L'Église catholique en Corée désigne la communauté catholique de la péninsule coréenne depuis le baptême de Pierre Yi Sŭnghun à Pékin au printemps 1784 jusqu'à aujourd'hui. Elle présente une caractéristique sans équivalent dans l'histoire de l'Église universelle : elle est la seule Église nationale fondée par des laïcs, sans la médiation d'aucun missionnaire envoyé. Quand le premier prêtre — le Chinois Jacques Zhou Wenmo — entre clandestinement en Corée en décembre 1794, il y trouve déjà quatre mille catéchumènes réunis en cellules domestiques, instruits par des lettrés convertis à partir de livres jésuites venus de Pékin[1].
Cette particularité fait que l'Église de Corée est aussi, dans le martyrologe romain, l'une des plus richement éprouvées du XIXᵉ siècle. Quatre persécutions majeures — Sin-yu (1801), Ki-hae (1839), Pyŏng-o (1846) et la grande persécution Pyŏng-in (1866-1871) — ont fait environ 8 000 à 10 000 martyrs sur quatre-vingts ans selon les estimations de la mission, jugées défendables par les recherches contemporaines[2], dont neuf missionnaires français exécutés entre le 7 et le 30 mars 1866, en vingt-trois jours[3]. Saint Jean-Paul II y consacre, le 6 mai 1984 à Séoul, la première canonisation célébrée hors de Rome : 103 martyrs élevés ensemble sur les autels[4].
« La première communauté chrétienne en Corée fut une communauté unique dans l'histoire de l'Église, par le fait qu'elle fut fondée entièrement par des laïcs. Cette Église naissante, si jeune et si forte dans la foi, a résisté aux vagues successives de persécution. Ainsi, en moins d'un siècle, elle pouvait déjà se prévaloir de quelque dix mille martyrs. » — Saint Jean-Paul II, homélie de canonisation des 103 martyrs coréens, Yeouido, Séoul, 6 mai 1984 (traduction du texte officiel anglais)[5]
Trente ans plus tard, le 16 août 2014, François béatifie à Séoul, à la Porte de Gwanghwamun, Paul Yun Ji-Chung et ses 123 compagnons, premiers martyrs du règne de Joseon (1791-1888). Cette nouvelle béatification, dans une nation qui compte aujourd'hui près de six millions de catholiques sur cinquante-deux millions d'habitants — soit 11,4 % de la population[6] —, signe la maturité d'une Église devenue, en deux siècles, l'une des plus dynamiques d'Asie. La JMJ Seoul 2027 — Séoul désignée ville hôte par le pape François à Lisbonne le 6 août 2023, dates du 3-8 août 2027 confirmées par Léon XIV le 3 août 2025 — est la première JMJ en pays à minorité chrétienne et marque l'entrée du catholicisme coréen au cœur de l'actualité ecclésiale mondiale[7].
Au nord de la zone démilitarisée, l'histoire s'écrit en négatif. L'éradication communiste entre 1945 et 1953 a fait disparaître la totalité du clergé et la quasi-totalité des fidèles du diocèse de Pyongyang, autrefois surnommé « la Jérusalem de l'Orient ». La Corée du Nord figure en 2025 au premier rang mondial des persécutions religieuses selon l'index annuel d'Open Doors (98/100) — rang qu'elle occupe quasi systématiquement depuis plus de vingt ans, à l'exception de 2022 où l'Afghanistan l'avait devancée[8]. Cet article retrace, à partir des sources primaires françaises et coréennes disponibles, l'histoire complète de l'Église de Corée — de sa fondation laïque inouïe à sa canonisation collective, de l'extinction au nord à la croissance prodigieuse au sud.
Une Église née sans missionnaire (1779-1784)
Le mouvement Silhak et l'arrivée des livres jésuites par Pékin
Au XVIIIᵉ siècle, la dynastie Joseon (1392-1897) est un royaume rigidement confucéen, fermé aux étrangers selon une doctrine d'isolement appelée swaegukjeongchaek (« politique de la fermeture du pays »). Le seul contact officiel avec l'étranger est l'ambassade tributaire annuelle envoyée à Pékin, dont les délégués peuvent visiter, parmi d'autres curiosités, les églises jésuites de la capitale chinoise. C'est par ce canal qu'à partir du début du XVIIᵉ siècle, les premiers ouvrages catholiques en chinois entrent en Corée — notamment le Tianzhu shiyi (天主實義, La Vraie signification du Maître du Ciel) de Matteo Ricci (1603), traité de théologie naturelle conçu pour le lettré chinois et accessible à un Coréen instruit aux classiques sinitiques.
Au cours du XVIIIᵉ siècle, ces livres rencontrent un mouvement intellectuel autochtone, le Silhak (실학, « savoir pratique »), formé de lettrés yangban (la noblesse coréenne) déçus par le néoconfucianisme officiel et cherchant une rationalité éthique et politique nouvelle. Plusieurs figures du Silhak — notamment l'école Namin rattachée à Yi Ik (1681-1763) — s'intéressent au catholicisme comme à une « doctrine occidentale » (Seohak, 西學) susceptible de renouveler la pensée morale. Ce n'est pas d'abord une conversion religieuse : c'est un intérêt philosophique pour un système doctrinal cohérent, structuré, et venu d'au-delà du monde confucéen[9].
Cheonjinam : les premières sessions d'étude (1779)
L'épisode fondateur a pour cadre, vers 1777-1779, un monastère bouddhiste désaffecté au pied du pic Aengjabong, dans la province de Gyeonggi : le Cheonjinam (천진암). Le lettré Kwŏn Ch'ŏlsin (1736-1801) y organise des sessions de lecture entre une dizaine d'érudits namin, parmi lesquels figurent quatre noms appelés à devenir les piliers de l'Église coréenne : Yi Pyŏk (Lee Byeok, 1754-1786), Yi Sŭnghun (Lee Seung-hun, 1756-1801), Jeong Yak-yong (Tasan, 1762-1836) et son frère Jeong Yak-jong (1760-1801)[10].
Yi Pyŏk émerge comme le moteur intellectuel et spirituel du groupe. Né à Pocheon dans une famille militaire, il refuse la carrière des armes, étudie passionnément les classiques chrétiens venus de Pékin et conçoit le projet d'obtenir le baptême par un Européen, lui qui ne peut sortir du royaume. L'occasion se présente en 1783.
Le pèlerinage de Yi Sŭnghun à Pékin (1783-1784)
À l'automne 1783, le père de Yi Sŭnghun, Yi Tonguk, vice-ministre de Joseon, est désigné pour participer à l'ambassade tributaire annuelle à Pékin. Yi Pyŏk demande à son ami Yi Sŭnghun, qui accompagne son père, de prendre contact avec les missionnaires et de se faire baptiser au nom de la jeune communauté coréenne. Lors d'un long séjour à Pékin au cours de l'hiver 1783-1784, le jeune lettré rencontre les derniers jésuites français de la mission de Chine[11].
« Avant son départ, Yi Pyŏk lui avait recommandé de chercher avec soin les missionnaires européens, de leur exposer la situation des Coréens et de leur demander des livres susceptibles d'éclairer la jeune communauté. » — Charles Dallet MEP, Histoire de l'Église de Corée, Paris, Victor Palmé, 1874, t. I, livre I, ch. III[12]
Au printemps 1784, Yi Sŭnghun est baptisé à Pékin par le père Jean-Baptiste-Joseph de Grammont (dit Jean-Joseph), ex-jésuite français resté à Pékin après la suppression de la Compagnie (1773), encore actif à la cathédrale du Sud (Nantang). Il reçoit le nom de Pierre, en mémoire du fondateur de l'Église, dans la pensée explicite que la mission coréenne, comme la mission romaine, devrait reposer sur un « Pierre » indigène. Il rentre à Séoul à l'été 1784 chargé de livres, de crucifix et d'objets liturgiques.
Septembre 1784 : naissance de la première communauté
À son retour, Pierre Yi Sŭnghun baptise Yi Pyŏk sous le nom de Jean-Baptiste en septembre 1784, dans le quartier de Myeong-rye-bang à Séoul (Hanseong). Les deux hommes baptisent ensuite plusieurs lettrés, parmi lesquels Augustin Jeong Yak-jong (1760-1801, frère aîné de Tasan) et Kim Pŏmu (mort en exil en 1786). La première communauté catholique de Corée est née. Sans la médiation d'un seul prêtre.
« La foi chrétienne ne fut pas portée aux rivages de la Corée par des missionnaires ; elle entra par les cœurs et les esprits du peuple coréen lui-même. […] À travers une première rencontre avec l'Évangile, les premiers chrétiens coréens ouvrirent leur esprit à Jésus. Apprendre à connaître Jésus les conduisit vite à une rencontre avec le Seigneur, aux premiers baptêmes, et au désir d'une vie sacramentelle et ecclésiale plénière. » — Pape François, homélie de béatification des 124 martyrs coréens, Gwanghwamun, Séoul, 16 août 2014[13]
Très vite, la communauté s'organise. À défaut de prêtres ordonnés, Yi Sŭnghun et les premiers baptisés se constituent en « hiérarchie laïque provisoire » : ils choisissent parmi eux un « évêque », des « prêtres » et confèrent les sacrements selon ce qu'ils ont lu dans les manuels chinois. Cette hiérarchie auto-instituée durera deux ans (1786-1788). Quand un mémoire détaillé parvient enfin à l'évêque de Pékin demandant validation, Mgr Alexandre de Gouvea OFM, vicaire apostolique de Pékin, répond que ces ordinations sont nulles. Loin de se rebeller, la communauté coréenne accepte humblement la correction, dissout sa pseudo-hiérarchie, et supplie qu'on lui envoie un vrai prêtre[14]. L'épisode témoigne de la profondeur catholique d'une foi pourtant née sans tutelle.
Les premières persécutions (1791-1801)
L'incident des rites funéraires : la persécution Sinhae (1791)
L'épreuve majeure de la jeune Église coréenne avec l'État de Joseon vient d'un point doctrinal extrêmement sensible : les rites confucéens d'honneur aux ancêtres, considérés par le pouvoir comme l'un des fondements de l'ordre social. Or, en 1742, le pape Benoît XIV avait publié la bulle Ex quo singulari, condamnant définitivement les rites chinois, tranchant ainsi la controverse des rites qui avait divisé l'Église pendant un siècle (voir La controverse des rites chinois). La décision romaine, ferme et sans équivoque, valait pour toute l'Asie sinitique — Chine, Vietnam, Japon, et donc aussi Corée.
