Saint Barthélemy l'Apôtre (Ier siècle)

Saint Barthélemy, l'un des Douze Apôtres, identifié par la tradition à Nathanaël de Cana — le « véritable Israélite, en qui il n'y a pas de ruse » que Jésus avait vu « sous le figuier ». La tradition le fait évangéliser l'Inde et l'Arménie, où il meurt écorché vif : il en est devenu le patron des métiers du cuir.

Ignispedia

Saint Barthélemy — en araméen Bar-Talmaï, « fils de Talmaï » — est l'un des Douze Apôtres du Christ. Son nom, présent dans les quatre listes apostoliques du Nouveau Testament, est un patronyme : il désigne l'apôtre par son père.[1] La tradition l'identifie à Nathanaël, ce Galiléen de Cana que l'Évangile selon saint Jean met en scène aux premiers jours de la vie publique de Jésus ; Benoît XVI a repris cette identification dans sa catéchèse du 4 octobre 2006.[2]

Barthélemy est alors l'homme du « Viens, et vois » : l'ami que Philippe conduit à Jésus malgré ses réserves — « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » — et que le Christ accueille par un éloge unique : « Voici vraiment un Israélite : il n'y a pas de ruse en lui » (Jn 1, 46-47). Devant celui qui l'avait vu « sous le figuier » avant tout appel, Nathanaël prononce l'une des premières confessions de foi du quatrième Évangile : « Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu ! »[3]

Après la Pentecôte, la tradition l'envoie vers l'Orient — l'Inde, la Mésopotamie, la Perse — et surtout en Arménie, dont l'Église le vénère, avec l'apôtre Thaddée, comme l'un de ses deux « premiers Illuminateurs ».[4] Il y meurt martyr, écorché vif puis décapité selon le récit qui s'est imposé au Moyen Âge ; le couteau et la peau sont devenus ses attributs, jusque dans le Jugement dernier de Michel-Ange.[5]

Comme tous les Apôtres, Barthélemy n'a jamais eu besoin d'un procès de canonisation : son culte remonte aux origines de l'Église, son nom est prononcé dans le Canon romain de la messe et l'Église latine le fête le 24 août.[6] Il demeure l'apôtre « sans ruse », celui que le Christ a vu avant d'être vu de lui, et qui lui a tout donné.

Qui est l'apôtre Barthélemy ?

Un nom qui est un patronyme : « fils de Talmaï »

Le nom Barthélemy (en grec Bartholomaios) transcrit l'araméen Bar-Talmaï, « fils de Talmaï » (ou Tholmaï).[7] Talmaï est un nom hébreu ancien : c'est celui d'un roi de Gueshour dont la fille Maaka fut la mère d'Absalom, fils de David (2 S 3, 3), et celui de l'un des descendants d'Anaq établis à Hébron (Nb 13, 22). Barthélemy n'est donc pas un prénom au sens strict, mais une désignation patronymique, comme Bar-Jona pour Simon-Pierre (Mt 16, 17) ou Bar-Timée pour l'aveugle de Jéricho (Mc 10, 46).[8]

Benoît XVI ouvre sa catéchèse sur l'apôtre par ce trait :

« Son nom est clairement un patronyme, car il est formulé avec une référence explicite au nom de son père. En effet, il s'agit probablement d'un nom d'origine araméenne, bar Talmay, qui signifie précisément “fils de Talmay”. » — Benoît XVI, audience générale du 4 octobre 2006[9]

Ce détail a une conséquence : l'apôtre portait vraisemblablement un autre nom propre, comme Simon, appelé aussi Bar-Jona puis Képhas. C'est ce qui ouvre la voie à l'identification avec Nathanaël, nom personnel que les Synoptiques ignorent et que Jean seul transmet.

Barthélemy et Nathanaël : une seule et même personne ?

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Les trois Évangiles synoptiques et les Actes connaissent un Barthélemy parmi les Douze, mais jamais de Nathanaël. L'Évangile selon saint Jean raconte au contraire la vocation de Nathanaël et le compte parmi les disciples présents au bord du lac après la Résurrection (Jn 21, 2), sans jamais nommer Barthélemy.[10] La tradition reçue tient qu'il s'agit d'un seul homme, et Benoît XVI en donne la raison principale :

« L'identification des deux personnages est probablement motivée par le fait que ce Nathanaël, dans la scène de vocation rapportée par l'Évangile de Jean, est placé à côté de Philippe, c'est-à-dire à la place qu'occupe Barthélemy dans les listes des Apôtres rapportées par les autres Évangiles. » — Benoît XVI, audience générale du 4 octobre 2006[11]

Quatre indices convergent. D'abord, Barthélemy étant un patronyme, l'apôtre devait porter un nom personnel : Nathanaël, qui signifie « Dieu a donné », convient parfaitement.[12] Ensuite, Barthélemy est couplé à Philippe dans les listes de Matthieu et de Luc, et le suit immédiatement chez Marc ; or, chez Jean, c'est Philippe qui amène Nathanaël à Jésus (Jn 1, 45). Troisièmement, le récit de sa vocation est rangé parmi celles d'André, de Pierre et de Philippe, et Nathanaël reparaît après la Résurrection au milieu d'Apôtres nommés — Simon-Pierre, Thomas, les fils de Zébédée (Jn 21, 2). Enfin, les deux noms ne se rencontrent jamais dans un même écrit : Jean ignore Barthélemy, les Synoptiques ignorent Nathanaël, ce qui s'explique au mieux par deux manières de désigner le même homme.[13]

L'objection de saint Augustin

L'identification n'a pourtant pas été unanime chez les Pères. Commentant ce passage, saint Augustin estime que Nathanaël, malgré l'éloge reçu, ne faisait pas partie des Douze, et il en cherche la raison :

« Non seulement il ne se trouve pas le premier parmi les Apôtres, mais Nathanaël n'est ni au milieu ni au dernier rang des Douze […]. En cherche-t-on la cause ? Autant que le Seigneur le laisse entendre, nous en trouvons une probable. Nous devons comprendre en effet que ce Nathanaël était instruit et savant dans la Loi : c'est pourquoi le Seigneur n'a pas voulu le placer parmi ses disciples, car il a choisi des hommes sans instruction pour confondre par eux le monde. » — Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 17[14]

