La Maestà de Duccio di Buoninsegna n'est pas seulement le chef-d'œuvre de la peinture siennoise du début du XIVe siècle : c'est l'une des plus grandes images sacrées jamais peintes pour le culte catholique. Conçue pour le maître-autel de la cathédrale de Sienne, elle ne fut jamais pensée comme un « tableau » au sens moderne, fait pour être admiré dans un musée. Elle fut conçue comme le cœur visible d'une cité qui s'était donnée tout entière à la Vierge : devant elle se célébrait la messe, vers elle montaient les prières, et c'est à elle que Sienne, le 9 juin 1311, vint rendre hommage en procession, bougies allumées et cloches sonnant à toute volée.[1][2]
Cet article traite de la Maestà comme œuvre d'art sacré : la dévotion mariale de Sienne qui l'a fait naître, la commande de 1308, l'iconographie de la Vierge en majesté entourée de sa cour céleste, l'inscription-prière peinte au pied du trône, la face arrière consacrée à la Passion, et surtout la manière dont Duccio fait passer l'image sainte de la rigueur de l'icône byzantine vers une tendresse et une humanité nouvelles — sans jamais cesser d'en faire un lieu de prière. Pour la doctrine générale de l'image sacrée et sa justification dogmatique, on renvoie à la théologie de l'icône ; pour la tradition iconographique dont la Maestà hérite, à les icônes byzantines.
« Sainte Mère de Dieu, sois cause de paix pour Sienne ; sois vie pour Duccio, parce qu'il t'a peinte ainsi. » — Inscription peinte au pied du trône de la Vierge, Maestà, 1311[3]
Qu'est-ce qu'une Maestà ?
Le mot italien maestà signifie « majesté ». En histoire de l'art, il désigne un type d'image bien précis : la Vierge Marie trônant en majesté, l'Enfant Jésus sur ses genoux, entourée d'une cour d'anges et de saints.[4] Ce n'est pas une scène narrative — ni une Annonciation, ni une Nativité — mais une image de gloire : Marie y est présentée comme la Theotokos, la Mère de Dieu, et comme Reine du Ciel, siégeant au milieu de la cour céleste qui l'entoure et l'honore.
Une image de la cour céleste
La Maestà appartient à la grande famille des images de la Vierge intronisée, héritée de l'art byzantin où Marie apparaît comme Hodighitria (« celle qui montre le chemin ») ou trônant avec l'Enfant. Mais le type occidental de la maestà développe particulièrement la cour : autour du trône se pressent des rangées d'anges et la communion des saints, comme autour d'un souverain. L'image dit visuellement une vérité de foi : Marie n'est pas isolée, elle est au centre de l'Église du Ciel, entourée de ceux qui règnent déjà avec le Christ.[5]
Le précédent siennois
À Sienne, la grande Maestà de Duccio fut précédée par d'autres images mariales vénérées, en particulier la Madonna degli occhi grossi (« Madone aux grands yeux »), une image du deuxième quart du XIIIe siècle (Maître de Tressa), tenue pour miraculeuse : c'est devant elle, selon la tradition, que les Siennois prièrent avant la bataille de Montaperti en 1260.[6] Selon une chronique siennoise anonyme du XIVe siècle, la Maestà de Duccio la remplaça sur le maître-autel — la cité offrant à sa Reine une image neuve, à la mesure de sa reconnaissance —, mais l'identification exacte de l'image remplacée reste discutée entre historiens.[7]
Sienne, cité de la Vierge
On ne comprend pas la Maestà si l'on ignore que Sienne s'était donnée à la Vierge. La cathédrale elle-même est dédiée à Santa Maria Assunta, Notre-Dame de l'Assomption. Mais c'est un événement précis qui scella ce lien : la bataille de Montaperti.
Le don de 1260
En 1260, Sienne, gibeline, affronte sa grande rivale guelfe, Florence. À la veille de l'affrontement, les Siennois se rassemblent : le syndic Buonaguida — que les récits du XVe siècle nomment Buonaguida Lucari — exhorte le peuple à se donner à la Vierge, puis, au cours d'une procession solennelle jusqu'à la cathédrale, les clés de la ville sont déposées sur le maître-autel et la cité tout entière, avec son contado, est donnée à Marie, « reine et impératrice de la vie éternelle », par un acte solennel passé devant notaire.[8] La chronique dite de Paolo di Tommaso Montauri place cette donation le jeudi 2 septembre 1260. Le surlendemain, 4 septembre 1260, contre toute attente, la petite armée siennoise écrase l'ost florentin à Montaperti, sur les bords de l'Arbia.
La victoire est vécue comme une grâce mariale. Sienne fut dès lors appelée la Civitas Virginis, la « cité de la Vierge » : Marie n'en est pas seulement la patronne céleste, elle en est tenue pour la véritable souveraine — et la devise Sena vetus civitas Virginis figurera sur les monnaies siennoises.[9][10] Cette conviction marquera durablement la vie publique siennoise, jusqu'aux moments de danger ultérieurs où la cité, par ses magistrats, se « redonnera » solennellement à la Vierge.[11]
Une dévotion qui devient politique et art
À Sienne, la dévotion mariale n'est donc pas une affaire privée : elle est l'identité même de la cité. C'est pourquoi la commande de la Maestà fut un acte à la fois religieux et civique, et son installation une fête de toute la ville. La même conviction inspirera, quelques années plus tard, la Maestà peinte à fresque par Simone Martini — élève probable et collaborateur de Duccio — sur le mur de la Sala del Mappamondo du Palazzo Pubblico, achevée en 1315 puis partiellement reprise en 1321 : la Vierge-Reine veillant sur le bon gouvernement de Sienne.[12] L'image sacrée et la vie de la cité ne font qu'un.