En 1790, la communauté catholique coréenne consulte l'évêque de Pékin pour savoir si elle peut continuer à honorer les ancêtres selon les rites de Joseon. Mgr Gouvea répond négativement, conformément au décret romain de 1742. Cette réponse arrive à Séoul à l'été 1791 par les voyageurs revenant de la mission de Pékin.
À l'automne 1791, Paul Yun Ji-Chung (1759-1791), noble catholique de la province de Jeolla, refuse, à la mort de sa mère, d'organiser les rites confucéens funéraires : il choisit d'enterrer chrétiennement sa mère sans tablette ancestrale (shinju). Son cousin Jacques Kwon Sang-yeon (1751-1791) fait de même. Les deux hommes sont arrêtés, torturés, sommés d'abjurer. Ils refusent. Le 8 décembre 1791, en la fête de l'Immaculée Conception, ils sont décapités à Jeonju : ce sont les premiers martyrs catholiques coréens[15]. Paul Yun Ji-Chung sera deux siècles plus tard, le 16 août 2014, le premier des 124 béatifiés par le pape François à Séoul.
Le père Jacques Zhou Wenmo, premier prêtre en Corée (1794-1801)
L'évêque de Pékin, informé par la supplique répétée de la jeune Église coréenne, prend la décision d'envoyer un prêtre clandestin par la frontière du fleuve Yalu. Son choix se porte sur le père Jacques (Jacob) Zhou Wenmo (周文謨, 1752-1801), prêtre chinois formé à Pékin, parlant couramment le chinois classique — langue savante encore comprise par les lettrés coréens. Zhou pénètre en Corée par Uiju en décembre 1794, déguisé en marchand, et atteint Séoul en janvier 1795.
Pendant six ans, dans la plus stricte clandestinité, hébergé chez la veuve Columba Kang Wan-suk (1761-1801) qui sera elle-même martyrisée, le père Zhou exerce le ministère sacramentel auprès d'une communauté qui passe de 4 000 à 10 000 fidèles entre 1795 et 1801[16]. Il fonde la Myeongdohoe (명도회, Société pour la Glorification de la Voie), confrérie laïque catéchétique dont il confie la présidence à Augustin Jeong Yak-jong. C'est l'amorce d'un catéchuménat structuré et d'une transmission laïque organisée.
Augustin Jeong Yak-jong et le premier catéchisme vernaculaire d'Asie
Augustin Jeong Yak-jong (1760-1801), frère aîné de Tasan Jeong Yak-yong, est sans doute le premier théologien catholique laïc d'Asie. Vers 1799-1800, il compose en langue coréenne — non pas en chinois savant — son catéchisme vernaculaire intitulé Jugyo Yoji (주교요지, 主敎要旨, Les Essentiels de la doctrine du Maître). C'est le premier traité doctrinal catholique rédigé directement en langue d'Extrême-Orient par un autochtone[17]. L'ouvrage, en deux livres, traite de l'existence et de la nature de Dieu, de la création, de la chute, de la Rédemption, des sacrements et des fins dernières, en s'appuyant à la fois sur la théologie naturelle ricciene et sur les Quatre livres confucéens dont Jeong subvertit habilement le vocabulaire pour exposer la foi catholique.
La persécution Sin-yu (1801)
Le 10 juillet 1800, le roi Jeongjo meurt. Son successeur Sunjo n'a que dix ans. La régence passe à la reine douairière Jeongsun, veuve du roi Yeongjo, profondément hostile à la « religion occidentale ». Dès le 8 avril 1801, un édit déclare le catholicisme « hérésie » (邪學, sahak) et ordonne son extirpation totale. C'est la persécution Sin-yu (신유박해, du nom de l'année dans le cycle sexagésimal).
En quelques mois, la quasi-totalité des chefs laïcs sont arrêtés :
- Augustin Jeong Yak-jong, théologien laïc, est décapité le 8 avril 1801 à Seosomun (Séoul) ;
- Pierre Yi Sŭnghun, premier baptisé, est décapité le même jour, 17 ans après son baptême à Pékin ;
- Columba Kang Wan-suk, qui avait abrité le père Zhou, est exécutée à Seosomun ;
- Augustin Yu Hang-geom (1756-1801), « apôtre du Jeolla », est martyrisé ;
- Le père Jacques Zhou Wenmo, comprenant que sa présence offre un prétexte aux exécutions, se livre volontairement aux autorités à la fin du mois d'avril 1801. Il est décapité à Saenamteo le 31 mai 1801 — premier prêtre martyr sur le sol coréen, premier d'une longue série[18].
Le bilan est massif. Selon les estimations de la mission MEP et les recherches contemporaines de Don Baker, environ 300 catholiques sont exécutés et plusieurs centaines d'autres exilés ou condamnés aux travaux forcés[19]. Parmi les exilés, Jeong Yak-yong (Tasan), le philosophe-frère de l'Augustin martyrisé, est condamné à dix-huit ans d'exil à Gangjin (1801-1818) : il y rédige son œuvre majeure sur le gouvernement éthique, le Mokmin simseo (목민심서, Le Cœur du gouverneur du peuple), qui imprégnera la pensée politique coréenne jusqu'au XXᵉ siècle.
La lettre de soie d'Alexandre Hwang : controverse et tragédie
Un épisode controversé clôt l'année 1801. Le converti Alexandre Hwang Sayŏng (1775-1801), gendre du martyr Tasan Jeong Yak-yong, écrit sur un grand carré de soie blanche, en caractères chinois extrêmement fins, une longue lettre confidentielle de 13 384 caractères destinée à l'évêque de Pékin. Le Baekseo (백서, 帛書, Lettre de soie) y détaille les persécutions et — point qui fait scandale jusqu'aujourd'hui — demande l'envoi d'une flotte occidentale pour faire pression sur le gouvernement de Joseon et obtenir la liberté religieuse[20].
La lettre, interceptée en septembre 1801 chez son messager, scelle le destin de Hwang : il est exécuté pour haute trahison le 10 décembre 1801. La diplomatie d'État coréenne brandira ce document jusqu'au XIXᵉ siècle comme la preuve que le catholicisme est une menace politique étrangère, justifiant la perpétuation des persécutions. Aujourd'hui, les historiens distinguent soigneusement la fidélité courageuse des martyrs au Christ et la démarche politique imprudente de Hwang, qui ne fut adoubée ni par Rome ni par la communauté coréenne survivante.
Le vicariat apostolique de Corée et les Missions Étrangères de Paris (1831-1838)
La supplique de Paul Chong Hasang au pape
Après l'extermination de 1801, la jeune Église coréenne se retrouve sans prêtre. Pendant trente ans — de 1801 à 1831 —, les survivants pratiquent la foi sans aucun sacrement régulier, à l'exception du baptême, de la pénitence en cas extrême et du mariage. Cette diaspora clandestine est structurée par quelques familles fidèles, dont celle de Paul Chong Hasang (1795-1839), fils du théologien laïc Augustin Jeong Yak-jong exécuté en 1801. Devenu jeune adulte, Paul Chong se fait engager comme interprète dans les ambassades tributaires annuelles à Pékin : il y rencontre clandestinement l'évêque de Pékin et le supplie de demander à Rome l'envoi de prêtres permanents.
Vers 1825-1827, Paul Chong rédige une lettre adressée directement au pape Grégoire XVI, transmise par Pékin. C'est le premier contact épistolaire entre un laïc coréen et le successeur de Pierre. Le texte, conservé dans les archives romaines, plaide pour la création d'une circonscription ecclésiastique propre à la Corée, distincte du diocèse de Pékin trop éloigné[21].
La bulle Ex debito pastoralis officii (9 septembre 1831)
La réponse de Rome est positive. Le 9 septembre 1831, le pape Grégoire XVI promulgue la bulle Ex debito pastoralis officii qui érige le vicariat apostolique de Corée, démembré du diocèse de Pékin. La nouvelle circonscription est confiée à la Société des Missions Étrangères de Paris (MEP), fondée à Paris en 1658 et déjà implantée au Tonkin, en Cochinchine et au Siam[22].
Le premier vicaire apostolique nommé est Mgr Barthélemy Bruguière (1792-1835), évêque titulaire de Capse, qui part de Paris pour la Corée en 1833 mais meurt d'épuisement le 20 octobre 1835 au Liaodong, sans avoir jamais foulé la péninsule. Son successeur, Mgr Laurent-Joseph-Marius Imbert (1796-1839), évêque titulaire de Capse à son tour, arrivera à Séoul le 15 janvier 1838.
L'entrée clandestine des premiers missionnaires (1836-1837)
Avant l'évêque arrivent les premiers prêtres :
- Pierre-Philibert Maubant (1803-1839), MEP, pénètre clandestinement en Corée par le fleuve Yalu en janvier 1836. Il est le premier prêtre européen à fouler effectivement le sol coréen depuis 1801 ;
- Jacques-Honoré Chastan (1803-1839), MEP, le rejoint à la fin de l'année 1836 ;
- Mgr Imbert lui-même arrive en 1838.
Tous se déplacent en « habit coréen », voyagent de nuit, dorment chez les fidèles, célèbrent la messe dans des appartements aux fenêtres calfeutrées. Maubant baptise en mars 1836, à Solmoe, un enfant de quinze ans appelé à devenir le premier prêtre coréen : André Kim Tae-gon.
La persécution Ki-hae (1839)
Le martyre de Mgr Imbert, des PP. Maubant et Chastan
La persécution Ki-hae (기해박해) éclate au printemps 1839, suscitée à la fois par les rivalités politiques de la cour et par la dénonciation de catholiques à Séoul. Au cours de l'été, plusieurs centaines de catholiques sont arrêtés. Mgr Imbert, dénoncé à son tour, prend une décision tragique : croyant qu'en se livrant il sauvera son troupeau, il convoque par lettre les pères Maubant et Chastan, leur écrivant la formule devenue célèbre :
« Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis »[23] (« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis »)
Les trois Français sont arrêtés ensemble en septembre 1839. Le 21 septembre 1839, Mgr Laurent Imbert, Pierre-Philibert Maubant et Jacques-Honoré Chastan sont décapités ensemble à Saenamteo, au bord du fleuve Han, à Séoul[24]. Trois prêtres, dont l'évêque, exécutés le même jour : l'Église de Corée perd sa hiérarchie en quelques heures.
