L'Église catholique au Japon désigne la communauté catholique de l'archipel nippon depuis l'arrivée du jésuite navarrais saint François Xavier à Kagoshima le 15 août 1549[1] jusqu'à aujourd'hui. Elle est l'héritière d'une histoire unique dans le monde chrétien : un « âge d'or » ouvert en 1549 qui portera la chrétienté japonaise à près de 300 000 baptisés à son apogée, vers 1614[2] — l'une des chrétientés les plus dynamiques de toute l'Asie, suivi d'une persécution générale (1587-1639) qui produit des milliers de martyrs, puis plus de deux siècles de clandestinité (1639-1865) où les « chrétiens cachés » (kakure kirishitan) transmettent la foi sans clergé, sans Eucharistie ni confession — le baptême restant administré par des baptiseurs laïcs (mizukata) —, sans contact avec Rome.
Le 17 mars 1865, à la cathédrale d'Ōura tout juste consacrée, le père Bernard Petitjean des Missions Étrangères de Paris reçoit la visite d'une quinzaine de paysans d'Urakami qui lui révèlent en murmurant : « Le cœur de nous tous ici est le même que le vôtre »[3]. Ce moment, salué dans toute l'Europe comme le « miracle d'Orient », ouvre une renaissance qui passe par l'Urakami yoban kuzure — dernière persécution massive (1867-1873) — puis par la restauration de la hiérarchie catholique en 1891 par Léon XIII et la canonisation des 26 martyrs de Nagasaki par Pie IX dès 1862.
Au XXᵉ siècle, l'Église japonaise traverse trois grands moments : l'apostolat de saint Maximilien-Marie Kolbe à Nagasaki (1930-1936), qui fonde le couvent providentiellement épargné par la bombe atomique en 1945 ; le 9 août 1945 à 11h02, quand la bombe « Fat Man » détonne à 500 mètres au-dessus du quartier d'Urakami et tue environ 8 500 catholiques sur les 12 000 que comptait alors la paroisse[4] ; et l'œuvre du serviteur de Dieu Takashi Nagai (1908-1951), médecin radiologue baptisé en 1934, dont l'homélie du 23 novembre 1945 lit la destruction de Nagasaki comme un « hansai » — holocauste expiatoire pour toutes les nations belligérantes.
L'Église au Japon contemporaine est aujourd'hui une petite Église minoritaire — 0,33 % d'une population de 124,9 millions en 2024 (référence CBCJ)[5] — mais profondément structurée : trois universités catholiques majeures (Sophia, Nanzan, Nagasaki Junshin), un réseau hospitalier (Seibo Byōin, St. Mary's Kurume), Caritas Japan, et un épiscopat indigène désormais représenté au Sacré Collège par le cardinal Tarcisio Isao Kikuchi (créé cardinal le 7 décembre 2024). Sa singularité : avoir traversé toutes les persécutions modernes — édits Tokugawa, sakoku, yoban kuzure, militarisme Shōwa, Hiroshima et Nagasaki — et conservé jusqu'aujourd'hui la mémoire des martyrs comme colonne vertébrale spirituelle d'une communauté qui sait que la fidélité chrétienne peut coûter la vie de plusieurs générations consécutives.
L'aube chrétienne du Japon (1549-1587)
Saint François Xavier débarque à Kagoshima (15 août 1549)
L'histoire commence le 15 août 1549, en la solennité de l'Assomption, lorsque saint François Xavier, SJ (1506-1552), aborde la jonque chinoise dans la baie de Kagoshima, dans l'extrême sud du Japon. Avec lui : deux jésuites — le père Cosme de Torres et le frère Juan Fernández — et un Japonais converti à Malacca, Anjirō (baptisé Paul de Sainte-Foi), premier « interprète missionnaire » du nouveau pays. Xavier vient de Goa, où il est supérieur de la jeune Compagnie de Jésus pour les Indes orientales et où il a entendu Anjirō lui dire que ses compatriotes japonais étaient « meilleurs que tous les peuples connus »[6].
Trois mois après son arrivée, Xavier écrit une lettre désormais célèbre à la Compagnie de Jésus à Goa, datée du 5 novembre 1549, depuis Kagoshima :
« Les gens que nous avons rencontrés jusqu'à présent sont les meilleurs qui aient été découverts jusqu'ici, et il me semble que parmi les païens nous ne trouverons jamais une autre race équivalente aux Japonais. » — Saint François Xavier, lettre à la Compagnie de Jésus à Goa, Kagoshima, 5 novembre 1549[7]
Cette appréciation, recopiée et diffusée dans toute la Compagnie naissante, suscite dans toute l'Europe un enthousiasme missionnaire pour l'archipel. L'épisode complet — débarquement, premiers baptêmes, traduction du nom de Dieu (le périlleux Dainichi abandonné pour Deus latinisé), apostolat à Hirado, Yamaguchi et Kyoto, et finalement la décision de partir pour la Chine où Xavier meurt en 1552 — est exposé en détail dans l'article spécialisé Les missions jésuites au Japon (1549-1644), qui prolonge l'histoire jusqu'au grand retournement de Toyotomi Hideyoshi et au sakoku.
Une nation prometteuse aux yeux du missionnaire
Pourquoi cette estime hors normes pour le Japon ? Xavier la formule lui-même : honnêteté, propreté, soif d'apprendre, respect des hiérarchies, refus de l'idolâtrie grossière, sens du suicide d'honneur (seppuku) qui prouve, selon lui, un sens aigu de la conscience morale. Plus profondément, il observe que le Japon des daimyō (seigneurs féodaux) entre dans une période d'instabilité religieuse : les sectes bouddhistes (Jōdo Shinshū, Nichiren, Zen Rinzai) se disputent les âmes, le shintō impérial reste désorganisé, et certains daimyō cherchent un point d'appui spirituel et commercial dans l'arrivée des Portugais. Le christianisme y trouve un terrain inattendu.
Cosme de Torres, Valignano et l'âge d'or des daimyō chrétiens
Après le départ de Xavier (novembre 1551), le père Cosme de Torres dirige la mission jusqu'à sa mort en 1570. C'est sous lui, puis sous le visiteur Alessandro Valignano, SJ (1539-1606), arrivé en 1579, que la mission japonaise atteint son apogée. Valignano impose une politique d'accommodation rigoureuse : les missionnaires apprennent la langue, adoptent la nourriture et le costume des moines bouddhistes (puis des bonzes Zen), construisent des séminaires (Arima, Azuchi, Nagasaki), et publient sur les presses jésuites des grammaires et des catéchismes en kana — l'imprimerie japonaise chrétienne précède de plusieurs décennies l'imprimerie laïque domestique.
Les conversions des grands daimyō — Ōmura Sumitada (1563, premier daimyō baptisé, nom chrétien Don Bartholomée), Ōtomo Sōrin (1578, Don Francisco), Konishi Yukinaga, Justo Takayama Ukon — entraînent celles de leurs vassaux et paysans. Vers 1582, on compte près de 150 000 chrétiens japonais ; vers 1614, à la veille de la grande persécution, ils sont environ 300 000 sur une population totale de 18 millions, soit près de 1,7 % du pays[8]. Aucune mission jésuite moderne n'aura proportionnellement obtenu un tel rapport population/baptisés en aussi peu de décennies.
L'ambassade Tenshō en Europe (1582-1590)
L'événement le plus spectaculaire de cet âge d'or est l'ambassade Tenshō (天正遣欧少年使節) : quatre jeunes Japonais chrétiens — Itō Mancio, Chijiwa Miguel, Hara Martino, Nakaura Julião — envoyés en Europe par les trois daimyō chrétiens du Kyūshū, accompagnés du père Valignano. Partis de Nagasaki en février 1582, ils traversent Macao, Goa, Le Cap, Lisbonne, Madrid (réception par Philippe II en novembre 1584), puis arrivent à Rome le 22 mars 1585 où ils sont reçus en consistoire public par le pape Grégoire XIII[9]. L'événement bouleverse les capitales européennes et inspire jusqu'à un te deum solennel à Saint-Pierre. Ils repartent au Japon en 1586 et y rentrent en 1590, après huit ans d'absence — pour y trouver une mission déjà sous le coup du premier édit anti-chrétien de Toyotomi Hideyoshi (1587).
Persécution et fermeture du pays (1587-1639)
L'édit de Hideyoshi (24 juillet 1587) et les 26 martyrs de Nagasaki (5 février 1597)
Le 24 juillet 1587 (11ᵉ jour du 6ᵉ mois de l'an 15 Tenshō), Toyotomi Hideyoshi, alors kanpaku (régent impérial) maître du Japon, publie un édit en onze articles ordonnant l'expulsion des missionnaires chrétiens dans les vingt jours, sans toutefois interdire la foi privée. Hideyoshi accuse les jésuites d'avoir fait des conversions par contrainte sur les terres des daimyō chrétiens et de menacer l'unité culturelle japonaise. L'application est d'abord molle. Mais l'incident du galion San Felipe (octobre 1596), naufragé à Urado et dont le pilote espagnol aurait imprudemment vanté la stratégie missionnaire comme prélude à une conquête militaire, fournit le prétexte d'une démonstration.
