Faut-il communier sur la main ou dans la bouche ?

La communion sur la langue est la norme de l'Église latine et un droit permanent du fidèle selon son choix ; la communion dans la main est possible dans les pays ayant reçu l'indult depuis 1969, à des conditions strictes.

Ignispedia

La question « faut-il communier sur la main ou dans la bouche ? » ne se résout ni par la passion de camp ni par la formule rapide. La réponse catholique exige deux exactitudes simultanées. La norme de l'Église latine est la communion sur la langue — c'est la praxis (la pratique reçue) multiséculaire, réaffirmée par Paul VI en 1969, rappelée par Jean-Paul II (1980, 2004) et manifestée par l'exemple de Benoît XVI (2008)[1]. Tout fidèle a toujours le droit de la recevoir dans la bouche, selon son choix, partout, à toute messe, sans avoir à justifier ce choix[2].

Mais la communion dans la main n'est pas pour autant un sacrilège. Elle est attestée dès le IIIᵉ siècle et fut largement pratiquée pendant les premiers siècles du christianisme, avec des conditions de révérence strictes que les Pères de l'Église décrivent en détail[3]. Elle est aujourd'hui licite dans les pays qui en ont reçu l'indult (permission particulière accordée par Rome, dérogeant à la loi commune) depuis 1969, à des conditions strictes : permission de la conférence épiscopale avec confirmation du Siège apostolique, consommation immédiate de l'hostie devant le ministre, et refus en cas de risque de profanation[4] [5].

L'enjeu réel n'est donc pas un combat liturgique. Il est ailleurs : comment recevoir le Corps du Christ avec une foi vivante en sa présence réelle, dans une attitude d'adoration, en protégeant scrupuleusement chaque fragment ? C'est la question que pose toute la tradition catholique, des catéchèses mystagogiques du IVᵉ siècle aux gestes de Benoît XVI lors de la fête du Corpus Domini 2008[6]. Les deux modes peuvent y répondre quand ils sont pratiqués avec foi ; les deux peuvent y manquer quand ils sont vidés de leur sens.

La question en quatre points

Pour le lecteur pressé, l'essentiel doctrinal tient en quatre affirmations vérifiables, qui seront chacune développées plus bas avec leurs sources.

  1. La communion sur la langue est la norme de l'Église latine, imposée à partir du IXᵉ siècle et restée la pratique réaffirmée par Rome en 1969 (Memoriale Domini), rappelée en 1980 (Dominicae Cenae) et protégée en 2004 (Redemptionis Sacramentum, §92)[7] [8] [9].
  2. Tout fidèle conserve le droit de communier dans la bouche, selon son choix, partout, en toutes circonstances, sans pouvoir en être empêché[10].
  3. La communion dans la main est attestée dès le IIIᵉ siècle et fut largement pratiquée pendant les premiers siècles, avec des conditions de révérence que les Pères imposaient avec gravité[11] [12] [13].
  4. Elle est aujourd'hui licite dans les pays qui en ont reçu l'indult par confirmation du Saint-Siège, mais à des conditions strictes : permission de la conférence épiscopale, consommation immédiate devant le ministre, refus en cas de risque de profanation, et maintien du plateau de communion[14] [15] [16].

Pour les détails — sources patristiques, dates des conciles, chronologie des indults, citations magistérielles, débats actuels — la suite de l'article reprend point par point.

Ce que dit l'Église aujourd'hui

Une norme de l'Église latine : la communion sur la langue

L'Instruction Memoriale Domini (29 mai 1969), promulguée par la Sacrée Congrégation pour le Culte Divin avec l'approbation de Paul VI, est le document fondateur du droit liturgique actuel. Elle pose une affirmation centrale : la communion sur la langue, distribuée par le ministre ordonné, reste la praxis normative de l'Église latine[17].

Le texte donne trois motifs explicites pour maintenir cette tradition : ce mode doit être conservé parce qu'il s'appuie sur une tradition multiséculaire, parce qu'il exprime la révérence des fidèles envers l'Eucharistie, et parce qu'il n'enlève rien à la dignité de celui qui s'approche d'un si grand sacrement tout en appartenant à la préparation requise pour recevoir avec le plus grand fruit le Corps du Seigneur[18].

Le document précise immédiatement que cette pratique offre trois garanties pédagogiques et théologiques : elle protège la révérence due au sacrement, elle écarte tout danger de profanation et de mauvais traitement des espèces, et elle préserve l'attention scrupuleuse aux fragments que requiert l'Église de tout temps[19].

Le droit du fidèle de communier dans la bouche

Cette préférence se traduit, en droit liturgique, par un droit permanent du fidèle. L'instruction Redemptionis Sacramentum (25 mars 2004) de la Congrégation pour le Culte Divin, qui rassemble les normes en vigueur après le Concile Vatican II, est explicite au paragraphe 92 (texte officiel, vatican.va) :

« Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche. Si un communiant désire recevoir le Sacrement dans la main, dans les régions où la Conférence des Évêques le permet, avec la confirmation du Siège Apostolique, on peut lui donner la sainte hostie. Cependant, il faut veiller attentivement dans ce cas à ce que l'hostie soit consommée aussitôt par le communiant devant le ministre, pour que personne ne s'éloigne avec les espèces eucharistiques dans la main. S'il y a un risque de profanation, la sainte Communion ne doit pas être donnée dans la main des fidèles. » — Congrégation pour le Culte Divin, instruction Redemptionis Sacramentum, 25 mars 2004, §92[20]

Aucune décision pastorale locale, aucun usage devenu majoritaire dans une paroisse, ne peut suspendre ce droit. Un prêtre ou un ministre extraordinaire ne peut pas refuser la communion à un fidèle au motif qu'il la reçoit dans la bouche plutôt que dans la main[21].

La communion dans la main : des conditions strictes

Quand la communion dans la main est autorisée, elle n'est jamais inconditionnelle. Les exigences, posées par Memoriale Domini (1969) puis reprises par Redemptionis Sacramentum (2004, §92-93), sont les suivantes — et le vote secret aux deux tiers relève de la procédure de Memoriale Domini, non du §92 :

ConditionExigence concrèteSource
Permission de la conférenceDemande de la conférence épiscopale (là où l'usage s'est déjà introduit : vote secret aux deux tiers) + confirmation du Siège apostoliqueMemoriale Domini 1969
Consommation immédiateL'hostie doit être consommée aussitôt par le communiant devant le ministre, jamais emportéeRedemptionis Sacramentum §92
Refus si risque de profanationS'il y a un risque de profanation, la communion ne doit pas être donnée dans la main des fidèlesRedemptionis Sacramentum §92
Plateau de communionMaintenir l'usage du plateau pour la communion des fidèles, afin qu'aucune hostie ni fragment ne tombe à terreRedemptionis Sacramentum §93

Ces exigences ne sont pas des recommandations de bon ton : ce sont des normes disciplinaires en vigueur dans l'Église latine[22] [23].

Le rappel pratique du père Iannuzzi

Le théologien américain Joseph Iannuzzi, docteur en théologie sacrée (thèse de doctorat soutenue à l'Université grégorienne de Rome le 22 novembre 2012, sur le don de vivre dans la Volonté de Dieu selon les écrits de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta), a synthétisé la doctrine catholique sur ce point en mars 2020 dans un article autonome, « The Proper way of Receiving Communion » (publié le 28 mars 2020 sur tligradio.org ; traduction française par nos soins), à l'occasion de la pandémie qui avait conduit certains diocèses à imposer la communion dans la main pour des raisons sanitaires :

« La praxis et la manière normative de l'Église pour bien recevoir la Communion est sur la langue. Bien qu'en 1977 le Pape ait accordé un indult aux diocèses des États-Unis pour permettre la Communion dans la main, le nombre de rites catholiques et de pays ayant reçu cet indult est faible. […] Lorsque l'Église permet la Communion dans la main en ces temps exceptionnels, il est inapproprié pour quiconque de prétendre que c'est un sacrilège absolu. Néanmoins, quiconque n'est pas en état de grâce et reçoit la Communion, soit sur la langue soit dans la main, commet un sacrilège. » — R. J. Iannuzzi, « The Proper way of Receiving Communion », 28 mars 2020[24]

Cette phrase contient tout l'équilibre catholique : la communion sur la langue est la norme, la communion dans la main n'est pas intrinsèquement sacrilège, et le sacrilège véritable est de communier sans état de grâce, quel que soit le mode[25]. Précision nécessaire : l'affirmation selon laquelle les pays ayant reçu l'indult seraient « peu nombreux » date de 2020 et ne doit pas être prise au pied de la lettre — les indults accordés depuis 1969 sont en réalité nombreux (voir la chronologie ci-dessous).