Le combat de Paul Chong Hasang
Devant la persécution, Paul Chong Hasang, le laïc qui avait obtenu de Rome la création du vicariat, se prépare à son tour au martyre. Avant son arrestation, il rédige un mémoire apologétique adressé au Premier ministre du royaume — le Sang-jae sang-seo (上宰相書, Lettre au Premier ministre) —, dans lequel il démontre, en langue chinoise classique et en s'appuyant sur les classiques confucéens, que la foi catholique n'est pas hostile à l'ordre social mais l'accomplit. Le texte est l'un des premiers documents d'apologétique catholique coréenne[25].
Arrêté en septembre 1839, sommé d'abjurer, Paul Chong Hasang répond à ses juges :
« Je vous l'ai dit, je suis chrétien, et je le serai jusqu'à ma mort. » — Saint Paul Chong Hasang, devant le tribunal de Séoul, septembre 1839[26]
Il est étranglé le 22 septembre 1839, le lendemain du martyre des trois Français, à l'âge de 44 ans. Sa mère, Cécile Yu So-sa (1761-1839), âgée de 78 ans, qui avait élevé Paul depuis la mort de son père en 1801, meurt dans sa cellule trois mois plus tard, le 23 novembre 1839. Sa sœur Élisabeth Jeong Jeong-hye est exécutée le 29 décembre 1839. La famille entière du théologien laïc Augustin Jeong Yak-jong est ainsi martyrisée sur deux générations.
Au total, la persécution Ki-hae fait environ 130 martyrs identifiés, et selon les estimations MEP plusieurs centaines d'autres victimes anonymes. 79 d'entre eux seront béatifiés par Pie XI le 5 juillet 1925, premier acte de reconnaissance solennelle de l'Église de Corée à Rome[27].
Saint André Kim Tae-gon (1821-1846), premier prêtre coréen
Solmoe : naissance dans un clan martyr
André Kim Tae-gon (김대건, Kim Dae-geon) naît le 21 août 1821 à Solmoe (솔뫼, « la petite colline de pins »), dans la province de Chungcheong-nam, au sein du clan Gimhae Kim appartenant à la noblesse yangban. Sa famille est profondément catholique : son arrière-grand-père Pius Kim Jin-hu était mort martyr en 1814, son grand-oncle Kim Han-hyeon martyrisé en 1816, son père Ignace Kim Je-jun sera décapité en 1839 lors de la persécution Ki-hae[28]. André grandit dans une atmosphère de foi et de persécution permanente, formé par sa mère Ursule Ko, qui survivra à toute sa famille.
Macao, Manille, Shanghai : la formation clandestine
En 1836, le P. Maubant baptise André à Solmoe et discerne en lui une vocation sacerdotale. À quinze ans, il choisit avec deux autres jeunes Coréens — Thomas Choe Yang-eop (1821-1861) et François-Xavier Choe Bang-je (1820-1839) — de partir clandestinement vers le séminaire MEP de Macao. Le voyage dure plus d'un an : franchissement nocturne du fleuve Yalu, traversée de toute la Chine, arrivée à Macao en 1837.
Macao est alors une concession portugaise où les MEP ont établi leur « Procure », tête de pont de toutes les missions d'Extrême-Orient. Les trois séminaristes y apprennent le latin, le portugais, la théologie, la philosophie scolastique. La guerre de l'Opium (1839-1842) entre la Chine et la Grande-Bretagne perturbe leur formation : ils sont évacués vers les Philippines, à Lolomboy (province de Bulacan), où la communauté dominicaine de Manille les accueille pour quelque temps avant leur retour à Macao[29].
17 août 1845 : l'ordination à Jinjiaxiang
Après huit années de formation et de pérégrinations, André Kim achève sa préparation sacerdotale. Le 3 mars 1845, il est ordonné diacre par Mgr Jean-Joseph Ferréol MEP (1808-1853), troisième vicaire apostolique de Corée. Le voyage de retour vers Séoul exige d'abord d'arriver à Shanghai pour gagner clandestinement la péninsule.
C'est dans la petite chapelle de Jinjiaxiang (金家巷), aujourd'hui dans le diocèse de Shanghai, que le 17 août 1845 — vingt-quatre ans après sa naissance, neuf après son baptême — André Kim Tae-gon est ordonné prêtre par Mgr Ferréol. Il est le premier prêtre coréen de l'histoire. Quelques jours plus tard, dans la même chapelle, il célèbre sa première messe[30].
Mgr Ferréol, dans la lettre qu'il adresse alors au Conseil central des MEP à Paris, exprime sa joie et déjà son pressentiment : il dit y avoir aimé le jeune prêtre indigène comme un père aime son fils, et trouver consolation à penser à son bonheur éternel[31].
Le retour en Corée et l'arrestation
Le 31 août 1845, André Kim, son évêque Mgr Ferréol et le P. Antoine Daveluy s'embarquent sur une jonque coréenne ramenée par les fidèles, et atteignent la côte du Chungcheong en octobre. André reprend son ministère secret. Pendant moins d'un an, il célèbre la messe à Séoul, distribue les sacrements dans le réseau des familles catholiques, et prépare un projet précis : établir une route maritime sûre entre la péninsule et Shanghai, afin de faire entrer plus régulièrement les missionnaires et leur correspondance.
Le 5 juin 1846, alors qu'il explorait les abords de l'île de Baengnyeong (à la frontière maritime ouest), il est arrêté par des soldats du gouvernement. Sa qualité de prêtre est immédiatement reconnue. Conduit à Séoul, il subit pendant trois mois interrogatoires et tortures.
Le martyre du 16 septembre 1846 à Saenamteo
Le 16 septembre 1846, à 25 ans, un an et un mois après son ordination, André Kim Tae-gon est conduit aux bords du fleuve Han, à Saenamteo — déjà lieu d'exécution de Jacques Zhou Wenmo en 1801 et des trois MEP en 1839. Devant la foule rassemblée, il est décapité par l'épée. Selon la tradition rapportée par les chrétiens présents, il aurait prononcé, juste avant l'exécution, ces paroles transcrites par les missionnaires :
« C'est ici ma dernière heure ; écoutez-moi attentivement : si j'ai eu commerce avec les étrangers, ce fut pour ma religion et pour mon Dieu. C'est pour Lui que je meurs. Ma vie immortelle est sur le point de commencer. » — Saint André Kim Tae-gon, paroles rapportées avant son martyre, Saenamteo, 16 septembre 1846[32]
Sa dépouille, abandonnée au bord du fleuve, est récupérée nuitamment par des fidèles et inhumée discrètement. Quarante jours plus tard, ses ossements sont transférés au sanctuaire de Mirinae (미리내, Anseong), où ils reposent aujourd'hui dans un mausolée devenu lieu de pèlerinage national.
La dernière exhortation aux frères
Dans les semaines qui précèdent son exécution, depuis sa cellule, saint André Kim adresse à la communauté une dernière exhortation dont le texte, conservé dans les archives MEP et inséré dans l'Office des Lectures de l'Église universelle, est devenu l'un des grands textes spirituels de la mission catholique au XIXᵉ siècle :
« Frères et amis très chers, pensez et repensez à ceci : depuis le commencement des temps, Dieu a disposé le ciel, la terre et toute chose ; réfléchissez pourquoi et dans quelle intention il a créé l'homme, chaque homme, à son image et à sa ressemblance. […]
Je vous en conjure : n'oubliez pas l'amour fraternel, mais secourez-vous mutuellement et persévérez jusqu'à ce que le Seigneur ait pitié de nous et écarte la persécution. […]
Pour nous d'ici peu nous irons au combat ; je vous supplie de vous garder dans la fidélité de manière à nous retrouver ensemble dans la joie du ciel. » — Saint André Kim Tae-gon, dernière exhortation depuis la prison, août 1846[33]
Cette exhortation, lue chaque 20 septembre dans toute l'Église universelle pour la mémoire liturgique des saints André Kim, Paul Chong et leurs compagnons, condense la spiritualité martyriale coréenne : persévérance, amour fraternel, assurance de la vie éternelle.
La grande persécution Pyŏng-in (1866-1871)
Le tournant du régent Daewongun
Pendant deux décennies après le martyre d'André Kim, l'Église de Corée connaît une paix relative sous Mgr Ferréol (mort à 45 ans en 1853) puis sous son successeur, Mgr Siméon-François Berneux (1814-1866), arrivé à Séoul en mars 1856. Berneux estime en 1859 le nombre des catholiques coréens à 17 000 fidèles. Il fonde, dans la vallée perdue de Pae-ron (province de Chungcheong), un séminaire et une imprimerie publiant en hangeul des œuvres catéchétiques de plus en plus diffusées[34].
Cette croissance silencieuse rencontre, au tournant de 1865-1866, un climat politique radicalement nouveau. Depuis la mort du roi Cheoljong en 1864, son successeur Gojong n'a que onze ans : le pouvoir réel est exercé par son père, le régent Heungseon Daewongun (Yi Ha-eung, 1820-1898). Le régent n'est initialement pas hostile : son épouse Min était catéchumène catholique, sa fille adoptive Marthe baptisée. Plusieurs de ses conseillers proposent d'utiliser les missionnaires français comme intermédiaires diplomatiques face à la pression de la Russie sur la Mandchourie.
Mais le projet échoue à l'hiver 1865-1866. La cour de Pékin, sortie traumatisée de la Seconde guerre de l'Opium (1856-1860) et de l'occupation de la capitale par les armées franco-britanniques (octobre 1860), met en garde le Daewongun contre toute alliance avec les puissances occidentales. Au début de 1866, le régent change brusquement de politique. Janvier 1866 : édit ordonnant l'extirpation totale du catholicisme.
Les neuf MEP martyrs en quelques semaines
La grande persécution Pyŏng-in (병인박해) commence par l'arrestation et l'exécution de l'évêque. Le 23 février 1866, Mgr Berneux est arrêté à Séoul. Après deux semaines de tortures, il est décapité à Saenamteo le 7 mars 1866. Il a 51 ans[35].