Le 5 février 1597, sur la colline de Nishizaka à Nagasaki, 26 chrétiens — 6 missionnaires franciscains (4 Espagnols, 1 Mexicain : saint Philippe de Jésus, 1 Indien portugais), 3 jésuites japonais dont saint Paul Miki, et 17 laïcs japonais dont trois enfants (Louis Ibaraki 12 ans, Antoine de Nagasaki 13 ans, Thomas Kozaki 14 ans) — sont crucifiés et transpercés à la lance. Béatifiés par Urbain VIII le 14 septembre 1627, ils seront canonisés par Pie IX le 8 juin 1862[10]. Avant de mourir, du haut de sa croix, Paul Miki prêche au peuple une dernière homélie où il déclare pardonner à ses bourreaux « comme le Christ a pardonné à ses bourreaux » — texte intégral conservé par le jésuite italien Luís Fróis, Historia de Japam[11].
La grande persécution Tokugawa (1614-1639)
Hideyoshi mort en 1598, Tokugawa Ieyasu unifie le Japon en 1600 (bataille de Sekigahara) et fonde le shogunat Tokugawa en 1603. D'abord tolérant — il signe même des traités commerciaux avec les Espagnols et les Hollandais — il bascule à partir de 1612. Le 27 janvier 1614 (18ᵉ jour du 12ᵉ mois 18 Keichō), il publie l'Édit d'expulsion des bateren (バテレン追放令, bateren étant la translittération de padre) qui ordonne l'expulsion totale des missionnaires et la destruction des églises[12]. Les ordres religieux sont chassés ; ceux qui restent en clandestinité (jésuites surtout, mais aussi dominicains et franciscains) sont traqués méthodiquement.
S'ouvre alors la plus longue persécution chrétienne moderne : un quart de siècle de tortures publiques calibrées pour briser la foi. La fosse (ana-tsurushi) — où l'on suspend les chrétiens la tête en bas dans un trou rempli d'excréments, parfois plusieurs jours, pour briser leur résistance sans les tuer trop vite —, les fumi-e (画踏) — plaques de bronze gravées à l'effigie du Christ ou de la Vierge que les suspects doivent piétiner pour prouver leur apostasie —, les bains d'eau bouillante des sources d'Unzen, les bûchers lents : les Tokugawa expérimentent une persécution d'État scientifique, dont l'apostasie spectaculaire du jésuite portugais Cristóvão Ferreira (1633) — provincial de la mission torturé jusqu'à abjurer publiquement — devient pour Rome la plus grande blessure missionnaire de l'époque moderne.
« Les autorités du Japon ne se contentent pas de tuer les chrétiens : elles cherchent par tous les moyens à les faire renier leur foi. C'est un genre de persécution inédit dans l'Église. » — Rapport du Provincial du Japon Francesco Pacheco, SJ, à Rome, 1622[13]
Les chiffres sont écrasants. Pour la seule journée du 10 septembre 1622, dite « Grand martyre de Nagasaki », 55 chrétiens sont exécutés à Nishizaka — 30 décapités, 25 brûlés vifs. La sœur dominicaine japonaise Lucie de Freitas, le franciscain espagnol Francisco de Sainte-Marie, le jésuite italien Carlo Spinola y meurent ensemble[14]. Sur les 205 martyrs béatifiés par Pie IX en 1867, soixante-six appartiennent à cette persécution.
La rébellion de Shimabara (1637-1638) et le sakoku définitif
Le coup de grâce vient d'un soulèvement social et religieux : la rébellion de Shimabara (1637-1638). À Shimabara, sur la péninsule du Kyūshū, et sur l'île voisine d'Amakusa, les paysans pressurés par les impôts, conduits par un adolescent visionnaire surnommé Amakusa Shirō, se réfugient dans les ruines du château de Hara en décembre 1637. Pendant quatre mois, 37 000 paysans chrétiens y résistent à 125 000 soldats du shogun. Le 12 avril 1638, le château est emporté ; les survivants — femmes, enfants, vieillards — sont massacrés sans exception (entre 27 000 et 37 000 morts selon les sources). On retrouve dans les ruines des bannières chrétiennes, des chapelets, des images sacrées[15].
L'année suivante, en 1639, le shogun Tokugawa Iemitsu publie le sakoku-rei — édit de « fermeture du pays » qui interdit aux Japonais de quitter l'archipel sous peine de mort, ferme tous les ports aux navires européens (seuls les Hollandais protestants conservent un comptoir confiné sur l'îlot artificiel de Dejima à Nagasaki), et institue le système annuel des fumi-e dans tous les villages du Kyūshū. Le christianisme japonais semble alors éradiqué.
Les chrétiens cachés (1644-1865)
Plus de deux siècles sans clergé (1639-1865)
Les Tokugawa pensaient avoir effacé le christianisme. Le dernier jésuite présent au Japon, Mancio Konishi, est exécuté en 1644[16]. Plus aucun prêtre catholique ne foule l'archipel pendant 221 ans — record absolu d'une chrétienté privée de clergé dans toute l'histoire de l'Église. Et pourtant, le christianisme japonais ne disparaît pas. Caché dans les hameaux reculés du Kyūshū — Sotome au nord de Nagasaki, l'archipel des Gotō, les îles de Hirado et Ikitsuki —, transmis de père en fils, de mère en fille, le secret se transmet sans clergé, sans Eucharistie, sans confession.
Une organisation laïque clandestine se construit pour suppléer l'absence de prêtres. Dans chaque communauté on trouve :
- un chōkata (帳方), gardien du calendrier liturgique, qui mémorise les fêtes du Tempo no Pira — un calendrier liturgique manuscrit transcrit dès le XVIIᵉ siècle ;
- un mizukata (水方), administrateur du baptême par l'eau seul, conservé comme sacrement transmissible sans prêtre ;
- un kikiyaku (聞役), entendeur des doléances et arbitre intra-communautaire ;
- des prières orales transmises sans l'écriture, mélangeant le latin déformé (Maruya pour Maria, Deusu pour Deus, Hiriya pour Filia) et le japonais classique.
Maria Kannon et la fidélité transmise
Pour camoufler le culte, les chrétiens cachés détournent les statues bouddhistes de Kannon (la déesse de la miséricorde, Avalokiteśvara dans le bouddhisme Mahāyāna) qui tient parfois un enfant : adorée ouvertement comme une statue bouddhiste légitime, Maria Kannon devient en réalité une représentation déguisée de la Vierge Marie. Sous le toit, dans des autels cachés, des médailles et des reliquaires de Sainte Apolline, de Saint Antoine de Padoue, des chapelets en grains de coquillage circulent.
« La grâce de Dieu y a opéré ce miracle inouï : pendant plus de deux siècles, sans église, sans prêtre, sans Eucharistie, sans confession, sans confirmation, sans aucun secours du dehors, une partie du peuple japonais a gardé la foi chrétienne en la transmettant par les seules femmes baptisantes et les chefs de famille. » — Bernard Petitjean, lettre du 18 mars 1865[17]
Tout n'est pas resté pur. Coupés du clergé, certaines communautés se sont éloignées du dogme : confusion progressive entre la Vierge et la déesse Kannon, perte du sens de la Messe et du sacerdoce ministériel, glissement vers une religion strictement domestique. C'est pourquoi, après la « redécouverte » de 1865, certains des descendants des kakure kirishitan (notamment ceux d'Ikitsuki, plus isolés) refuseront de réintégrer la communion catholique romaine pour rester dans leur version syncrétique : on les appelle aujourd'hui hanare kirishitan (« chrétiens séparés ») — les reportages récents n'en comptent plus que quelques centaines, vieillissantes : en novembre 2019, Reuters notait sur l'île d'Ikitsuki que beaucoup craignent d'être la dernière génération de leur lignée[18].
La résurrection de Pâques 1865
Le 17 mars 1865 à Ōura — le « miracle d'Orient »
Le Japon Tokugawa s'ouvre sous la pression américaine (traités Perry de 1854) et signe en 1858 des traités commerciaux avec les puissances occidentales. Nagasaki redevient un port international où missionnaires catholiques peuvent résider — mais le christianisme japonais reste légalement interdit.
Le 18 janvier 1864, les pères Bernard Petitjean (1829-1884) et Louis Furet des Missions Étrangères de Paris arrivent à Nagasaki. Ils achètent un terrain au lieu-dit Ōura, sur la concession étrangère, et y construisent une église néo-gothique dédiée aux 26 martyrs, consacrée le 19 février 1865 par Mgr Girard. Officiellement, l'église ne sert qu'aux résidents étrangers et aux marins. Les Japonais qui s'en approchent risquent encore la mort.
Le 17 mars 1865, vers une heure de l'après-midi — c'était le vendredi avant les Rameaux —, le père Petitjean, seul dans son église, voit entrer une quinzaine de paysans modestes (hommes, femmes, enfants), du quartier voisin d'Urakami, qui contemplent la statue de la Vierge à l'Enfant placée près du chœur. L'un d'eux, une femme d'âge mûr nommée Isabelina Yuri Sugimoto, s'agenouille à côté de Petitjean et lui dit en japonais à voix basse :
« Le cœur de nous tous ici est le même que le vôtre. » — Isabelina Yuri Sugimoto au père Petitjean, Ōura, 17 mars 1865[19]
Petitjean comprend qu'il a devant lui des descendants des chrétiens de 1614, restés fidèles deux cent vingt et un ans. La femme demande aussitôt à voir « Sancta Maria-sama » — vérifiant que Petitjean reconnaît bien la Vierge — puis interroge sur le pape de Rome et sur le célibat des prêtres : trois critères d'identification théologique transmis oralement depuis les jésuites du XVIIᵉ siècle. Petitjean envoie immédiatement à Paris la nouvelle, qui produit un retentissement extraordinaire en Europe. Pie IX, en apprenant la chose, s'exclame selon le témoignage du cardinal Antonelli : « C'est un miracle d'Orient ! »[20].