L'objection est sérieuse, mais elle ne renverse pas l'identification. Augustin la présente lui-même comme une raison « probable », tirée d'un principe spirituel — Dieu choisit ce qui est faible pour confondre ce qui est fort (1 Co 1, 27) — et non d'un témoignage : il ne cite aucune source qui distinguerait Nathanaël de Barthélemy. Surtout, Jn 21, 2 range Nathanaël parmi des disciples qui sont des Apôtres, et le couple Philippe-Nathanaël correspond exactement au couple Philippe-Barthélemy des listes. La Catholic Encyclopedia juge cette chaîne d'indices « ingénieuse et assez forte » ; son seul maillon faible serait que Nathanaël soit un autre disciple cher à l'évangéliste, comme Nicodème, que les Synoptiques ne nomment pas non plus.[15] La tradition catholique retient donc l'identification comme très probable, sans en faire un article de foi.

Barthélemy dans les listes des Douze

Barthélemy figure dans les quatre listes apostoliques du Nouveau Testament : Matthieu 10, 3 ; Marc 3, 18 ; Luc 6, 14 ; Actes 1, 13.[16] Il y occupe la sixième place dans les trois Évangiles et la septième dans les Actes, où il suit Thomas.[17] Dans les Synoptiques, son nom est toujours lié à celui de Philippe — association que l'Évangile de Jean éclaire en montrant Philippe conduire Nathanaël au Christ.

Hors de ces listes et de la scène johannique, le Nouveau Testament ne dit rien d'autre de Barthélemy : son nom, note Benoît XVI, « ne se trouve au centre d'aucun récit ».[18] Comme la plupart des Douze, il appartient à ces témoins dont l'Évangile ne retient ni discours ni exploits, mais dont la mission tient dans une phrase de Marc : Jésus « en institua douze pour qu'ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3, 14). Ce que l'on sait de plus vient de la tradition et de l'hagiographie.

Nathanaël dans l'Évangile de Jean

Si l'on suit l'identification reçue, c'est au premier chapitre de l'Évangile selon saint Jean que Barthélemy apparaît en pleine lumière, sous le nom de Nathanaël. La scène est l'une des plus vivantes de l'Évangile : un homme droit et réservé, conduit malgré ses objections à la rencontre qui va changer sa vie.

« Viens, et vois » : Philippe l'amène au Christ

Le lendemain de la rencontre d'André et de Pierre avec Jésus, celui-ci décide de partir pour la Galilée ; il trouve Philippe et lui dit : « Suis-moi » (Jn 1, 43). Philippe court aussitôt chercher Nathanaël :

« Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » — Philippe à Nathanaël, Évangile selon saint Jean 1, 45[19]

Nathanaël réplique par une objection d'homme du pays, presque une moquerie envers le village voisin :

« De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » — Nathanaël, Évangile selon saint Jean 1, 46[20]

James Tissot, Nathanaël sous le figuier, 1886–1894. Photo : Brooklyn Museum, 2008. Domaine public, Wikimedia Commons.

Benoît XVI voit dans ce préjugé une double leçon : selon les attentes de l'époque, le Messie ne pouvait pas venir d'un village aussi obscur (cf. Jn 7, 42) ; mais l'objection « met en évidence la liberté de Dieu, qui surprend nos attentes en se faisant trouver précisément là où nous ne l'attendrions pas ».[21] Philippe ne discute pas. Il répond par une invitation à l'expérience :

« Viens, et vois. » — Philippe, Évangile selon saint Jean 1, 46[22]

C'est l'invitation que Jésus avait faite la veille à André et à son compagnon : « Venez, et vous verrez » (Jn 1, 39). Philippe transmet ce qu'il a reçu, et Benoît XVI en tire une loi de toute vie chrétienne : le témoignage d'autrui ouvre le chemin, mais « notre connaissance de Jésus a surtout besoin d'une expérience vivante ».[23]

« Voici vraiment un Israélite : il n'y a pas de ruse en lui »

À peine Nathanaël s'approche-t-il que Jésus le devance par un éloge qu'il n'adresse à personne d'autre dans l'Évangile :

« Voici vraiment un Israélite : il n'y a pas de ruse en lui. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 1, 47[24]

L'expression grecque (en hô dolos ouk estin) dit littéralement « en qui il n'y a pas de ruse », ni duplicité ni double fond. L'éloge rappelle le psaume : « Heureux l'homme dont le Seigneur ne retient pas l'offense, dont l'esprit est sans fraude ! » (Ps 31 [32], 2).[25] Il contraste aussi avec le patriarche Jacob, qui avait obtenu « par ruse » la bénédiction de son père et dont le nom évoquait le « Trompeur » (Gn 27, 35-36) : Nathanaël est l'Israélite en qui la ruse de l'ancêtre n'a plus de place. Surpris, il demande : « D'où me connais-tu ? » (Jn 1, 48).

« Je t'ai vu sous le figuier » : le regard du Christ

La réponse de Jésus révèle une connaissance qui sonde les cœurs :

« Avant que Philippe t'appelle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 1, 48[26]

Le figuier n'est pas un détail neutre. Chez les prophètes, s'asseoir « sous sa vigne et son figuier » est l'image de la paix des temps messianiques (Mi 4, 4 ; Za 3, 10).[27] Un midrash plus tardif raconte que des maîtres comme rabbi Hiyya ou rabbi Akiva étudiaient la Torah à l'ombre d'un figuier, et une autre tradition juive voyait dans l'arbre de la connaissance un figuier, à cause des feuilles dont Adam et Ève se couvrirent (Gn 3, 7) : ces rapprochements éclairent le passage sans l'épuiser.[28]

Benoît XVI s'arrête sur ce que ce regard a produit dans le cœur de Nathanaël :

