Saint André de Crète (660-740)

Saint André de Crète, né à Damas, moine à Jérusalem, diacre de Sainte-Sophie puis archevêque de Gortyne en Crète, est l'un des plus grands poètes de la liturgie byzantine. On lui doit l'invention du « canon », ce genre hymnographique en neuf odes, et surtout le Grand Canon pénitentiel — quelque 250 tropaires où l'âme, convoquant toute la Bible d'Adam au bon larron, pleure ses fautes et implore la miséricorde. Chanté chaque Carême en Orient, ce chant de componction fut peut-être écrit par un homme qui avait lui-même souscrit au monothélisme en 712, sous la contrainte, avant de se rétracter et de se relever. Grand orateur marial, fêté le 4 juillet.

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Saint André de Crète est l'un des plus grands poètes liturgiques de l'Orient chrétien. Né à Damas, moine à Jérusalem, diacre de Sainte-Sophie à Constantinople, enfin archevêque de Gortyne en Crète, il a marqué pour toujours la prière byzantine : on lui attribue l'invention du canon, ce grand genre hymnographique en neuf odes qui allait remplacer le kontakion et structurer l'office des Églises d'Orient pour plus de mille ans[1][2].

Son chef-d'œuvre, le Grand Canon pénitentiel, est une immense méditation de quelque 250 tropaires où l'âme, convoquant toute l'histoire sainte d'Adam au bon larron, se reproche ses fautes et implore la miséricorde. Chanté chaque Carême dans le monde byzantin — par fragments durant la première semaine, en entier le jeudi de la cinquième —, il reste, après treize siècles, l'un des sommets de la spiritualité de la componction[3][4].

Infographie originale Ignispedia créée par IA : les grandes étapes biographiques de saint André de Crète.

André fut aussi un grand orateur marial : sa quarantaine d'homélies conservées célèbrent la Nativité de la Vierge, sa Dormition, et défendent le culte des saintes images contre les premiers iconoclastes. Sa vie ne fut pourtant pas sans ombre : en 712, métropolite de Crète, il céda un moment à la pression impériale et souscrivit au monothélisme condamné — avant de se rétracter et de mourir dans la pleine communion de l'Église. C'est ce saint réel, tombé et relevé, chantre de la pénitence parce qu'il en avait fait l'expérience, que l'Église honore le 4 juillet[5][6].

Le nom : André de Jérusalem, André de Crète, « le mélode »

Comme beaucoup de Pères, André porte plusieurs noms, chacun marquant une étape de sa vie. La tradition l'appelle d'abord André de Jérusalem (ho Hierosolymítēs), parce que c'est dans la Ville sainte qu'il devint moine et se forma[7]. Puis André de Crète (ho Krḗtēs), du nom de l'Église dont il fut l'archevêque et où il acheva son œuvre. Enfin André le mélode (ho Mélōdós), « le chantre », titre qui dit l'essentiel : avant tout, André fut un poète de la liturgie.

Ces surnoms permettent de le distinguer de ses homonymes — au premier rang desquels l'apôtre André, frère de Pierre. L'André dont il est ici question n'a rien d'un apôtre du Iᵉʳ siècle : c'est un homme du VIIᵉ-VIIIᵉ siècle, contemporain des grands théologiens grecs de la fin de l'âge patristique, et l'un des derniers maillons de cette chaîne d'or qui va des Pères du désert jusqu'à saint Jean Damascène.

Damas, une famille arabe chrétienne

André naît vers 660 à Damas, alors récemment passée sous domination musulmane, dans une famille arabe chrétienne[8][9]. Ce détail n'est pas anecdotique. La Syrie du VIIᵉ siècle est une terre où le christianisme grec, syriaque et arabe coexiste sous le califat naissant ; c'est de ce même creuset que sortira, une génération plus tard, Jean Damascène, lui aussi Damascène et fils d'une famille chrétienne au service de l'administration. André appartient à cette élite chrétienne d'Orient qui, sous l'islam, garda la foi et nourrit l'Église byzantine de ses plus grands esprits.

Le mutisme guéri par l'eucharistie

Une tradition hagiographique, transmise par les ménologes byzantins, rapporte qu'André naquit muet et le demeura jusqu'à l'âge de sept ans : il recouvra la parole le jour où il reçut pour la première fois la sainte communion[10]. L'Église d'Orient y voit l'annonce de sa vocation : celui qui deviendrait l'un des plus grands chantres de l'Église reçut sa voix du Corps même du Christ. Le sens spirituel en est limpide : la parole d'André est tout entière un don eucharistique — et l'on comprend que toute sa vie ait été de la rendre à Dieu en cantiques.

La vie : de Jérusalem à la Crète

Moine au Saint-Sépulcre de Jérusalem

Vers ses quatorze ou quinze ans, André quitte Damas pour Jérusalem et entre comme moine au monastère attaché à l'église du Saint-Sépulcre[11][12]. Certaines sources le rattachent à la célèbre laure de Saint-Sabas, le grand foyer monastique du désert de Judée[13] ; les notices anciennes divergent, mais toutes s'accordent sur le cadre : la Palestine monastique, héritière directe des Pères du désert, au moment où elle produit ses derniers grands docteurs.

Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Photo Berthold Werner, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.

Jeune, instruit, fervent, André s'y forme à l'ascèse, à l'Écriture et à la psalmodie. C'est là, dans la prière des moines de Terre sainte, qu'il acquiert cette connaissance intime des Psaumes et des cantiques bibliques qui irriguera plus tard toute son œuvre poétique. On le remarque vite : il devient secrétaire, ou notaire, du siège patriarcal de Jérusalem.

L'ambassade de 685 et le VIᵉ concile œcuménique

L'événement qui change le cours de sa vie est une mission diplomatique. En 685, Théodore, patriarche de Jérusalem, l'envoie à Constantinople pour féliciter l'empereur Constantin IV (« Pogonat ») et porter l'adhésion de l'Église de Jérusalem aux décrets du VIᵉ concile œcuménique — le troisième concile de Constantinople (680-681)[14][15].

Ce concile venait de condamner le monothélisme, l'hérésie qui niait en Jésus-Christ la présence d'une véritable volonté humaine, à côté de sa volonté divine. C'était le couronnement du combat doctrinal mené, au prix de sa vie, par saint Maxime le Confesseur. Le jeune André de Jérusalem entre donc dans l'histoire au moment précis où l'Église scelle solennellement la foi des deux volontés du Christ — la même foi qu'il trahira un instant, puis confessera de nouveau, vingt-sept ans plus tard.

Diacre de Sainte-Sophie, serviteur des orphelins et des vieillards

Sa mission accomplie, André demeure à Constantinople. Ordonné diacre de la basilique Sainte-Sophie, il se voit confier, sous l'empereur Léonce (vers 695-698), l'administration de l'orphelinat de la capitale, puis d'un hospice pour les vieillards[16][17]. Le futur poète des larmes commence ainsi par servir, des années durant, les plus petits : les enfants sans famille et les vieillards sans force.

Nef centrale de Sainte-Sophie à Constantinople. Photo Jorge Láscar, Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0.

Ce passage par la charité concrète n'est pas un détail décoratif de sa biographie. Il éclaire toute sa spiritualité : l'homme qui chantera la miséricorde de Dieu pour le pécheur l'avait d'abord exercée, de ses mains, envers les pauvres de sa ville. La componction qu'il enseignera n'est jamais désincarnée ; elle a la chair des œuvres de miséricorde.

Métropolite de Gortyne, en Crète

Vers la fin du VIIᵉ siècle ou le tout début du VIIIᵉ, André est élu métropolite — archevêque — de Gortyne, la capitale ecclésiastique de la Crète[18][19]. Gortyne était alors une cité importante, siège du primat de l'île, dotée d'une grande basilique dédiée à saint Tite, le disciple de saint Paul institué premier évêque de Crète[20].

Basilique Saint-Tite de Gortyne, ancien siège ecclésiastique de Crète. Photo Tomisti, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

Pasteur, bâtisseur, prédicateur, André gouverne son Église pendant des décennies. La tradition lui attribue la construction d'églises et d'institutions de charité, et surtout une intense activité de prédication : c'est de cette période que datent la plupart de ses homélies. C'est aussi à Gortyne qu'il compose, selon toute vraisemblance, l'essentiel de son œuvre hymnographique, dont le Grand Canon.

La chute de 712 et le retour à l'orthodoxie

Vient alors l'épreuve la plus douloureuse, et la plus instructive, de sa vie. En 711, l'usurpateur Philippicus Bardanès s'empare du trône de Byzance et entreprend de restaurer le monothélisme condamné trente ans plus tôt. Il convoque en 712 un conciliabule qui abolit les décrets du VIᵉ concile œcuménique. André, métropolite de Gortyne, y participe et y souscrit[21][22].

Il faut le dire sans détour : ce fut une chute. Le pasteur qui était entré dans l'histoire en portant à Constantinople l'adhésion de Jérusalem au concile de 681 venait, sous la pression impériale, de souscrire au monothélisme condamné par ce même concile. André eut, ce jour-là, sa chute — comme Pierre eut la sienne.

Mais l'histoire ne s'arrête pas à la chute. Lorsque Philippicus est renversé en juin 713 et que l'orthodoxie est rétablie, André confesse son erreur et revient à la pleine communion de l'Église[23][24]. La tradition rapporte même qu'il composa ensuite des hymnes pour réparer sa faute. Loin d'effacer ce passage gênant, l'Église l'a conservé : car il révèle la vérité de l'homme et la profondeur de sa pénitence.

« Par où commencerai-je à pleurer les actions de ma vie misérable ? Quel commencement donnerai-je, ô Christ, à ma présente lamentation ? » — Saint André de Crète, Grand Canon, premier tropaire[25]

Ce premier cri du Grand Canon prend, à la lumière de 712, une résonance bouleversante. André ne parle pas du péché de l'extérieur, en moraliste : il pleure ses propres « actions misérables ». Le plus grand chant de pénitence de l'Orient chrétien a peut-être été écrit, ou repris, par un homme qui savait exactement ce que c'est que de tomber et de se relever.