Dans les semaines qui suivent, des dizaines de milliers de chrétiens cachés se révèlent peu à peu — d'abord au Kyūshū, puis dans les villages perdus des îles Gotō, de Hirado, d'Ikitsuki. On évalue à au moins 20 000 les descendants des kakure qui se rallient à la communion catholique romaine entre 1865 et 1873.
L'Urakami yoban kuzure (1867-1873) — la quatrième et dernière persécution
Le shogunat Tokugawa finissant n'allait pas tolérer cette résurrection. Dès 1867, les chrétiens d'Urakami sont à nouveau arrêtés en masse : c'est la quatrième persécution d'Urakami (浦上四番崩れ, Urakami yoban kuzure), la plus dure. 3 414 chrétiens d'Urakami sont arrêtés sous le shogunat finissant et, après la restauration Meiji de janvier 1868 — qui maintient pourtant l'interdiction du christianisme — sont exilés dans 21 domaines féodaux à travers le Japon : Tsuwano, Hagi, Fukuyama, Kagoshima, Toyama. Environ 660 meurent dans les camps, de faim, de froid, de torture[21].
Le nouveau gouvernement Meiji envoie en 1871-1873 la mission Iwakura en Occident pour renégocier les traités inégaux. Mais à Washington, Londres, Paris, Berlin, Rome, ses diplomates sont accueillis non par des compliments mais par des protestations indignées sur le traitement des chrétiens d'Urakami : il est impossible aux nations chrétiennes occidentales de signer des traités d'égal à égal avec un État qui persécute la foi chrétienne. Tokyo cède.
Le décret du 24 février 1873 et l'ouverture progressive
Le 24 février 1873 (太政官布告第68号, Dajōkan fukoku dai-68-gō — Notification du Grand Conseil d'État n° 68), le gouvernement Meiji ordonne le retrait sur tout le territoire des panneaux d'affichage publics (kōsatsu) interdisant le christianisme. Le 14 mars 1873, l'ordre de rapatriement des exilés d'Urakami est donné ; environ 1 930 survivants rentrent au pays.
⚠️ Le texte du 24 février 1873 n'est pas un édit de liberté religieuse[22]. Il se contente d'abolir l'interdiction publique du christianisme. La pleine liberté religieuse formelle ne sera reconnue qu'avec l'article 28 de la Constitution Meiji du 11 février 1889, et encore sous la réserve restrictive « dans la mesure où elle ne porte pas atteinte à la paix publique et n'est pas contraire aux devoirs des sujets envers l'Empereur ». Mais dans les faits, à partir de 1873, plus aucun chrétien japonais ne sera arrêté pour sa foi.
La restauration de la hiérarchie catholique (1846-1891)
Du Vicariat apostolique au Japon (1846) à la hiérarchie de Léon XIII (15 juin 1891)
Sur le plan canonique, le Saint-Siège avait déjà commencé à reconstruire la structure. Le 17 mai 1846, Grégoire XVI érige le Vicariat apostolique du Japon, confié aux Missions Étrangères de Paris — alors qu'aucun missionnaire ne peut entrer dans le pays. C'est une décision juridique d'avant-garde : Rome affirme que le Japon n'est pas terre païenne neuve mais terre chrétienne dont l'évangélisation doit être restaurée.
Une fois la persécution levée, la structure se densifie rapidement : division en quatre vicariats apostoliques le 22 mai 1888 ; puis, le 15 juin 1891, Léon XIII publie la bulle qui érige formellement la hiérarchie catholique japonaise. Tokyo devient archidiocèse métropolitain, avec trois suffragants : Nagasaki, Osaka, Hakodate (futur Sapporo). Le premier archevêque de Tokyo est Mgr Pierre-Marie Osouf, MEP (1843-1906), arrivé au Japon dès 1873 ; le premier évêque résidentiel de Nagasaki est Mgr Jules-Alphonse Cousin, MEP[23].
| Province ecclésiastique | Année d'érection | Premier titulaire |
|---|---|---|
| Archidiocèse de Tokyo | 15 juin 1891 | Mgr Pierre-Marie Osouf, MEP |
| Diocèse de Nagasaki (élevé en archidiocèse en 1959) | 15 juin 1891 | Mgr Jules-Alphonse Cousin, MEP |
| Diocèse d'Osaka (élevé en archidiocèse en 1969) | 15 juin 1891 | Mgr Felix-Nicolas-Joseph Vasselon, MEP (admin.) |
| Diocèse d'Hakodate (transféré à Sapporo en 1952) | 15 juin 1891 | Mgr Alexandre Berlioz, MEP |
Pierre-Marie Osouf et les premiers évêques
Osouf fait construire la première cathédrale Saint-François-Xavier à Kanda (Tokyo), achevée en 1899 — pulvérisée par les raids américains de 1945. Sous lui, l'épiscopat japonais reste exclusivement français pendant deux décennies. La japonisation du clergé ne commence qu'en 1927 avec la consécration de Mgr Januarius Hayasaka, premier évêque japonais (Nagasaki), suivie en 1937 de Mgr Peter Tatsuo Doi (Tokyo), créé cardinal par Jean XXIII en 1960 — premier cardinal japonais de l'histoire[24].
Pie IX, Léon XIII et la première universalisation (1862-1939)
Pie IX canonise les 26 martyrs (8 juin 1862)
Le 8 juin 1862, en la solennité de la Pentecôte, Pie IX canonise à Saint-Pierre de Rome les 26 martyrs de Nagasaki — premiers saints de l'Église catholique en Asie de l'Est et premiers martyrs d'Extrême-Orient canonisés de l'époque moderne. La bulle de canonisation « Ad sacram beati Petri Apostolorum principis Sedem »[25] souligne la fidélité héroïque de ces martyrs et exalte le sang versé comme « semence de chrétiens » — citation directe de Tertullien (Apologeticum, L, 13)[26].
Coïncidence providentielle : la canonisation a lieu moins de trois ans avant la « résurrection » d'Ōura (17 mars 1865). Comme si le Ciel attestait la sainteté des morts juste avant de révéler la fidélité des vivants. Le 6 février, dans le calendrier liturgique romain depuis 1969, est désormais la fête des saints Paul Miki et compagnons, martyrs.
Les missions étrangères, l'enseignement et la naissance des universités catholiques
Les Missions Étrangères de Paris (MEP), les pères de Saint-Sulpice, les dominicains, les franciscains, les lazaristes, les salésiens affluent. À partir de 1908, les jésuites reviennent au Japon — par décision personnelle du pape Pie X qui leur demande de fonder à Tokyo une grande université catholique. C'est la naissance, en 1913, de l'Université Sophia (上智大学, Jōchi Daigaku — « université de la haute sagesse »), reconnue par l'État japonais en 1928 comme première université catholique du Japon[27]. En 1932, les Verbites (Société du Verbe Divin, SVD) fondent à Nagoya le futur Université Nanzan (南山大学), reconnue université en 1949 — abritant aujourd'hui le Nanzan Institute for Religion and Culture, l'un des centres mondiaux de référence pour le dialogue christianisme-bouddhisme.
Les rites confucéens japonais et l'instruction « Plane compertum est » (1939)
Reste un nœud théologique hérité de la controverse des rites chinois (voir l'article La controverse des rites chinois) : peut-on autoriser les chrétiens japonais à participer aux cérémonies civiles confucéennes rendues à Confucius et aux ancêtres dans les écoles publiques et les cérémonies impériales ? Sous Pie XI et Pie XII, Rome tranche dans le sens d'une inculturation prudente. Le 8 décembre 1939, la Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi publie l'instruction Plane compertum est, qui distingue le rite civil, autorisé, du rite religieux idolâtrique, condamné[28]. Ce texte, par parallélisme strict avec la Chine, libère les chrétiens japonais d'un dilemme tenace : un fonctionnaire ou un soldat catholique peut désormais participer aux cérémonies shintō publiques tenues pour des rites civils, sans crise de conscience.
Saint Maximilien-Marie Kolbe à Nagasaki (24 avril 1930 — 26 mai 1936)
L'arrivée le 24 avril 1930
Le 24 avril 1930, le franciscain conventuel polonais Maximilien-Marie Kolbe (1894-1941) débarque à Nagasaki avec quatre confrères depuis le Transsibérien. Sa mission, validée à Rome : implanter en Asie la « Militia Immaculatae » (Milice de l'Immaculée), fondée à Rome en 1917, dont la spiritualité repose sur la consécration totale à la Vierge et la diffusion de l'apostolat marial par la presse.