« Nous ne savons pas ce qu'il s'est passé sous ce figuier. Il est évident qu'il s'agit d'un moment décisif dans la vie de Nathanaël. Il se sent touché au plus profond du cœur par ces paroles de Jésus, il se sent compris et comprend : cet homme sait tout sur moi, Il sait et connaît le chemin de la vie, je peux réellement m'abandonner à cet homme. » — Benoît XVI, audience générale du 4 octobre 2006[29]

« Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu ! » et l'échelle de Jacob

Le revirement de Nathanaël est aussi soudain qu'entier :

« Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu ! C'est toi le roi d'Israël ! » — Nathanaël, Évangile selon saint Jean 1, 49[30]

C'est, après le témoignage de Jean-Baptiste (Jn 1, 34), l'une des premières confessions de foi du quatrième Évangile. Augustin la rapproche de celle que Pierre prononcera bien plus tard : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16).[31] Benoît XVI y lit « un double aspect complémentaire de l'identité de Jésus » : sa relation unique au Père, dont il est le Fils, et sa relation au peuple d'Israël, dont il est le roi attendu — deux dimensions qu'il ne faut jamais séparer.[32] Jésus accueille cette foi et promet davantage :

« Je te dis que je t'ai vu sous le figuier, et c'est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. […] Amen, amen, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 1, 50-51[33]

Infographie originale Ignispedia créée par IA

La promesse renvoie au songe de Jacob : « voici qu'une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient » (Gn 28, 12) ; au réveil, il nomma le lieu Béthel, « Maison de Dieu » (Gn 28, 19).[34] Jésus se présente ainsi comme l'échelle véritable entre le ciel et la terre, le lieu où Dieu se laisse rejoindre : ce que Jacob n'avait vu qu'en songe, Nathanaël le contemplera dans le Christ. Augustin applique l'image à l'Église : les anges qui montent et descendent sont les bons prédicateurs, qui s'élèvent vers Dieu dans la contemplation et redescendent vers les petits pour leur donner la parole.

« Si le Seigneur lui-même monte et descend, il est clair que ses prédicateurs, eux aussi, montent par l'imitation et descendent par la prédication. » — Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 23[35]

Nathanaël de Cana, témoin du Ressuscité

Une dernière mention referme l'arc johannique. Après la Résurrection, au bord du lac de Tibériade, Jean nomme les disciples réunis :

« Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c'est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. » — Évangile selon saint Jean 21, 2[36]

Ce verset apporte deux précisions. Nathanaël est originaire de Cana, où Jésus accomplit son premier signe, et il est possible, note Benoît XVI, qu'il en ait été témoin (Jn 2, 1-11).[37] Il figure surtout parmi les témoins de l'apparition du Ressuscité, aux côtés de Pierre et de Thomas : nouvel indice de son appartenance au collège apostolique.

La lecture spirituelle des Pères

La scène du figuier a nourri les commentaires des Pères de l'Église. Saint Augustin lui consacre une large part de sa septième homélie sur l'Évangile de Jean ; saint Grégoire de Nysse et saint Ambroise y lisent, chacun à sa manière, le passage de la Loi à la grâce.

Saint Augustin : le figuier, l'ombre du péché

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Augustin commence par une remarque de lecteur attentif : la réplique de Nathanaël peut s'entendre comme une question sceptique — « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » — ou comme une affirmation — « De Nazareth peut venir quelque chose de bon ».[38] Il penche pour la seconde : Nathanaël, savant dans les Écritures, savait que le Sauveur devait être attendu de là, et, en entendant le nom de Nazareth, il « fut soulevé d'espérance ».[39] Puis il s'interroge sur le figuier lui-même :

« Il faut chercher si ce figuier signifie quelque chose. […] À l'origine du genre humain, Adam et Ève, après leur péché, se firent des ceintures de feuilles de figuier : par les feuilles de figuier, il faut donc entendre les péchés. Or Nathanaël était sous le figuier comme sous l'ombre de la mort. Le Seigneur l'a vu, lui dont il est dit : Ceux qui étaient assis à l'ombre de la mort, une lumière s'est levée pour eux. » — Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 21[40]

Le sens spirituel devient lumineux : le Christ a vu Nathanaël — et en lui toute l'humanité pécheresse — avant que l'appel de ses Apôtres ne lui parvienne. Augustin en tire la doctrine de la grâce qui devance toute recherche humaine : « Est-ce donc nous qui avons cherché le Christ les premiers, et non lui qui nous a cherchés ? Sommes-nous venus, malades, au médecin, et non le médecin aux malades ? »[41] Et il prête au Christ cette parole adressée à chaque croyant :

« Ô toi, Israël sans ruse, qui que tu sois, ô peuple qui vis de la foi : avant que je t'appelle par mes Apôtres, quand tu étais sous l'ombre de la mort et que tu ne me voyais pas, moi, je t'ai vu. » — Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 22[42]

Grégoire de Nysse et Ambroise : le figuier de la Loi

Une autre lecture patristique voit dans le figuier la Loi ancienne, dont Nathanaël, l'Israélite sans ruse, était le fidèle disciple. Commentant le Cantique des cantiques, saint Grégoire de Nysse écrit :

« C'est pourquoi Nathanaël, quittant le figuier de la Loi, dont l'ombre l'empêchait d'avoir part à la lumière, saisit Celui qui dessèche les feuilles du figuier parce qu'il ne porte pas de bons fruits. » — Saint Grégoire de Nysse, Homélies sur le Cantique des cantiques, XV[43]

Saint Ambroise de Milan rapproche de même Nathanaël et Zachée : le premier était assis sous le figuier, donc encore sous la Loi ; le second monta dans l'arbre, et se trouva ainsi au-dessus d'elle.[44] Les deux lectures — le figuier du péché chez Augustin, le figuier de la Loi chez Grégoire et Ambroise — ne s'opposent pas : toutes deux montrent un homme que le Christ vient chercher là où il se tient, pour le conduire à la lumière.