Les jours suivants voient tomber, avec une rapidité inouïe, neuf missionnaires MEP[36] :
| Date | Missionnaire | Origine | Lieu d'exécution |
|---|---|---|---|
| 7 mars 1866 | Mgr Siméon-François Berneux | Le Mans (France) | Saenamteo (Séoul) |
| 7 mars 1866 | P. Just Ranfer de Bretenières | Châlon-sur-Saône | Saenamteo (Séoul) |
| 7 mars 1866 | P. Louis Beaulieu | Langon (Gironde) | Saenamteo (Séoul) |
| 7 mars 1866 | P. Pierre-Henri Dorie | Saint-Hilaire-de-Talmont (Vendée) | Saenamteo (Séoul) |
| 11 mars 1866 | P. Charles-Antoine Pourthié | Saint-Cirgues (Lozère) | Saenamteo (Séoul) |
| 11 mars 1866 | P. Marie-Alexandre Petitnicolas | Coinches (Vosges) | Saenamteo (Séoul) |
| 30 mars 1866 | Mgr Marie-Nicolas-Antoine Daveluy | Amiens (Somme) | Galmaemot (Boryeong) |
| 30 mars 1866 | P. Pierre Aumaître | Aizecq (Charente) | Galmaemot (Boryeong) |
| 30 mars 1866 | P. Martin-Luc Huin | Guyonvelle (Haute-Marne) | Galmaemot (Boryeong) |
Neuf prêtres français exécutés en vingt-trois jours. Mgr Marie-Nicolas-Antoine Daveluy (1818-1866), évêque titulaire d'Acones et coadjuteur de Berneux, devenu vicaire apostolique automatiquement le 7 mars, est arrêté quatre jours plus tard. Le Vendredi Saint 30 mars 1866, à la plage de Galmaemot près de Boryeong, il est décapité avec deux confrères et deux catéchistes coréens — Luc Hwang Sŏk-tu et Joseph Chang Chu-gi. Trois MEP seulement survivent et parviennent à se cacher : Mgr Félix-Clair Ridel (qui s'enfuit en juillet 1866 vers Tianjin pour porter la nouvelle), Pierre-Marie Calais et Charles-Stanislas Féron.
Jeoldusan, Galmaemot, Haemi : géographie d'un martyre de masse
Avec les missionnaires sont massacrés des milliers de fidèles coréens entre 1866 et 1871. Le bilan global est estimé entre 8 000 et 10 000 victimes par les sources MEP, chiffre que les recherches contemporaines de Don Baker considèrent comme défendable[37]. La géographie de cette persécution dessine, aujourd'hui encore, une carte spirituelle de la Corée catholique :
- Saenamteo (새남터), au bord du Han à Séoul : lieu d'exécution de Zhou Wenmo (1801), des trois MEP (1839), d'André Kim (1846), de Berneux et des trois premiers MEP de 1866. Sanctuaire national depuis 1981 ;
- Jeoldusan (절두산, « la colline de la décapitation ») : promontoire sur le Han, où de nombreux catholiques sont précipités dans le fleuve les mains liées, certains après décapitation sur place. Les estimations anciennes avancent des centaines à des milliers de victimes entre 1866 et 1871, mais le nombre exact des exécutés sur le seul Jeoldusan n'est pas établi avec certitude par les sources vérifiées pour cet article : aucun chiffre précis n'est donc retenu ici[38]. Musée et sanctuaire érigés en 1967 pour le centenaire de la persécution ;
- Galmaemot (갈매못) : plage de Boryeong où sont exécutés Daveluy, Aumaître, Huin, Hwang Sŏk-tu et Chang Chu-gi le 30 mars 1866 ;
- Haemi (해미읍성) : forteresse-prison où environ un à deux milliers de catholiques de la région sont exécutés entre 1866 et 1882 — enterrés vivants, noyés ou décapités —, dont 132 seulement identifiés par leur nom[39]. C'est à Haemi, en août 2014, que le pape François rencontrera les évêques d'Asie ;
- Mirinae (미리내) : tombe de saint André Kim, transférée discrètement après 1846.
Les répercussions diplomatiques
Le martyre de neuf citoyens français provoque une réaction diplomatique. Mgr Ridel, parvenu à Tianjin en juillet 1866, alerte le contre-amiral Pierre-Gustave Roze, commandant l'escadre française d'Extrême-Orient. À l'automne 1866, Roze conduit l'expédition française contre la Corée (Byeongin Yangyo), qui tente sans succès de débarquer sur l'île de Ganghwa. L'opération, mal préparée, échoue ; elle alimente la propagande anti-catholique du Daewongun, qui peut désormais présenter les missionnaires comme les agents avancés d'une agression étrangère.
Selon un propos attribué au régent à ce moment et rapporté par les Annales de la Propagation de la Foi (1867), le Daewongun aurait jugé juste de laver par le sang la terre souillée par les Occidentaux[40].
La persécution se poursuit jusqu'en 1871, dévorant trois générations de catholiques coréens. Quand elle s'éteint, c'est moins par décision royale que par épuisement : la communauté a été décimée, dispersée, contrainte à un silence radical.
La tolérance et la croissance (1882-1944)
L'ouverture diplomatique et le traité avec la France (1886)
Le tournant vient de la pression diplomatique extérieure. Sous l'Empire de Joseon (1897-1910) puis sous l'occupation japonaise (1910-1945), la Corée est progressivement ouverte aux puissances étrangères. Le 9 juin 1886, le Traité d'amitié, de commerce et de navigation entre la France et la Corée est signé à Séoul. L'article IX accorde aux missionnaires français le droit de résider et de voyager dans le royaume. Pour la première fois depuis 1801, le catholicisme est juridiquement toléré[41].
La croissance est lente puis exponentielle. 42 441 catholiques en 1900. 70 000 en 1910. Premier diocèse de Séoul érigé le 8 avril 1911.
Pyongyang, « la Jérusalem de l'Orient »
C'est paradoxalement au nord de la péninsule que le christianisme connaît au début du XXᵉ siècle son essor le plus spectaculaire. Pyongyang, capitale historique de la Corée, devient un foyer presbytérien et catholique d'une vitalité telle qu'on la surnomme alors « la Jérusalem de l'Orient ». La préfecture apostolique de Pyongyang, créée en 1927 et confiée à la société américaine de Maryknoll, est élevée en vicariat apostolique en 1939.
À la veille de l'invasion soviétique de 1945, le diocèse de Pyongyang compte environ 50 000 catholiques et plus de 3,6 millions de Coréens sous sa juridiction territoriale[42]. C'est à Pyongyang qu'aurait pu se développer le centre de gravité de l'Église coréenne du XXᵉ siècle. L'histoire en décidera autrement.
Les deux premières béatifications (1925 et 1968)
Sur le plan magistériel, l'Église romaine reconnaît le martyrologe coréen en deux étapes. Le 5 juillet 1925, Pie XI béatifie 79 martyrs des persécutions Ki-hae (1839) et Pyŏng-o (1846), parmi lesquels Laurent Imbert, Pierre-Philibert Maubant, Jacques-Honoré Chastan, Paul Chong Hasang et André Kim Tae-gon[43]. C'est la première béatification collective concernant l'Asie de l'Est. Le 6 octobre 1968, Paul VI béatifie 24 martyrs supplémentaires, tous victimes de la grande persécution Pyŏng-in de 1866-1871, dont Berneux, Daveluy, Bretenières, Beaulieu, Dorie, Pourthié, Petitnicolas, Aumaître et Huin[44]. Le terrain est ainsi préparé pour la canonisation collective du 6 mai 1984.
L'éradication communiste en Corée du Nord (1945-2026)
Mgr Francis Hong Yong-ho et la disparition du diocèse de Pyongyang
L'occupation soviétique du nord de la péninsule dès août 1945, puis la fondation de la République populaire démocratique de Corée (9 septembre 1948), inaugure pour l'Église nord-coréenne une persécution qui n'a pas connu d'équivalent en Asie hors du Cambodge khmer rouge. Sous Kim Il-sung, le catholicisme est, comme toute religion, désigné comme « opium du peuple » et entreprise d'éradication systématique.
Le 24 mars 1944, Pie XII avait nommé Mgr Francis Hong Yong-ho (né le 12 octobre 1906 à Pyongyang) vicaire apostolique de Heijō (le nom japonais de Pyongyang). Ordonné évêque le 29 juin 1944, Hong gouverne son diocèse pendant cinq ans à peine. Arrêté en mai 1949 par les autorités communistes, il disparaît sans procès ni acte de décès officiel[45]. Il a 42 ans.
Pendant des décennies, l'Annuaire pontifical continue de l'inscrire chaque année comme évêque vivant de Pyongyang. Le 10 mars 1962, Jean XXIII érige formellement le diocèse de Pyongyang comme diocèse plein et confirme Mgr Hong comme premier évêque résidentiel — geste purement symbolique, Hong ayant disparu depuis treize ans sans laisser de trace. L'année 1962 ne désigne donc pas la disparition de l'évêque, mais l'érection canonique du diocèse. Ce n'est qu'en 2013, sous François, que la Congrégation pour les évêques cesse officiellement de mentionner Mgr Hong dans l'annuaire, reconnaissant son décès comme acquis bien que les circonstances et la date exactes demeurent inconnues[46].
Avec lui ont disparu les douze prêtres du diocèse, tous arrêtés entre 1949 et 1952, tous présumés exécutés ou morts en camp de travail. L'extermination du clergé catholique de Pyongyang est totale.
L'église-vitrine de Changchung
À partir des années 1970, le régime de Kim Il-sung met en place une vitrine religieuse de propagande à destination de la diplomatie internationale. En 1988, lors des Jeux olympiques de Séoul, une église catholique est construite à Pyongyang dans le quartier de Changchung (장충성당). Le bâtiment, achevé en juin 1988, est officiellement « la seule église catholique du pays ». Mais elle n'a aucun prêtre permanent : un prêtre sud-coréen ou étranger doit être autorisé spécialement par le régime pour y célébrer, ce qui n'arrive qu'à de rares occasions diplomatiques.
L'Association catholique coréenne (북한천주교인협회) qui gère Changchung n'est en aucun cas reconnue par le Saint-Siège. Les rares Occidentaux qui ont assisté à des liturgies dans l'église rapportent y avoir vu « quelques dizaines de personnes », sans certitude qu'il s'agisse de catholiques réels ou de figurants du régime[47].
Une persécution classée première au monde
Selon l'index World Watch List publié annuellement par l'organisation Open Doors, la Corée du Nord est classée première au monde pour la persécution des chrétiens en 2025, avec un score de 98/100 — rang qu'elle occupe quasi systématiquement depuis plus de vingt ans, avec une parenthèse en 2022 où elle fut n° 2 derrière l'Afghanistan[48]. Open Doors estime à 400 000 le nombre de chrétiens clandestins survivant dans le pays, dont environ 50 000 à 70 000 internés dans les camps de concentration (kwanliso) pour fait religieux. La détention de toute Bible, l'enseignement chrétien à un enfant ou la simple prière communautaire sont des crimes capitaux depuis 1953.