La commande de 1308
Le 9 octobre 1308, Jacomo del fu Giliberto Mariscotti, operaio de l'Opera del Duomo — l'institution chargée de la fabrique de la cathédrale —, agissant au nom de l'Opera, conclut avec Duccio l'acte qui règle l'exécution du grand retable du maître-autel.[13] Le document conservé (Archivio dell'Opera, parchemin n° 603, publié par Gaetano Milanesi en 1854) nous dit comment on commandait une image sainte au début du XIVe siècle.
Les termes du contrat
Duccio s'engage à peindre la table « du mieux qu'il pourra et saura, et selon ce que le Seigneur lui accordera » (quam melius poterit et sciverit, et Dominus sibi largietur), à y travailler sans interruption et à n'accepter aucun autre ouvrage jusqu'à son achèvement.[14] Il le jure solennellement, la main sur les Évangiles, « de bonne foi, sans fraude » (bona fide, sine fraude). Il est payé seize sous de deniers siennois par jour de travail effectué de ses mains — dix livres versées chaque mois en espèces, le solde déduit de ce qu'il doit lui-même à l'Opera —, et c'est l'operaio, au nom de l'Opera, qui fournit tous les matériaux : Duccio n'a à mettre dans l'œuvre « que sa personne et son travail ».[15]
« Peindre et faire ladite table du mieux qu'il pourra et saura, et selon ce que le Seigneur lui accordera. » — Contrat du 9 octobre 1308 entre l'Opera del Duomo et Duccio[16]
Ces clauses ne sont pas anodines. Payer le maître pour chaque jour travaillé de ses mains, pour une image destinée au culte, c'est reconnaître que l'image sacrée engage celui qui l'exécute : elle naît d'un acte personnel et croyant, accompli sous serment. On retrouve ici, sous une forme contractuelle, l'intuition de la tradition orientale selon laquelle on « écrit » une icône plus qu'on ne la peint.
Le maître : Duccio di Buoninsegna
Duccio di Buoninsegna (vers 1255/1260 – 1318/1319), né et mort à Sienne, est considéré comme le fondateur de l'école siennoise de peinture.[17] Avant la Maestà, il avait déjà signé une grande image mariale fameuse : la Madone Rucellai, commandée en avril 1285 par la confrérie florentine des Laudesi pour Santa Maria Novella — aujourd'hui aux Offices.[18] Formé dans la tradition byzantine (la maniera greca), nourri de l'exemple de Cimabue, contemporain de Giotto, Duccio occupe une place charnière : il assouplit la rigueur byzantine sans la renier, introduisant grâce, douceur et humanité dans une image encore tout imprégnée de sacré.[19]
Une image à double face : la structure du retable
La Maestà fut une œuvre d'une ampleur et d'une complexité sans précédent : un retable à deux faces, dressé sur le maître-autel et visible des deux côtés.[20] Selon l'explication la plus courante, cette double face répondait à la position de l'œuvre : vers la nef et les fidèles se tournait la gloire de la Mère de Dieu ; vers le chœur liturgique, le mystère du Fils.
La face avant : pour les fidèles
Vers le peuple se tournait la Vierge en majesté, image de gloire et de prière. Au-dessus du grand panneau central, des pignons représentaient les derniers jours de la Vierge — de l'annonce de sa mort à son ensevelissement, six scènes conservées, les panneaux centraux perdus correspondant sans doute à l'Assomption et au Couronnement — ; en dessous, une prédelle narrait l'enfance du Christ en sept scènes, entrecoupées de six figures de prophètes : Isaïe, Ézéchiel, Salomon, Malachie, Jérémie et Osée.[21]
La face arrière : pour le clergé
Vers le chœur se déployait le grand cycle de la Passion : vingt-six scènes réparties sur deux registres et quatorze compartiments — l'Entrée à Jérusalem et la Crucifixion, de double hauteur, occupant chacune deux scènes superposées. La prédelle inférieure y montrait la vie publique du Christ (neuf scènes probables, huit conservées) ; les pignons supérieurs, les apparitions du Ressuscité jusqu'à la Pentecôte ; des angelots couronnaient les pinacles.[22] Ainsi l'image servait deux contemplations complémentaires : aux fidèles, la gloire de la Mère de Dieu ; aux clercs, le mystère pascal du Fils, source de cette gloire.
L'ensemble, tempera et or sur bois de peuplier, compte plus de quarante figures sur la seule face avant et vingt-six scènes au revers ; le panneau central mesure 214 × 412 cm.[23]
La face avant : la Vierge en majesté
Le panneau central — 2,14 m de haut sur 4,12 m de large — montre Marie trônant, l'Enfant Jésus sur le bras gauche, au centre d'une assemblée hiérarchisée d'anges et de saints.[24] C'est le cœur de l'œuvre, et le sommet de l'art de Duccio.