La pratique des premiers siècles : la communion dans la main

Pour comprendre l'équilibre actuel, il faut remonter aux sources patristiques. La communion dans la main n'est ni une invention de Vatican II, ni une concession protestante des années 1960. Elle est attestée par les Pères de l'Église dès le IIIᵉ siècle (Tertullien, Cyprien) et reste largement pratiquée pendant les premiers siècles, en Orient comme en Occident, comme le montrent les témoignages de Cyrille de Jérusalem, de Basile et du concile in Trullo[26] [27] [28] [29].

Le témoignage central attribué à saint Cyrille de Jérusalem (IVᵉ siècle)

Le texte patristique de référence est la Cinquième Catéchèse mystagogique attribuée à saint Cyrille de Jérusalem (vers 313-386), évêque de la Ville sainte et Docteur de l'Église — l'attribution à Cyrille ou à son successeur Jean de Jérusalem restant débattue entre patristiciens, la datation vers 348-350 est donc donnée sous réserve. Adressée aux néophytes après leur baptême pascal, elle détaille comment recevoir l'Eucharistie de manière exemplaire :

Saint Cyrille de Jérusalem donne le témoignage patristique le plus précis sur la communion dans la main : les paumes forment un trône et aucun fragment ne doit être perdu.

« Quand donc tu t'approches, ne t'avance pas les paumes des mains étendues, ni les doigts disjoints ; mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi, et, dans le creux de ta main, reçois le Corps du Christ, en disant : Amen. Puis, ayant avec précaution sanctifié tes yeux par le contact du saint Corps, prends-le, en veillant à ne rien en perdre. Car ce que tu perdrais, considère que tu le perdrais d'un de tes propres membres. » — Saint Cyrille de Jérusalem, Cinquième Catéchèse mystagogique, 21, vers 350[30]

Trois éléments doivent être notés. Primo, la pratique décrite est explicitement la communion dans la main — le néophyte tend les deux paumes, l'hostie est déposée dans le creux. Secundo, la disposition est imposée comme une véritable liturgie du corps : la main gauche fait « trône » à la main droite, qui « doit recevoir le Roi ». Tertio, l'attention aux fragments est rigoureuse : ce qui serait perdu serait comparable à la perte d'un membre du communiant lui-même[31].

Cyrille poursuit (V, 22) avec la communion au Précieux Sang : s'avancer en s'inclinant avec adoration, sans étendre les mains, et répondre « Amen » en recevant la coupe[32]. Aucun chrétien des IVᵉ-Vᵉ siècles ne lisait ce texte avec gêne : il décrivait la pratique liturgique courante.

Tertullien, Cyprien, Basile : laïcs portant l'Eucharistie

D'autres témoignages convergents complètent celui de Cyrille. Tertullien (vers 155-220), dans son traité De Corona (III, 3-4), atteste que les fidèles reçoivent l'Eucharistie de la main des seuls présidents de l'assemblée, et qu'on s'afflige si quelque parcelle du pain ou du vin vient à tomber à terre[33]. Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258), évêque martyr, évoque dans son De Lapsis (chapitre 26) — traité sur ceux qui ont défailli pendant les persécutions — des fidèles qui reçoivent l'Eucharistie dans leurs mains et la conservent à domicile[34].

Saint Basile le Grand (329-379), Père de la Cappadoce et Docteur de l'Église, écrit à la patricienne Césarie une lettre devenue célèbre (Lettre 93, vers 372). L'ordre même de son propos est instructif, et nous le suivons ici en le résumant fidèlement : Basile rappelle d'abord qu'en temps de persécution, faute de prêtre, le fidèle prend lui-même la communion de sa propre main, en vertu d'une longue coutume ; il cite ensuite les solitaires du désert, qui conservent la communion dans leurs maisons et communient de leur propre main là où il n'y a point de prêtre ; il mentionne enfin les laïcs d'Alexandrie et d'Égypte, qui pour la plupart gardent eux aussi la communion chez eux[35].

Cette lettre est capitale parce qu'elle décrit une pratique tellement reçue qu'elle survit hors de toute liturgie communautaire. Si la communion reçue de sa propre main avait été considérée comme intrinsèquement sacrilège, Basile ne pourrait pas la défendre comme une « longue coutume »[36].

Saint Augustin et la sanctification par le toucher

Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone et Docteur de l'Église, mentionne plusieurs fois le toucher de l'Eucharistie par le communiant. Dans ses Enarrationes in Psalmum 98, commentant le verset « adorez l'escabeau de ses pieds », il pose la formule fameuse selon laquelle personne ne mange cette chair sans l'avoir d'abord adorée[37].

Saint Jean Damascène et le concile in Trullo

L'usage perdure en Orient bien plus longtemps qu'en Occident. Saint Jean Damascène (vers 676-749), dernier des Pères de l'Église grecque, codifie au VIIIᵉ siècle dans son Exposé exact de la foi orthodoxe la posture rituelle :

La fraction du pain dans l'art paléochrétien rappelle le contexte liturgique où les Pères décrivent une réception très codifiée du Corps du Christ.

« Approchons-nous donc avec un désir ardent, et, les paumes des mains formant une croix, recevons le Corps du Crucifié, en disant : Amen. » — Saint Jean Damascène, Exposé exact de la foi orthodoxe, livre IV, chapitre 13, vers 743[38]

Le Concile in Trullo (Constantinople, 691-692), assemblée orientale qui codifie la discipline byzantine, consacre au canon 101 la même prescription en termes nets et donne la sanction canonique correspondante (traduction abrégée, coupures marquées) :

« Le grand Apôtre nous dit clairement que l'homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu […]. Si donc quelqu'un veut, au temps de la synaxe (l'assemblée liturgique), communier au Corps immaculé et devenir un avec lui par cette participation, qu'il dispose ses mains en forme de croix et qu'il approche, recevant la communion de la grâce. Quant à ceux qui, au lieu de leurs mains, fabriquent des récipients en or ou en quelque autre matière pour recevoir le divin don, nous n'approuvons en aucune manière cette pratique, parce qu'ils préfèrent à l'image de Dieu une matière inanimée et qui lui est soumise. » — Concile in Trullo, canon 101, Constantinople, 692[39]

Ce canon a une portée considérable : non seulement il valide la communion dans la main, mais il interdit aux fidèles de fabriquer un récipient externe (gobelet, plateau personnel) pour recevoir l'hostie, parce que la main humaine, créée à l'image de Dieu, est par elle-même plus digne qu'un vase de matière[40]. Le canon frappe de retranchement aussi bien le ministre qui distribuerait la communion à des fidèles munis de tels récipients que ces fidèles eux-mêmes[41].

Les conditions de révérence imposées dès le départ

Les Pères ne prêchent jamais une communion désinvolte. Les conditions imposées dès les premiers siècles montrent à quel point la pratique antique était liturgiquement codifiée :

  • Disposition des mains en forme de croix ou de trône, jamais paume à plat ou doigts ouverts[42] [43] [44].
  • Consommation sur place, sauf le cas particulier de l'Eucharistie conservée à la maison par les chrétiens éprouvés (persécutés, malades, solitaires), évoqué par Basile[45].
  • Soin scrupuleux des fragments : ce qui serait perdu serait comparable à la perte d'un membre, selon la formule de Cyrille[46] ; Tertullien atteste la même affliction si quelque parcelle vient à tomber à terre[47].

La communion antique dans la main n'a donc rien à voir avec une « communion-self-service » désacralisée. Elle suppose un rite ritualisé, codifié, articulé à toute la liturgie eucharistique, et inséparable de la disciplina arcani — la « discipline du secret » qui environnait le mystère eucharistique d'un voile sacré.

Le glissement médiéval vers la communion sur la langue (IVᵉ-XIIIᵉ siècles)

La communion dans la main est restée la pratique courante pendant huit siècles, mais des signaux d'alerte apparaissent dès l'Antiquité tardive. La bascule vers la communion sur la langue, complète en Occident au XIᵉ-XIIIᵉ siècle, n'est pas le résultat d'une condamnation théologique de l'ancien usage : c'est une lente évolution disciplinaire motivée par la défense de la révérence, la lutte contre les profanations, et la transformation matérielle de l'hostie.