Le diocèse de Pyongyang demeure sede vacante. Depuis 1998, l'archevêque de Séoul cumule la charge d'administrateur apostolique de Pyongyang, en attendant des jours dont nul ne prévoit la venue.
Le miracle sud-coréen et la consécration ecclésiale (1953-2014)
Le cardinal Stephen Kim Sou-hwan et l'épreuve démocratique
Au sud, l'Église catholique connaît après la guerre de Corée (1950-1953) une croissance prodigieuse. De 166 000 fidèles en 1953 elle passe à 789 000 en 1970, à 3 millions en 1990, à 5,6 millions en 2020. Sa figure morale du XXᵉ siècle est Stephen Kim Sou-hwan (1922-2009).
Né le 2 juillet 1922 à Daegu, ordonné prêtre en 1951 pendant la guerre de Corée, formé à l'Université de Sophia (Tokyo) puis à l'Université de Münster (Allemagne), Kim Sou-hwan est nommé archevêque de Séoul en avril 1968. Le 28 avril 1969, Paul VI le crée cardinal à l'âge de 46 ans — il est alors le plus jeune cardinal du Collège[49].
Dans les années 1970 et 1980, sous la dictature militaire de Park Chung-hee puis de Chun Doo-hwan, le cardinal Kim devient la voix morale de la résistance non-violente. La cathédrale Myeong-dong à Séoul, sa cathédrale, est transformée en sanctuaire des manifestants pro-démocratie : grève de la faim de 600 étudiants en juin 1987 après la mort sous la torture du militant Park Jong-chol, célébration de l'opposition Kim Dae-jung en 1976, refuges syndicaux. Le cardinal Kim Sou-hwan accueille les manifestants et refuse les pressions du régime : selon le récit de la presse du lendemain, il aurait déclaré aux forces de l'ordre qu'il faudrait d'abord passer sur son corps, puis sur les prêtres et les religieuses derrière lui, avant de pouvoir atteindre les étudiants réfugiés à Myeong-dong[50].
Cette stature morale prépare la transition démocratique de la Sixième République (octobre 1987). À sa mort le 16 février 2009, 400 000 fidèles défilent à Myeong-dong devant son cercueil. L'archidiocèse de Séoul porte sa cause de béatification : le 5 juillet 2024, il annonce le nihil obstat du Dicastère pour les causes des saints, qui ouvre la phase diocésaine du procès — le cardinal Kim est depuis lors Serviteur de Dieu[51].
6 mai 1984 : la canonisation des 103 martyrs par Jean-Paul II
Pour le bicentenaire de la fondation de l'Église coréenne (1784-1984), saint Jean-Paul II entreprend son premier voyage apostolique en Corée du Sud (3-7 mai 1984). Le 6 mai 1984, sur l'esplanade de Yeouido à Séoul, devant environ un million de fidèles, il canonise 103 martyrs coréens : 93 Coréens et 10 missionnaires français (3 évêques et 7 prêtres MEP), tombés au cours des persécutions de 1839, 1846 et 1866-1871.
C'est la première canonisation célébrée hors de Rome. Le geste est lourd de sens : à un peuple qui a évangélisé seul, à une Église née sans missionnaire, le pape vient en personne reconnaître les fruits du martyre. Parmi les nouveaux saints figurent André Kim Tae-gon (seul prêtre coréen du groupe), Paul Chong Hasang (le chef laïc), les trois évêques français Imbert, Berneux, Daveluy, et de nombreux laïcs des trois persécutions[52].
« Du jeune Pierre Yu, âgé de treize ans, jusqu'au vénérable Marc Chong de soixante-douze ans ; hommes et femmes, clercs et laïcs, riches et pauvres, gens du peuple et nobles, beaucoup d'entre eux descendants de martyrs anonymes plus anciens — tous ont volontiers offert leur vie pour le Christ. » — Saint Jean-Paul II, homélie de canonisation, Yeouido, Séoul, 6 mai 1984[53]
L'avant-veille, 3 mai 1984, le pape s'était rendu au sanctuaire de Jeoldusan pour rendre hommage aux martyrs de 1866 précipités dans le fleuve.
16 août 2014 : François et la béatification de 124 martyrs supplémentaires
Trente ans plus tard, le pape François effectue son propre voyage apostolique en Corée du Sud (13-18 août 2014), à l'occasion de la VIᵉ Journée asiatique de la Jeunesse. Le programme est dense :
- 13 août : arrivée à la base aérienne de Séoul ;
- 15 août (Assomption) : messe au stade de la Coupe du Monde à Daejeon pour la JMJ asiatique ; rencontre des jeunes asiatiques au sanctuaire de Solmoe ;
- 16 août : béatification de 124 martyrs à la Porte de Gwanghwamun, Séoul, devant 800 000 fidèles ;
- 17 août : rencontre des évêques d'Asie au sanctuaire de Haemi ;
- 18 août : messe pour la paix et la réconciliation à la cathédrale Myeong-dong.
La béatification du 16 août 2014 porte sur Paul Yun Ji-Chung et ses 123 compagnons, premiers martyrs coréens de la période 1791-1888, tous laïcs hormis quelques catéchistes. Paul Yun Ji-Chung, décapité à Jeonju le 8 décembre 1791 pour avoir refusé les rites confucéens funéraires, devient le « premier martyr » officiel du règne de Joseon[54].
À Myeong-dong, le 18 août, le pape François consacre l'homélie à la prière pour la paix et la réconciliation dans la péninsule divisée :
« Cette prière a une résonance particulière sur la péninsule coréenne. La messe d'aujourd'hui est avant tout une prière pour la réconciliation de cette famille coréenne. […] Jésus nous demande de croire que le pardon est la porte qui conduit à la réconciliation. La croix du Christ révèle la puissance de Dieu pour combler toute division, pour guérir toute blessure. » — Pape François, homélie à la cathédrale Myeong-dong, Séoul, 18 août 2014[55]
L'Église catholique en Corée du Sud aujourd'hui
Les statistiques 2025
Selon les chiffres officiels de la Conférence des évêques catholiques de Corée (CBCK), Statistiques de l'Église catholique en Corée 2025, publiés en avril 2026 : 6 006 832 catholiques au 31 décembre 2025, soit 11,4 % de la population — le cap des six millions est franchi pour la première fois[56].
Cinquante ans en arrière (1975), la Corée du Sud comptait à peine un million de catholiques. Aujourd'hui, ils sont près de six millions, soit une multiplication par six en deux générations. Aucun autre pays d'Asie n'a connu une telle croissance catholique dans la période moderne[57]. L'Église de Corée du Sud est aujourd'hui l'une des plus dynamiques d'Asie.
Les cardinaux coréens et Lazarus You au Dicastère du Clergé
Deux cardinaux coréens en activité illustrent la place nouvelle prise par l'Église coréenne dans la Curie romaine :
- Cardinal Andrew Yeom Soo-jung (né le 5 décembre 1943 à Anseong), archevêque émérite de Séoul (2012-2021) et administrateur apostolique de Pyongyang, créé cardinal par François le 22 février 2014. Ses ancêtres descendent du martyr Joseph Yeom Deok-sun, l'un des premiers convertis coréens du XVIIIᵉ siècle ;
- Cardinal Lazarus You Heung-sik (né le 17 novembre 1951 à Nonsan), ancien évêque de Daejeon (2005-2021), préfet du Dicastère pour le Clergé depuis le 11 juin 2021 (prise de fonction le 2 août 2021). Premier Coréen à diriger un dicastère de la Curie romaine[58]. Créé cardinal le 27 août 2022 par François. Régulièrement évoqué parmi les papabili asiatiques lors du conclave de 2025.
L'archevêque actuel de Séoul est Mgr Peter Chung Soon-taick OCD (carmes déchaux), en fonction depuis le 8 décembre 2021. Il cumule l'administration apostolique de Pyongyang. La structure ecclésiastique sud-coréenne comprend 3 provinces ecclésiastiques (Séoul, Daegu, Gwangju), 15 diocèses et 1 ordinariat militaire.
Les sanctuaires majeurs et la mémoire des martyrs
L'Église de Corée vit aujourd'hui sa foi en mémoire constante de ses martyrs. Les principaux sanctuaires nationaux maillent le territoire d'un véritable itinéraire de pèlerinage martyrologique :
- Solmoe (솔뫼), Dangjin : lieu de naissance de saint André Kim Tae-gon. Sanctuaire du bicentenaire 2021. Pèlerinage majeur le 21 août (anniversaire de naissance) ;
- Mirinae (미리내), Anseong : tombe de saint André Kim. Mausolée et basilique mineure ;
- Saenamteo (새남터), Séoul : lieu d'exécution de Zhou Wenmo (1801), des trois MEP (1839), d'André Kim (1846), de Berneux et de trois MEP (1866). Sanctuaire national depuis 1981 ;
- Jeoldusan (절두산), Séoul : « la colline de la décapitation », monument et musée des martyrs (1967) ;
- Galmaemot (갈매못), Boryeong : plage du martyre de Daveluy, Aumaître, Huin (30 mars 1866) ;
- Haemi (해미읍성), Chungcheong-nam : forteresse-prison de la persécution Pyŏng-in ;
- Cheonjinam (천진암), Gwangju (Gyeonggi) : « berceau » du catéchuménat de 1779.
Le cas Naju et le discernement officiel
Une note doit être faite sur le cas Naju. Depuis le 30 juin 1985, Julia Kim Yun-hi (née en 1947), femme catholique laïque de la province de Jeolla, affirme que sa statue domestique de la Vierge à Naju verse des larmes (de sang, d'huile parfumée), et rapporte de nombreuses locutions, transformations eucharistiques (hosties transmutées en chair) et apparitions diverses. Un mouvement de fidèles s'organise autour de ces phénomènes.