La mort à Lesbos, le 4 juillet

André meurt le 4 juillet, vers 740 — les dates proposées vont de 712 à 740 (712, 720, 726 ou 740 selon les notices), sans que les sources permettent de trancher[26][27][28][29]. Il s'éteint à Eresos (aujourd'hui Skala Eresou), sur l'île de Lesbos, alors qu'il revenait de Constantinople vers sa Crète[30][31]. Selon une tradition, ce dernier voyage dans la capitale était lié à sa résistance aux premières mesures iconoclastes de l'empereur Léon III, qui promulgue en 726 un premier édit ordonnant la destruction des images puis, après la révolte de 727, un édit plus sévère encore en 730[32] ; André serait donc mort, en quelque sorte, sur le chemin de la fidélité.

Ses reliques furent par la suite transférées à Constantinople : le pèlerin russe Étienne de Novgorod témoigne les y avoir vénérées vers 1349[33]. L'Église célèbre sa mémoire le jour même de sa mort, le 4 juillet.

  1. vers 660
    Naissance à Damas
    Famille arabe chrétienne

    André naît à Damas, passée sous domination musulmane, dans le même milieu chrétien d'Orient que Jean Damascène.[34][35]

  2. vers 674-675
    Moine à Jérusalem
    Au Saint-Sépulcre

    Vers quatorze-quinze ans, il entre au monastère du Saint-Sépulcre et se forme à l'ascèse et à la psalmodie.[36]

  3. 685
    Ambassade à Constantinople
    Pour le VIᵉ concile œcuménique

    Théodore de Jérusalem l'envoie porter à l'empereur l'adhésion de Jérusalem au IIIᵉ concile de Constantinople (680-681).[37][38]

  4. vers 695-698
    Diacre de Sainte-Sophie
    Orphelinat et hospice

    Resté dans la capitale, il sert comme diacre et administre l'orphelinat puis un hospice pour les vieillards.[39]

  5. vers 700-712
    Métropolite de Gortyne
    Archevêque de Crète

    Élu archevêque de Gortyne, il prêche, bâtit et compose l'essentiel de son œuvre, dont le Grand Canon.[40][41]

  6. 712-713
    La chute monothélite, puis le retour
    Reniement et pénitence

    Sous Philippicus, il souscrit au conciliabule monothélite de 712 ; après la chute de l'empereur, il se rétracte et revient à l'orthodoxie.[42][43]

  7. 4 juillet ~740
    Mort à Lesbos
    En revenant de Constantinople

    Il meurt à Eresos sur l'île de Lesbos ; ses reliques seront transférées à Constantinople.[44]

Le créateur d'un genre : le canon liturgique

Du kontakion au canon

Pour mesurer ce que l'Orient doit à André, il faut comprendre une révolution liturgique discrète mais immense. Avant lui, le grand genre de la poésie liturgique byzantine était le kontakion — une longue homélie chantée, en strophes successives toutes calquées sur une même mélodie, dont saint Éphrem le Syrien en Orient et Romanos le Mélode à Constantinople avaient été les maîtres.

André introduit — ou du moins fixe et impose — un genre nouveau : le canon (kanṓn, « règle »)[45][46]. Là où le kontakion déroulait un récit continu, le canon est une architecture : une suite d'odes distinctes, chacune avec sa propre mélodie (l'hirmos), greffée sur les cantiques bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testament. La forme épouse ainsi l'Écriture elle-même.

Infographie originale Ignispedia créée par IA : du kontakion au canon en neuf odes.

« On lui attribue l'invention — ou du moins l'introduction dans les offices liturgiques grecs — du canon, une forme nouvelle d'hymnodie. » — d'après la Catholic Encyclopedia, article « St. Andrew of Crete »[47]

Les neuf odes et les cantiques bibliques

Le canon classique comprend neuf odes, correspondant aux neuf grands cantiques bibliques que la tradition chantait déjà dans l'office : le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge (Exode 15), celui de Moïse au Deutéronome (Dt 32), le cantique d'Anne (1 Samuel 2), ceux d'Habacuc, d'Isaïe, de Jonas, des trois jeunes gens dans la fournaise (Daniel 3), enfin le Magnificat de la Vierge et le Benedictus de Zacharie (Luc 1)[48].

Chaque ode s'ouvre par un hirmos, strophe-modèle qui donne le ton et le mètre, puis enchaîne plusieurs tropaires sur le même patron. L'invention d'André est donc, au fond, profondément biblique : il ne plaque pas une poésie sur la prière, il fait de toute l'histoire sainte la trame de la louange. C'est cette structure, perfectionnée après lui par Jean Damascène et l'école du Stoudios, qui deviendra l'ossature de l'office byzantin.