À Nagasaki, Kolbe se présente à Mgr Januarius Hayasaka, premier évêque japonais. Il propose un marché : « Je suis professeur de philosophie, je peux enseigner au séminaire ; donnez-moi en échange l'autorisation de lancer une revue. »[29] Hayasaka accepte. Un mois plus tard, en mai 1930, paraît le premier numéro japonais de 無原罪の聖母の騎士 (Mugenzai no Seibo no Kishi — « Chevalier de l'Immaculée »), imprimé sur la presse en plomb que Kolbe avait apportée de Pologne et qui ne savait composer aucun kanji. Tirage initial : 10 000 exemplaires. En 1936, la revue tire chaque mois à 50 000 exemplaires — la plus diffusée des publications catholiques japonaises.
Mugenzai no Sono — le couvent sauvé par la Vierge
Le 16 mai 1931, Kolbe inaugure un couvent franciscain sur les flancs de la colline d'Hongōchi, dans la banlieue ouest de Nagasaki, à 2 km de la future cathédrale d'Urakami. Il l'appelle Mugenzai no Sono (無原罪の園 — « Jardin de l'Immaculée »). Le terrain fut acheté à très bas prix : sur ce versant tourné vers l'ouest, le fūsui (風水, géomancie japonaise) qualifiait l'emplacement de défavorable. Les Japonais consultés conseillaient à Kolbe de chercher ailleurs. Il refusa. « La Vierge a choisi ce lieu », disait-il selon sa biographe Maria Winowska[30].
Le 9 août 1945, à 11h02, la bombe atomique « Fat Man » détone au-dessus d'Urakami. L'explosion souffle la cathédrale, tue 75 000 personnes. Le couvent de Kolbe — situé sur le versant opposé de la colline d'Hongōchi par rapport à l'hypocentre — est protégé par la masse rocheuse qui fait écran au souffle nucléaire. Quelques vitraux sont brisés. Aucun frère n'est tué. Le couvent devient immédiatement hôpital improvisé pour les survivants brûlés des quartiers en aval. Aujourd'hui, le couvent (rebaptisé Seibo no Kishi, « Chevalier de la Sainte Mère ») publie toujours la revue : son 1000ᵉ numéro est sorti en 2021[31].
Kolbe quitte le Japon (mai 1936)
Le 26 mai 1936, Kolbe est rappelé en Pologne par le chapitre provincial pour reprendre la direction de Niepokalanów. Cinq ans plus tard, le 14 août 1941, il meurt à Auschwitz, après s'être offert en remplacement d'un père de famille, Franciszek Gajowniczek, condamné par les SS. Canonisé en 1982 par Jean-Paul II comme martyr de la charité, il reste pour le Japon le pèlerin polonais que la Vierge a envoyé planter dans la terre catholique de Nagasaki la fondation qui survivrait à l'apocalypse atomique.
La cathédrale d'Urakami et la bombe atomique (9 août 1945)
Urakami, capitale catholique du Japon
Au début du XXᵉ siècle, Urakami, faubourg de Nagasaki, était devenue la plus grande communauté catholique du Japon. Les anciens kakure d'Urakami, soit environ 12 000 catholiques vers 1945, construisirent à partir de 1895 une immense cathédrale néo-romane en briques rouges, Sainte-Marie d'Urakami (浦上天主堂), inaugurée en 1914 et achevée avec ses deux clochers en 1925. Avec ses 26 mètres de haut et ses 51 mètres de long, c'était alors la plus grande église chrétienne d'Asie de l'Est[32]. Le diocèse de Nagasaki — soit l'Église-mère de la chrétienté japonaise — comptait environ 70 000 catholiques en 1945, presque la moitié des catholiques du pays entier.
11h02 — la destruction d'Urakami
Le 9 août 1945, à 11h02 heure locale, le bombardier B-29 Bockscar du major Charles Sweeney largue la bombe atomique au plutonium « Fat Man » sur Nagasaki. Cible visée : les chantiers Mitsubishi. Cible touchée — à cause des nuages qui couvraient le centre-ville — le quartier d'Urakami, à 500 mètres environ de la cathédrale Sainte-Marie. La bombe détone à 500 mètres d'altitude. Une boule de feu de 4 000 °C vaporise tout dans un rayon d'un kilomètre. La cathédrale, qui devait accueillir 30 minutes plus tard la messe de la vigile de l'Assomption confessionnelle (les fidèles d'Urakami se confessaient massivement avant la fête patronale), est rasée en quelques dixièmes de seconde. Deux prêtres en confessionnal et environ trente fidèles présents dans l'église à cet instant sont tués sur le coup[33].
Sur les 12 000 catholiques d'Urakami, environ 8 500 sont tués instantanément ou dans les jours suivants par la chaleur, le souffle ou les radiations — soit plus des deux tiers de la communauté[34]. Le diocèse de Nagasaki perd en un éclair :
| Catégorie | Avant le 9 août 1945 | Après |
|---|---|---|
| Catholiques d'Urakami | ~ 12 000 | ~ 3 500 |
| Catholiques du diocèse de Nagasaki | ~ 70 000 | ~ 60 000 |
| Prêtres diocésains de Nagasaki | ~ 33 | ~ 23 |
| Religieuses d'Urakami | ~ 50 | ~ 12 (38 sœurs franciscaines tuées) |
| Cathédrales et églises diocésaines | 8 grandes | 0 intactes |
Takashi Nagai et l'homélie du holocauste (23 novembre 1945)
Le 23 novembre 1945, à dix heures du matin, dans les ruines de la cathédrale d'Urakami, on célèbre une messe de Requiem solennelle pour les morts catholiques de la bombe. C'est le serviteur de Dieu Takashi Nagai (1908-1951), médecin radiologue, baptisé en 1934, blessé lui-même par la bombe et qui vient de perdre sa femme Midori (dont il n'a retrouvé que le rosaire fondu dans les cendres), qui prononce l'homélie devant l'évêque et les survivants. Il pose la lecture catholique la plus radicale du désastre :
« N'est-ce pas Nagasaki qui fut la victime choisie, l'agneau sans tache, immolée en holocauste sur l'autel du sacrifice, expiant les péchés de toutes les nations engagées dans la Seconde Guerre mondiale ? » — Takashi Nagai, homélie aux ruines de la cathédrale d'Urakami, 23 novembre 1945[35]
Cette interprétation, déchirante et controversée, donne un sens à l'incompréhensible : si la bombe est tombée sur Urakami plutôt que sur Tokyo militaire, si elle a frappé la seule ville-Église de tout l'archipel chrétien, c'est — pour Nagai — qu'une expiation eucharistique était à offrir au nom du Japon, des États-Unis, et de tous les belligérants. Cette idée du hansai (燔祭 — holocauste biblique) reste la lecture personnelle de Nagai, contestée par certains chrétiens japonais qui y voient une rationalisation théologique d'une atrocité injuste. Elle a structuré la mémoire spirituelle catholique de Nagasaki jusqu'à ce jour, sans être reprise par le magistère : venu à Nagasaki en 1981, Jean-Paul II n'évoque dans ses paroles ni Nagai ni cette lecture expiatoire — son homélie et son allocution de Nishizaka portent sur les martyrs du XVIIᵉ siècle[36].
« Les Cloches de Nagasaki » — œuvre du serviteur de Dieu
Cloué au lit par la leucémie liée aux radiations qu'il avait reçues comme radiologue avant 1945, Takashi Nagai écrit en août 1946 son livre 長崎の鐘 (Nagasaki no Kane — « Les Cloches de Nagasaki »). Édité en 1949 (après la levée de la censure de l'occupation américaine), traduit en français aux Éditions de l'Emmanuel en 2019 sous le titre Les Cloches de Nagasaki : journal d'une victime de la bombe atomique[37], le livre est un chef-d'œuvre court (~170 pages) qui mêle reportage médical, autobiographie et méditation chrétienne. Il publie aussi Kono Ko o Nokoshite (この子を残して — Laissant ces enfants derrière moi, 1948) — méditation sur sa mort prochaine et l'avenir de ses deux enfants survivants —, Rozario no Kusari (Le Chapelet, 1948) et Hanasaku Oka (La Colline en fleurs, 1949). Avant de mourir le 1ᵉʳ mai 1951 à 43 ans, il a reçu la visite d'Helen Keller (octobre 1948), de l'empereur Hirohito (1949) et du cardinal Norman Gilroy, archevêque de Sydney et émissaire du pape (1949)[38]. Sa cause de canonisation a été officiellement ouverte par l'archevêque de Nagasaki Mgr Joseph Mitsuaki Takami en 2021, conjointement pour Takashi et son épouse Midori : ils sont aujourd'hui Servi Dei — Serviteurs de Dieu — au titre d'époux chrétiens[39].
L'après-guerre : reconstruction, Vatican II et nonciature (1945-2000)
Reprise diplomatique et nonciature de 1966
Le Saint-Siège avait été l'un des rares États à conserver des relations diplomatiques avec le Japon impérial pendant la guerre : le 25 avril 1942, en pleine guerre du Pacifique, Pie XII établit des relations diplomatiques formelles avec Tokyo — premier pays asiatique à conclure ce type d'accord avec le Saint-Siège[40]. Cette continuité diplomatique permet à l'Église japonaise, dès 1945, d'être reconnue comme partenaire légitime par les autorités d'occupation américaines et par le nouveau régime constitutionnel de 1947.
Étapes principales :
- 26 novembre 1919 : érection de la Délégation apostolique au Japon par Benoît XV.
- 25 avril 1942 : relations diplomatiques formelles avec le Japon impérial.