L'âme sans ruse : la droiture de Nathanaël

Augustin s'attarde aussi sur l'éloge « il n'y a pas de ruse en lui ». Il précise d'abord ce qu'il ne veut pas dire : Nathanaël n'était pas sans péché, car nul ne naît ici-bas sans avoir besoin du Médecin. La ruse, explique-t-il, c'est d'avoir comme « deux cœurs », de cacher une chose et d'en dire une autre. Ce que le Christ loue en Nathanaël, c'est la vérité d'un homme qui se reconnaît pécheur :

« Si donc il n'y avait pas de ruse en lui, le médecin l'a jugé guérissable, non pas guéri. […] Ce qu'il a loué en Nathanaël, c'est l'aveu du péché ; il n'a pas jugé qu'il n'était pas pécheur. » — Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 18[45]

Nathanaël devient ainsi la figure de l'âme droite : non l'homme parfait, mais l'homme vrai, qui doute à voix haute, sans calcul, et que cette franchise même rend disponible à la grâce. Sa sainteté n'est pas d'abord celle de l'éloquence ou des exploits, mais celle de la transparence : un cœur sans double fond, où le Christ peut entrer parce qu'il n'y trouve pas de mensonge.

La mission de Barthélemy en Orient

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Comme pour la plupart des Apôtres, le Nouveau Testament se tait sur la mission de Barthélemy après la Pentecôte. Benoît XVI le dit sans détour : « Nous ne possédons pas d'informations précises sur l'activité apostolique successive de Barthélemy-Nathanaël. »[46] Une tradition ancienne, orientée vers l'Orient lointain, le fait pourtant évangéliser des terres immenses, de l'Inde à l'Arménie ; la Catholic Encyclopedia recense aussi la Mésopotamie, la Perse, l'Égypte, la Lycaonie, la Phrygie et les rivages de la mer Noire.[47]

L'Inde et le témoignage de Pantène

Le plus ancien témoignage sur sa mission vient d'Eusèbe de Césarée, le premier grand historien de l'Église. Dans son Histoire ecclésiastique, rédigée au début du IVe siècle, il évoque les nombreux évangélistes qui, à l'exemple des Apôtres, portaient alors la parole de Dieu en Orient, et parmi eux Pantène, maître de l'école chrétienne d'Alexandrie à la fin du IIe siècle :

« Pantène fut l'un d'eux. On dit qu'il alla chez les Indiens, et l'on rapporte qu'il y trouva l'Évangile selon Matthieu, qui avait devancé sa venue, chez quelques habitants du pays qui connaissaient le Christ : Barthélemy, l'un des apôtres, leur avait prêché et leur avait laissé l'écrit de Matthieu en caractères hébreux, qu'ils avaient conservé jusqu'à cette époque. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 10, 3[48]

Vers 392, saint Jérôme reprend le récit dans son livre Des hommes illustres : Pantène, envoyé en Inde par l'évêque Démétrius d'Alexandrie, y apprit que Barthélemy avait annoncé la venue du Seigneur selon l'Évangile de Matthieu, et rapporta à Alexandrie cet Évangile écrit en caractères hébreux.[49] Eusèbe transmet ce qu'on lui a rapporté (« on dit »), mais le détail est concret : un exemplaire hébreu de Matthieu, une communauté qui le garde, un apôtre nommé. Le mot « Inde » couvrait d'ailleurs, dans l'Antiquité, un vaste espace qui pouvait inclure l'Arabie heureuse.[50] La tradition fait ainsi de Barthélemy, avec Thomas, l'un des apôtres de l'Orient lointain.

L'Arménie : l'apôtre « premier Illuminateur »

C'est à l'Arménie que la tradition rattache le plus fermement Barthélemy. L'Église apostolique arménienne vénère les apôtres Thaddée et Barthélemy comme ses « premiers Illuminateurs », fondateurs apostoliques de sa foi.[51] Saint Jean-Paul II l'a rappelé en 2001, pour le dix-septième centenaire du baptême de l'Arménie :

« […] l'on peut parler à juste titre du “Baptême” de votre nation, même si en réalité le christianisme avait pénétré depuis longtemps déjà dans votre terre. La tradition en attribue les débuts à la prédication et à l'œuvre des saints apôtres Thaddée et Bartholomée eux-mêmes. » — Saint Jean-Paul II, lettre apostolique pour le 1700e anniversaire du Baptême du peuple arménien, 2 février 2001[52]

La même lettre rappelle que la conversion du royaume, accomplie au début du IVe siècle sous saint Grégoire l'Illuminateur, est « traditionnellement située en l'an 301 », et qu'elle donna aux Arméniens « la conscience d'être le premier peuple officiellement chrétien ».[53] Selon la tradition arménienne, Barthélemy, après avoir prêché en Perse et en Inde, arriva en Arménie pendant la mission de Thaddée ; il fit de la province de Siounie le centre de sa prédication, bâtit une église et établit un siège épiscopal dans le Goghtn, où il ordonna évêque son disciple Kums. Il gagna enfin le canton d'Aghbak, au Vaspurakan, où il convertit Voguhi, sœur du roi, et le général Derentios, avant d'être martyrisé avec eux sur l'ordre du roi Sanatrouk. Cette tradition le nomme aussi le « premier Confesseur », parce qu'il fut le premier à confesser la divinité du Christ (Jn 1, 49).[54]

Le monastère arménien dédié à l'apôtre, élevé au lieu traditionnel de son martyre, à vingt-trois kilomètres au nord-est de l'actuelle Başkale, en Turquie orientale, fut l'un des grands pèlerinages arméniens ; la tradition en attribue la fondation au roi Sanatrouk lui-même, sur le tombeau de l'apôtre. Il fut abandonné en 1915, pendant le génocide des Arméniens.[55] Pour les Arméniens, Barthélemy n'est pas un apôtre lointain : il est l'un des pères de leur foi.