La cour céleste
Autour du grand trône de marbre, vingt anges s'inclinent et contemplent, dix de chaque côté ; derrière eux et à leurs côtés se tiennent six saints : à gauche, Catherine d'Alexandrie, Paul et Jean l'Évangéliste ; à droite, Jean-Baptiste, Pierre et Agnès — chacun reconnaissable à ses attributs et, pour la plupart, à son nom peint.[25] Au-dessus, sous des arcatures, les dix autres apôtres en buste complètent le collège apostolique : Thaddée, Simon, Philippe, Jacques le Majeur et André à gauche ; Matthieu, Jacques le Mineur, Barthélemy, Thomas et Matthias à droite.[26] Toute la communion des saints entoure la Reine, dans un ordre qui n'est pas désordre mondain mais harmonie liturgique : chacun a sa place dans la gloire.
Les quatre patrons de Sienne agenouillés
Au premier plan, agenouillés tout près du trône, quatre saints intercèdent pour la cité : à gauche Ansan, le baptiseur des Siennois, puis Savin, l'évêque martyr, à la place d'honneur près du trône ; à droite Crescent, l'enfant martyr, puis Victor, le soldat, à l'extrême droite.[27] Leur position — à genoux, en avant des autres, tournés vers la Vierge — donne à toute la composition son sens : c'est Sienne elle-même, par ses patrons, qui se prosterne devant sa Reine et lui confie sa vie. L'image n'illustre pas seulement un dogme : elle accomplit un acte de dévotion civique et collectif.
Une Reine vêtue d'humilité
Détail théologique notable : la Vierge n'est pas couverte d'ornements royaux fastueux. Son grand manteau bleu sombre l'enveloppe avec une simplicité presque monastique. Sa majesté ne tient pas à la pompe terrestre, mais à sa maternité divine et à sa sainteté : Reine, elle l'est parce qu'elle est la Mère de Dieu, non par éclat extérieur.[28]
L'inscription du socle : une prière peinte
Sur le gradin du trône court une inscription peinte, signature spirituelle de l'œuvre : « Sainte Mère de Dieu, sois cause de paix pour Sienne ; sois vie pour Duccio, parce qu'il t'a peinte ainsi. »[29]
Cette inscription est remarquable à plus d'un titre. D'abord, elle est une prière, non une légende descriptive : l'image s'adresse à la Vierge, lui demandant deux grâces — la paix (requies) pour la cité, et la vie (le salut) pour l'artiste. Ensuite, elle scelle l'unité entre la cité, l'artiste et la Reine : Sienne, Duccio et Marie sont liés dans un même acte de confiance. Enfin, elle dit la conviction profonde de l'art sacré médiéval : peindre la Vierge « ainsi », c'est-à-dire dignement, est en soi un acte méritoire, un service rendu à Dieu pour lequel l'artiste espère, en retour, la vie éternelle.[30] L'image n'est pas un objet : c'est un dialogue offert à celle qu'elle représente — exactement comme l'icône, dont l'honneur rendu « remonte au modèle original ».[31]
La face arrière : le cycle de la Passion
Au revers, Duccio déploie l'un des plus vastes récits de la Passion de toute la peinture médiévale : vingt-six scènes retraçant le drame du salut, de l'Entrée à Jérusalem jusqu'aux apparitions du Ressuscité, en passant par la Cène, l'agonie, l'arrestation, le procès, la Crucifixion et la mise au tombeau.[32]
Raconter pour faire prier
Ce cycle narratif n'était pas destiné au regard distrait. Tourné vers le chœur, il accompagnait la prière du clergé : pendant l'office et la messe, les prêtres avaient sous les yeux le mystère pascal qu'ils célébraient. La face arrière est ainsi une méditation continue de la Passion, articulée à la gloire mariale de l'avant : c'est parce que le Fils est mort et ressuscité que la Mère est couronnée.[33] Duccio y déploie un art du récit d'une vivacité nouvelle — gestes, regards, architectures, émotions — qui annonce déjà la peinture narrative des siècles suivants, tout en gardant le fond d'or de l'éternité.
Un sommet de l'art narratif
Dans ces petits panneaux, Duccio se révèle un conteur incomparable : il sait suggérer l'espace, donner aux foules une présence, charger les visages d'une douleur ou d'une tendresse retenues. La Trahison de Judas, le Reniement de Pierre, les femmes au tombeau comptent parmi les pages les plus émouvantes de la peinture du Trecento.[34] L'art sacré n'y sacrifie jamais la prière au spectacle : chaque scène reste ordonnée à la foi.
Théologie de l'image : entre icône et tendresse nouvelle
La Maestà occupe une place charnière dans l'histoire de l'image sacrée en Occident. Duccio hérite de l'icône byzantine — la maniera greca — mais il la transforme, ouvrant la voie à une nouvelle manière de représenter le sacré.[35]
Ce que Duccio garde de l'icône
De la tradition byzantine, Duccio conserve l'essentiel : le fond d'or, qui n'est pas un décor mais la lumière même de Dieu, son éternité présente partout ; la majesté de la figure trônante ; le type consacré de la Vierge à l'Enfant ; et surtout la fonction — l'image est faite pour la prière, non pour l'ornement.[36] Sur le sens théologique du fond d'or, du nimbe et de la lumière sans source, voir la théologie de l'icône.