- 28 avril 1952 : la Délégation est élevée en Internonciature apostolique.
- 24 octobre 1966 : élevée en Nonciature apostolique plénière (sous Paul VI).
Premier nonce résident : Mgr Maximilien de Furstenberg (1958, comme délégué)[41]. À Taipei (Taïwan), le Saint-Siège maintient sa nonciature auprès de la République de Chine, mais n'y nomme plus de nonce depuis 1971 : la mission y est dirigée par un chargé d'affaires[42].
Les visites de saint Jean-Paul II (23-26 février 1981)
Du 23 au 26 février 1981, saint Jean-Paul II effectue sa première visite apostolique au Japon. Le 23 février, il atterrit à Tokyo (Haneda) ; le 24, il rencontre l'empereur Hirohito au Palais impérial et reçoit le corps diplomatique à la Nonciature. Le 25 février, à Hiroshima, devant le mémorial de la Paix, il prononce l'Appel pour la Paix qui restera comme le grand texte papal du XXᵉ siècle sur la dissuasion nucléaire :
« La guerre est l'œuvre de l'homme. La guerre est destruction de la vie humaine. La guerre est mort. Se souvenir du passé, c'est s'engager pour l'avenir. Se souvenir d'Hiroshima, c'est avoir horreur de la guerre nucléaire. Se souvenir d'Hiroshima, c'est s'engager pour la paix. » — Saint Jean-Paul II, Appel pour la Paix, Mémorial d'Hiroshima, 25 février 1981[43]
Le 26 février 1981, à Nagasaki, sous la neige, Jean-Paul II célèbre une messe à Matsuyama-machi au cours de laquelle il ordonne 16 prêtres pour les diocèses japonais, puis se rend à Nishizaka pour vénérer les 26 martyrs canonisés en 1862. À la fin de sa journée, il visite la léproserie de Tabira et embrasse les malades. Cette journée — neige, larmes, retour à la source martyrologique — marque l'imaginaire catholique japonais aujourd'hui encore. Le passage à Nishizaka donne lieu à une homélie capitale, publiée dans Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. IV/1[44].
Endō Shūsaku et « Silence » (1966) — l'inculturation littéraire
Pendant que la pastorale officielle se relevait, un grand écrivain catholique japonais — Endō Shūsaku (遠藤周作, 1923-1996), baptisé enfant sous le nom de Paul — donnait à la littérature mondiale l'un des plus profonds romans chrétiens du XXᵉ siècle : Chinmoku (沈黙 — Silence, 1966), Prix Tanizaki la même année. Inspiré par la vue d'un fumi-e (image du Christ piétiné) lors d'une visite au Musée des 26 martyrs de Nagasaki, le roman met en scène le jésuite portugais fictif Sebastião Rodrigues (calqué sur le jésuite réel Giuseppe Chiara, apostat en 1643), parti au Japon pendant la persécution Tokugawa pour retrouver son maître Cristóvão Ferreira. Soumis à la fosse, contemplant le visage du Christ sur la plaque de bronze, Rodrigues entend une voix intérieure qui, en substance, l'autorise à le piétiner : c'est pour être foulé aux pieds des hommes que le Christ est venu au monde, c'est pour partager leur douleur qu'il a porté sa croix. Rodrigues pose alors le pied sur le fumi-e (scène du dénouement, paraphrasée ici d'après Endō Shūsaku, Silence, trad. fr. Henriette Guex-Rolle, Denoël, 1971)[45].
La thèse théologique d'Endō — le christianisme japonais doit devenir « maternel » (image de la Mater dolorosa) plutôt que « paternel » — est contestée par certains théologiens romains qui y ont vu une concession à la sensibilité culturelle japonaise plus qu'une transmission du Credo. Martin Scorsese a adapté le roman au cinéma en 2016, après vingt-huit ans de gestation : Rodrigues y est joué par Andrew Garfield, Ferreira par Liam Neeson, et le film fait connaître l'histoire de la persécution Tokugawa à un public mondial.
Les béatifications des martyrs (1862-1989)
Étalées sur plus d'un siècle, les béatifications et canonisations des martyrs japonais constituent l'une des plus grandes œuvres hagiographiques de l'Église moderne :
| Date | Acte pontifical | Nombre | Pape |
|---|---|---|---|
| 14 septembre 1627 | Béatification | 26 martyrs de Nagasaki (1597) | Urbain VIII |
| 8 juin 1862 | Canonisation | 26 martyrs de Nagasaki | Pie IX |
| 7 juillet 1867 | Béatification | 205 martyrs (1617-1632) | Pie IX |
| 18 octobre 1987 | Canonisation | 16 martyrs (Lorenzo Ruiz et compagnons, dont des Japonais) | Jean-Paul II |
| 24 novembre 2008 | Béatification | Père Pierre Kibe Kasui, SJ, et 187 compagnons | Benoît XVI (par card. Saraiva Martins) |
| 7 février 2017 | Béatification | Justo Takayama Ukon, daimyō martyr | François (par card. Amato) |
L'Église au Japon contemporaine (2000-2026)
Les 188 martyrs béatifiés le 24 novembre 2008
Le 24 novembre 2008, au stade de baseball Big-N de Nagasaki, devant plus de 30 000 fidèles, le cardinal José Saraiva Martins, préfet émérite de la Congrégation pour les Causes des Saints, béatifie au nom de Benoît XVI 188 martyrs du Japon — le père Pierre Kibe Kasui, SJ (jésuite japonais formé à Rome), et 187 compagnons : 5 prêtres seulement, 183 laïcs, dont des familles entières, des femmes, des enfants[46]. Période de leur martyre : entre 1603 et 1639. Modes : décapitation, crucifixion, bûcher, ébouillantage à Unzen. C'est, à ce jour, la plus grande béatification collective de l'Église catholique au Japon.
La béatification de Justo Takayama Ukon (7 février 2017)
Le 7 février 2017, à l'Osaka-jō Hall (Osaka), devant environ 10 000 pèlerins, le cardinal Angelo Amato, SDB, préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, béatifie au nom du pape François Justo Takayama Ukon (1552-1615), daimyō chrétien qui refusa d'apostasier sous l'édit Hideyoshi de 1587. Privé de ses fiefs en 1588, accueilli à Kanazawa par le daimyō Maeda Toshiie, il est définitivement exilé par Tokugawa Ieyasu après l'édit de 1614. Le 8 novembre 1614, il embarque à Nagasaki avec 350 chrétiens condamnés à l'exil ; il arrive à Manille le 21 décembre 1614, accueilli en héros par le gouverneur espagnol Juan de Silva. Il meurt à Manille le 3 février 1615, 44 jours après son arrivée, épuisé par le voyage. Le cardinal Luis Antonio Tagle de Manille concélèbre la béatification, soulignant qu'Ukon avait été « proto-béatifié » par les Philippines avant tout autre[47].
Le statut canonique reconnu — un martyre consommé non par une exécution mais par les souffrances de l'exil endurées pour la foi (le décret de 2016 le déclare mort in odium fidei à Manille le 3 février 1615)[48] — est rare et théologiquement notable : il étend la notion de martyre à la persécution non sanglante mais mortelle de l'exil pour cause de foi.
« Don Justo est un modèle pour les chrétiens d'aujourd'hui : il a refusé toute compromission avec le pouvoir politique pour rester fidèle au Christ. Il préféra perdre tout — fief, château, terres, honneurs — plutôt que renier sa foi. » — Cardinal Luis Antonio Tagle, homélie de la béatification, Osaka, 7 février 2017[49]
Les « Hidden Christian Sites » inscrits à l'UNESCO (1ᵉʳ juillet 2018)
Le 1ᵉʳ juillet 2018, le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO, réuni à Manama (Bahreïn), inscrit sur la Liste du patrimoine mondial l'ensemble « Hidden Christian Sites in the Nagasaki Region » — 12 sites composant l'archipel mémoriel des chrétiens cachés du Kyūshū : les ruines du château de Hara (siège de Shimabara 1637-38), le village de Kasuga et les lieux sacrés d'Hirado (dont l'île de Nakaenoshima), les villages de Sakitsu (Amakusa), Shitsu et Ono (Sotome), les îles de Kuroshima, Nozaki, Kashiragashima et Hisaka (Gotō), le village d'Egami sur l'île de Naru, et la basilique mineure d'Ōura[50]. C'est le 18ᵉ site UNESCO du Japon, et la première reconnaissance internationale de la résistance chrétienne clandestine 1644-1865 comme patrimoine de l'humanité.