Le roi Polymius et la Légende dorée

L'hagiographie latine a développé ce noyau dans une Passion de l'apôtre, rattachée à la compilation dite du Pseudo-Abdias, puis popularisée au XIIIe siècle par la Légende dorée de Jacques de Voragine.[56] Barthélemy y entre dans un temple des Indes où l'idole Astaroth, habitée par un démon, cesse aussitôt d'agir et de répondre aux pèlerins ; il délivre la fille possédée du roi Polymius — « Polème » dans la traduction de Wyzewa —, refuse ses présents et lui annonce le Christ. Vient alors l'épreuve décisive :

« Alors l'apôtre ordonna au démon de sortir de l'idole et de briser celle-ci. Et aussitôt le démon, sortant de l'idole, mit en pièces celle-ci et toutes les autres qui étaient dans le temple. […] Alors le roi se fit baptiser avec sa femme, ses fils et tout son peuple ; et, désormais, renonçant à sa royauté, il devint disciple de l'apôtre. » — Jacques de Voragine, La Légende dorée, chapitre CXXI[57]

La conversion du roi déchaîne la colère de son frère Astyage — « Astiage » chez Wyzewa —, resté fidèle aux idoles, qui fait arrêter l'apôtre. Ces récits, rédigés plusieurs siècles après les faits, n'ont pas la valeur d'une chronique ; ils transmettent cependant le noyau de la tradition : un apôtre missionnaire en Orient, vainqueur des idoles, mis à mort pour avoir converti un roi.

Le martyre : l'apôtre écorché vif

Albanopolis et le supplice

Le lieu et le mode de son martyre ont varié selon les traditions. La plus répandue le situe en Arménie, à Albanopolis — « Albane » dans la Légende dorée —, sur l'ordre d'Astyage, frère du roi converti[58] ; la tradition arménienne, on l'a vu, le place dans le canton d'Aghbak, sous le roi Sanatrouk.[59] Selon la Légende dorée, Astyage, apprenant que son idole Baldak venait de se briser, entra en fureur :

« Ce qu'apprenant, le roi, furieux, déchira en deux son manteau de pourpre, ordonna que l'apôtre fût battu de verges, et le fit enfin écorcher vif. » — Jacques de Voragine, La Légende dorée, chapitre CXXI[60]

Jacques de Voragine savait lui-même que les récits divergeaient, et il le dit sans détour :

« Sur le genre exact du martyre de saint Barthélemy les avis diffèrent : car saint Dorothée affirme expressément qu'il a été crucifié. Et il ajoute que son supplice eut lieu dans une ville d'Arménie nommée Albane, comme aussi qu'il fut crucifié la tête en bas. D'autre part, saint Théodore assure que l'apôtre a été écorché vif ; et il y a encore d'autres historiens qui prétendent qu'il a eu la tête tranchée. » — Jacques de Voragine, La Légende dorée, chapitre CXXI[61]

Il proposait de concilier ces témoignages : l'apôtre aurait été crucifié, puis écorché vif, puis décapité. La Catholic Encyclopedia résume de même : selon certains, Barthélemy fut décapité ; selon d'autres, écorché vif et crucifié la tête en bas.[62] Comme le note Benoît XVI, c'est « à partir du Moyen Âge » que « s'imposa le récit de sa mort par écorchement, qui devint ensuite très populaire ».[63] Ces différences de détail n'entament pas le noyau commun : un apôtre mis à mort en Arménie pour avoir annoncé le Christ.

Le couteau et la peau : une iconographie sans équivalent

Michel-Ange, Le Jugement dernier, 1536–1541, détail de saint Barthélemy, chapelle Sixtine. Domaine public, Wikimedia Commons.

De ce supplice est née une iconographie sans équivalent dans l'art chrétien. Barthélemy est le plus souvent représenté avec deux attributs : le couteau de l'écorcheur et sa propre peau, qu'il porte sur le bras ou tient à la main.[64] L'exemple le plus célèbre est le Jugement dernier de Michel-Ange, à la chapelle Sixtine :

« Il suffit de penser à la très célèbre scène du Jugement dernier dans la Chapelle Sixtine, dans laquelle Michel-Ange peignit saint Barthélemy qui tient sa propre peau dans la main gauche, sur laquelle l'artiste laissa son autoportrait. » — Benoît XVI, audience générale du 4 octobre 2006[65]

C'est un médecin, Francesco La Cava, qui reconnut en 1925 le visage de Michel-Ange dans cette peau vide ; l'intention exacte de l'artiste reste inconnue, mais le geste se lit volontiers comme une méditation sur sa propre fin et sur le dépouillement de soi.[66] D'autres œuvres ont marqué cette iconographie : la statue de Marco d'Agrate dans la cathédrale de Milan, où l'apôtre porte sa peau comme une étole, et les martyres peints par José de Ribera.

Le sens spirituel de l'écorchement

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Ce martyre se lit à la lumière de saint Paul. Être écorché, c'est être dépouillé de tout ce qui recouvre l'homme ; or l'Apôtre parle d'un dépouillement intérieur : « vous vous êtes débarrassés de l'homme ancien qui était en vous et de ses façons d'agir » (Col 3, 9). Barthélemy, que le Christ avait dit « sans ruse », achève sa vie sans plus rien pour le couvrir : la transparence de l'âme devient, dans le martyre, l'offrande du corps lui-même. Le disciple qui n'avait pas de double fond meurt sans aucune protection, livré tout entier — image radicale du don de soi.

Le culte de l'apôtre Barthélemy

Une sainteté reconnue sans procès de canonisation

Barthélemy n'a jamais été « canonisé » au sens moderne du mot, et il n'en avait pas besoin. Les procédures de canonisation sont nées bien après les Apôtres : dans les premiers siècles, l'évêque du lieu autorisait le culte d'un martyr après avoir vérifié qu'il était mort pour le Christ ; au XIIe siècle, une décrétale du pape Alexandre III (1159-1181) exigea l'autorité de l'Église romaine pour vénérer quelqu'un comme saint ; en 1634, une bulle d'Urbain VIII réserva définitivement au Saint-Siège la béatification comme la canonisation.[67]

La sainteté des Apôtres précède tout cela. L'Écriture les inscrit au fondement de la Jérusalem céleste : « La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l'Agneau » (Ap 21, 14). La liturgie romaine en garde la trace la plus solennelle : le Canon romain, aujourd'hui première prière eucharistique, nomme Barthélemy parmi les « bienheureux Apôtres et Martyrs » dont l'Église vénère la mémoire au cœur de la messe — Pierre et Paul, André, Jacques, Jean, Thomas, Jacques, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Simon et Thaddée.[68] Son culte est donc immémorial : il n'a jamais dépendu d'un procès, parce qu'il est né avec l'Église elle-même.