Ce que Duccio invente
Mais Duccio assouplit les lignes dures de l'icône. Les visages se font plus doux, le modelé donne aux drapés un volume, le manteau de la Vierge tombe en plis souples et vivants. Surtout, il introduit une tendresse nouvelle dans la relation entre la Mère et l'Enfant : Marie ne se contente plus de « montrer » le Sauveur avec la solennité de l'Hodighitria, elle le porte avec une douceur humaine.[37] Cette humanisation n'affaiblit pas le sacré : elle le rend plus proche, fidèle au mystère de l'Incarnation, où Dieu s'est fait vraiment homme et vraiment enfant.
Duccio et Giotto : deux voies pour un même mystère
Duccio est le contemporain de Giotto, le maître florentin qui, au même moment, révolutionne la peinture par le poids des corps, la profondeur de l'espace et le drame humain. Les deux hommes ouvrent l'art occidental à la réalité — mais par des chemins distincts. Là où Giotto cherche la gravité et le volume sculptural, Duccio garde la grâce mélodique de la ligne et la splendeur de l'or byzantin.[38] L'école siennoise qu'il fonde privilégiera longtemps cette beauté lyrique, mariale et lumineuse, qui culminera chez Simone Martini et les frères Lorenzetti.[39]
Une image sacrée, non un simple chef-d'œuvre
Il serait faux de réduire la Maestà à un jalon de l'histoire de l'art. Pour Sienne et pour l'Église, elle est d'abord une confession de foi peinte, au même titre que l'icône.
Ce que l'image proclame de Marie
En représentant Marie trônant avec l'Enfant, l'image confesse qu'elle est la Theotokos, la Mère de Dieu — titre proclamé par le concile d'Éphèse en 431 : Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu, parce que c'est d'elle que le Verbe a pris son corps.[40] En la montrant Reine au milieu de la cour céleste, elle proclame sa glorification : la Vierge immaculée, « élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers ».[41] La Maestà donne à voir cette vérité — précisément ce que figurent les pignons du sommet.
Vénération, non adoration
La cour qui entoure Marie — anges, saints, patrons agenouillés — rend à la Vierge un honneur immense ; mais cet honneur n'est pas l'adoration due à Dieu seul. L'Église honore Marie d'un culte spécial, unique en son genre, qui « n'en est pas moins essentiellement différent du culte d'adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu'au Père et à l'Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir ».[42]
« Ce culte, tel qu'il a toujours existé dans l'Église, présente un caractère absolument unique ; il n'en est pas moins essentiellement différent du culte d'adoration […] ; il est éminemment apte à le servir. » — Vatican II, constitution Lumen Gentium, n° 66[43]
Honorer la Mère conduit au Fils : la dévotion mariale, si ardente soit-elle, ne se confond jamais avec l'adoration due à Dieu seul. Sur cette distinction décisive, voir la théologie de l'icône.
Une image pour prier
La Maestà fut, pendant des siècles, le lieu où Sienne priait sa Reine. L'inscription du socle le dit assez : on ne contemplait pas l'œuvre, on s'adressait à celle qu'elle rend présente. C'est le propre de l'image sacrée — qu'elle soit icône orientale ou retable occidental : être une fenêtre vers le Ciel, par laquelle le regard et le cœur passent jusqu'à la personne représentée, sans jamais s'arrêter au bois et à l'or.
« L'honneur rendu à une image remonte au modèle original, et quiconque vénère une image vénère en elle la personne qui y est dépeinte. » — Saint Basile et le IIe concile de Nicée (787), cités par le Catéchisme de l'Église catholique[44]
La procession du 9 juin 1311
L'achèvement de la Maestà donna lieu à l'une des plus belles fêtes religieuses du Moyen Âge italien. Le 9 juin 1311, un mercredi, le retable fut porté de l'atelier de Duccio — la maison des Muciatti, hors la porte de Stalloreggi — jusqu'à la cathédrale, en procession solennelle à travers toute la ville, autour du Campo.[45]
Le récit des chroniques
Deux chroniques siennoises racontent la fête. La chronique anonyme du XIVe siècle décrit les boutiques fermées sur l'ordre de l'évêque, la grande et dévote compagnie des prêtres et des frères, les seigneurs des Neuf et tous les officiers de la commune, les plus dignes portant des cierges allumés, puis derrière eux les femmes et les enfants, les cloches sonnant toutes à la gloire — et la prière à Dieu et à sa Mère, « notre avocate », de défendre Sienne de tout péril.[46] La chronique dite d'Agnolo di Tura del Grasso (Cronaca maggiore) précise que le cortège marchait derrière l'évêque Ruggero da Casole, dominicain, et que l'œuvre coûta trois mille florins d'or.[47]
« Les Siennois conduisirent la table à la cathédrale le 9 juin, en grande dévotion et en procession, avec l'évêque de Sienne, tout le clergé et tous les religieux, les seigneurs et les officiers de la cité, les cierges allumés en main — et derrière, les femmes et les enfants. […] Toutes les boutiques restèrent fermées par dévotion. » — d'après la chronique siennoise dite d'Agnolo di Tura del Grasso, Cronaca maggiore, XIVe siècle[48]
Cette procession dit tout : pour Sienne, on ne livrait pas une œuvre d'art, on intronisait une Reine. La frontière entre l'art, la liturgie et la vie civique avait entièrement disparu.