Saragosse (380) : le premier verrou contre la profanation

Le Concile de Saragosse, tenu en 380 sous la présidence de Delphin de Bordeaux, est convoqué pour répondre à la diffusion du priscillianisme, mouvement ascétique radical considéré comme hérétique. Parmi ses huit canons, l'un (souvent identifié au troisième) excommunie le fidèle qui reçoit l'Eucharistie à l'église sans la consommer sur place — pratique de certains priscillianistes qui emportaient l'hostie pour la garder ou la traiter à part :

« Si quelqu'un, ayant reçu la grâce eucharistique, ne la consomme pas, qu'il soit anathème pour toujours. » — Concile de Saragosse, canon 3 (paraphrasé), 380[48]

Le canon vise une dérive précise, mais sa portée est large : à partir de 380, l'Église occidentale surveille de près le moment où l'hostie est consommée et tend à demander la consommation immédiate sur place. C'est le premier mouvement de fond vers une communion étroitement supervisée par le ministre[49].

Synode de Cordoue (839) et concile de Rouen (vers 878) : la bascule

Quatre siècles plus tard, la bascule disciplinaire s'opère en deux temps en Occident. Le Synode de Cordoue (839), qui condamne entre autres les Casiani refusant la communion dans la bouche, et surtout le Concile de Rouen (daté de 650 selon la chronologie ancienne, ou du IXᵉ siècle — vers 878 — selon la datation la plus courante) imposent explicitement la communion sur la langue. La formule du concile de Rouen est citée par toutes les histoires liturgiques :

« Qu'on ne pose l'Eucharistie dans la main d'aucun laïc ni d'aucune femme, mais seulement dans leur bouche. » — Concile de Rouen, Nulli autem laico aut feminae Eucharistiam in manibus ponat, sed tantum in os ejus (dans la bouche, non dans les mains)[50]

À partir de cette date, la communion sur la langue devient la pratique commune dans l'ensemble du rite latin. La transition s'achève aux XIᵉ-XIIᵉ siècles, et au XIIIᵉ siècle elle est devenue la pratique reçue en Occident, distribuée par le prêtre seul, sur la langue[51].

L'introduction du pain azyme et le souci des fragments

Une cause matérielle accompagne ce glissement disciplinaire. L'introduction du pain azyme (pain sans levain) en Occident, généralisée du IXᵉ au XIᵉ siècle, modifie la texture de l'hostie. Le pain azyme produit des fragments plus nombreux et plus fins que le pain levé. Plus l'hostie devient compacte et petite, plus la communion sur la langue, sans toucher de la main, devient le geste de précision le plus sûr pour ne rien perdre[52].

Parallèlement, l'afflux de foules nombreuses aux paroisses, dont la préparation au mystère est inégale, conduit les évêques à resserrer le rite eucharistique pour défendre la révérence collective. Ce n'est pas un raidissement clérical contre les laïcs : c'est une réponse de prudence pastorale.

Saint Thomas d'Aquin : seul le prêtre dispose des espèces

Saint Thomas d'Aquin fonde théologiquement, au XIIIᵉ siècle, la pratique alors devenue universelle : seul le prêtre, dont les mains ont été consacrées par l'onction, touche ordinairement les espèces eucharistiques.

Au XIIIᵉ siècle, la pratique est devenue universelle et reçoit son fondement théologique systématique chez saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Docteur commun de l'Église. Dans la Somme Théologique, III, question 82, article 3, il pose explicitement que la distribution du sacrement est réservée au prêtre, parce que les mains du prêtre sont consacrées spécifiquement pour toucher les espèces eucharistiques par l'onction du jour de l'ordination :

« La dispensation du Corps du Christ appartient au prêtre pour trois raisons. Premièrement, parce que c'est lui qui consacre, comme tenant la place du Christ ; or, comme c'est le Christ qui a consacré son Corps à la Cène et qui l'a aussi donné aux autres à manger, ainsi à celui qui tient sa place de consacrer revient aussi celle de dispenser. Deuxièmement, parce que le prêtre est constitué médiateur entre Dieu et le peuple, et qu'il appartient au médiateur de présenter au peuple les choses divines qu'il reçoit de Dieu. Troisièmement, par respect pour le sacrement, car aucun objet, sinon ce qui est consacré, ne touche le sacrement, comme le corporal et le calice, et de même les mains du prêtre, pour toucher ce sacrement. Aussi n'est-il licite à personne de le toucher, hormis le cas de nécessité, par exemple s'il tombait à terre ou en quelque autre cas semblable. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, III, question 82, article 3[53]

Cet article fonde la conviction médiévale et tridentine : les seules mains qui touchent ordinairement les espèces consacrées sont les mains consacrées du prêtre. Une exception est prévue pour la nécessité (hostie tombée à terre), mais en régime ordinaire, la main du laïc ne touche pas l'hostie ; elle est reçue sur la langue.

De Trente à 1969 : la norme commune du rite latin

Le Concile de Trente : confirmer la pratique reçue

Le Concile de Trente (1545-1563), dans la treizième session consacrée à l'Eucharistie (11 octobre 1551), ne légifère pas spécifiquement sur le mode de réception manuel ou linguale, parce que la question n'est pas en débat à cette époque : la communion sur la langue est la norme reçue depuis des siècles en Occident[54]. Le décret tridentin se concentre sur la défense de la présence réelle face aux réformateurs protestants. Mais la pratique liturgique tridentine, qui en découle, est uniforme : communion à la balustrade, à genoux, sur la langue, par le prêtre seul[55].

Cette discipline tridentine domine sans interruption jusqu'à 1969. Pendant près de mille ans, dans le rite latin, aucun fidèle ne reçoit ordinairement l'hostie dans la main. C'est la pratique reçue par toutes les générations catholiques modernes — celle des saints du XVIᵉ au XXᵉ siècle, celle des grandes apparitions mariales, celle du Curé d'Ars et de sainte Thérèse de Lisieux.

Une discipline qui culmine au début du XXᵉ siècle

Saint Pie X, par le décret Sacra Tridentina Synodus (20 décembre 1905), encourage la communion fréquente, voire quotidienne, et par Quam Singulari (1910) il abaisse l'âge de la première communion à l'âge de raison (7 ans). Ces deux textes font basculer la pastorale eucharistique du XXᵉ siècle vers une fréquence accrue de la communion, mais ils ne modifient en rien le mode de réception : c'est toujours sur la langue, à genoux, à la balustrade[56].

C'est sur ce fond de pratique millénaire que va survenir, à la fin des années 1960, la crise post-conciliaire.

La crise post-conciliaire : Memoriale Domini (1969)

Une pratique introduite « abusivement »

La discipline eucharistique passe d'une pratique antique très encadrée à une norme occidentale sur la langue, puis à un régime moderne d'indults locaux.

Le Concile Vatican II (1962-1965) n'autorise nulle part la communion dans la main. Sa Constitution sur la liturgie sacrée Sacrosanctum Concilium ne mentionne pas le sujet[57]. Pourtant, dès la fin des années 1960, certaines régions d'Europe — Pays-Bas, Belgique, Allemagne, France — commencent à pratiquer la communion dans la main sans autorisation du Saint-Siège, sous prétexte de retour à la pratique antique[58].

Cette pratique introduite sans autorisation met Rome devant un fait accompli. L'archevêque Malcolm Ranjith, alors secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin, écrira plus tard dans la préface de Dominus est (2008) qu'elle fut « acceptée » après avoir été introduite abusivement dans certains pays, sans avoir été demandée ni par Sacrosanctum Concilium ni par les Pères conciliaires[59]. Paul VI choisit alors une voie de discernement collégial.

Le sondage des évêques

Le pape consulte par écrit les évêques de l'Église latine. Les réponses, dépouillées au 12 mars 1969, portent sur trois questions distinctes, dont les résultats sont rapportés dans le préambule de Memoriale Domini :

QuestionPlacet (oui)Non placet (non)Placet iuxta modum (oui avec réserves)Nuls
Admettre, en plus du mode traditionnel, la communion dans la main5671 23331520
Autoriser des expériences préalables dans de petites communautés7511 215—70
Les fidèles accueilleraient-ils volontiers ce rite après une catéchèse adaptée8351 185—128

La conclusion du sondage est nette : sur la première question, 1 233 évêques sur 2 135 suffrages exprimés et nuls, soit 57,7 %, refusent toute modification — une majorité claire, mais pas les deux tiers. Les partisans de l'innovation (26,5 %) sont minoritaires, et 14,8 % ne l'acceptent qu'avec des réserves explicites (placet iuxta modum, « oui avec des modalités »)[60].