Les reliques : de Lipari à Bénévent et à Rome

Comme celles de beaucoup d'Apôtres, les reliques de Barthélemy ont connu un long voyage. Dès la fin du VIe siècle, Grégoire de Tours rapporte que des païens jetèrent son corps à la mer et qu'il aborda à Lipari, au nord de la Sicile, où une église fut bâtie sur lui.[69] La Légende dorée reprend le récit en l'ornant : le corps, jeté à la mer avec ceux de quatre autres martyrs, aurait abordé à Lipari, où il fut reçu « à grand renfort d'hymnes et de cierges ».[70]

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Dans les années 830, alors que Lipari était sous la menace des Sarrasins, le prince lombard Sicard de Bénévent fit enlever le corps de l'apôtre et le transporter dans sa capitale ; la Chronique de Salerne évoque la grande allégresse qui accompagna son arrivée.[71] À la fin du Xe siècle, l'empereur Otton III fit élever sur l'île Tibérine, à Rome, une église d'abord dédiée à saint Adalbert de Prague, martyrisé en 997, pour y recevoir aussi les reliques de l'apôtre ; le corps repose aujourd'hui dans un sarcophage de porphyre rouge sous le maître-autel de la basilique San Bartolomeo all'Isola.[72]

Cet itinéraire se résume en une chronologie simple : parties de l'Orient, les reliques de l'apôtre ont fini par reposer au cœur de la chrétienté latine.

  1. Ier siècle
    Martyre en Arménie

    Barthélemy meurt martyr en Arménie ; son corps est d'abord vénéré sur place, puis jeté à la mer selon la tradition.

  2. Antiquité tardive
    L'île de Lipari

    Grégoire de Tours atteste, à la fin du VIe siècle, le culte rendu au corps de l'apôtre dans l'île de Lipari, au nord de la Sicile.

  3. IXe siècle
    Translation à Bénévent

    Dans les années 830, le prince lombard Sicard fait transporter les reliques de Lipari à Bénévent, sur le continent italien.

  4. Vers l'an 1000
    Rome, île Tibérine

    L'empereur Otton III fait élever sur l'île Tibérine l'église qui deviendra la basilique San Bartolomeo all'Isola.

Dès le XIIIe siècle, la Légende dorée notait que les habitants de Bénévent prétendaient posséder le corps, « bien que, d'après l'opinion générale, ce corps se trouve désormais à Rome »[73] ; les deux villes revendiquent aujourd'hui encore les reliques de l'apôtre. Confiée en 1993 à la Communauté de Sant'Egidio, la basilique de l'île Tibérine a accueilli la commission « Nouveaux Martyrs » instituée par saint Jean-Paul II en 1999 pour préparer le grand Jubilé ; en octobre 2002, une grande icône des martyrs du XXe siècle a été placée sur son maître-autel, et elle est devenue le mémorial des nouveaux martyrs des XXe et XXIe siècles[74] — comme pour prolonger jusqu'à nous le témoignage de sang de Barthélemy.

Fête liturgique et patronages

L'Église latine célèbre l'apôtre le 24 août.[75] Les Églises de tradition byzantine le fêtent le 11 juin, le même jour que l'apôtre Barnabé, et commémorent le 25 août la translation de ses reliques.[76] L'Église apostolique arménienne honore ensemble Thaddée et Barthélemy, ses « premiers Illuminateurs », un samedi de fin novembre ou de début décembre : le 28 novembre en 2020, le 4 décembre en 2021.[77]

Le tableau suivant récapitule ces dates selon les traditions liturgiques :

Tradition liturgiqueDate de la fêteCe qui est célébré
Église latine24 aoûtFête de l'apôtre au calendrier romain
Églises byzantines11 juin et 25 aoûtFête de l'apôtre, avec saint Barnabé ; translation de ses reliques
Église apostolique arménienneUn samedi de fin novembre ou de début décembreThaddée et Barthélemy, « premiers Illuminateurs » de l'Arménie

En raison de son supplice, Barthélemy est le patron des métiers liés au travail des peaux — bouchers, tanneurs, gantiers, relieurs.[78] Il est surtout, avec Thaddée, le saint patron de l'Arménie.[79]

Le nom de l'apôtre a aussi marqué l'histoire de France : c'est à la veille de sa fête, dans la nuit du 23 au 24 août 1572, que commença le massacre de la Saint-Barthélemy, drame des guerres de Religion qui doit son nom au calendrier, sans aucun rapport avec l'apôtre lui-même.

La spiritualité de Barthélemy-Nathanaël

Infographie originale Ignispedia créée par IA

La figure de Barthélemy-Nathanaël offre au croyant une leçon en trois temps, du premier regard du Christ jusqu'au don final du martyre.

Il y a d'abord la droiture du chercheur. Nathanaël doute, et son doute n'est pas un péché : c'est l'honnêteté d'une âme qui ne se paie pas de mots. « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » La question est rude, mais sincère, et c'est cette sincérité que Jésus salue : « il n'y a pas de ruse en lui ». La première vertu du disciple n'est pas la crédulité, mais la transparence du cœur : celui qui cherche avec droiture finit par être trouvé.

Il y a ensuite le primat du regard de Dieu. Avant que Nathanaël ne voie Jésus, Jésus l'avait vu « sous le figuier ». Toute la vie spirituelle tient dans ce renversement : ce n'est pas nous qui découvrons Dieu les premiers, c'est lui qui nous a vus, dans l'ombre de notre péché, et qui nous y a attendus. La grâce devance toujours la réponse de l'homme, et Augustin le disait en une question : « Est-ce donc nous qui avons cherché le Christ les premiers, et non lui qui nous a cherchés ? »[80]

Il y a enfin le don total. L'apôtre que le Christ avait dit « sans ruse » meurt écorché, sans plus rien pour le couvrir : la transparence de l'âme devient, dans le martyre, l'offrande de la chair même. Barthélemy, vu et aimé le premier, rend tout, jusqu'à sa peau.