Le destin de l'œuvre : démembrement et dispersion
La Maestà resta sur le maître-autel jusqu'au 8 juillet 1506, date à laquelle elle fut retirée pour faire place à un ciboire — puis exposée dans d'autres parties de la cathédrale. C'est probablement dès cette époque que la prédelle et les pignons furent détachés du corps principal.[49] Le 18 juillet 1777 — date longtemps donnée comme 1771 —, l'œuvre fut transférée dans l'église de Sant'Ansano, et le 1er août on scia le retable dans son épaisseur pour en séparer les deux faces : la scie dérapa et blessa le visage même de la Vierge.[50] En 1789, les deux faces regagnèrent la cathédrale ; en 1878, avec les panneaux conservés en sacristie, elles entrèrent au Museo dell'Opera del Duomo.[51]
- 1260Sienne se donne à la Vierge
À la veille de Montaperti, la cité remet ses clés sur le maître-autel et devient la Civitas Virginis.[52]
- 1285La Madone Rucellai
Duccio peint pour la confrérie florentine des Laudesi la grande Madone de Santa Maria Novella.[53]
- 9 octobre 1308Le contrat de la Maestà
L'Opera del Duomo confie à Duccio le retable du maître-autel : seize sous par jour, matériaux fournis.[54]
- 9 juin 1311La procession
Le retable est porté en triomphe jusqu'à la cathédrale et placé sur le maître-autel.[55]
- 1315La Maestà de Simone Martini
L'élève probable de Duccio achève sa fresque mariale au Palazzo Pubblico, reprise en 1321.[56]
- 8 juillet 1506Retrait du maître-autel
La Maestà cède la place à un ciboire ; prédelle et pignons sont probablement détachés.[57]
- 1777Le sciage
Les deux faces sont séparées à la scie ; le visage de la Vierge est blessé au passage.[58]
- 1878Le musée
Les deux grandes faces et les panneaux conservés entrent au Museo dell'Opera del Duomo.[59]
Les panneaux dispersés
Huit panneaux narratifs de la Maestà se trouvent aujourd'hui hors de Sienne, dispersés sur le marché de l'art au XIXe siècle[60] :
| Musée | Panneau | Face d'origine |
|---|---|---|
| National Gallery, Londres (NG 1139) | L'Annonciation | Avant, prédelle |
| National Gallery, Londres (NG 1140) | La guérison de l'aveugle-né | Arrière, prédelle |
| National Gallery, Londres (NG 1330) | La Transfiguration | Arrière, prédelle |
| National Gallery of Art, Washington | La Nativité, avec Isaïe et Ézéchiel | Avant, prédelle |
| National Gallery of Art, Washington | L'appel des apôtres Pierre et André | Arrière, prédelle |
| Frick Collection, New York | La tentation du Christ sur la montagne | Arrière, prédelle |
| Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid | Le Christ et la Samaritaine | Arrière, prédelle |
| Kimbell Art Museum, Fort Worth | La résurrection de Lazare | Arrière, prédelle |
Quatre anges de pinacles ont en outre été identifiés, dont un au Philadelphia Museum of Art.[61]
Aujourd'hui
L'essentiel de l'ensemble — le grand panneau central et beaucoup de scènes — est aujourd'hui conservé au Museo dell'Opera del Duomo de Sienne, où les deux faces, désormais séparées, sont exposées séparément dans la même salle.[62] La grande image qui faisait l'unité d'une cité a connu, par une triste ironie, la dispersion — mais son cœur demeure à Sienne, toujours offert au regard et à la prière.
Que nous dit aujourd'hui la Maestà ?
La Maestà de Duccio rappelle une vérité que notre époque, saturée d'images jetables, a tendance à oublier : une image peut être un lieu de présence et de vérité, et non un simple ornement ou un flux qui passe. Née d'un don solennel, financée par une cité tout entière, peinte « de ses mains » par un maître qui y engageait son salut, portée en procession comme on accueille une Reine, elle fut pendant des siècles le foyer visible d'une foi vivante.
Elle dit aussi quelque chose de permanent sur la place de Marie dans la foi catholique : non une déesse que l'on adorerait, mais la Mère de Dieu glorifiée, Reine et intercessrice, au cœur de la communion des saints, qui conduit toujours au Christ. Et elle témoigne enfin de la fécondité de la beauté : en faisant passer l'icône byzantine vers une tendresse plus humaine, sans rien perdre du sacré, Duccio a montré que l'art chrétien pouvait à la fois se renouveler et rester prière. C'est tout le sens du geste par lequel, le 9 juin 1311, une ville entière s'inclina, cierges en main, devant une image — non du bois et de l'or, mais le visage de sa Reine.
Pour aller plus loin
Articles Ignispedia connexes
- La théologie de l'icône — la doctrine de l'image sacrée, son fondement dans l'Incarnation et la distinction vénération / adoration, dont la Maestà est une éclatante application occidentale.
- Les icônes byzantines — la tradition iconographique dont Duccio hérite et qu'il transforme.
- Le Christ Pantocrator — l'icône majeure du Christ, autre grand type de l'image sacrée.