Le 1ᵉʳ janvier 1998, Mgr Victorinus Youn Kong-hi, archevêque de Gwangju, publie un décret officiel déclarant les phénomènes de Naju « sans origine surnaturelle » et interdit le culte public en lien avec ces apparitions. Le 21 janvier 2008, son successeur Mgr Andreas Choi Chang-mou, archevêque de Gwangju, promulgue un nouveau décret — acte de l'autorité diocésaine, non d'une instance universelle — qui interdit toute célébration sacramentelle à l'oratoire présumé et à la colline de Naju, sous peine d'excommunication latae sententiae pour ceux qui y président ou y participent ; les partisans de Naju contestent la portée universelle de ce décret. L'assemblée plénière de printemps de la Conférence des évêques catholiques de Corée (CBCK), fin février 2008, décide de faire publier ce décret diocésain dans chaque diocèse, et la Congrégation pour la doctrine de la foi confirme cette décision par lettre du 23 avril 2008[59]. L'Église coréenne, qui a connu la rigueur des persécutions vraies, exerce sur les phénomènes mystiques contemporains un discernement strict et magistériel plutôt qu'une crédulité diffuse.
JMJ Seoul 2027 : « Ayez courage : j'ai vaincu le monde »
Annonce et perspective
Au terme de la JMJ de Lisbonne, le 6 août 2023, le pape François annonce le choix de Séoul comme ville hôte de la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse. Les dates du 3-8 août 2027 sont confirmées par Léon XIV le 3 août 2025, lors de la messe de clôture du Jubilé des jeunes à Tor Vergata (Rome). Le thème, dévoilé en 2024, reprend la parole du Christ aux apôtres au soir de la Cène :
« Ayez courage : j'ai vaincu le monde. » (Jean 16, 33)
La JMJ Seoul 2027 sera la première JMJ en Asie depuis Manille 1995 — et surtout la première JMJ organisée dans un pays à minorité chrétienne (les chrétiens, toutes confessions confondues, représentent environ 30 % de la Corée du Sud, et les catholiques 11,4 %)[60].
Une Église envoyée
Le choix de Séoul prolonge naturellement la canonisation hors de Rome de 1984, la béatification de 124 martyrs en 2014, et la nomination d'un Coréen au Dicastère pour le Clergé en 2021. Trois jalons en quarante ans qui inscrivent l'Église de Corée non plus comme Église-mission réceptrice, mais comme Église-envoyée missionnaire. La Corée envoie aujourd'hui des missionnaires en Mongolie, au Cambodge, en Afrique et même en Europe occidentale, où plusieurs paroisses catholiques rurales françaises et italiennes sont desservies par des prêtres Fidei Donum coréens.
L'archevêque émérite Cardinal Yeom Soo-jung, héritier d'une lignée martyriale remontant à Joseph Yeom Deok-sun, l'un des premiers convertis coréens du XVIIIᵉ siècle, l'a résumé en substance dans une allocution prononcée à Séoul pendant le voyage apostolique du pape François (août 2014) : l'Église de Corée est l'Église des descendants des martyrs — une Église qui n'a pas simplement reçu la foi mais l'a cherchée, payée et défendue, et qui a aujourd'hui le devoir de la transmettre[61].
L'Église coréenne, née sans missionnaire, dont la première Eucharistie sacramentellement valide n'a été célébrée que onze ans après sa fondation laïque, dont neuf missionnaires européens ont versé le sang en moins d'un mois en 1866, est aujourd'hui l'une des Églises particulières les plus vigoureuses du monde catholique. L'histoire de l'Église en Corée est l'un des grands signes contemporains de la fécondité catholique du martyre.
Pour aller plus loin
- La controverse des rites chinois (1645-1742) — pour comprendre la décision romaine de 1742 qui détermina la rupture entre catholicisme coréen et rites confucéens, à l'origine du martyre de Paul Yun Ji-Chung en 1791.
- L'Église en Chine contemporaine (1949-2026) — pour comparer deux Églises asiatiques aux destins opposés : la persécution communiste au nord chez les Coréens, la sinisation contemporaine au sud chez les Chinois.
- L'Église au Japon — pour le parallèle avec les chrétiens cachés (Kakure Kirishitan) et les 26 martyrs de Nagasaki canonisés en 1862.
- L'Église clandestine sous le communisme (1917-1991) — pour la doctrine et la pratique de la résistance ecclésiale dont le diocèse fantôme de Pyongyang est l'expression la plus extrême.
- L'Église face aux totalitarismes (1917-1989) — pour situer la persécution nord-coréenne dans la matrice doctrinale catholique des combats contre les régimes totalitaires.
Notes et références
Sur la fondation de l'Église catholique en Corée et la situation à l'arrivée du P. Jacques Zhou Wenmo en décembre 1794, voir Charles Dallet MEP, Histoire de l'Église de Corée, précédée d'une introduction sur l'histoire, les institutions, la langue, les mœurs et coutumes coréennes, 2 vol., Paris, Librairie Victor Palmé, 1874, t. I, livre I, ch. III-V, p. 47-95. Disponible sur Gallica BnF : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5739458w. Voir aussi Juan G. Ruiz-de-Medina SJ, The Catholic Church in Korea: Its Origins 1566-1784, Roma, Istituto Storico della Compagnia di Gesù, 1991, ch. VI-VII (édition anglaise par John Bridges ; original espagnol Madrid, 1986).
1Sur le bilan de la grande persécution Pyŏng-in (1866-1871) — entre 8 000 et 10 000 martyrs selon les estimations MEP, défendable selon les recherches modernes —, voir Don Baker et Franklin Rausch, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., ch. VI.
2 37La liste des neuf missionnaires MEP exécutés en Corée entre le 7 et le 30 mars 1866 (Berneux, Bretenières, Beaulieu, Dorie, Pourthié, Petitnicolas, Daveluy, Aumaître, Huin) est documentée par Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre VI, ch. VII-IX ; Adrien Launay MEP, Mémorial de la Société des Missions Étrangères, Paris, 1916 ; et l'Institut de Recherche France-Asie (IRFA) des MEP, irfa.paris, notices biographiques de chaque martyr. Les trois MEP survivants sont Mgr Félix-Clair Ridel, le P. Pierre-Marie Calais et le P. Charles-Stanislas Féron, tous trois échappés en juillet 1866 vers la Chine.
3 36Saint Jean-Paul II, homélie pour la canonisation des 103 martyrs coréens, esplanade de Yeouido, Séoul, 6 mai 1984. Texte officiel sur vatican.va. Texte original anglais (seule version officielle en ligne ; l'homélie fut prononcée en anglais) : « The first Christian community in Korea, a community unique in the history of the Church by reason of the fact that it was founded entirely by lay people. This fledgling Church, so young and yet so strong in faith, withstood wave after wave of fierce persecution. Thus in less than a century, it could boast of some ten thousand martyrs. » La citation française donnée dans le corps de l'article en est la traduction fidèle, présentée comme telle.
4 5 53Conférence des évêques catholiques de Corée (CBCK), Statistiques de l'Église catholique en Corée 2025, publiées le 22 avril 2026 : 6 006 832 catholiques au 31 décembre 2025, soit 11,4 % de la population — le cap des six millions franchi pour la première fois, dix-sept ans après celui des cinq millions en 2008. Chiffre confirmé par la presse coréenne d'après le communiqué CBCK. La ventilation détaillée par postes (prêtres, séminaristes, paroisses, baptêmes) n'ayant pu être vérifiée poste par poste, seul le total officiel est repris ici.
6 56Sur la désignation de Séoul comme ville hôte par le pape François à Lisbonne le 6 août 2023, voir le communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège du 6 août 2023, ainsi que le Comité organisateur de la JMJ Seoul 2027, wyd2027.com. Sur la confirmation des dates du 3-8 août 2027 par Léon XIV le 3 août 2025 (messe de clôture du Jubilé des jeunes, Tor Vergata), voir Catholic World Report / Catholic News Agency, 3 août 2025. Logo officiel et thème dévoilés le 24 septembre 2024. Sur la première JMJ en pays à minorité chrétienne, voir l'analyse de George Weigel, « Korea: the Catholic Church's Next Frontier », First Things, septembre 2023.
7 60Open Doors International, World Watch List 2025, publié le 15 janvier 2025 : la Corée du Nord y occupe la première place mondiale avec un score de 98/100. Le dossier pays précise qu'après une brève parenthèse lors de la World Watch List 2022 — où l'Afghanistan occupa la première place et la Corée du Nord la deuxième, après vingt ans de tête nord-coréenne —, le pays a retrouvé puis conservé le premier rang en 2025. Estimation : 400 000 chrétiens clandestins, dont 50 000 à 70 000 internés dans les kwanliso (camps de concentration) pour motif religieux. Voir opendoors.org et le tableau officiel des scores 2022 (Afghanistan 98, Corée du Nord 96).
8 48Sur le mouvement Silhak et la réception coréenne du catéchisme jésuite chinois, voir Don Baker et Franklin Rausch, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, Honolulu, University of Hawaii Press, 2017, ISBN 978-0-8248-6629-7, ch. I-II. Référence académique de premier ordre, fondée sur les archives coréennes.
9Sur les sessions de Cheonjinam vers 1779 et le rôle pivot de Kwŏn Ch'ŏlsin, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, p. 35-46 ; et Don Baker, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., p. 27-42. Le sanctuaire Cheonjinam est reconnu officiellement par la CBCK comme « berceau du catholicisme coréen ».
10Sur Pierre Yi Sŭnghun (1756-1801), voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, p. 47-65, qui détaille le voyage à Pékin de 1783-1784 et le baptême par le P. de Grammont. Voir aussi la notice biographique de la CBCK dans le dossier de béatification 2014 (Yi Sŭnghun est l'un des 124 béatifiés par François). Sur le P. de Grammont — nom complet Jean-Baptiste-Joseph de Grammont, enregistré sous la forme courte « Jean-Joseph de Grammont » dans Joseph Dehergne SJ, Répertoire des jésuites de Chine de 1552 à 1800, Institutum Historicum Societatis Iesu, Roma, 1973 —, ex-jésuite français en poste à Pékin ; l'historiographie jésuite le qualifie d'« ancien jésuite » (former Jesuit). Le prénom « Louis », repris par certaines narrations secondaires, n'est pas la forme retenue par Dehergne ; et le sigle « SJ » est anachronique en 1784, la Compagnie ayant été supprimée en 1773.
11Charles Dallet MEP, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, livre I, ch. III. Dallet, mort en 1878, fonde son récit sur les notes manuscrites de Mgr Antoine Daveluy (martyr 1866), elles-mêmes constituées à partir des témoignages directs des survivants coréens des persécutions et des archives MEP. C'est la source primaire majeure pour l'histoire de l'Église coréenne au XIXᵉ siècle.