Benoît XVI concluait sa catéchèse par une parole qui rend cette sainteté accessible à chacun :

« En conclusion, nous pouvons dire que la figure de saint Barthélemy, malgré le manque d'information le concernant, demeure cependant face à nous pour nous dire que l'on peut également vivre l'adhésion à Jésus et en témoigner sans accomplir d'œuvres sensationnelles. C'est Jésus qui est et reste extraordinaire, Lui à qui chacun de nous est appelé à consacrer sa propre vie et sa propre mort. » — Benoît XVI, audience générale du 4 octobre 2006[81]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. J. F. Fenlon, « St. Bartholomew », The Catholic Encyclopedia, vol. II, New York, Robert Appleton Company, 1907 : https://www.newadvent.org/cathen/02313c.htm (nom, rang dans les listes, indices de l'identification avec Nathanaël, régions de mission, martyre à Albanopolis, fête du 24 août).

    1 7 13 17 47 50 58 62 75
  2. Benoît XVI, audience générale du 4 octobre 2006, catéchèse « Barthélemy » : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20061004.html.

    2 5 9 11 12 18 21 23 25 29 32 37 46 63 65 81
  3. Évangile selon saint Jean 1, 39-51, traduction liturgique officielle (AELF) : https://www.aelf.org/bible/Jn/1.

    3 19 20 22 24 26 30 33
  4. Église apostolique arménienne Sainte-Marie de Toronto, « Feast of the Holy Apostles and First Enlighteners of Our Nation, Thaddaeus and Bartholomew » : https://www.stmarytoronto.ca/church-news/feast-of-the-holy-apostles-and-first-enlighteners-of-our-nation-thaddaeus-and-bartholomew/.

    4 51 54 59
  5. Missel romain, Prière eucharistique I (Canon romain), Communicantes : « … beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum, Petri et Pauli, Andreae, Iacobi, Ioannis, Thomae, Iacobi, Philippi, Bartholomaei, Matthaei, Simonis et Thaddaei … ».

    6 68
  6. Talmaï, roi de Gueshour et grand-père d'Absalom (2 S 3, 3) ; Talmaï, descendant d'Anaq à Hébron (Nb 13, 22). Comparer Bar-Jona (Mt 16, 17) et Bar-Timée (Mc 10, 46).

    8
  7. Barthélemy : Mt 10, 3 ; Mc 3, 18 ; Lc 6, 14 ; Ac 1, 13. Nathanaël : Jn 1, 45-51 ; 21, 2. Indices exposés par la Catholic Encyclopedia (1907) ; identification reprise par Benoît XVI (audience du 4 octobre 2006).

    10
  8. Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 17. Texte original : « Non solum primus non invenitur in Apostolis, sed nec medius, nec ultimus inter duodecim Nathanael est, cui tantum testimonium perhibuit Filius Dei […]. Quaeritur causa ? quantum Dominus intimat, probabiliter invenimus. Intellegere enim debemus ipsum Nathanaelem eruditum et peritum Legis fuisse : propterea noluit illum Dominus inter discipulos ponere ; quia idiotas elegit, unde confunderet mundum. » Plus loin, Nathanaël « erectus est in spem ». Traduction établie sur le latin.

    14 39
  9. J. F. Fenlon, « St. Bartholomew », The Catholic Encyclopedia, vol. II, 1907. Texte original : « This chain of circumstantial evidence is ingenious and pretty strong » ; le maillon faible (weak link) serait que Nathanaël soit un autre personnage, comme Nicodème.

    15
  10. Mt 10, 2-4 ; Mc 3, 16-19 ; Lc 6, 14-16 ; Ac 1, 13 (traduction AELF).

    16
  11. Mi 4, 4 ; Za 3, 8-10 (traduction AELF).

    27
  12. Mateusz Kusio, « Nathanael, the Fig Tree, and the Retrieval of Johannine Polysemy », New Testament Studies, vol. 71, n° 3, 2025, p. 364-379, doi:10.1017/S0028688524000420 (Qohélet Rabba 5, 11 ; Bereshit Rabba 15, 7 ; lectures de Grégoire de Nysse, d'Ambroise et d'Augustin ; rareté et caractère tardif des textes rabbiniques sur l'étude sous le figuier).

    28
  13. Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 20 : « Tu es Filius Dei, tu es rex Israel ; qualem tanto post Petrus ».

    31
  14. Gn 28, 12-19, traduction AELF : https://www.aelf.org/bible/Gn/28.

    34
  15. Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 23. Texte original : « Si ipse Dominus ascendit et descendit ; manifestum est quia et praedicatores ipsius ascendunt imitatione, descendunt praedicatione. » Les anges de l'échelle y sont « boni praedicatores, praedicantes Christum ». Traduction établie sur le latin.

    35
  16. Évangile selon saint Jean 21, 2, traduction AELF : https://www.aelf.org/bible/Jn/21.

    36
  17. Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean (In Iohannis Evangelium tractatus), VII, 15. Texte latin : CCSL 36, éd. R. Willems, Turnhout, Brepols, 1954 ; édition bilingue : Bibliothèque augustinienne 71, trad. M.-F. Berrouard, Paris, Desclée de Brouwer, 1969. La phrase se lit « tamquam confirmans » ou « dubitans, et totum interrogans ».

    38
  18. Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 21. Texte original : « Quaerendum est, an aliquid significet ista arbor fici. […] In origine humani generis Adam et Eva cum peccassent, de foliis ficulneis succinctoria sibi fecerunt : folia ergo ficulnea intelleguntur peccata. Erat autem Nathanael sub arbore fici, tamquam sub umbra mortis. Vidit eum Dominus, de quo dictum est : Qui sedebant sub umbra mortis, lumen ortum est eis. » Plus loin : « Numquid enim nos prius quaesivimus Christum, et non ille nos quaesivit ? Numquid nos venimus aegroti ad medicum, et non medicus ad aegrotos ? » Traduction établie sur le latin.

    40 41 80
  19. Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 22. Texte original : « O tu Israel sine dolo, quisquis es, o popule vivens ex fide, antequam te per Apostolos meos vocarem, cum esses sub umbra mortis, et tu me non videres, ego te vidi. » Traduction établie sur le latin.