- La Vierge de Vladimir — l'icône mariale de la tendresse, à comparer avec la douceur nouvelle de la Vierge de Duccio.
- La Transfiguration de Raphaël — l'image sacrée à l'âge de la pleine Renaissance, terme du chemin ouvert par Duccio et Giotto.
- Le gothique comme théologie de la lumière — le contexte artistique et spirituel du temps de Duccio.
Sources principales
- Contrat du 9 octobre 1308 entre l'operaio Jacomo Mariscotti, au nom de l'Opera del Duomo de Sienne, et Duccio (Archivio dell'Opera, parchemin n° 603) — publié par Gaetano Milanesi, Documenti per la storia dell'arte senese, t. I, Sienne, 1854, doc. n° 22, p. 166-168.
- Chronique siennoise anonyme du XIVe siècle (années 1202-1362) et chronique dite d'Agnolo di Tura del Grasso (Cronaca maggiore) — éd. Alessandro Lisini et Fabio Iacometti, Rerum Italicarum Scriptores, nouv. éd., t. XV, 6e partie : Cronache senesi, Bologne, 1931-1939, p. 58, p. 90 et p. 313-314.
- L. A. Muratori (éd.), Rerum Italicarum Scriptores, t. XV, Milan, 1729, col. 47 — texte chronistique du passage de 1311 sous les noms d'Andrea Dei et d'Agnolo di Tura.
- C. Eubel, Hierarchia catholica medii aevi, t. I, 2e éd., Münster, 1913, p. 446 — l'évêque Ruggero da Casole.
- John White, Duccio : Tuscan Art and the Medieval Workshop, Londres, Thames and Hudson, 1979.
- James H. Stubblebine, Duccio di Buoninsegna and His School, Princeton, Princeton University Press, 1979, 2 vol.
- Diana Norman, Siena and the Virgin : Art and Politics in a Late Medieval City State, New Haven et Londres, Yale University Press, 1999.
- A. Bagnoli, R. Bartalini, L. Bellosi et M. Laclotte (dir.), Duccio : alle origini della pittura senese, Milan, Silvana Editoriale, 2003 — exposition de Sienne, 2003-2004.
- Dillian Gordon, The Italian Paintings before 1400 (National Gallery Catalogues), Londres, National Gallery Company, 2011 — entrée « Maestà Predella Panels ».
- Jane Immler Satkowski, Duccio di Buoninsegna : The Documents and Early Sources, éd. Hayden B. J. Maginnis, Athens (GA), Georgia Museum of Art, 2000.
- Museo dell'Opera del Duomo, Sienne — notice de conservation (operaduomo.siena.it) ; Fondazione Federico Zeri, catalogue en ligne — fiche du panneau principal (dimensions).
- The National Gallery, Londres — notices NG 1139, NG 1140, NG 1330 et catalogue Gordon 2011 ; National Gallery of Art, Washington — panneaux Mellon et Kress ; Frick Collection, New York — La tentation sur la montagne ; Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid — Le Christ et la Samaritaine.
- Concile d'Éphèse (431), Theotokos ; Vatican II, Lumen Gentium, ch. VIII (n° 59 et 66) ; Catéchisme de l'Église catholique, n° 466, 495, 966, 971, 1161, 2131-2132.
Notes et références
Le 9 juin 1311, un mercredi, la Maestà fut portée de l'atelier de Duccio — la maison des Muciatti, hors la porte de Stalloreggi (borgo a Laterino) — jusqu'à la cathédrale, en procession autour du Campo. La chronique anonyme du XIVe siècle (Rerum Italicarum Scriptores, nouv. éd., t. XV, 6e partie, éd. Lisini et Iacometti, p. 90) décrit les boutiques fermées sur l'ordre de l'évêque, la compagnie des prêtres et des frères, les seigneurs des Neuf et les officiers de la commune, les cierges allumés, puis les femmes et les enfants, les cloches sonnant toutes à la gloire, et la prière à Dieu et à sa Mère, « notre avocate » (nostra avochata). La même chronique indique que l'image retirée du maître-autel, appelée Madone aux grands yeux et Madone des Grâces, fut placée à l'autel Saint-Boniface.
1 45 46 55La Cronaca maggiore, chronique siennoise dite d'Agnolo di Tura del Grasso (XIVe siècle ; attribution rejetée par les éditeurs modernes — éd. Lisini et Iacometti, p. 313-314), range la procession sous l'année 1311, un mercredi 9 juin (in mezedima), derrière l'évêque de Sienne Ruggero da Casole, dominicain, évêque depuis le 9 juillet 1307 (Eubel, Hierarchia catholica, t. I, p. 446), et donne le coût de « trois mille florins d'or » (tremilia fiorini d'oro). La formule « la plus belle peinture qu'on eût jamais vue ni faite » vient d'un autre texte chronistique, publié par Muratori (t. XV, 1729, col. 47) sous les noms d'Andrea Dei et d'Agnolo di Tura, dont les éditeurs modernes contestent l'authenticité.
2 47 48Inscription peinte sur le gradin du trône : « MATER S(AN)C(T)A DEI / SIS CAUSA SENIS REQUIEI / SIS DUCIO VITA / TE QUIA PINXIT ITA » — « Sainte Mère de Dieu, sois cause de paix (requies) pour Sienne ; sois vie pour Duccio, parce qu'il t'a peinte ainsi. » Transcription confirmée par Dillian Gordon (The Italian Paintings before 1400, 2011, p. 174) et par le Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 41 (1992), notice Duccio.