Genre hymnographiqueStructureMélodieSource d'inspiration
Kontakion (Romanos, Éphrem)Récit continu en strophes (oikoi)Une seule mélodie pour toutes les strophesHomélie poétique, narration suivie
Canon (André de Crète)Neuf odes distinctes, chacune en plusieurs tropairesUne mélodie par ode (l'hirmos)Les neuf cantiques bibliques de l'office

Le Grand Canon pénitentiel

Une cathédrale de larmes en 250 tropaires

Parmi les nombreux canons composés par André, un seul a éclipsé tous les autres : le Grand Canon (en grec Mégas Kanṓn). Son ampleur est unique : environ 250 tropaires répartis sur les neuf odes — une longueur telle qu'elle est, dit la Catholic Encyclopedia, « passée en proverbe chez les Grecs »[49][50]. Aucun autre canon n'approche cette démesure ; c'est une véritable cathédrale verbale dressée pour un seul objet : la pénitence.

Infographie originale Ignispedia créée par IA : structure spirituelle du Grand Canon.

Le Grand Canon n'est pas un hymne de fête. C'est un long examen de conscience chanté, une descente de l'âme en elle-même, où chaque tropaire ramène le pécheur à sa propre misère et à la miséricorde de Dieu. La spiritualité qui l'anime est celle de la componction — ce penthos dont saint Jean Climaque, son contemporain presque exact, a fait le cœur de L'Échelle sainte : le don des larmes qui purifie le cœur et, dans le même mouvement, le console.

Le dialogue de l'âme avec elle-même

L'originalité spirituelle du Grand Canon tient à sa forme : ce n'est pas une prière adressée d'abord à Dieu, c'est un dialogue de l'âme avec elle-même. André s'apostrophe, se réveille, se réprimande, se supplie de revenir à Dieu avant qu'il ne soit trop tard. Le « je » du poème est universel : chaque fidèle qui le chante se l'approprie.

« Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi. » — Saint André de Crète, Grand Canon, refrain répété après chaque tropaire[51]

Ce refrain, repris après chacun des deux cent cinquante tropaires, accompagné de prosternations, donne au Grand Canon son rythme obsédant de supplication. Le corps lui-même prie : on se prosterne, on se relève, on se prosterne encore, comme l'âme qui tombe et se redresse. La forme épouse exactement le contenu — la pénitence n'est pas un sentiment, c'est un mouvement de tout l'être.

Toute la Bible convoquée pour la pénitence

Le procédé le plus saisissant du Grand Canon est sa relecture pénitentielle de toute l'Écriture. André passe en revue les grandes figures de l'Ancien et du Nouveau Testament — non pour en faire l'histoire, mais pour s'y mirer. Devant chaque personnage, l'âme se compare : ai-je péché comme Adam ? tué mon frère comme Caïn ? ou bien me suis-je relevé comme David, converti comme la Samaritaine, sauvé au dernier instant comme le bon larron ?

« J'ai rivalisé en transgression avec Adam le premier formé, et je me suis vu dépouillé de Dieu, du royaume éternel et de ses délices, à cause de mes péchés. » — Saint André de Crète, Grand Canon, ode 1[52]

Adam, Ève, Caïn et Abel, Noé, Abraham, Loth, Moïse, David, Salomon, Élie, Jonas, puis le publicain, l'enfant prodigue, la pécheresse, le bon larron : toute la galerie de l'histoire sainte défile, convoquée comme un miroir. C'est, condensée en un seul poème, la conviction catholique que l'Écriture entière parle de moi et de mon salut. André ne cite pas la Bible : il s'y plonge et nous y plonge.

« Mon âme, ô mon âme, lève-toi ! Pourquoi dors-tu ? La fin approche, et tu vas être troublée. Veille donc, afin que t'épargne le Christ Dieu, qui est partout présent et remplit tout. » — kontakion (ton 6) chanté durant l'office du Grand Canon[53]

Quand le Grand Canon est-il chanté ?

Le Grand Canon a une place unique dans l'année liturgique byzantine, entièrement concentrée sur le Grand Carême, le temps de la pénitence avant Pâques[54][55] :

Moment liturgiqueCe qui est chantéSens
Première semaine de Carême (lundi à jeudi)Le Grand Canon fractionné en quatre parties, aux Grandes CompliesOuvrir le Carême par un grand acte de contrition
Jeudi de la cinquième semaine (aux matines)Le Grand Canon chanté en entier, d'un seul tenantLe sommet pénitentiel de la montée pascale
Avec ce jeudiLa lecture de la vie de sainte Marie l'ÉgyptienneModèle de la conversion radicale et de la miséricorde

Le jeudi de la cinquième semaine porte d'ailleurs un nom : la « Station de sainte Marie l'Égyptienne ». À ce moment précis du Carême, où la fatigue guette et où le jeûne pèse, l'Église d'Orient propose ce long chant pour rallumer la ferveur — exactement comme elle propose, le même Carême, saint Jean Climaque au quatrième dimanche. Les deux grands maîtres de la componction se répondent ainsi au cœur de la montée vers Pâques.