La visite du pape François (23-26 novembre 2019)
Du 23 au 26 novembre 2019, le pape François visite à son tour le Japon, après la Thaïlande. Le 24 novembre 2019, sous une pluie battante au Parc de l'Hypocentre atomique de Nagasaki, il prononce le grand discours antinucléaire de son pontificat :
« […] ce lieu nous rend davantage conscients de la souffrance et de l'horreur que nous les êtres humains nous sommes capables de nous infliger. […] La possession des armes nucléaires et d'autres armes de destruction massive n'est pas la réponse la plus appropriée à ce désir. Bien au contraire, elle semble le mettre continuellement à l'épreuve. Notre monde vit la perverse dichotomie de vouloir défendre et garantir la stabilité et la paix sur la base d'une fausse sécurité soutenue par une mentalité de crainte et de méfiance […] Dans le monde d'aujourd'hui, où des millions d'enfants et de familles vivent dans des conditions inhumaines, l'argent dépensé et les fortunes gagnées dans la fabrication, la modernisation, l'entretien et la vente d'armes toujours plus destructrices sont un outrage continuel qui crie vers le ciel. » — Pape François, discours du Parc de l'Hypocentre, Nagasaki, 24 novembre 2019[51]
L'après-midi, François se rend à Hiroshima où il prononce, devant le Mémorial de la Paix, sa déclaration la plus tranchante :
« Je désire redire avec conviction que l'utilisation de l'énergie atomique à des fins militaires est aujourd'hui plus que jamais un crime, non seulement contre l'homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d'avenir dans notre maison commune. […] La véritable paix ne peut être qu'une paix désarmée. » — Pape François, discours de Hiroshima, 24 novembre 2019[52]
Le 25 novembre 2019, à Tokyo, François rencontre l'empereur Naruhito au Palais impérial puis célèbre une messe au Tokyo Dome devant environ 50 000 fidèles — la plus grande célébration catholique de l'histoire japonaise.
Le cardinal Tarcisio Isao Kikuchi (2024)
Le 7 décembre 2024, le pape François crée cardinal Mgr Tarcisio Isao Kikuchi, SVD (né en 1958), archevêque de Tokyo depuis 2017. Verbite, ancien missionnaire au Ghana, président de la Conférence des évêques catholiques du Japon (CBCJ), Kikuchi devient le septième cardinal japonais de l'histoire, après Tatsuo Doi (1960), Paul Yoshigorō Taguchi (1973), Joseph Asajirō Satowaki (1979), Peter Seiichi Shirayanagi (1994), Stephen Fumio Hamao (2003) et Thomas Aquino Manyo Maeda, créé cardinal par François le 28 juin 2018[53].
Le 21 avril 2025, le pape François meurt à Rome. Au conclave réuni du 7 au 8 mai 2025, les cardinaux Kikuchi (Tokyo) et Maeda (Osaka-Takamatsu) siègent parmi les 133 électeurs ; le 8 mai 2025, le cardinal américain Robert Francis Prevost est élu et prend le nom de Léon XIV — le pape régnant[54].
Une Église minoritaire mais structurée
Statistiques 2024 — 407 000 catholiques
Les statistiques officielles 2024 de la Conférence des Évêques Catholiques du Japon (CBCJ) dessinent une Église minoritaire mais bien structurée[55] :
| Indicateur | Chiffre 2024 |
|---|---|
| Catholiques japonais inscrits | ~ 407 000 |
| Pourcentage de la population (124,9 millions en 2024) | 0,33 % |
| Diocèses | 15 |
| Provinces ecclésiastiques | 3 |
| Évêques (diocésains + titulaires) | 27 |
| Prêtres (diocésains + religieux, évêques compris) | 1 286 |
| Diacres permanents | 36 |
| Religieux et religieuses | 4 037 |
| Paroisses, quasi-paroisses et lieux de culte | 944 |
La courbe de fond est légèrement décroissante pour les baptisés japonais. Mais elle est compensée — et souvent dépassée — par la présence massive de catholiques étrangers résidents : Philippins, Vietnamiens, Brésiliens nikkei, Coréens, Indonésiens. Dans certains diocèses urbains (Tokyo, Yokohama, Nagoya, Osaka, Saitama), les fidèles d'origine étrangère représentent plus de 50 % des messes dominicales ; à Tokyo, on célèbre régulièrement en tagalog, en vietnamien, en portugais brésilien, en espagnol et en anglais.
Quinze diocèses, trois provinces ecclésiastiques
Depuis la fusion canonique de Takamatsu dans Osaka en 2023, le Japon compte 15 diocèses (et non 16) répartis en trois provinces ecclésiastiques :
Province de Tokyo (1 archidiocèse + 5 diocèses) : Archidiocèse de Tokyo ; Diocèses de Niigata, Saitama (ex-Urawa), Sapporo, Sendai, Yokohama.
Province d'Osaka-Takamatsu (1 archidiocèse + 3 diocèses) : Archidiocèse de Osaka-Takamatsu ; Diocèses d'Hiroshima, Kyoto, Nagoya.
Province de Nagasaki (1 archidiocèse + 4 diocèses) : Archidiocèse de Nagasaki ; Diocèses de Fukuoka, Kagoshima, Naha (Okinawa), Oita.
Universités, hôpitaux, Caritas Japan
L'Université Sophia (上智大学) à Tokyo, fondée par les jésuites en 1913, reste l'université catholique majeure du Japon : 9 facultés, ~13 900 étudiants, anciens élèves au plus haut niveau de la société japonaise. L'Université Nanzan (南山大学) à Nagoya, fondée par les Verbites en 1932, abrite le Nanzan Institute for Religion and Culture — référence mondiale pour le dialogue chrétien-bouddhiste. L'Université Nagasaki Junshin est née après-guerre comme école de formation des religieuses missionnaires.
Le réseau hospitalier comprend le Seibo Byōin (聖母病院, Hôpital de la Sainte Mère) à Tokyo, fondé en 1931 par les Sœurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul ; le St. Mary's Hospital de Kurume (Fukuoka) ; le réseau diocésain de Nagasaki et de Sapporo. Caritas Japan, agence officielle de la CBCJ depuis 1959, s'est particulièrement distinguée lors du tsunami du Tōhoku (11 mars 2011) et de l'accident de Fukushima : ses équipes ont coordonné l'aide catholique mondiale et géré sur place hébergement, repas, soutien psychologique pendant des mois.
Le catholicisme étranger comme nouveau souffle
Le visage le plus récent de l'Église japonaise est sa trans-nationalisation. Le Japon, longtemps refractaire à l'immigration, accueille depuis les années 1990 plusieurs centaines de milliers de travailleurs étrangers — dont une proportion considérable de catholiques. Les estimations pastorales évoquent, à titre d'ordres de grandeur (et non de statistiques officielles de la CBCJ) :
- ~ 300 000 résidents philippins, très majoritairement catholiques
- ~ 400 000 résidents vietnamiens, dont une minorité catholique
- ~ 200 000 Brésiliens d'origine japonaise, majoritairement catholiques
- des dizaines de milliers de Coréens, Indonésiens et autres résidents, dont une partie catholique
Au total, les catholiques étrangers résidents se compteraient par centaines de milliers — peut-être presque autant que les catholiques japonais de souche. Cette réalité oblige les paroisses à devenir multilingues et interculturelles ; certaines, en banlieue de Tokyo ou de Nagoya, fonctionnent désormais davantage comme des paroisses philippines ou vietnamiennes que comme paroisses japonaises traditionnelles.
Lectures et perspectives
Pourquoi le Japon résiste-t-il à l'Évangile ?
Sociologues et théologiens se posent depuis quatre siècles la même question : pourquoi le Japon, malgré l'élan initial (300 000 baptisés en 1614), malgré la fidélité héroïque des chrétiens cachés, malgré l'œuvre patiente du XIXᵉ siècle et la sainteté de Nagai, ne franchit-il pas le seuil de 1 % de catholiques ? Plusieurs hypothèses sont avancées :
- L'attachement profond à l'identité shintō-bouddhiste comme structure d'appartenance familiale et nationale. Un Japonais reste membre de la bouddha-dera (temple bouddhiste où ses ancêtres sont enterrés) même s'il n'est pas croyant : la conversion catholique implique de quitter la lignée d'ancêtres au sens cérémoniel, ce qui reste socialement coûteux.
- Le « marais » (沼 numa) d'Endō : selon le romancier de Silence, le sol spirituel japonais a une faculté unique de dissoudre les religions importées en les vidant de leur tranchant dogmatique. Le christianisme y devient sentimental, esthétique, marial — mais perd son centre christologique.
- L'expérience nationale de la persécution Tokugawa : pendant plus de deux siècles, l'État japonais a appris à éradiquer le christianisme comme menace politique. Cette mémoire collective n'a jamais été pleinement déconstruite ; le christianisme reste perçu comme religion étrangère — bateren — même si le Japon a aujourd'hui ses propres cardinaux et ses saints nationaux.
- Le mode d'évangélisation lui-même : trop intellectuel à la Sophia, trop occidental dans les liturgies pré-conciliaires, trop discrètement marial après Vatican II. Le débat d'Endō sur le christianisme « paternel » contre « maternel » reste un noyau ouvert.
Le « marais » d'Endō et la mission catholique aujourd'hui
À cela s'ajoute, depuis quarante ans, la sécularisation rampante du Japon — bouddhisme funéraire vidé de spiritualité, shintō réduit à un rituel d'État, indifférence religieuse touchant 70 % de la population. Mais paradoxalement, c'est aussi cette dévitalisation des religions traditionnelles qui ouvre, depuis 2000, un nouvel intérêt diffus pour la spiritualité chrétienne — souvent par la littérature (Silence, Nagai), par les pèlerinages dans les « Hidden Christian Sites » du Kyūshū, par les enquêtes médicales sur Lourdes, par la fascination japonaise pour la figure du martyr qui rejoint celle du samouraï fidèle. L'Église japonaise contemporaine ne mise plus tant sur les conversions de masse que sur la fidélité d'une minorité créatrice.