La décision de Paul VI : maintenir, encadrer, tolérer

Sur la base de ce vote, Paul VI prend une décision en trois temps que Memoriale Domini articule explicitement :

  1. Premier temps — maintien de la norme. Le pape déclare clairement qu'il ne juge pas opportun de modifier la praxis traditionnelle de l'Église latine : la communion sur la langue reste la norme[61].
  2. Deuxième temps — refus d'imposer le retour à l'ordre. Là où la pratique de la communion dans la main s'est déjà introduite sans autorisation (Pays-Bas, Belgique, etc.), il ne demande pas son extinction immédiate. Il en confie la gestion aux conférences épiscopales locales.
  3. Troisième temps — création de l'indult conditionnel. Là où cet usage contraire s'est déjà introduit, la conférence épiscopale peut en demander la régularisation au Saint-Siège selon une procédure stricte : vote secret aux deux tiers de l'épiscopat de la région concernée, motivation écrite, et confirmation expresse du Saint-Siège avant toute mise en application[62]. L'extension de cette faculté à des pays où l'usage ne s'était pas introduit viendra ensuite par des indults ultérieurs, au cas par cas.

Cette troisième disposition est le régime juridique encore en vigueur aujourd'hui[63].

Chronologie des indults par pays

L'application de Memoriale Domini a produit une carte mondiale très inégale de la communion dans la main. Tous les pays ne l'ont pas adoptée, et certains l'ont fait beaucoup plus tard que d'autres. Voici les jalons principaux :

  1. 29 mai 1969
    Memoriale Domini

    Paul VI maintient la communion sur la langue comme norme de l'Église latine. Indult conditionnel possible là où l'usage contraire s'est déjà introduit.

  2. 29 mai 1969
    Lettre accompagnant l'indult

    Une lettre pastorale accompagne l'indult et rappelle les conditions : catéchèse préalable, consommation immédiate, vigilance sur les fragments.

  3. 31 mai 1969
    Belgique

    Première conférence régularisée après Memoriale Domini.

  4. 6 juin 1969
    France et Allemagne

    Régularisation des pratiques déjà introduites avant la promulgation.

  5. 5 mars 1975
    Brésil

    La conférence brésilienne reçoit la faculté de distribuer la communion dans la main.

  6. 17 juin 1977
    États-Unis

    Confirmation romaine de l'indult accordé à la Conférence épiscopale américaine après plusieurs années de débat interne. Le pays bascule majoritairement vers la communion dans la main au cours des années 1980.

  7. 3 avril 1985
    Notification du Saint-Siège

    Rome rappelle qu'aucun fidèle ne doit être obligé de recevoir la communion dans la main contre son choix.

  8. 1989
    Italie

    Délibération n° 56 de la Conférence épiscopale italienne (15-19 mai 1989), recognitio romaine du 14 juillet 1989, entrée en vigueur le 3 décembre 1989. L'usage reste minoritaire dans la péninsule, où la communion sur la langue demeure largement majoritaire pendant deux décennies.

  9. avril 1996
    Argentine

    Les évêques argentins votent la demande d'indult (la date exacte de l'indult romain n'est pas établie).

  10. 9 mars 2005
    Pologne

    Indult accordé à la Conférence épiscopale polonaise, par une décision unanime. La communion sur la langue reste largement majoritaire.

  11. 22 mai 2008
    Geste de Benoît XVI

    À la fête du Corpus Domini, célébrée devant la basilique Saint-Jean-de-Latran, le pape distribue la communion sur la langue à des fidèles agenouillés sur prie-Dieu. À partir de mai 2008, ce mode devient celui des messes papales (cf. Mgr Guido Marini).

L'indult moderne reste une permission locale : il ne transforme pas la communion dans la main en norme de l'Église latine.

Cette chronologie révèle deux choses importantes. D'abord, l'indult a été accordé pays par pays et n'est pas universel : dans un pays qui n'a pas reçu l'indult, la communion ne se reçoit que sur la langue[64]. Ensuite, la carte d'application est restée longtemps incomplète : l'Italie n'a obtenu la faculté qu'en 1989 (recognitio du 14 juillet 1989), et la Pologne en 2005 seulement — signe que l'Église ne considère pas la communion dans la main comme un acquis universel, mais comme une permission locale et conditionnelle[65].

Le rappel doctrinal de Jean-Paul II : Dominicae Cenae (1980)

Onze ans après Memoriale Domini, Jean-Paul II publie sa première lettre sur l'Eucharistie : Dominicae Cenae (24 février 1980), adressée à tous les évêques de l'Église. Le paragraphe 11 contient un rappel important sur le mode de la communion :

Jean-Paul II rappelle dans Dominicae Cenae que toucher les espèces sacrées est lié au ministère ordonné et à la responsabilité envers la foi eucharistique.

Le pape constate d'abord que la pratique « a été demandée par des Conférences épiscopales particulières, et elle a obtenu l'approbation du Siège Apostolique », puis il fait part des « cas de regrettables manques de respect à l'égard des espèces eucharistiques » dont il entend parler, et il regrette que l'on ne tienne parfois pas compte « du libre choix et de la libre volonté de ceux qui, là où a été autorisée aussi la distribution de la communion dans la main, préfèrent s'en tenir à l'usage de la recevoir dans la bouche »[66].

Il rappelle ensuite, dans l'ordre du texte (texte officiel, vatican.va) :

« […] leurs mains, comme leur parole et leur volonté, sont donc devenues un instrument direct du Christ. […] Toucher les saintes espèces, les distribuer de ses mains, est un privilège des personnes ordonnées, qui indique une participation active au ministère de l'Eucharistie. […] » — Saint Jean-Paul II, lettre Dominicae Cenae, 24 février 1980, §11[67]

Jean-Paul II appelle les évêques à une vigilance pastorale renforcée sur ces manques de respect[68].

L'instruction connexe Inaestimabile Donum (3 avril 1980), publiée par la Sacrée Congrégation pour les Sacrements et le Culte Divin, applique au plan disciplinaire les rappels de Dominicae Cenae et confirme que les ministres extraordinaires de la communion ne sont autorisés qu'en cas de véritable nécessité[69].

Redemptionis Sacramentum (2004) : la norme actuelle

Sous le pontificat de Jean-Paul II encore, la Congrégation pour le Culte Divin promulgue le 25 mars 2004 l'instruction Redemptionis Sacramentum, signée par le cardinal préfet Francis Arinze et confirmée par le pape lui-même. C'est le texte disciplinaire de référence en vigueur aujourd'hui pour les normes liturgiques eucharistiques[70].

§91 — Aucune discrimination selon la posture

Le paragraphe 91 protège explicitement le fidèle qui souhaite communier à genoux ou debout (texte officiel, vatican.va) :

« Au sujet de la distribution de la sainte Communion, il faut se rappeler que "les ministres sacrés ne peuvent refuser les sacrements aux personnes qui les leur demandent opportunément, sont dûment disposées et ne sont pas empêchées par le droit de les recevoir". […] Par conséquent, il n'est pas licite de refuser la sainte Communion à un fidèle, pour la simple raison, par exemple, qu'il désire recevoir l'Eucharistie à genoux ou debout. » — Congrégation pour le Culte Divin, Redemptionis Sacramentum, §91[71]

§92 — Le droit du fidèle de communier dans la bouche

Le paragraphe 92, cité plus haut dans son texte officiel, pose les principes que la pastorale doit respecter sans exception : droit permanent de recevoir dans la bouche selon son choix ; communion dans la main possible là où la conférence épiscopale l'a obtenue avec confirmation du Siège apostolique, avec consommation aussitôt devant le ministre ; refus de la communion dans la main en cas de risque de profanation[72].

§93 — Le plateau de communion

Le paragraphe 93 demande de maintenir l'usage du plateau de communion pour les fidèles (texte officiel, vatican.va) :

« Il faut maintenir l'usage du plateau pour la Communion des fidèles, afin d'éviter que la sainte hostie, ou quelque fragment, ne tombe à terre. » — Congrégation pour le Culte Divin, Redemptionis Sacramentum, §93[73]

Cette norme, peu appliquée en pratique paroissiale, est pourtant toujours en vigueur. Sa raison est simple : l'hostie consacrée est le Corps du Christ, et la perte d'un fragment est, selon la formule de Cyrille, comparable à la perte d'un membre du communiant[74].

Le geste de Benoît XVI (2008) et le débat actuel

Corpus Domini 2008 : la communion sur la langue à genoux

Le 22 mai 2008, devant la basilique Saint-Jean-de-Latran, le pape Benoît XVI célèbre la fête du Saint-Sacrement et distribue la communion à des fidèles agenouillés sur des prie-Dieu, sur la langue uniquement. Le geste est immédiatement commenté dans le monde entier[75].

Le geste liturgique de Benoît XVI en 2008 n'a pas abrogé l'indult, mais il a rendu visible la préférence romaine pour la communion sur la langue à genoux.

