosa, suscipe discipulum eius qui pependit in te magister meus Christus. » Repris au 30 novembre par le Martyrologe romain. La critique tient ce texte pour non historique ; il témoigne de la spiritualité martyriale ancienne, non d'une parole authentiquement recueillie.
32 34 38 39Translation du corps de saint André de Patras à Constantinople en 357, sur l'ordre de l'empereur Constance II, et dépôt dans l'église des Saints-Apôtres auprès des reliques de saint Luc et de saint Timothée. Voir MacRory, Catholic Encyclopedia, "St. Andrew", et la notice "Church of the Holy Apostles".
41Après le sac de Constantinople (1204) par la quatrième croisade, le cardinal Pierre de Capoue (Pietro Capuano), originaire d'Amalfi, fit transférer les reliques de saint André à la cathédrale d'Amalfi en 1208, où repose le corps de l'apôtre. Voir la notice de la cathédrale d'Amalfi (Duomo di Sant'Andrea) et Aleteia, "Amalfi, Italy: Relics of St. Andrew", 2021.
42Le chef (crâne) de saint André fut remis en 1462 au pape Pie II par le despote Thomas Paléologue, frère du dernier empereur byzantin, fuyant l'avancée ottomane ; il fut vénéré à la basilique Saint-Pierre de Rome. Voir MacRory, Catholic Encyclopedia, "St. Andrew", et la notice "Andrew the Apostle", Wikipedia.
43Patronages de saint André : Écosse (drapeau du sautoir, légende de saint Régulus apportant les reliques au lieu devenu Saint Andrews), Russie (ordre de Saint-André de Pierre le Grand, pavillon de la marine), Ukraine, Roumanie, Géorgie, Grèce (Patras), Barbados ; patron des pêcheurs. Voir la notice "Andrew the Apostle", Wikipedia, section Patronage, et Britannica, "Saint Andrew".
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