Fécondité du sang versé
Reste, comme colonne vertébrale, le sang des martyrs. La phrase de Tertullien — « semen est sanguis christianorum », le sang des chrétiens est une semence[56] — n'a sans doute reçu nulle part au monde une vérification aussi spectaculaire qu'au Japon. Quatre cents ans après les bûchers de Nishizaka et les fosses d'Unzen, quatre cents ans après les supplices d'Urakami et la mort des 188 béatifiés, le Japon catholique existe encore. Petit, certes ; éprouvé par la bombe ; vieillissant ; mais structuré, articulé, doté de saints contemporains en attente (Nagai et Midori), de prêtres, d'universités, d'un cardinal. C'est très peu et c'est immense — dans l'esprit de ce que Jean-Paul II disait à Nishizaka en 1981, citant la parabole du grain de blé (Jn 12, 24) : des chrétiens sont morts à Nagasaki, mais l'Église de Nagasaki n'est pas morte — enracinée sur la colline des martyrs, elle a grandi et fleuri[57].
Pour aller plus loin
Articles voisins
- Les missions jésuites au Japon (1549-1644) — étude détaillée de l'âge d'or et de la grande persécution Tokugawa.
- La controverse des rites chinois — pour comprendre le débat sur l'accommodation jésuite et son extension aux rites confucéens japonais.
- L'Église en Chine contemporaine (1949-2026) — autre Église martyre d'Extrême-Orient.
- L'Église au Vietnam — chrétienté asiatique persécutée et fidèle, contemporaine du Japon Tokugawa.
- L'Église en Corée — autre chrétienté de l'Est asiatique ayant traversé une persécution longue.
- Les missions catholiques en Asie — synthèse du grand mouvement missionnaire en Extrême-Orient.
Sources principales
Sources primaires :
- Saint François Xavier, Letters and Instructions of Francis Xavier, éd. M. Joseph Costelloe, SJ, The Institute of Jesuit Sources, St. Louis, 1992 — recueil exhaustif des lettres de Xavier en traduction critique.
- Georg Schurhammer, SJ (éd.), Epistolae S. Francisci Xaverii aliaque eius scripta, 2 vol., Monumenta Historica Societatis Iesu, Rome, 1944-1945 — édition critique latine de référence.
- Luís Fróis, SJ (1532-1597), Historia de Japam, éd. José Wicki, SJ, 5 vol., Biblioteca Nacional de Lisboa, 1976-1984 — chronique en portugais du témoin direct des 26 martyrs et de la persécution Hideyoshi.
- Pie XII / Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi, Instructio Plane compertum est circa quasdam caeremonias super ritibus sinensibus, 8 décembre 1939 (AAS 32, 1940).
- Saint Jean-Paul II, Appeal for Peace, Hiroshima, 25 février 1981 — texte officiel Vatican.va et Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. IV/1 (1981).
- Pape François, Discours du Parc de l'Hypocentre, Nagasaki, 24 novembre 2019 — texte officiel Vatican.va.
- Takashi Nagai, Nagasaki no Kane 長崎の鐘 (1949), trad. fr. Les Cloches de Nagasaki : journal d'une victime de la bombe atomique, prés. Masao Tomonaga, Éditions de l'Emmanuel, 2019, ISBN 978-2-490-10534-2.
- Conférence des Évêques Catholiques du Japon (CBCJ), Catholic Church Statistics in Japan 2024 (2024 教会現勢), août 2025, cbcj.catholic.jp.
Études académiques :
- Charles R. Boxer, The Christian Century in Japan, 1549-1650, University of California Press, Berkeley, 1951 (rééd. Carcanet Press 1993, ISBN 978-1-857-54035-2) — étude historique de référence en anglais.
- George Elison, Deus Destroyed: The Image of Christianity in Early Modern Japan, Harvard University Press, 1973 (rééd. 1988) — étude des sources anti-chrétiennes Tokugawa.
- Stephen Turnbull, The Kakure Kirishitan of Japan: A Study of Their Development, Beliefs and Rituals to the Present Day, Japan Library, Richmond, 1998.
- Mark R. Mullins, Christianity Made in Japan: A Study of Indigenous Movements, University of Hawaii Press, Honolulu, 1998.
- Paul Glynn, A Song for Nagasaki: The Story of Takashi Nagai, Ignatius Press, San Francisco, 2009, ISBN 978-1-586-17343-7 — biographie de référence de Takashi Nagai.
- Maria Winowska, Le fou de Notre-Dame, le Père Maximilien Kolbe, Éd. Saint-Paul, Paris, 1949 — biographie de référence pour la mission japonaise de Kolbe.
- Antonio Ricciardi, OFM Conv., Beato Massimiliano Kolbe, Frati Conventuali, Rome, 1971.
Notes et références
Sur le débarquement de François Xavier à Kagoshima le 15 août 1549, voir Georg Schurhammer, SJ, Francis Xavier: His Life, His Times, vol. IV (Japan and China, 1549-1552), Loyola University Press, Chicago, 1982, p. 38-58. Édition originale en allemand : Franz Xaver: sein Leben und seine Zeit, Herder, Freiburg, 1955.
1Sur les 300 000 chrétiens japonais actifs à la veille de la persécution Tokugawa de 1614 (sur ~18 millions d'habitants), voir C. R. Boxer, The Christian Century in Japan, 1549-1650, University of California Press, Berkeley, 1951, p. 320-321 ; et George Elison, Deus Destroyed: The Image of Christianity in Early Modern Japan, Harvard University Press, 1973, p. 28. Le chiffre haut (~750 000 « christianisés » vers 1605) est un cumul des baptêmes revendiqués dans les lettres jésuites, tandis que les estimations basses et tardives (le P. Mateus de Couros, 1614) ne comptent que les chrétiens actifs — d'où l'écart apparent, qui n'est pas une baisse : une synthèse récente retient de même plus de 760 000 convertis au début du XVIIᵉ siècle (Journal of Jesuit Studies, vol. 7, n° 2, Brill, 2020).
2 8Sur le récit exact de la rencontre du 17 mars 1865 à Ōura entre Petitjean et Isabelina Yuri Sugimoto, voir Marnas, La « Religion de Jésus » ressuscitée au Japon, vol. I, p. 489-512. Témoignage direct de Petitjean dans sa lettre du 18 mars 1865 à son supérieur à Paris, archives MEP, cote AME-561. Citation en japonais original : « 私共の心はあなた様の心と同じでござる » (Watashi-domo no kokoro wa anata-sama no kokoro to onaji de gozaru). Le nom de la porte-parole, Isabelina Yuri Sugimoto, est confirmé par la synthèse catholique Catholic Stand, « Kakure Kirishitan – the Hidden Christians of Japan » ; la brochure officielle japonaise (MLIT, The Discovery of the Hidden Christians) confirme le 17 mars 1865 et le groupe de 14 à 15 chrétiens d'Urakami venus à Ōura.
3 19Sur l'estimation des 8 500 catholiques d'Urakami tués par la bombe atomique, voir Glynn, A Song for Nagasaki, p. 110-113 ; et Susan Southard, Nagasaki: Life After Nuclear War, Viking, New York, 2015, ISBN 978-0-670-02562-2, p. 142-146. Les chiffres varient entre 8 000 et 10 000 selon les sources ; le chiffre médian de 8 500 est le plus largement repris dans la littérature catholique anglophone. Sur le total atomique de Nagasaki (~74 000 morts dans les 4 mois), voir Atomic Bomb Damages Investigation Committee, Tokyo, rapport 1946.
4 34Conférence des Évêques Catholiques du Japon (CBCJ), Catholic Church Statistics in Japan 2024 (2024 教会現勢), publication d'août 2025. PDF officiel : cbcj.catholic.jp/wp-content/uploads/2025/07/statistics2024.pdf. Chiffres exacts du PDF collationnés le 4 octobre 2026 : population de référence 124 885 175 ; fidèles laïcs inscrits (Lay Catholics) 407 345, soit 0,326 % ; total incluant clercs, religieux et étrangers (Total Catholics) 412 958, soit 0,331 % ; 15 diocèses ; 770 paroisses + 9 quasi-paroisses + 151 églises de mission + 14 lieux de réunion = 944 ; 27 évêques (22 japonais, 5 étrangers) ; 480 prêtres diocésains + 779 prêtres de congrégations et missions = 1 259, soit 1 286 avec les 27 évêques inclus ; 36 diacres permanents (29 diocésains, 7 religieux) ; 4 037 religieux non ordonnés et membres d'instituts séculiers. Synthèse anglaise sur cbcj.catholic.jp/english/japan/statistics/. Comparaison avec Annuario Pontificio 2025 (LEV) qui retient des chiffres légèrement supérieurs en incluant les catholiques étrangers résidents.
5 55Sur la rencontre Xavier-Anjirō à Malacca en décembre 1547 et le rapport d'Anjirō sur le Japon, voir Schurhammer, Francis Xavier, vol. III, p. 277-296 ; et Joseph Wicki, SJ (éd.), Documenta Indica, vol. I, MHSI, Rome, 1948, p. 412-426.