Le cérémoniaire pontifical Mgr Guido Marini, interrogé sur la signification de ce choix dans un entretien à L'Osservatore Romano (fin juin 2008), explique — nous résumons ici fidèlement son propos — que la communion donnée sur la langue et à genoux est un mode destiné à devenir habituel dans les célébrations pontificales : il manifeste mieux la vérité de la présence réelle dans l'Eucharistie, favorise la dévotion des fidèles et introduit plus facilement au sens du mystère[76]. Marini rappelle aussi que, du point de vue juridique, la communion dans la main demeure un indult à la loi universelle[77].

À partir de mai 2008, Benoît XVI maintiendra ce mode dans les messes papales. Le geste n'a pas valeur juridique universelle — il ne modifie pas le droit de Memoriale Domini ni l'indult accordé aux conférences épiscopales —, mais il a valeur d'exemple liturgique : le pape lui-même, dans la liturgie la plus visible de l'Église, manifeste une préférence corporellement vécue pour la communion sur la langue à genoux[78].

Mgr Athanasius Schneider et Dominus est (2008)

La même année 2008, Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda (Kazakhstan) issu de l'Église souterraine sous le communisme soviétique, publie à la Libreria Editrice Vaticana un petit livre intitulé Dominus est. Riflessioni di un vescovo dell'Asia Centrale sulla sacra Comunione. La préface est signée par l'archevêque sri-lankais Malcolm Ranjith, alors secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin (2005-2009 ; créé cardinal le 20 novembre 2010).

Ranjith y écrit, dans une phrase qui fera date (nous traduisons de l'édition originale) :

« Je crois qu'il est temps d'évaluer avec soin la pratique de la communion dans la main et, si nécessaire, d'abandonner ce qui n'a été demandé ni par Sacrosanctum Concilium ni par les Pères conciliaires, mais a été "accepté" après avoir été introduit abusivement dans certains pays. » — Mgr Malcolm Ranjith, préface à Mgr Athanasius Schneider, Dominus est, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 2008[79]

Mgr Schneider, dans son ouvrage, ne nie pas la légitimité historique de la communion dans la main aux premiers siècles. Il documente au contraire en détail les sources patristiques. Mais il pose la question pastorale du contexte : ce qui était possible dans la culture rituelle codifiée du IVᵉ siècle, dans une Église de catéchumènes et de néophytes, ne se transpose pas mécaniquement dans une culture séculière où la pratique sacramentelle a souvent perdu son arrière-plan d'adoration[80].

Le cardinal Robert Sarah et l'appel au retour

Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte Divin de 2014 à 2021, a régulièrement plaidé en faveur d'un retour pastoral à la communion sur la langue. Dans la préface qu'il donne en février 2018 au livre du P. Federico Bortoli, La distribuzione della comunione sulla mano (Cantagalli), il plaide pour un retour à la communion reçue directement sur la langue, à genoux[81].

Sarah, comme Schneider, ne déclare jamais la communion dans la main sacrilège ; il en souligne le coût pastoral en termes de transmission de la foi en la présence réelle dans une époque où la croyance eucharistique s'effondre statistiquement.

Le cardinal Raymond Burke et la défense du droit du fidèle

Le cardinal Raymond Burke, ancien préfet de la Signature apostolique, insiste de son côté sur le droit du fidèle de recevoir sur la langue, partout, en tout temps, sans subir de discrimination pastorale[82]. Sa position correspond à la lettre de Redemptionis Sacramentum §91-92 et ne fait que l'appliquer.

La parole d'un théologien contemporain : père Iannuzzi

Le père Joseph Iannuzzi, théologien systématique formé à la Grégorienne et docteur en théologie sacrée, propose en mars 2020, dans son article « The Proper way of Receiving Communion » (tligradio.org ; traduction française par nos soins), une synthèse pastorale en trois points décisifs. Il l'a rédigée en réponse aux décisions sanitaires prises par certains diocèses pendant la pandémie de Covid-19.

Premier point : la praxis normative reste sur la langue

« Je souhaite souligner que la praxis et la manière normative de l'Église pour bien recevoir la Communion est sur la langue. Bien qu'en 1977 le Pape ait accordé un indult aux diocèses des États-Unis pour permettre la Communion dans la main, le nombre de rites catholiques et de pays ayant reçu cet indult est faible. » — R. J. Iannuzzi, « The Proper way of Receiving Communion », 2020[83]

Deuxième point : la communion dans la main n'est pas un sacrilège

« Lorsque l'Église permet la Communion dans la main en ces temps exceptionnels, il est inapproprié pour quiconque de prétendre que c'est un sacrilège absolu. Néanmoins, quiconque n'est pas en état de grâce et reçoit la Communion, soit sur la langue soit dans la main, commet un sacrilège. […] La Tradition révèle que la Communion dans la main, lorsqu'elle est faite correctement, fut observée dès les premiers siècles du christianisme. » — R. J. Iannuzzi, « The Proper way of Receiving Communion », 2020[84]

Troisième point : la communion sur la langue protège mieux contre les abus

« La Communion sur la langue reste la norme dans l'Église, car elle réduit le risque d'abus, par exemple le mauvais traitement de l'Hostie, des fragments de l'Hostie restant dans la main (dans le rite latin l'Hostie est faite très compacte, réduisant les risques de fragments résiduels, mais on ne peut en dire autant dans de nombreux rites orientaux). » — R. J. Iannuzzi, « The Proper way of Receiving Communion », 2020[85]

Iannuzzi conclut sa réponse par un verset du Psaume 81, qu'il lit comme une figure de la communion reçue dans une attitude d'accueil :

« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait monter du pays d'Égypte. Ouvre largement ta bouche, et je la remplirai. » — Psaume 81, 11, cité en conclusion par R. J. Iannuzzi, « The Proper way of Receiving Communion », 2020[86]

Spiritualité : pourquoi tant de saints ont préféré la communion sur la langue

Au-delà du droit liturgique, la tradition spirituelle catholique a connu une préférence forte des saints pour la communion sur la langue, considérée comme manifestant mieux la dimension passive et reçue du don eucharistique. Le pain consacré n'est pas pris ; il est donné. Le geste exprime déjà la théologie.

Sainte Faustine et l'hostie tenue dans ses mains

L'épisode rapporté dans le Petit Journal de sainte Faustine Kowalska (1905-1938), au n° 160, est unique. Un premier vendredi du mois, Faustine est de garde devant le Saint-Sacrement pour réparer les irrévérences eucharistiques. Au moment de communier, une seconde hostie s'accroche à la manche du prêtre ; celui-ci, impatient, lui fait signe de recevoir l'hostie qu'il lui présente, et dès qu'elle l'a reçue, l'autre hostie lui tombe sur les mains. Faustine tient alors dans sa main le Corps du Christ pendant que le prêtre continue de distribuer la communion :

Sainte Faustine ne sert pas à opposer les deux modes : son témoignage rappelle surtout la délicatesse eucharistique et le désir de Jésus d'être reçu avec amour.

Faustine raconte — nous résumons ici fidèlement son récit — que pendant qu'elle tenait l'hostie dans sa main, elle sentit une telle puissance d'amour qu'elle ne put ni manger ni reprendre ses esprits pour le reste de la journée ; elle entendit des paroles venir de l'hostie lui disant que Jésus avait désiré se reposer dans ses mains, et elle écrit : « je vis Jésus », avant de ne revoir que l'hostie à l'approche du prêtre[87].

Le texte est précieux pour deux raisons opposées. D'une part, il atteste que l'Eucharistie a reposé dans les mains d'une sainte — à la demande exprimée de Jésus lui-même dans ce récit. D'autre part, l'épisode est un cas exceptionnel, présenté comme inattendu, hors de la pratique liturgique courante de Faustine, qui communiait ordinairement sur la langue comme les fidèles polonais de son temps[88].

Saint Jean-Marie Vianney : l'adoration eucharistique à Ars

Saint Jean-Marie Vianney, le saint Curé d'Ars, a conduit pendant plus de quarante ans les fidèles de son village de la Dombes à l'adoration eucharistique.

Le saint Curé d'Ars (1786-1859) a passé sa vie à conduire ses paroissiens à l'adoration eucharistique et à la confession. Dans son ministère, la communion reçue à genoux, sur la langue, exprime corporellement la foi en la présence réelle : la posture du corps est déjà une profession de foi.

Sainte Thérèse de Lisieux et l'« humble Hostie »

Sainte Thérèse de Lisieux a fait de sa première communion du 8 mai 1884 — reçue à genoux et sur la langue, comme tous les enfants français de son temps — le seuil décisif de sa vocation à la sainteté.