3 29 30Le type de la Maestà — la Madone trônant en majesté avec l'Enfant, entourée de la cour céleste — dérive des images byzantines de la Vierge intronisée et développe en Occident la dimension de cour royale et de communion des saints. Cf. Dillian Gordon, The Italian Paintings before 1400, 2011, entrée « Maestà Predella Panels » ; Museo dell'Opera del Duomo, Sienne, notice de la Maestà.
4 5La Madonna degli occhi grossi, du Maître de Tressa (deuxième quart du XIIIe siècle), est conservée au Museo dell'Opera del Duomo de Sienne ; selon le musée, les Siennois prièrent devant elle avant Montaperti, le 4 septembre 1260. C'est la chronique anonyme (Rerum Italicarum Scriptores, nouv. éd., t. XV, 6e partie, p. 90) qui affirme que la Maestà la remplaça sur le maître-autel ; Dillian Gordon (2011) montre que l'identification exacte de l'image remplacée reste discutée (thèses de Butzek, Maginnis et Schmidt).
6 7La donation de Sienne à la Vierge est racontée par la chronique anonyme du XIVe siècle (Rerum Italicarum Scriptores, nouv. éd., t. XV, 6e partie, p. 58 : messe solennelle, offrandes, remise des clés par le syndic Buonaguida sur l'ordre du conseil des Vingt-Quatre, la cité « titolata della Vergine Maria ») et par la chronique dite de Paolo di Tommaso Montauri (p. 199-203 : donation de « toute la cité et son contado » à la « reine et impératrice de la vie éternelle », le jeudi 2 septembre 1260, acte passé devant notaire). Cf. Diana Norman, Siena and the Virgin, 1999, p. 3 ; Dillian Gordon, 2011, p. 178 : « the citizens of Siena […] offered the keys of the city to the Virgin; thereafter Siena was titled Civitas Virginis ».
8 9 11 52Giovanni Mulazzani, Rivista italiana di numismatica, 1889, p. 490 : les monnaies siennoises portent « SENA VETVS CIVITAS VIRGINIS » au droit. Les sceaux civiques de 1266 et 1298 montrent la Vierge à l'Enfant trônant entre deux anges (Dillian Gordon, 2011, d'après Butzek 2006).
10La Maestà de Simone Martini, élève probable et collaborateur de Duccio (Dillian Gordon, 2011), orne la Sala del Mappamondo du Palazzo Pubblico de Sienne : achevée en juin 1315, elle fut partiellement reprise en 1321 (huit figures). Cf. Museo Civico de Sienne, site officiel ; Web Gallery of Art. L'école siennoise — Simone Martini, Pietro et Ambrogio Lorenzetti — prolongera l'art lyrique et marial inauguré par Duccio.
12 39 56Acte du 9 octobre 1308 (Anno Domini MCCCVIII, indictione VII, die VIIII mensis octubris) entre Jacomo Mariscotti, operaio agissant au nom de l'Opera de Sainte-Marie de Sienne, et Duccio, peintre, citoyen siennois, pour une table destinée au maître-autel (Archivio dell'Opera, parchemin n° 603), publié par Gaetano Milanesi, Documenti per la storia dell'arte senese, t. I, 1854, doc. n° 22, p. 166-168. Formules citées : « quam melius poterit et sciverit, et Dominus sibi largietur » ; « non accipere vel recipere aliquod aliud laborerium […] donec dicta tabula completa et facta fuerit » ; serment « bona fide, sine fraude » ; salaire de « sedecim soldos denariorum senensium » par jour travaillé de ses mains, dont dix livres mensuelles en espèces ; l'operaio « fournira et donnera tout ce qui sera nécessaire » (furnire et dare omnia), Duccio ne mettant que « sa personne et son travail ». Cf. Dillian Gordon, 2011, p. 176 et n. 12 (d'après Satkowski 2000).
13 14 15 16 54Duccio di Buoninsegna (vers 1255/1260 – 1318/1319), fondateur de l'école siennoise, formé dans la maniera greca et proche de Cimabue. Cf. Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 41 (1992), F. Bologna, notice Duccio ; Dillian Gordon, The Italian Paintings before 1400, 2011.
17 19La Madone Rucellai, commandée en avril 1285 par la Compagnia dei Laudesi di Maria Vergine pour Santa Maria Novella de Florence, est aujourd'hui à la Galerie des Offices. Cf. Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 41 (1992), notice Duccio ; Dillian Gordon, 2011.
18 53Retable à double face d'une ampleur et d'une complexité sans précédent (Dillian Gordon, 2011 : « Nothing like Duccio's Maestà had ever been painted before »). Face avant : Vierge en majesté, pignons des derniers jours de la Vierge (six scènes conservées, de l'annonce de la mort à l'ensevelissement ; Assomption et Couronnement supposés pour les panneaux centraux perdus), prédelle de l'enfance du Christ en sept scènes avec six prophètes (Isaïe, Ézéchiel, Salomon, Malachie, Jérémie, Osée). Dimensions du panneau central : 214 × 412 cm (Fondazione Federico Zeri, catalogue en ligne ; Web Gallery of Art) ; plus de quarante figures à l'avant (Opera della Metropolitana : « over forty figures on the front »). Face arrière : voir note Passion. Tempera et or sur peuplier.