Pourquoi le Grand Canon parle encore

Le Grand Canon n'a pas vieilli, parce que la condition qu'il décrit n'a pas changé. Il prend le pécheur tel qu'il est — distrait, endormi, oublieux — et le secoue : « Mon âme, ô mon âme, lève-toi ! » Il refuse à la fois le désespoir et la fausse paix. Pas de désespoir, car la miséricorde est toujours offerte ; pas de fausse paix, car le péché est réel et la fin approche.

C'est aussi un sommet de prière biblique : en faisant défiler toute l'histoire sainte comme un miroir de l'âme, André enseigne une manière de lire l'Écriture qui n'est ni érudite ni sentimentale, mais existentielle. Lire la Bible, c'est s'y reconnaître. En cela, le Grand Canon est l'exact pendant liturgique de ce que les Pères du désert pratiquaient dans le silence : la ruminatio de la Parole jusqu'à ce qu'elle devienne examen de conscience et prière.

L'orateur de Marie : les homélies

Une quarantaine d'homélies conservées

André ne fut pas seulement un poète : il fut un prédicateur de premier ordre. La tradition lui attribue une cinquantaine d'œuvres en prose, dont une quarantaine d'homélies authentiques ou probables[56]. Beaucoup célèbrent les grandes fêtes du Christ et de la Vierge ; d'autres défendent explicitement le culte des saintes images, à l'aube de la crise iconoclaste.

Nikola Obrazopisov, icône de la Nativité de la Mère de Dieu, 1863. Wikimedia Commons, domaine public.

Ses homélies mariales comptent parmi les plus anciennes et les plus belles de toute la patristique grecque. Elles sont une source précieuse pour l'histoire du dogme marial : on y trouve, en germe, les intuitions que l'Église développera des siècles plus tard sur la sainteté singulière de Marie. André est ainsi l'un des témoins de cette foi mariale d'Orient que documentent les articles sur les dogmes mariaux.

La Nativité de Marie, aurore du salut

Sa célèbre homélie pour la Nativité de la Vierge est un chant cosmique de joie. André y voit dans la naissance de Marie le commencement du salut, le pont entre l'Ancien et le Nouveau Testament, l'aurore qui annonce le grand Jour. Le ton est jubilatoire, presque liturgique dans sa scansion des « Aujourd'hui ».

« Que toute la création chante et danse, qu'elle contribue de son mieux à la joie de ce jour. Que le ciel et la terre forment aujourd'hui une seule assemblée. » — Saint André de Crète, Homélie pour la Nativité de la Vierge Marie[57]

« Aujourd'hui s'élève le sanctuaire créé où résidera le Créateur de l'univers ; et une créature, par cette disposition toute nouvelle, est préparée pour offrir au Créateur une demeure sacrée. » — Saint André de Crète, Homélie pour la Nativité de la Vierge Marie[58]

Marie, « sanctuaire créé » où va habiter l'Incréé : la formule résume toute la théologie de l'Incarnation. André articule la naissance de la Vierge au mystère central de la foi — Dieu fait homme pour diviniser l'homme.

« C'est en cela que consiste l'essentiel des bienfaits du Christ ; c'est là que le mystère se manifeste, que la nature est renouvelée : Dieu s'est fait homme et l'homme assumé est divinisé. » — Saint André de Crète, Homélie pour la Nativité de la Vierge Marie[59]

Cette dernière phrase est l'un des plus beaux énoncés patristiques de la divinisation (théôsis), ce cœur de la sotériologie grecque : le Verbe s'est fait homme afin que l'homme devienne Dieu par grâce. André rejoint ici la grande tradition d'Athanase et de Maxime le Confesseur.

Les homélies sur la Dormition

André a aussi laissé trois homélies pour la Dormition de la Vierge[60], parmi les plus anciens grands témoignages liturgiques de cette fête en Orient. Il y célèbre le passage de Marie de la terre au Ciel, sa glorification auprès de son Fils, et sa maternité spirituelle sur l'Église. Ces textes, comme ceux de son cadet Jean Damascène, comptent parmi les fondements patristiques de la croyance, plus tard définie comme dogme, en l'Assomption de la Mère de Dieu.

Spiritualité et combat doctrinal

La componction, sœur de la miséricorde

Toute la spiritualité d'André tient en un mot : la componction, ce penthos qui n'est pas tristesse stérile mais retournement du cœur. Loin d'enfermer l'âme dans la culpabilité, la pénitence d'André débouche toujours sur la miséricorde : on pleure ses péchés parce qu'on croit au pardon. Le refrain même du Grand Canon — « Aie pitié de moi, ô Dieu » — est un acte de foi en la bonté de Dieu autant qu'un aveu de faute.

C'est pourquoi André est, avec Jean Climaque et Éphrem le Syrien, l'un des trois grands maîtres de la spiritualité des larmes dans l'Orient chrétien. Tous trois ont compris que le don des larmes est une visite de Dieu, et que le cœur contrit n'est pas un cœur écrasé, mais un cœur attendri, prêt à aimer.