Dans le Manuscrit A de l'Histoire d'une âme, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897) décrit sa première communion du 8 mai 1884 comme la rencontre la plus décisive de sa vie. La petite hostie déposée sur la langue n'est pas, pour elle, un objet reçu : c'est le geste où l'Amour vient se cacher dans l'âme. La page est l'une des plus célèbres de toute la mystique catholique moderne :

« Ah ! qu'il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! Ce fut un baiser d'amour, je me sentais aimée et je disais aussi : "Je vous aime, je me donne à vous pour toujours." Il n'y eut pas de demandes, pas de luttes, pas de sacrifices ; depuis longtemps Jésus et la pauvre petite Thérèse s'étaient regardés et compris… Ce jour-là, ce n'était plus un regard, mais une fusion, ils n'étaient plus deux, Thérèse avait disparu, comme la goutte d'eau qui se perd au sein de l'Océan. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Histoire d'une âme, Manuscrit A, fol. 35 r°, 1895[89]

Sa spiritualité, comme celle des grands carmes, est marquée par la réception passive, parfaitement conforme à la communion sur la langue qu'elle a connue exclusivement. On peut y lire, comme une lecture propre au présent article, une consonance : recevoir tout de Dieu, et ne rien prendre par soi-même.

La théologie du geste : passivité reçue

Les saints modernes — Vianney, Thérèse — n'ont connu que la communion sur la langue : du IXᵉ siècle à 1969, il n'y avait pas de choix possible dans le rite latin. Cyrille, Basile et Augustin, eux, ont connu la communion reçue dans les mains, et Faustine a tenu l'hostie dans ses mains. La préférence moderne des saints pour le geste lingual n'est donc pas un conservatisme rituel : elle tient à la théologie du geste — la main qui prend est active ; la langue qui reçoit est passive. La communion eucharistique étant essentiellement un don que Dieu fait à l'âme, le geste lingual exprime plus directement la vérité théologique du sacrement. Ce que la main signifie aussi quand elle est correctement disposée en « trône », mais avec plus d'effort d'interprétation[90].

Les fragments et la révérence eucharistique

Les fragments : une vigilance constante

Le soin des fragments traverse toute l'histoire du dossier : saint Cyrille de Jérusalem mettait déjà en garde contre la perte d'un seul fragment, comparable à la perte d'un membre[91]. Le P. Iannuzzi note pour sa part que, dans le rite latin, l'hostie est fabriquée très compacte, ce qui réduit les risques de fragments résiduels — sans pouvoir en dire autant de nombreux rites orientaux[92]. La vigilance sur les fragments reste donc requise quel que soit le mode, et fonde le maintien du plateau de communion demandé par Redemptionis Sacramentum §93[93].

L'avis de l'archidiocèse de Portland (2020)

Pendant la pandémie de 2020, le bureau du culte divin de l'archidiocèse de Portland (Oregon, États-Unis) a consulté deux médecins, dont un spécialiste en immunologie de l'État de l'Oregon, sur les risques de transmission virale selon le mode de communion. Dans un avis publié le 2 mars 2020 (rapporté par Catholic World Report le 4 mars 2020), ils concluent :

« Les mains ont une plus grande exposition aux germes [que la langue]. Lorsque cela est fait correctement, la réception de la Sainte Communion sur la langue ou dans la main pose un risque plus ou moins équivalent. » — Bureau du culte divin de l'archidiocèse de Portland, avis du 2 mars 2020[94]

Cet avis diocésain, que le P. Iannuzzi relaie dans son article[95], rappelle que les mains humaines transportent plus de germes que la langue, ce qui complique la défense du mode manuel quand on se place sur le seul terrain de l'hygiène.

Les abus modernes : profanations, vols d'hosties

Dominicae Cenae §11 (1980) évoque les « regrettables manques de respect » qui ont suivi l'introduction de la communion dans la main[96]. La réalité confirmée par des décennies d'expérience pastorale en Occident inclut :

  • Vols d'hosties consacrées emportées hors de l'église, parfois retrouvées profanées[97].
  • Hosties retrouvées au sol dans les bancs, dans les sacs, sur les parvis — chaque cas représentant, selon la formule de Cyrille, une « perte de membre »[98].
  • Hosties emportées comme souvenir par des fidèles peu catéchisés, particulièrement dans le cadre des mariages et premières communions ouverts à un public non catholique : un manque de respect pastoralement constaté, du type de ceux que Dominicae Cenae §11 demandait déjà de surveiller[99].
  • Effondrement statistique de la foi en la présence réelle : selon le sondage Pew (États-Unis, 5 août 2019), seuls 31 % des catholiques américains croient à la présence réelle dans le sens catholique du terme — 42 ans après l'indult américain de 1977[100].

Ces données, limitées aux États-Unis et muettes sur le mode de communion des sondés, ne prouvent pas que la communion dans la main est seule responsable, et elles n'établissent aucune corrélation. Tout au plus nourrissent-elles une hypothèse pastorale, formulée notamment par Mgr Schneider et le cardinal Sarah : la généralisation de la pratique manuelle aurait accompagné le déclin de la foi eucharistique populaire dans les pays concernés[101]. Jean-Paul II appelait déjà en 1980 à la vigilance sur ces manques de respect[102].

Comment communier dignement, quel que soit le mode

L'enjeu pastoral n'est jamais de mépriser le fidèle qui choisit l'un ou l'autre mode. Il est de communier réellement : recevoir le Corps du Christ avec foi vivante, dans la grâce, avec adoration, en protégeant chaque fragment.

Sur la langue : la dignité du geste lingual

Deux modes peuvent être licites dans les pays concernés, mais ils n'ont pas le même statut : la langue demeure la norme de l'Église latine, la main dépend d'un indult local.

La pratique correcte sur la langue suppose :

  • Approche à pas mesurés, sans précipitation, recueilli depuis le confiteor et la consécration.
  • Génuflexion ou inclinaison profonde avant ou pendant l'approche, signe corporel de la foi en la présence réelle.
  • Ouvrir la bouche assez largement et tirer la langue suffisamment pour que le ministre puisse y déposer l'hostie sans la toucher des doigts.
  • Tête légèrement renversée, surtout si on est debout (à genoux à la balustrade, la posture est naturelle).
  • Dire « Amen » clairement avant de recevoir, en réponse à « Le Corps du Christ ».
  • Refermer la bouche et consommer immédiatement, en restant recueilli quelques instants avant de regagner sa place.
  • Action de grâces d'au moins quelques minutes après la communion, à genoux ou assis, en silence intérieur.

Dans la main : la dignité du geste manuel

Là où la pratique est autorisée et qu'on la choisit, il faut respecter intégralement les conditions canoniques. Le geste antique des Pères impose :

  • Mains propres. Idéalement lavées avant la messe ; certainement libres de tout objet (téléphone, mouchoir, billet).
  • Disposition en trône, comme l'enseigne Cyrille de Jérusalem : main gauche soutenant la main droite, paume ouverte mais doigts joints — jamais main à plat avec les doigts écartés.
  • Dire « Amen » en réponse à « Le Corps du Christ », avant que le ministre dépose l'hostie.
  • Consommation immédiate devant le ministre, jamais l'hostie emportée d'un pas — même pour rejoindre sa place avant de communier[103].
  • Vérification scrupuleuse de la paume après communion : aucun fragment ne doit demeurer, et tout fragment qui resterait doit être recueilli sur la langue.
  • Action de grâces au même titre que pour la communion sur la langue.

Toujours : les conditions intérieures

Avant même le choix du mode, l'Église demande l'état de grâce, la foi réelle, le jeûne eucharistique, la révérence, le soin des fragments et l'action de grâces.

Quel que soit le mode, les conditions intérieures sont les mêmes et sont les seules qui déterminent la fécondité du sacrement :

  1. État de grâce : être en règle avec Dieu, sans péché mortel non confessé. Sinon, communier devient — quelle que soit la manière — un sacrilège objectif[104]. Saint Paul l'écrit clairement :

« Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement sera coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe. Car celui qui mange et boit sans discerner le Corps mange et boit son propre jugement. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 11, 27-29[105]

  1. Jeûne eucharistique d'au moins une heure avant la communion (eau et médicaments exceptés)[106].

  2. Foi explicite en la présence réelle : croire que cette hostie est vraiment, substantiellement, le Corps du Christ ressuscité.

  3. Recueillement intérieur : préparation par la prière, le silence, le Confiteor de la messe, l'Agnus Dei, le Domine non sum dignus.

  4. Action de grâces : la communion ne se termine pas au moment où l'hostie est consommée ; elle se prolonge en présence intérieure pendant les minutes suivantes et idéalement jusqu'à la fin de la messe.

La vraie question : foi ou banalisation ?

Ni mépris mutuel, ni indifférence pastorale

L'écueil catholique des cinquante dernières années est double, et symétrique.