12Pape François, homélie pour la béatification de Paul Yun Ji-Chung et de 123 compagnons martyrs, Porte de Gwanghwamun, Séoul, 16 août 2014. Texte officiel anglais sur vatican.va. Citation traduite du texte original : « The Christian faith was not brought to the shores of Korea through missionaries; rather, it entered through the hearts and minds of the Korean people themselves. Through an initial encounter with the Gospel, the first Korean Christians opened their minds to Jesus. »
13 54Sur l'épisode de la « hiérarchie laïque provisoire » (1786-1788) et la correction de Mgr Alexandre de Gouvea OFM (évêque de Pékin de 1783 à 1808), voir Juan G. Ruiz-de-Medina SJ, The Catholic Church in Korea: Its Origins 1566-1784, op. cit., ch. VIII ; et Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, p. 67-78. L'épisode témoigne de la fidélité catholique de la communauté coréenne dès ses origines, capable d'accepter la correction romaine sur un point de discipline sacramentelle qu'elle ignorait par bonne foi.
14Sur Paul Yun Ji-Chung (1759-1791) et la persécution Sinhae, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, livre II, ch. I ; et la notice biographique de la Conférence des évêques catholiques de Corée dans le dossier de béatification 2014, Paul Yun Ji-Chung and 123 Companions, Martyrs of Korea, Séoul, 2014. Béatifié comme « premier des 124 » par François à Gwanghwamun le 16 août 2014.
15Sur le ministère du P. Jacques Zhou Wenmo en Corée (1795-1801) et la croissance de 4 000 à 10 000 fidèles, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, livre II, ch. III-V. Sur la Myeongdohoe et le rôle d'Augustin Jeong Yak-jong comme président, voir aussi Don Baker, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., p. 88-94.
16Sur Augustin Jeong Yak-jong (1760-1801) et le Jugyo Yoji (vers 1799-1800), voir Bartholomew Kilkelly, « Orthodox Heresy: Chŏng Yakchong and the Chugyo yoji », Irish Journal of Asian Studies 2014 ; Don Baker, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., p. 95-112 ; et la notice biographique CBCK dans le dossier de béatification 2014 (Jeong Yak-jong figure parmi les 124 béatifiés).
17Sur le martyre du P. Jacques Zhou Wenmo — reddition volontaire à la police à la fin avril 1801, décapitation à Saenamteo le 31 mai 1801 —, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, livre II, ch. VI-VII, et les notices biographiques de l'Institut de Recherche France-Asie (IRFA) des MEP, irfa.paris. La date et le lieu de l'exécution sont corroborés par la Catholic Encyclopedia (« Corea » : « put to death, 31 May, 1801 ») et par le portail officiel korea.net (« Chinese priest Zhou Wenmo […] was executed here [Saenamteo] on May 31, 1801 »). Aucune source consultée ne lui attribue l'appartenance à la Compagnie de Jésus : toutes le désignent comme simple « prêtre chinois » (Chinese priest) — le sigle « SJ » est donc retiré. Voir aussi Sanctuaire national de Saenamteo, notice historique officielle (en coréen, archives diocésaines de Séoul), reprise par la Catholic Bishops' Conference of Korea.
18Sur le bilan de la persécution Sin-yu de 1801 (environ 300 exécutions identifiées + plusieurs centaines d'exilés), voir Don Baker et Franklin Rausch, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., ch. III. Baker et Rausch corroborent les estimations MEP de Dallet en se fondant sur les archives officielles coréennes (Joseon wangjo sillok — Annales véridiques de la dynastie Joseon).
19Sur la « Lettre de soie » d'Alexandre Hwang Sayŏng (1775-1801), voir Don Baker et Franklin Rausch, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., annexe : « The Silk Letter of Alexander Sayong Hwang », édition critique annotée. Voir aussi Alexander Y. Hwang et Lydia T. Kim, « The Silk Letter of Alexander Sayông Hwang: Introduction and Abridged Translation », Missiology: An International Review 37/2 (2009), p. 257-279. L'original conservé aux Archives historiques nationales de Séoul mesure 62 × 38 cm et contient 13 384 caractères chinois.
20Sur Paul Chong Hasang (1795-1839) et sa supplique à Grégoire XVI vers 1825-1827, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. I, livre III, ch. I-II ; et Don Baker, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., p. 122-130. La supplique est mentionnée dans les archives de la Propaganda Fide à Rome, fonds Sinarum et Indiarum, série Corée.
21Grégoire XVI, Bulle Ex debito pastoralis officii, 9 septembre 1831, Bullarium Pontificium Sacrae Congregationis de Propaganda Fide, vol. V, p. 213-216, érigeant le vicariat apostolique de Corée et le confiant aux Missions Étrangères de Paris. Texte commenté dans Adrien Launay MEP, Histoire de la Société des Missions Étrangères, 3 vol., Paris, 1894, t. III, p. 89-94.
22La formule « Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis » (Jean 10, 11) que Mgr Imbert adresse à Maubant et Chastan en septembre 1839 est rapportée par Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre IV, ch. III ; reprise par Adrien Launay MEP, Mémorial de la Société des Missions Étrangères, Paris, 1916. Voir aussi la notice biographique IRFA : irfa.paris/notice/0489-imbert-laurent-joseph-marie.
23Sur la persécution Ki-hae de 1839 et le martyre du 21 septembre 1839 de Mgr Imbert, des PP. Maubant et Chastan, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre IV, ch. III-VI. Voir aussi les notices biographiques de l'Institut de Recherche France-Asie (IRFA) des MEP : irfa.paris, notices Imbert (n° 489), Maubant (n° 477), Chastan (n° 478).
24Sur le Sang-jae sang-seo (上宰相書, Lettre au Premier ministre) de Paul Chong Hasang, voir Don Baker, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., ch. IV, qui propose une analyse détaillée du texte comme première apologétique catholique coréenne. Le texte original, en caractères chinois, est conservé dans les archives de la cathédrale Myeong-dong à Séoul.
25La réponse de Paul Chong Hasang à ses juges — « I have told you that I am a Christian, and will be one until my death » — est rapportée par Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre IV, ch. VI ; et reprise dans les actes du procès canonique de béatification (1925) et de canonisation (1984). Source primaire : les Joseon wangjo sillok, année Heonjong 5 (1839).
26Pie XI, décret de béatification des 79 martyrs coréens des persécutions de 1839 et 1846, 5 juillet 1925, Acta Apostolicae Sedis XVII (1925). La cérémonie eut lieu à Saint-Pierre de Rome. C'est la première béatification d'envergure concernant l'Asie de l'Est. Voir Jean Guennou MEP, Missions Étrangères de Paris, Le Sarment-Fayard, Paris, 1986, ISBN 978-2-866-79023-3, p. 311-318.
27 43Sur la biographie de saint André Kim Tae-gon (1821-1846), voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre V, ch. I-V (récit le plus complet en langue française) ; et Lettres de Saint Andrew Kim Dae-geon, prêtre martyr (21 lettres conservées en latin, chinois et coréen), édition bilingue coréen-anglais, Séoul, Research Foundation of Korean Church History, 2021 (édition du bicentenaire). Sur la famille martyriale Kim, voir aussi Joseph Chang-mun Kim et John Jae-sun Chung, Catholic Korea: Yesterday and Today, Séoul, Catholic Korean Publishing Co., 1964, p. 87-94.
28Sur la formation d'André Kim Tae-gon à Macao, en Cochinchine, à Lolomboy (Philippines, province de Bulacan) et son évacuation pendant la guerre de l'Opium, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre V, ch. I-III ; et Lettres de saint André Kim, op. cit., correspondance 1839-1844. Sur le séjour philippin, voir aussi la notice du sanctuaire de Lolomboy, érigé en sanctuaire national par la Conférence épiscopale des Philippines.
29Sur l'ordination sacerdotale d'André Kim Tae-gon à Jinjiaxiang (金家巷, diocèse de Shanghai) par Mgr Jean-Joseph Ferréol MEP le 17 août 1845, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre V, ch. IV ; et la notice biographique de Ferréol à l'Institut de Recherche France-Asie (IRFA) des MEP, notice n° 525. La chapelle de Jinjiaxiang, encore existante, est aujourd'hui un sanctuaire dépendant du diocèse de Shanghai.
30Propos rapporté de Mgr Jean-Joseph Ferréol MEP, lettre au Conseil central des MEP à Paris, février 1847, d'après Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre V, ch. V. Le texte verbatim de la lettre n'ayant pu être retrouvé, l'article le résume sans guillemets.
31Paroles rapportées de saint André Kim Tae-gon avant son martyre à Saenamteo le 16 septembre 1846 : « C'est ici ma dernière heure ; écoutez-moi attentivement », citées par Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre V, ch. V, à partir des témoignages directs des fidèles présents et des lettres MEP de l'époque. Reprise dans l'Office des Lectures de l'Église universelle, mémoire des saints André Kim, Paul Chong et leurs compagnons (20 septembre).
32Texte de la dernière exhortation de saint André Kim Tae-gon adressée à la communauté chrétienne depuis sa prison, août 1846. Texte officiel utilisé dans l'Office des Lectures de l'Église universelle, mémoire du 20 septembre, deuxième lecture. Source primaire : Pro Corea Documenta, éd. Mission Catholique de Séoul, 1938, vol. 1, p. 74-75. Voir aussi les Lettres de saint André Kim, op. cit. (correspondance n° 21, en coréen). Texte officiel français disponible auprès de l'Association épiscopale liturgique pour les pays francophones (AELF).
33Sur le ministère de Mgr Siméon-François Berneux (vicaire apostolique de Corée 1856-1866) et l'estimation de 17 000 fidèles coréens en 1859, voir la lettre annuelle de Mgr Berneux au Conseil central des MEP, 1859, citée par Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre VI, ch. III. Sur le séminaire de Pae-ron et l'imprimerie en hangeul, voir la notice biographique IRFA n° 564.
34Sur l'arrestation et l'exécution de Mgr Siméon-François Berneux le 7 mars 1866 à Saenamteo, voir Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre VI, ch. VII ; Adrien Launay MEP, Histoire des Missions de Corée, Paris, 1925 ; et la notice biographique IRFA n° 564.
35Les chiffres précis avancés pour Jeoldusan entre 1866 et 1871 (« près de 2 000 » corps, « 177 exécutés ») n'ont pu être rattachés à une page exacte de Dallet ni de Baker et Rausch : ils sont retirés en attendant cette vérification page à page, et l'article ne retient aucun chiffre pour ce seul lieu.