Le défenseur des saintes images

Les dernières années d'André coïncident avec le début de la première crise iconoclaste, déclenchée par l'empereur Léon III l'Isaurien vers 726-730[61]. Plusieurs de ses homélies défendent le culte légitime des saintes images[62], dans la ligne qui triomphera au IIᵉ concile de Nicée (787) — septième concile œcuménique, qui restaure solennellement la vénération des icônes contre l'adoration réservée à Dieu seul[63] — et que développera magistralement Jean Damascène. La tradition selon laquelle son dernier voyage à Constantinople fut lié à cette résistance fait de lui, à sa manière, un précurseur des confesseurs de l'icône — au premier rang desquels son cadet saint Théodore Studite.

Culte et postérité

La fête du 4 juillet

L'Église fait mémoire de saint André de Crète le 4 juillet, jour de sa mort : son nom figure au Martyrologe romain à cette date[64], et les calendriers byzantins l'honorent comme « André de Crète, le mélode », l'un des plus grands chantres de l'Église[65][66]. Il n'a pas reçu le titre formel de Docteur de l'Église, réservé à un cercle restreint, mais son autorité spirituelle dans l'Orient est immense.

Le Martyrologe romain, au 4 juillet, fait mémoire de saint André de Crète, évêque de Gortyne, à Eresos dans l'île de Lesbos — loué pour l'art singulier de ses prières, de ses hymnes et de ses cantiques, et pour son exaltation de la Vierge Mère de Dieu[67].

⚠️ À ne pas confondre. Le 17 octobre, le calendrier byzantin honore un autre saint du même nom, André de Crète dit en Crisei, moine martyrisé à Constantinople en 766 ou 767, sur ordre de l'empereur iconoclaste Constantin V Copronyme, pour avoir publiquement dénoncé la persécution des images[68]. Ce martyr iconodule n'est pas l'hymnographe archevêque de Gortyne dont traite cet article.

Les reliques et la mémoire

Transférées à Constantinople, les reliques d'André y furent vénérées durant des siècles, comme l'atteste le pèlerin Étienne de Novgorod au XIVᵉ siècle[69]. Son nom est resté attaché, dans tout le monde orthodoxe, au Grand Canon : chanter « le canon de saint André » est, chaque Carême, une expérience spirituelle que des millions de fidèles renouvellent encore aujourd'hui.

Un maître pour l'Orient — et au-delà

L'influence d'André dépasse de loin sa Crète. En inventant le canon, il a donné à l'Orient la forme hymnographique qui structurera ses offices jusqu'à nos jours ; en composant le Grand Canon, il a légué à la chrétienté l'un de ses plus grands textes de pénitence. Sa génération — celle de Jean Damascène, de Germain de Constantinople, de Jean Climaque — est la dernière grande floraison de l'âge patristique grec. André de Crète en est l'un des fleurons : un évêque qui sut tomber et se relever, et faire de sa propre pénitence un chant pour tous.

Pourquoi lire saint André de Crète aujourd'hui ?

André parle à notre temps d'abord par sa vérité sur le péché et le pardon. À une époque qui hésite entre le déni de la faute et la culpabilité paralysante, il enseigne la voie juste : reconnaître son péché sans désespérer, parce que la miséricorde de Dieu est plus grande que toute faute. Le Grand Canon est, en ce sens, une école d'espérance pour qui se décourage de ses rechutes.

Ensuite, par sa manière de prier la Bible. En faisant défiler toute l'histoire sainte comme un miroir de l'âme, il montre que l'Écriture n'est pas un livre du passé, mais une parole qui me concerne, ici et maintenant. Apprendre à se reconnaître dans Adam, David ou le bon larron, c'est apprendre à lire l'Écriture en chrétien.

Enfin, par l'exemple de sa vie réconciliée. André n'est pas un saint sans tache : il a souscrit au monothélisme en 712, sous la contrainte, avant de se rétracter et de confesser de nouveau la foi. Sa sainteté n'est pas celle de l'homme qui n'est jamais tombé, mais de celui qui s'est relevé — et qui a transformé sa chute en chant. C'est peut-être la leçon la plus consolante de tout son héritage.

« Ô Très-Clément, accueille-moi par la pénitence, ramène-moi par la connaissance, afin que je ne devienne pas la proie de l'Ennemi, ô Sauveur, fais-moi miséricorde. » — Saint André de Crète, Grand Canon[70]

Pour aller plus loin

  • Saint Jean Climaque (579-649) — l'auteur de L'Échelle sainte, contemporain d'André et maître de la même componction (penthos) ; lu, lui aussi, au cœur du Grand Carême byzantin.
  • Saint Jean Damascène (675-749) — l'autre grand Damascène, qui perfectionna le canon et défendit les saintes images : le cadet d'André et le dernier des Pères grecs.
  • Saint Maxime le Confesseur (579-662) — le théologien des deux volontés du Christ, dont le combat contre le monothélisme éclaire la chute et le relèvement d'André en 712.
  • Saint Éphrem le Syrien (306-373) — le « harpiste de l'Esprit », autre grand poète liturgique et maître des larmes de pénitence.
  • Saint Théodore Studite (759-826) — le grand confesseur des icônes et réformateur monastique, héritier du combat iconodule qu'André pressentit.
  • Les Pères du désert — la tradition monastique de componction et de prière biblique dont André est l'un des héritiers.
  • Les dogmes mariaux — les définitions de l'Église sur la Vierge, dont les homélies mariales d'André sont l'un des témoins patristiques anciens.