Premier écueil — le mépris : déclarer sacrilège tout fidèle qui communie dans la main, soupçonner sa foi, considérer comme « modernistes » les paroisses qui pratiquent la communion manuelle. Cette posture contredit directement le droit canonique (Memoriale Domini, Redemptionis Sacramentum §92), méconnaît l'histoire patristique des premiers siècles, et blesse des fidèles qui reçoivent en réalité l'Eucharistie avec foi. Aucun pape, aucun document magistériel, n'a jamais déclaré sacrilège la communion dans la main pratiquée selon les normes. Iannuzzi le dit explicitement : « il est inapproprié pour quiconque de prétendre que c'est un sacrilège absolu »[107].

Second écueil — la banalisation : déclarer que le mode est indifférent, refuser ou empêcher la communion sur la langue, traiter comme « rigide » ou « préconciliaire » le fidèle qui choisit l'agenouillement et le geste lingual. Cette posture viole directement le droit garanti par Redemptionis Sacramentum §91-92[108] et trahit la praxis de l'Église latine rappelée pour la dernière fois en 2004 et manifestée corporellement par Benoît XVI à Saint-Jean-de-Latran en 2008[109].

Le critère décisif : la foi en la présence réelle

Ce qui décide la fécondité de la communion n'est ni la posture, ni le mode, ni le rite, mais la foi vivante en la présence réelle. Saint Augustin l'a dit en une formule que toute la tradition a retenue :

« Il a été dit : "Adorez l'escabeau de ses pieds" […] : la chair que le Verbe a prise de la terre […] ; et personne ne mange cette chair sans l'avoir d'abord adorée. » — Saint Augustin, Enarrationes in Psalmum 98, 9, vers 411 (traduction abrégée)[110]

L'« avoir adorée » est le seul critère ultime. Sans adoration intérieure réelle, toute communion devient mécanique, qu'elle soit sur la langue ou dans la main. Avec adoration intérieure réelle, toute communion fait grandir la foi et la charité.

Recommandation pastorale équilibrée

Pour un fidèle catholique qui se demande honnêtement comment communier, la réponse de l'Église, lue à plusieurs niveaux, peut s'articuler ainsi :

  1. Si tu peux choisir dans ton pays et ta paroisse, et que tu veux maximiser le signe corporel de la foi en la présence réelle, prends la communion sur la langue. C'est la pratique normative, la praxis multiséculaire, et celle que le Magistère réaffirme. C'est aussi celle qui a nourri tous les saints du IXᵉ au XXᵉ siècle.
  2. Si tu communies dans la main dans un pays qui en a reçu l'indult et que tu choisis de le faire, applique scrupuleusement les conditions des Pères et de Redemptionis Sacramentum : trône, consommation immédiate, vérification des fragments, foi intérieure. Sans ces conditions, la communion dans la main perd tout son sens patristique.
  3. Ne juge pas le fidèle qui choisit l'autre mode que toi. Tu ne sais ni sa formation, ni son état d'âme, ni ce que l'Esprit Saint accomplit en lui. Ce qui se passe dans l'âme à l'instant de la communion ne se mesure pas du dehors.
  4. Vérifie d'abord ton état de grâce, ton recueillement, ta foi. Si tu communies en état de péché mortel, tu commets un sacrilège — sur la langue ou dans la main. Si tu communies sans foi vivante, tu manques l'essentiel. Si tu communies sans action de grâces, tu réduis le sacrement à un geste.

Le Christ ne demande pas à ses fidèles d'avoir raison contre les autres. Il leur demande de l'accueillir vraiment quand il vient en eux. La communion n'est pas un débat liturgique, c'est Dieu qui se donne. La seule réponse à la mesure du don est : reconnaître, adorer, recevoir, devenir ce qu'on reçoit.

« Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. » — Saint Augustin, Sermon 272, vers 411[111]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Sacrée Congrégation pour le Culte Divin, instruction Memoriale Domini, sur le mode d'administrer la sainte communion, 29 mai 1969, AAS 61 (1969), pp. 541-545. Approuvée par Paul VI le 28 mai 1969 et publiée le lendemain. Maintient la communion sur la langue comme praxis normative de l'Église latine et crée le régime d'indult conditionnel. Traduction française de référence : Documentation Catholique 66 (1969), col. 615-621.

    1 7 17 18 61
  2. Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, instruction Redemptionis Sacramentum, sur certaines choses à observer et à éviter au sujet de la très sainte Eucharistie, 25 mars 2004, §92. Signée par le cardinal Francis Arinze, préfet, et le P. Domenico Sorrentino, secrétaire. Confirmée par saint Jean-Paul II le 19 mars 2004. Texte intégral en français : Vatican.va.

    2 5 9 10 15 20 21 22 63 64 70 72 103 108
  3. Catéchèses mystagogiques attribuées à saint Cyrille de Jérusalem (attribution à Cyrille ou à son successeur Jean de Jérusalem débattue ; datation vers 348-350 donnée sous réserve), Cinquième Catéchèse mystagogique, 21. Édition critique : Sources Chrétiennes n° 126 bis, 2ᵉ éd., Cerf, Paris, 1988, pp. 168-171. Traduction française de Pierre Paris ; texte grec en regard. Voir aussi Patrologia Graeca 33, col. 1124-1125.

    3 12 27 30 31 42 46 74 91 98
  4. Memoriale Domini, ibid., partie finale : conditions de l'indult — vote secret aux deux tiers de la conférence épiscopale, motivation écrite, confirmation explicite du Saint-Siège, accompagnement par une catéchèse appropriée, vigilance pastorale.

    4 14 62 65
  5. Mgr Guido Marini, maître des cérémonies pontificales de 2007 à 2021 (sous Benoît XVI puis François), entretien à L'Osservatore Romano, 26 juin 2008 (repris par Catholic News Agency, 25 juin 2008), sur le geste de communion sur la langue à genoux introduit à la messe du Corpus Domini, 22 mai 2008, devant la basilique Saint-Jean-de-Latran.

    6 75 76 77 78 109
  6. Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Dominicae Cenae, sur le mystère et le culte de la sainte Eucharistie, adressée à tous les évêques de l'Église, 24 février 1980, §11. Texte intégral : AAS 72 (1980), pp. 142-146. Disponible en français sur Vatican.va.

    8 66 67 68 96 99 102
  7. Tertullien, De Corona militis III, 3-4, vers 211. Patrologia Latina 2, col. 79-80. Atteste que l'Eucharistie est reçue de la main des seuls présidents de l'assemblée, et l'affliction éprouvée si quelque parcelle vient à tomber à terre.

    11 26 33 47
  8. Concile in Trullo (Quinisexte), canon 101, Constantinople, 691-692. Édition critique : Concilium Quinisextum, Fontes Christiani 82, Brepols, 2006. Le canon prescrit de recevoir la communion les mains disposées en forme de croix, interdit l'usage de récipients personnels, et frappe de retranchement le ministre qui distribuerait à des fidèles munis de tels récipients aussi bien que ces fidèles eux-mêmes.

    13 29 39 40 41 44
  9. Redemptionis Sacramentum, ibid., §93 : conservation de l'usage du plateau de communion pour prévenir la chute de fragments à terre.

    16 23 73 93
  10. Memoriale Domini, ibid., paragraphe central : la praxis traditionnelle « doit être conservée parce qu'elle a derrière elle une tradition multiséculaire, parce qu'elle exprime la révérence des fidèles envers l'Eucharistie, et parce qu'elle préserve l'attention scrupuleuse aux fragments ».

    19
  11. Rév. Joseph L. Iannuzzi, « The Proper way of Receiving Communion », article autonome publié le 28 mars 2020 sur tligradio.org (en anglais ; passages cités ici en traduction française par nos soins). Réponse rédigée pendant la pandémie de Covid-19. L'auteur, docteur en théologie sacrée (thèse soutenue à l'Université grégorienne de Rome le 22 novembre 2012), y cite notamment Dominicae Cenae §11, Memoriale Domini 1969 et l'enseignement attribué à saint Cyrille de Jérusalem.

    24 25 83 84 85 86 92 95 107
  12. Saint Basile le Grand, Lettre 93 à Césarie, patricienne, sur la communion, vers 372. Patrologia Graeca 32, col. 484-485. Édition critique : Yves Courtonne, Saint Basile, Correspondance, t. 1, Les Belles Lettres, Paris, 1957, pp. 203-204. Ordre réel du propos : communion prise de sa propre main en temps de persécution en vertu d'une longue coutume, puis solitaires du désert, puis laïcs d'Alexandrie et d'Égypte.