    42
  20. Saint Grégoire de Nysse, Homélies sur le Cantique des cantiques, XV, texte grec cité par M. Kusio (New Testament Studies, vol. 71, 2025) : « διὸ καταλιπὼν ὁ Ναθαναὴλ τὴν τοῦ νόμου συκῆν, ἧς ἡ σκιὰ πρὸς τὴν μετουσίαν τοῦ φωτὸς διεκώλυε, καταλαμβάνει τὸν τὰ φύλλα τῆς συκῆς διὰ τὴν τῶν ἀγαθῶν ἀκαρπίαν ἀποξηραίνοντα ». Traduction établie sur le grec.

    43
  21. Saint Ambroise de Milan, Traité sur l'Évangile de saint Luc, VIII, 90, d'après M. Kusio (New Testament Studies, vol. 71, 2025, p. 364-379).

    44
  22. Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de saint Jean, VII, 18. Texte original : « Si ergo dolus in isto non erat, sanabilem illum medicus iudicavit, non sanum. […] Ergo in Nathanaele confessionem peccati laudavit, non iudicavit non esse peccatorem. » La ruse consiste à avoir « tamquam duo corda ». Traduction établie sur le latin.

    45
  23. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 10, 3. Texte original : « ὧν εἷς γενόμενος καὶ ὁ Πάνταινος, καὶ εἰς Ἰνδοὺς ἐλθεῖν λέγεται, ἔνθα λόγος εὑρεῖν αὐτὸν προφθάσαν τὴν αὐτοῦ παρουσίαν τὸ κατὰ Ματθαῖον εὐαγγέλιον παρά τισιν αὐτόθι τὸν Χριστὸν ἐπεγνωκόσιν, οἷς Βαρθολομαῖον τῶν ἀποστόλων ἕνα κηρῦξαι αὐτοῖς τε Ἑβραίων γράμμασι τὴν τοῦ Ματθαίου καταλεῖψαι γραφήν, ἣν καὶ σώιζεσθαι εἰς τὸν δηλούμενον χρόνον. » Traduction établie sur le grec ; voir aussi Sources chrétiennes 41 (trad. G. Bardy, 1955) et la Bibliothek der Kirchenväter de l'université de Fribourg.

    48
  24. Saint Jérôme, Des hommes illustres (De viris illustribus), 36 : https://www.newadvent.org/fathers/2708.htm.

    49
  25. Saint Jean-Paul II, lettre apostolique pour le 1700e anniversaire du Baptême du peuple arménien, 2 février 2001, n° 2-3 : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_letters/2001/documents/hf_jp-ii_apl_20010217_battesimo-armenia.html.

    52 53
  26. Virtual Genocide Memorial, « Kaza Başkale / Elbağ / Aghpag », d'après W. Bachmann, Kirchen und Moscheen in Armenien und Kurdistan, Leipzig, 1913, p. 119-123 : https://virtual-genocide-memorial.de/region/the-six-provinces/vilayet-van/sancak-hakkari/kaza-elbag-aghpag/.

    55 79
  27. Pseudo-Abdias, Passion de saint Barthélemy (Passio Bartholomaei), récit apocryphe latin, source de la tradition médiévale (Astaroth, roi Polymius, Astyage).

    56
  28. Jacques de Voragine, La Légende dorée, ch. CXXI, « Saint Barthélemy, apôtre », trad. T. de Wyzewa, Paris, Perrin, 1902, p. 453 et suiv. : https://www.gutenberg.org/ebooks/69917.

    57 60 61 70 73
  29. Aleteia, « Quel saint, écorché vif, tient sa peau dans ses bras ? », 30 juillet 2017, d'après G. Duchet-Suchaux et M. Pastoureau, La Bible et les saints, Paris, Flammarion, 2014.

    64 78
  30. Francesco La Cava, Il volto di Michelangelo scoperto nel Giudizio Finale, Bologne, Zanichelli, 1925 ; Marta Licata, Journal of Medicine and Life, vol. 11, n° 3, 2018, p. 257-258, doi:10.25122/jml-2018-0001. Statue de Marco d'Agrate : cathédrale de Milan, 1562.

    66
  31. Camillo Beccari, « Beatification and Canonization », The Catholic Encyclopedia, vol. II, 1907 : https://www.newadvent.org/cathen/02364b.htm.

    67
  32. Grégoire de Tours, Liber in gloria martyrum, 34 (fin du VIe siècle) ; notice E00533 de la base The Cult of Saints in Late Antiquity, université d'Oxford.

    69
  33. Luigi Pedroni, « Santa Sofia e la ricerca di reliquie nell'ideologia di Arechi II », Mediaeval Sophia, n° 15-16, 2014, p. 133-150, citant le Chronicon Salernitanum, 72 : « ex insula Liparitana Bartholomei beati apostoli corpus Beneventum cum magno tripudio deferri iussit ».

    71
  34. Communauté de Sant'Egidio, « San Bartolomeo : memoriale dei “Nuovi Martiri” » (Otton III, 998 ; saint Adalbert) : https://archive.santegidio.org/pageID/57/San-Bartolomeo-memoriale-dei-Nuovi-Martiri.html ; Turismo Roma, « Chiesa di San Bartolomeo all'Isola » (dédicace initiale à saint Adalbert ; sarcophage de porphyre rouge).

    72
  35. Communauté de Sant'Egidio, même page (commission de 1999, icône d'octobre 2002, basilique confiée à la Communauté en 1993).

    74
  36. Orthodox Church in America, calendrier du 11 juin : https://www.oca.org/saints/all-lives/2020/06/11 ; Ménée d'août, 25 août : https://www.orthodox.net/menaion-august/25-the-holy-apostle-bartholomew.html.

    76
  37. Saint-Siège d'Etchmiadzine, comptes rendus des fêtes du 28 novembre 2020 et du 4 décembre 2021 : https://www.armenianchurch.org/en/news/feast-of-the-first-armenian-illuminators-celebrated-in-the-mother-see/4461 ; https://www.armenianchurch.org/en/news/feast-of-the-first-armenian-illuminators/10093.

    77