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, article « St. Andrew of Crete » (newadvent.org/cathen/01473b.htm) : « b. at Damascus about the middle of the seventh century » ; « At the age of fifteen he repaired to Jerusalem, entered a monastery » ; « was finally sent by Theodore in 685 to felicitate the Emperor, Constantine Pogonatus, on the holding of the Sixth General Council » ; « remained at Constantinople, received deaconship » ; « finally appointed to the metropolitan see of Gortyna, in Crete » ; crédité de « the invention (or at least the introduction into Greek liturgical services) of the canon » ; le Grand Canon « whose immense length of 250 strophes has passed into a proverb with the Greeks », récité en entier « on the Thursday of the fifth week [...] of Lent » ; participation au conciliabule monothélite de 712, puis retour à l'orthodoxie ; « d. 4 July, 740 (or 720), on which day his feast is celebrated in the Greek Church ». catholic.net, fiche « St. Andrew of Crete » : après la chute de Bardanes, le pape Constantin admit qu'André n'avait assisté au synode hérétique que sous la contrainte (« under duress ») et l'accueillit de nouveau.

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  2. Encyclopædia Britannica, « Saint Andrew of Crete » (c. 660-740) : hymnographe, poète et prédicateur ; né à Damas ; moine à Jérusalem ; crédité de l'invention/introduction du kanōn (neuf odes, remplaçant le kontakion) ; auteur du Grand Canon pénitentiel ; archevêque de Gortyne en Crète ; fête le 4 juillet. (Référence consultée via fiche encyclopédique ; pagination non applicable, ressource en ligne.)

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  3. Wikipédia (en), « Andrew of Crete » : né vers 650/660 à Damas ; muet jusqu'à l'âge de sept ans, guéri après avoir reçu la sainte communion ; à quatorze ans, vie monastique à la laure de Saint-Sabas près de Jérusalem ; envoyé comme représentant au VIᵉ concile œcuménique (680-681) sous Constantin IV ; archidiacre à Sainte-Sophie ; métropolite de Gortyne ; au synode de 712, les décrets du concile œcuménique sont abolis, puis « in the following year, he repented and returned to orthodoxy » ; mort le 4 juillet (712, 726 ou 740) sur l'île de Lesbos en revenant de Constantinople vers la Crète ; reliques transférées à Constantinople, vues par le pèlerin Étienne de Novgorod en 1349 ; Grand Canon de 250 strophes à la première personne, reliant figures de l'Ancien et du Nouveau Testament au besoin de pénitence de l'âme, chanté les quatre premières nuits du Carême et le jeudi de la cinquième semaine ; 24 canons lui sont attribués, dont 14 sûrs.

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  4. Wikipédia (en), « Great Canon » et texte liturgique du Grand Canon de saint André de Crète : environ 250 tropaires répartis en neuf odes, chacune ouverte par un hirmos greffé sur les cantiques bibliques (Exode 15 ; Dt 32 ; 1 S 2 ; Habacuc ; Isaïe ; Jonas ; Daniel 3 ; Magnificat et Benedictus de Luc 1) ; œuvre pénitentielle à la première personne, dialogue de l'âme avec elle-même, convoquant Adam, Ève, Caïn, Abel, David et de nombreuses figures bibliques comme miroir de la pénitence ; refrain « Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi » avec prosternations ; chanté fractionné aux Grandes Complies des quatre premières nuits du Carême et en entier le jeudi de la cinquième semaine (« Station de sainte Marie l'Égyptienne », avec lecture de la vie de sainte Marie l'Égyptienne) ; kontakion « Mon âme, ô mon âme, lève-toi ! » (ton 6) chanté durant l'office, sans attribution d'auteur établie.

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  5. Wikipédia (fr), « André de Crète (hymnographe) » : né vers 660 à Damas dans une famille arabe chrétienne ; à quinze ans, moine au monastère attenant au Saint-Sépulcre de Jérusalem ; en 685, accompagne des prêtres à Constantinople pour confirmer l'adhésion de l'Église de Jérusalem aux décrets du sixième concile œcuménique de 680 ; diacre de Sainte-Sophie et administrateur de l'orphelinat (sous Léonce, 695-698) ; en 712 métropolite de Gortyne, participe au concile de Philippicus rétablissant le monothélisme, puis (chute de Philippicus en juin 713) confesse son erreur et revient à l'orthodoxie ; mort à Mytilène le 4 juillet, peut-être en lien avec son opposition à l'iconoclasme léonien ; inventeur du genre liturgique du canon (remplaçant le kontakion) ; Grand Canon pénitentiel en 250 strophes chanté le jeudi de la cinquième semaine du Carême ; environ 40 homélies, dont plusieurs en défense du culte des images ; fête le 4 juillet.