    28 35 36 45
  13. Cinquième Catéchèse mystagogique, 22, Sources Chrétiennes 126 bis, pp. 170-173 : communion au Précieux Sang, en s'inclinant avec adoration et sans étendre les mains.

    32
  14. Saint Cyprien de Carthage, De Lapsis (sur les apostats), chapitre 26, vers 251. Édition Sources Chrétiennes n° 547, Cerf, Paris, 2012, traduction Michel Poirier. Évoque des fidèles recevant l'Eucharistie dans leurs mains et la conservant à domicile.

    34
  15. Saint Augustin, Enarrationes in Psalmum 98, 9, vers 411-414. Corpus Christianorum Series Latina 39, p. 1385-1386. Édition française : Bibliothèque Augustinienne, Discours sur les Psaumes, tome II, DDB. La formule « nemo illam carnem manducat, nisi prius adoraverit » — « personne ne mange cette chair sans l'avoir d'abord adorée » — est l'un des textes patristiques les plus cités sur l'adoration eucharistique.

    37 110
  16. Saint Jean Damascène, Exposé exact de la foi orthodoxe (De fide orthodoxa), livre IV, chapitre 13 Sur les saints et immaculés mystères du Seigneur, vers 743. Édition critique : Patrologia Graeca 94, col. 1136-1153. Traduction française : E. Ponsoye, Cahiers de l'Université Saint-Jean de Damas, 1992.

    38 43
  17. Concile de Saragosse (Concile de Caesaraugusta), 380, canon 3 (selon la numérotation traditionnelle). Texte latin dans Concilios visigóticos e hispano-romanos, ed. J. Vives, Barcelone-Madrid, 1963, pp. 16-18. Sanction contre les fidèles priscillianistes qui emportaient l'Eucharistie hors de l'église sans la consommer.

    48 49
  18. Concile de Rouen, daté de 650 selon la chronologie ancienne, ou du IXᵉ siècle (vers 878) selon la datation la plus courante. Canon : « Nulli autem laico aut feminae Eucharistiam in manibus ponat, sed tantum in os ejus. » Édition : J.D. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, Florence, 1759-1798, col. 1059-1060.

    50
  19. Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda (Kazakhstan), Dominus est, op. cit. Schneider défend la communion sur la langue à genoux comme expression maximale de la foi en la présence réelle, sans condamner la pratique antique des Pères.

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  20. Sur la transition matérielle du pain levé vers le pain azyme et son impact sur la pratique de la communion : J. Jungmann, Missarum Sollemnia. Explication génétique de la messe romaine, Aubier, Paris, 1951-1954 ; et P. Paul Cocard, La communion sur la langue, une pratique qui s'impose !, DMM, 2015.

    52
  21. Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, III, question 82, article 3, « Si la dispensation de ce sacrement appartient seulement au prêtre », vers 1273. Édition latine : Léonine, t. XII, Rome, 1906. Traduction française : Éditions du Cerf, 1985, t. IV, pp. 600-602. Texte intégral en ligne : docteurangelique.free.fr.

    53
  22. Concile de Trente, 13ᵉ session, Décret sur le très saint sacrement de l'Eucharistie, 11 octobre 1551 : Decretum de sanctissima Eucharistia. Texte dans Denzinger-Hünermann (DH) 1635-1661. La session définit dogmatiquement la présence réelle et la transsubstantiation, sans légiférer spécifiquement sur le mode lingual ou manuel de réception, considéré comme acquis. (La doctrine sur la communion sous une seule espèce relève de la session XXI, 16 juillet 1562.)

    54 55
  23. Saint Pie X, décret Sacra Tridentina Synodus de la Congrégation du Concile, 20 décembre 1905, sur la communion fréquente ; décret Quam Singulari du 8 août 1910, sur la communion des enfants. Aucun ne modifie le mode lingual.

    56
  24. Concile Vatican II, Constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie, 4 décembre 1963. Aucune mention de la communion dans la main. Le mode de réception lingual reste l'évidence présupposée du texte conciliaire.

    57
  25. Mgr Malcolm Ranjith, archevêque, secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin (2005-2009), préface à Mgr Athanasius Schneider, Dominus est. Riflessioni di un vescovo dell'Asia Centrale sulla sacra Comunione, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 2008 (traduction française sous le titre Dominus est : pour comprendre le rite de communion pratiqué par Benoît XVI, Tempora/Artège, 2008, ISBN 978-2-916053-35-6).

    59 79
  26. Memoriale Domini, ibid., préambule : consultation des évêques de l'Église latine, réponses dépouillées au 12 mars 1969. Question 1 (admettre la communion dans la main en plus du mode traditionnel) — placet : 567 ; non placet : 1 233 ; placet iuxta modum : 315 ; nuls : 20 ; soit 57,7 % de non placet sur 2 135 suffrages. Question 2 (expériences préalables dans de petites communautés) — placet : 751 ; non placet : 1 215 ; nuls : 70. Question 3 (accueil du rite par les fidèles après catéchèse) — placet : 835 ; non placet : 1 185 ; nuls : 128.

    60
  27. Sacrée Congrégation pour les Sacrements et le Culte Divin, instruction Inaestimabile Donum, sur certaines normes concernant le culte du mystère eucharistique, 3 avril 1980. Signée par le cardinal James Robert Knox, préfet. Approuvée et confirmée par Jean-Paul II le 17 avril 1980. Disponible sur Vatican.va.

    69
  28. Redemptionis Sacramentum, ibid., §91 : aucun fidèle catholique baptisé ne peut être empêché de recevoir la communion uniquement parce qu'il désire la recevoir à genoux ou debout.

    71
  29. Cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte Divin (2014-2021), préface au P. Federico Bortoli, La distribuzione della comunione sulla mano. Profili storici, giuridici e pastorali, Cantagalli, Sienne, février 2018. Voir aussi La Force du silence, Fayard, Paris, 5 octobre 2016.

    81
  30. Cardinal Raymond Leo Burke, ancien préfet de la Signature apostolique, défenseur du droit du fidèle de recevoir la communion sur la langue conformément à Redemptionis Sacramentum §91-92. Voir aussi son ouvrage Hope for the World, Ignatius Press, San Francisco, 2016.

    82
  31. Sainte Marie-Faustine Kowalska, Petit Journal (Diariusz), n° 160 (le texte ne donne ni le mois ni l'année : il indique seulement « le cinquième jour du mois, tombait le premier vendredi du mois »). Édition critique polonaise : Kraków, Wydawnictwo Misericordia, 1981. Traduction française : Éditions Hovine, Marquain (Belgique), 1985. ISBN 2-87211-007-9. Récit résumé fidèlement ci-dessus d'après l'édition française (« je vis Jésus »).

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  32. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques (édition critique connue sous le nom d'Histoire d'une âme), Manuscrit A, fol. 35 r°, sur sa première communion du 8 mai 1884. Édition critique : Centenaire, Cerf-DDB, Paris, 1992.

    89
  33. Bureau du culte divin de l'archidiocèse de Portland (Oregon), avis du 2 mars 2020 : consultation de deux médecins, dont un spécialiste en immunologie de l'État de l'Oregon — « done properly the reception of Holy Communion on the tongue or in the hand pose a more or less equal risk ». Rapporté par Catholic News Agency / Catholic World Report, 4 mars 2020 : « Portland archdiocese: Coronavirus or no, Communion can be received on the tongue ».

    94
  34. Aide à l'Église en Détresse (AED), Rapport sur la liberté religieuse dans le monde (publication biennale) : recense profanations d'églises et vols d'hosties consacrées en Europe, sans établir de lien avec le mode de communion.

    97
  35. Pew Research Center, What Americans Know About Religion, étude publiée le 5 août 2019 (sondage limité aux États-Unis, sans comparaison entre pays et sans donnée sur le mode de communion des sondés). Conclusion principale sur la foi eucharistique : « 69 % des catholiques américains affirment qu'à la messe le pain et le vin utilisés à la communion sont des symboles du corps et du sang du Christ. Seulement 31 % croient à la doctrine catholique de la présence réelle. » Disponible sur pewresearch.org.

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  36. Saint Paul, Première Lettre aux Corinthiens 11, 27-29, traduction Bible de Jérusalem, Cerf, Paris.

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  37. Code de droit canonique, canon 919 § 1 : « Celui qui va recevoir la très Sainte Eucharistie doit s'abstenir au moins durant une heure avant la sainte communion de toute nourriture et boisson, à l'exception seulement de l'eau et des médicaments. »

    106
  38. Saint Augustin, Sermon 272 sur la Pentecôte, « Quod ergo videtis, panis est et calix », vers 411. Patrologia Latina 38, col. 1247-1248. Traduction française : Bibliothèque Augustinienne, DDB.

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