38Sur Haemi : environ 1 000 croyants tués sur ce seul lieu pour la persécution de 1866, dont beaucoup enterrés vivants ou noyés, selon les archives citées par le Korea JoongAng Daily (« Korean Catholicism's most sacred sites », 2014) ; environ 2 000 martyrs de la région entre 1866 et 1882, dont 132 noms enregistrés, selon International Christian Concern (2021) et le Catholic World Report (2022). Sanctuaire reconnu lieu de pèlerinage international par le Vatican le 1er mars 2021. Baker souligne que ce chiffre rend Pyŏng-in « l'une des persécutions chrétiennes les plus meurtrières du XIXᵉ siècle, comparable au génocide arménien de 1894-1895 par sa densité temporelle ».
39Propos attribué au régent Heungseon Daewongun (1820-1898) au début de la persécution Pyŏng-in, d'après les Annales de la Propagation de la Foi, Lyon, 1867, vol. 39, p. 312 ; repris dans Charles Dallet, Histoire de l'Église de Corée, op. cit., t. II, livre VI, ch. VII. Le texte verbatim n'ayant pu être retrouvé, il est résumé ici sans guillemets. Voir aussi James Palais, Politics and Policy in Traditional Korea, Harvard University Press, 1991, ch. consacré au Daewongun.
40Traité d'amitié, de commerce et de navigation entre la France et la Corée, signé à Séoul le 9 juin 1886. Voir Henri Cordier, Histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales 1860-1900, Paris, Alcan, 1901-1902, t. III, p. 405-412. L'article IX accorde explicitement aux missionnaires français le droit de résider et de voyager dans le royaume.
41Sur le diocèse de Pyongyang à son apogée vers 1943 (population juridictionnelle de 3,65 millions, dont environ 50 000 catholiques) et le surnom « Jérusalem de l'Orient », voir Donald Baker, « The Catholic Church in Korea », in The Encyclopedia of Christianity in the Global South, Rowman & Littlefield, 2018 ; et Andrew C. Nahm, Korea: Tradition and Transformation, Elizabeth NJ, Hollym International, 1988, ch. XIV.
42Paul VI, décret de béatification des 24 martyrs coréens de la persécution Pyŏng-in de 1866-1871, 6 octobre 1968, Acta Apostolicae Sedis LX (1968). Cérémonie célébrée à Saint-Pierre de Rome. Les 24 béatifiés incluent l'évêque Berneux, le coadjuteur Daveluy et les sept autres MEP martyrs de mars 1866.
44Sur l'arrestation de Mgr Francis Hong Yong-ho (né en 1906) par les autorités communistes nord-coréennes en mai 1949 et sa disparition sans laisser de trace, voir la fiche officielle du diocèse de Séoul / administrateur apostolique de Pyongyang, et Donald Baker, Korean Catholicism in Modern Times, in Encyclopedia of Christianity in the Global South, op. cit. Voir aussi la notice Catholic Hierarchy, catholic-hierarchy.org.
45Le décès de Mgr Francis Hong Yong-ho a été officiellement reconnu par le Saint-Siège en juin 2013 — mettant fin à 64 ans de mention de Hong comme évêque vivant dans l'Annuaire pontifical, les circonstances et la date exactes de sa mort demeurant inconnues. Voir le National Catholic Register, « Will the Catholic Church Have a Growing Role in Korean Reconciliation? » (2014), et la notice de la cathédrale Changchung de Pyongyang. Sur l'érection canonique du diocèse de Pyongyang le 10 mars 1962 par Jean XXIII — avec Hong, déjà disparu, comme premier évêque nommé —, voir l'encyclopédie du diocèse de Séoul / administrateur apostolique de Pyongyang. Le siège demeure vacant de fait depuis l'arrestation de 1949 (le diocèse n'ayant été érigé canoniquement qu'en 1962) ; l'archevêque de Séoul (actuellement Mgr Peter Chung) en assume l'administration apostolique depuis 1998.
46Sur l'église catholique de Changchung à Pyongyang, construite en 1988, et son statut de « vitrine sans clergé », voir AsiaNews, dossier « North Korea: the Catholic Church in the world's most closed nation », mars 2018 ; et le rapport Korea Future Initiative, Persecuting Faith: Documenting Religious Freedom Violations in North Korea, Londres, 2020. L'Association catholique coréenne (북한천주교인협회) qui gère Changchung n'est pas reconnue par le Saint-Siège.
47Sur la création cardinalice de Stephen Kim Sou-hwan par Paul VI au consistoire du 28 avril 1969, voir le communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège du 28 avril 1969, Acta Apostolicae Sedis LXI (1969) ; et George Weigel, Witness to Hope: The Biography of John Paul II, HarperCollins, 1999, ISBN 978-0-06-018793-6, p. 412 (sur la place du cardinal Kim dans le Collège). Sur sa biographie complète : Joseph Chang-mun Kim, Cardinal Stephen Kim Sou-hwan: A Pastor of the People, Séoul, Catholic Publishing House, 2010.
49Propos rapporté du cardinal Stephen Kim Sou-hwan aux forces de l'ordre le 13 juin 1987 à la cathédrale Myeong-dong, lors de la grève de la faim des étudiants après la mort sous la torture de Park Jong-chol, d'après The Korea Times, édition du 14 juin 1987. Le texte verbatim n'ayant pu être retrouvé, l'article le résume sans guillemets. Le cardinal Kim Sou-hwan est mort le 16 février 2009 à 86 ans.
50Sur la cause de béatification de Stephen Kim Sou-hwan, voir Agenzia Fides, « ASIA/SOUTH KOREA — Canonization process for Cardinal Kim begins », dépêche du 5 juillet 2024 (fides.org) : l'archidiocèse de Séoul y annonce la lettre du Dicastère pour les causes des saints ne posant aucune objection (nihil obstat) à l'ouverture du procès de béatification et canonisation — le cardinal Kim peut dès lors être appelé Serviteur de Dieu, et la phase diocésaine s'ouvre en juillet 2024.
51Sur la canonisation des 103 martyrs coréens à Yeouido le 6 mai 1984 — première canonisation célébrée hors de Rome —, voir Saint Jean-Paul II, homélie de canonisation, op. cit. ; et George Weigel, Witness to Hope, op. cit., p. 491-495. La presse catholique contemporaine l'atteste : « the first canonization to take place outside of Rome in modern church history » (Catholic News Service, dépêche de Séoul reprise dans le Courier-Journal, 16 mai 1984). L'article ne reprend pas la formule « depuis le Moyen Âge », employée par certains titres sans citer de précédent médiéval : aucune canonisation médiévale hors de Rome n'est documentée par les sources consultées. Le groupe canonisé compte exactement 103 saints : 93 Coréens — 92 laïcs (hommes et femmes, catéchistes, mères de famille, lettrés convertis) et André Kim Tae-gon, seul prêtre coréen du groupe — et 10 missionnaires français (3 évêques + 7 prêtres MEP). Le prêtre chinois Jacques Zhou Wenmo n'appartient pas à ce groupe : martyr en 1801, il a été béatifié séparément le 16 août 2014 par François, parmi Paul Yun Ji-chung et ses 123 compagnons.
52Pape François, homélie pour la messe pour la paix et la réconciliation en Corée, cathédrale Myeong-dong, Séoul, 18 août 2014. Texte officiel anglais sur vatican.va. Texte original anglais : « This prayer has a particular resonance on the Korean peninsula. Today's Mass is first and foremost a prayer for reconciliation in this Korean family. Jesus asks us to believe that forgiveness is the door which leads to reconciliation. […] The cross of Christ reveals the power of God to bridge every division, to heal every wound. »
55Sur la croissance exceptionnelle de l'Église catholique sud-coréenne entre 1975 et 2025, voir Agenzia Fides, dossier « South Korea: Statistics of the Catholic Church », dépêche du 18 avril 2024 ; et l'analyse Rome Reports, « Catholic Church grew 1,200 % in Korea over 50 years », 9 mai 2024.
57Sur la nomination du cardinal Lazarus You Heung-sik comme préfet du Dicastère pour le Clergé par le pape François le 11 juin 2021 (prise de fonction le 2 août 2021) — premier Coréen à diriger un dicastère de la Curie romaine —, voir le communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège du 11 juin 2021. Création cardinalice au consistoire du 27 août 2022. Voir aussi la fiche du College of Cardinals Report, collegeofcardinalsreport.com. Sur sa mention parmi les papabili asiatiques avant le conclave de 2025, voir Aju Press (dépêche Yonhap), « Cardinal You Heung-sik named among contenders for next pope », 23 avril 2025 : le College of Cardinals Report l'y range parmi les 41 cardinaux à suivre pour l'élection pontificale.
58Sur le discernement officiel négatif concernant les phénomènes attribués à Julia Kim Yun-hi à Naju depuis 1985, voir le décret de Mgr Victorinus Youn Kong-hi, archevêque de Gwangju, 1ᵉʳ janvier 1998, déclarant les phénomènes « sans origine surnaturelle » (non constat de supernaturalitate) et interdisant tout culte public ; puis le décret de Mgr Andreas Choi Chang-mou, archevêque de Gwangju, 21 janvier 2008, interdisant les célébrations sacramentelles à l'oratoire présumé et à la colline de Naju sous peine d'excommunication latae sententiae (cf. can. 1336, 1364) pour ceux qui y président ou y participent — acte diocésain dont les partisans de Naju contestent la portée universelle. L'assemblée de printemps de la CBCK (25-28 février 2008) décide de faire publier ce décret dans chaque diocèse, décision confirmée par la Congrégation pour la doctrine de la foi, lettre du 23 avril 2008 (Prot. n° 112/1993-27066). Aucune confirmation CBCK de 2024 n'ayant pu être sourcée, elle n'est pas reprise ici.
59Paraphrase du propos du cardinal Andrew Yeom Soo-jung, archevêque de Séoul, dans une allocution prononcée à Séoul dans le cadre du voyage apostolique du pape François en Corée du Sud, août 2014 — le texte exact de l'allocution n'ayant pu être retrouvé, la formulation entre guillemets a été remplacée par ce résumé présenté comme tel. Sur la lignée martyriale du clan Yeom remontant à Joseph Yeom Deok-sun, l'un des premiers convertis coréens du XVIIIᵉ siècle, voir Don Baker, Catholics and Anti-Catholicism in Chosŏn Korea, op. cit., et la notice généalogique de l'archidiocèse de Séoul, aos.or.kr.
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