20 21 23 24Le revers compte vingt-six scènes de la Passion réparties sur deux registres et quatorze compartiments (l'Entrée à Jérusalem et la Crucifixion, de double hauteur, valent chacune deux scènes), de l'Entrée à Jérusalem aux Pèlerins d'Emmaüs ; prédelle de la vie publique (neuf scènes probables, huit conservées) ; pignons des apparitions du Ressuscité jusqu'à la Pentecôte ; angelots aux pinacles, dont quatre identifiés. Cf. Opera della Metropolitana (« divided up into twenty-six different scenes ») ; Web Gallery of Art ; Dillian Gordon, 2011.
22 32 33 34Panneau principal avant : vingt anges (dix de chaque côté), six saints debout — à gauche Catherine d'Alexandrie, Paul et Jean l'Évangéliste, à droite Jean-Baptiste, Pierre et Agnès — et dix apôtres en buste sous des arcatures (Thaddée, Simon, Philippe, Jacques le Majeur, André, Matthieu, Jacques le Mineur, Barthélemy, Thomas, Matthias). Cf. Web Gallery of Art, notice du panneau principal ; Dillian Gordon, 2011. La sobriété du manteau bleu de la Vierge fonde sa majesté sur la maternité divine plutôt que sur le faste.
25 26 28Au premier plan, les quatre patrons de Sienne agenouillés, identifiés par leurs inscriptions : à gauche Ansan et Savin, à droite Crescent et Victor — Savin, seul évêque, à la place d'honneur près du trône. Ansan, baptiseur des Siennois ; Savin, évêque martyr ; Crescent, enfant martyr sous Dioclétien, dont les reliques furent transférées à la cathédrale en 1058 ; Victor, soldat chrétien. Cf. Web Gallery of Art ; Dillian Gordon, 2011.
27« L'honneur rendu à une image remonte au modèle original » (saint Basile, Sur le Saint-Esprit, 18, 45) et « quiconque vénère une image vénère en elle la personne qui y est dépeinte » (IIe concile de Nicée, 787) — cités par le Catéchisme de l'Église catholique, n° 2132, qui précise que l'honneur des saintes images est une « vénération respectueuse », non une adoration qui ne convient qu'à Dieu seul. Cf. aussi n° 2131 sur Nicée II et n° 1161 sur les images sacrées.
31 44Duccio conserve de l'icône byzantine le fond d'or, la majesté trônante et la fonction de prière, mais assouplit les lignes, adoucit les visages et introduit une tendresse nouvelle entre la Mère et l'Enfant. Contemporain de Giotto, il ouvre avec lui l'art occidental à la réalité, par la grâce de la ligne et la splendeur lumineuse plutôt que par le volume sculptural. Cf. Dillian Gordon, 2011 ; Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 41 (1992).
35 36 37 38Le concile d'Éphèse (431), troisième concile œcuménique, a proclamé que Marie est devenue en toute vérité Mère de Dieu (Theotokos), parce que c'est d'elle que le Verbe tient son corps uni à une âme rationnelle. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 466 (DS 250-251) et n° 495.
40Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium (21 novembre 1964), n° 59 : « Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute souillure de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort » (vatican.va). Cf. Catéchisme, n° 966.
41Vatican II, Lumen Gentium, n° 66 : « Ce culte, tel qu'il a toujours existé dans l'Église, présente un caractère absolument unique ; il n'en est pas moins essentiellement différent du culte d'adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu'au Père et à l'Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir » (vatican.va ; latin : « eidemque potissimum favet »). Cf. Catéchisme, n° 971.
42 43Retrait du maître-autel le 8 juillet 1506 (Dillian Gordon, 2011 : remplacée par un ciboire de Vecchietta voulu par Pandolfo Petrucci) ; la prédelle et les pignons furent probablement détachés dès cette époque (National Gallery of Art, d'après Lisini 1898). Transfert à Sant'Ansano le 18 juillet 1777 et sciage des deux faces le 1er août — la scie blessa le visage de la Vierge —, retour à la cathédrale en 1789 (face avant restaurée par Lorenzo Feliciati), entrée au Museo dell'Opera del Duomo en 1878 (Dillian Gordon, 2011, d'après Butzek 2006 et l'inventaire de 1776 ; NGA). La date de 1771, longtemps donnée, provient d'une lecture fautive d'inventaire (Stubblebine 1979). Les deux faces, désormais séparées, sont exposées séparément.
49 50 51 57 58 59 62Huit panneaux narratifs hors de Sienne : Annonciation (NG 1139), Guérison de l'aveugle-né (NG 1140) et Transfiguration (NG 1330) à la National Gallery de Londres ; Nativité avec Isaïe et Ézéchiel, et Appel de Pierre et André à la National Gallery of Art de Washington ; Tentation sur la montagne à la Frick Collection ; Christ et la Samaritaine au Thyssen-Bornemisza ; Résurrection de Lazare au Kimbell. Quatre anges de pinacles identifiés, dont un au Philadelphia Museum of Art (atelier de Duccio). Cf. notices des musées ; Dillian Gordon, 2011 ; Fondazione Zeri.
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