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  6. IIIᵉ concile de Constantinople (VIᵉ concile œcuménique), 680-681 : convoqué sous l'empereur Constantin IV Pogonat, il condamne le monothélisme et définit la présence en Jésus-Christ de deux volontés (divine et humaine) et de deux opérations, sans division ni confusion — couronnement du combat de saint Maxime le Confesseur. C'est à ce concile que l'ambassade d'André de Jérusalem (685) apporte l'adhésion de l'Église de Jérusalem, et c'est ce concile que le conciliabule de 712 prétendra abolir.

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  7. Épître à Tite 1, 5 : « Je t'ai laissé en Crète, afin que tu achèves de mettre en ordre ce qui reste à régler, et que, dans chaque ville, tu établisses des anciens, suivant ce que je t'avais moi-même prescrit. » Saint Tite, disciple de saint Paul, est traditionnellement tenu pour le premier évêque de Crète, dont Gortyne restera le siège métropolitain jusqu'à l'époque d'André.

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  8. Saint André de Crète, Grand Canon (Mégas Kanṓn) — texte grec édité en Patrologia Graeca, t. 97, col. 1330D-1386C (Migne) ; texte liturgique français (orthodoxievco.net, « Canon de saint André » ; Encyclopédie mariale, mariedenazareth.com, « Le grand Canon de saint André de Crète »). Citations vérifiées : premier tropaire « Par où commencerai-je à pleurer les actions de ma vie misérable ? Quel commencement donnerai-je, ô Christ, à ma présente lamentation ? » ; refrain « Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi » ; ode 1 « J'ai rivalisé en transgression avec Adam le premier formé [...] » ; « Ô Très-Clément, accueille-moi par la pénitence, ramène-moi par la connaissance [...] ».

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  9. Martyrologium Romanum, au 4 juillet (4 iulii) : mémoire de saint André de Crète, évêque de Gortyne, à Eresos dans l'île de Lesbos. Paraphrase du sens de la notice : la formulation latine exacte de l'editio typica n'a pu être vérifiée dans les sources consultées, la citation latine précédemment donnée est donc retirée.

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  10. Catholic Encyclopedia, article « Iconoclasm » (newadvent.org/cathen/07620a.htm) : en 726, l'empereur Léon III l'Isaurien publie un édit déclarant les images saintes idolâtres et ordonnant leur destruction dans les églises ; une révolte en Hellade (menée par un certain Cosmas, proclamé empereur rival) est écrasée en 727 ; un second édit, plus sévère, est promulgué en 730. Le patriarche Germain de Constantinople, premier grand défenseur des images, est déposé cette même année pour son refus de s'y soumettre.

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  11. Saint André de Crète, Homélies pour la Nativité de la Vierge Marie (quatre homélies) — texte grec en Patrologia Graeca, t. 97, col. 805, 819, 843 et 861 (Migne) ; citations tirées de la première homélie (col. 805-820), traduction française, Encyclopédie mariale (codexdei.mariedenazareth.com, « Homélie pour la Nativité de la Vierge Marie, St André de Crète († 740) »). Citations vérifiées : « Que toute la création chante et danse, qu'elle contribue de son mieux à la joie de ce jour. Que le ciel et la terre forment aujourd'hui une seule assemblée » ; « Aujourd'hui s'élève le sanctuaire créé où résidera le Créateur de l'univers [...] » ; « Dieu s'est fait homme et l'homme assumé est divinisé ». André a en outre laissé trois homélies pour la Dormition. Source secondaire pour la patristique mariale grecque.

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  12. Catholic Encyclopedia, article « Second Council of Nicaea » (newadvent.org/cathen/11045a.htm) ; Encyclopædia Britannica, « Second Council of Nicaea (787) » : septième concile œcuménique, réuni en 787 à l'initiative du patriarche Tarasios et de l'impératrice Irène, il restaure la vénération légitime des images (distincte de l'adoration due à Dieu seul), après leur suppression sous Léon III puis Constantin V ; les décrets sont confirmés par le pape Adrien Iᵉʳ.

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  13. Wikipédia (en), « Andrew of Crete (martyr) » ; Orthodox Church in America, Lives of the Saints, 17 octobre, « Venerable Martyr Andrew of Crete » : moine iconodule, connu sous le nom du monastère Saint-André en Krisei à Constantinople (aujourd'hui mosquée Koca Mustafa Pacha, Istanbul), il aurait publiquement dénoncé auprès de l'empereur Constantin V Copronyme la persécution des chrétiens fidèles aux images, avant d'être exécuté au Forum Bovis de Constantinople en 766 ou 767 ; fête au 17 octobre. Figure distincte de l'hymnographe archevêque de Gortyne traité dans cet article.

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