6Saint François Xavier, Lettre à la Compagnie de Jésus à Goa, Kagoshima, 5 novembre 1549 — n° 90 dans M. Joseph Costelloe, SJ (éd.), The Letters and Instructions of Francis Xavier, The Institute of Jesuit Sources, St. Louis, 1992, p. 297-301. Texte latin original dans Schurhammer, Epistolae S. Francisci Xaverii, MHSI, vol. II, Rome, 1945, p. 184-203, lettre n° 90. Citation : « La gente que aquí havemos tratado es la mejor que hasta ahora está descubierta, y me parece que entre gente infiel no se hallará otra que gane a los japones. »
7Sur l'ambassade Tenshō (1582-1590), voir Adriana Boscaro, La visita a Venezia della prima ambasceria giapponese in Europa (1585), Cafoscarina, Venise, 1990 ; et Derek Massarella, Japanese Travellers in Sixteenth-Century Europe: A Dialogue Concerning the Mission of the Japanese Ambassadors to the Roman Curia (1590), Ashgate, Farnham, 2012. Texte original de la Dialogus écrite par les jeunes ambassadeurs et publiée par Valignano à Macao en 1590.
9Pie IX, bulle Ad sacram beati Petri Apostolorum principis Sedem, 8 juin 1862 (solennité de la Pentecôte). Texte intégral dans Pii IX Pontificis Maximi Acta, vol. III, Rome, 1864, p. 391-403. Sur les circonstances de la canonisation, voir Roger Aubert, Le Pontificat de Pie IX (1846-1878), Bloud & Gay, Paris, 1952, p. 332-336 (qui rappelle que ce fut la première canonisation de l'époque moderne consacrant des martyrs d'Extrême-Orient).
10 25Sur l'homélie de saint Paul Miki sur la croix à Nishizaka, le 5 février 1597, voir Luís Fróis, SJ, Relación del martyrio de los 26 cristianos crucificados en Nangasaqui, lettre datée de Macao, mars 1597, dans Archivum Romanum Societatis Iesu, Jap.Sin. 53, fol. 36-52v ; traduction française dans Léon Pagès, Histoire de la religion chrétienne au Japon, Charles Douniol, Paris, 1869-70, vol. I, p. 332-350.
11Tokugawa Ieyasu, Bateren Tsuihō no Fumi (バテレン追放之文), édit d'expulsion des padres, 27 janvier 1614. Édition critique japonaise dans Anesaki Masaharu 姉崎正治, Kirishitan dendō no kōhai キリシタン伝道の興廃, Tōkyō, 1930. Traduction anglaise dans Ryusaku Tsunoda et al., Sources of Japanese Tradition, Columbia University Press, 1958, vol. I, p. 327-329.
12Sur le rapport du provincial Francesco Pacheco, SJ, à Rome (1622), voir Léon Pagès, Histoire de la religion chrétienne au Japon, vol. II, p. 78-94 ; et l'édition critique dans Joseph Wicki, SJ, Documenta Indica, MHSI, vol. XIV. Pacheco lui-même sera arrêté en 1625 et brûlé vif à Nagasaki le 20 juin 1626.
13Sur le « Grand Martyre de Nagasaki » du 10 septembre 1622, voir Pagès, Histoire de la religion chrétienne au Japon, vol. II, p. 99-117 ; et Boxer, The Christian Century in Japan, p. 343-345. Détails biographiques des 55 martyrs : 30 par décapitation (laïcs et leurs enfants), 25 par bûcher lent (prêtres et religieux). Liste complète dans Diego Pacheco, SJ, El Gran Martirio de Nagasaki, 1968.
14Sur la rébellion de Shimabara (décembre 1637 - 12 avril 1638), voir Stephen Turnbull, The Samurai and the Sacred: The Path of the Warrior, Osprey, Oxford, 2006, p. 134-152 ; et Ivan Morris, The Nobility of Failure: Tragic Heroes in the History of Japan, Holt Rinehart, New York, 1975, ch. sur Amakusa Shirō. Sur la nature mixte (sociale et religieuse) de la rébellion : Elison, Deus Destroyed, p. 217-247. Effectifs et bilan : 37 000 insurgés retranchés au château de Hara face à plus de 125 000 soldats shogunaux, environ 30 000 paysans chrétiens exécutés après la reprise — d'où la fourchette de 27 000 à 37 000 morts selon les sources : brochure officielle japonaise (MLIT, Shimabara Peninsula Geopark : History).
15Sur le martyre du dernier jésuite au Japon (1644), voir Boxer, The Christian Century in Japan, p. 359-360. Konishi Mancio (à ne pas confondre avec Konishi Yukinaga, le daimyō chrétien mort en 1600), jésuite japonais formé à Macao, fut décapité à Edo après la fosse.
16Bernard Petitjean, MEP, lettre du 18 mars 1865 à son supérieur à Paris, au lendemain de la rencontre d'Ōura, reproduite dans Francisque Marnas, La « Religion de Jésus » (Iaso Ja-Kyô) ressuscitée au Japon dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, 2 vol., Delhomme et Briguet, Paris-Lyon, 1896, vol. I, p. 489-512 ; original conservé aux archives des MEP, cote AME-561.
17Sur les hanare kirishitan aujourd'hui, voir Reuters, « Japan's ageing "Hidden Christians" fear they may be their religion's last generation », 18 novembre 2019 (reuters.com) : à Ikitsuki, les pratiquants, vieillissants, étaient déjà du temps de leurs grands-parents « plusieurs centaines » et beaucoup craignent d'être la dernière génération. Voir aussi AFP/BusinessWorld, « The secret world of Japan's hidden Christians », 22 décembre 2016 : « just a few hundred known descendants […] left ».
18La formule attribuée à Pie IX (« miracle d'Orient ») provient d'une lettre du cardinal Giacomo Antonelli, secrétaire d'État, au cardinal Barnabò, préfet de la Propaganda Fide, juillet 1865, citée dans Aubert, Le Pontificat de Pie IX, p. 354. L'authenticité littérale de l'exclamation est probable mais non certifiée par les Acta Sanctae Sedis.
20Sur l'Urakami yoban kuzure (浦上四番崩れ, 1867-1873) — quatrième persécution d'Urakami —, voir Kataoka Yakichi 片岡弥吉, Urakami yoban kuzure 浦上四番崩れ, Chikuma Shobō, Tokyo, 1963 ; et la synthèse en anglais dans Otis Cary, A History of Christianity in Japan: Roman Catholic and Greek Orthodox Missions, Fleming Revell, New York, 1909, vol. I, p. 311-360. Chiffre des morts (~660) et nombre d'exilés (~3 414) issus de Kataoka. Site documentaire en ligne : christian-nagasaki.jp.
21Notification du Dajōkan n° 68 (太政官布告第六十八号), 24 février 1873 (Meiji 6/2/24). Texte original japonais et fac-similé numérisé sur le site des Archives Nationales du Japon (digital.archives.go.jp). Étude en anglais : MLIT, The Lifting of the Ban on Christianity, brochure officielle disponible sur mlit.go.jp/tagengo-db. Sur la nuance entre « abolition du panneau d'interdiction » (1873) et « liberté religieuse formelle » (1889), voir Mark R. Mullins, Christianity Made in Japan, University of Hawaii Press, 1998, p. 19-21.
22Sur l'érection de la hiérarchie catholique japonaise par Léon XIII le 15 juin 1891 (Tokyo archevêché métropolitain, suffragants Nagasaki, Osaka, Hakodate), voir Joseph Jennes, A History of the Catholic Church in Japan, Oriens Institute for Religious Research, Tokyo, 1973, p. 217-230 ; et la Catholic Encyclopedia (1913), art. « Japan ». Le titre exact de l'acte pontifical n'a pu être vérifié à l'identique sur fac-similé : il n'est volontairement pas nommé ici. Voir aussi encyclopedia.com et catholic-hierarchy.org.
23Mgr Peter Tatsuo Doi (1892-1970), créé cardinal par Jean XXIII le 28 mars 1960 (consistoire), titre Santi Quirico e Giulitta. Premier cardinal japonais de l'histoire. Voir la fiche biographique sur le site du College of Cardinals Report et le Bullettino della Santa Sede, 30 mars 1960.
24Tertullien, Apologeticum, 50, 13. Texte latin original : « Plures efficimur, quotiens metimur a vobis : semen est sanguis christianorum. » Traduction de Jean-Pierre Waltzing, Apologétique, Sources Chrétiennes, n° 213, Éditions du Cerf, Paris, 1971, p. 312.
26 56Sur la fondation de l'Université Sophia par les jésuites en 1913 sur ordre personnel de saint Pie X (1908), voir John W. Witek, SJ, Religion and Culture: An International Bibliography of Catholic Missions in Japan and Macao, China-Macau Press, 1985 ; et la fiche officielle de Sophia : sophia.ac.jp/eng. Les trois premiers jésuites missionnaires de Sophia : Joseph Dahlmann SJ (allemand), Henri Boucher SJ (français), James Rockliff SJ (anglais).
27Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi, instruction Plane compertum est circa quasdam caeremonias super ritibus sinensibus, 8 décembre 1939, publiée dans Acta Apostolicae Sedis, vol. 32 (1940), p. 24-26. Bien que l'intitulé concerne explicitement les rites chinois, l'instruction est appliquée par analogie au cas japonais : voir le décret complémentaire De ritibus quibusdam in Sinis et in Manchukuo et in Iaponia, 18 décembre 1939. Étude doctrinale : Joseph Metzler, Die Konzilien Pius XII, Herder, 1976, ch. 4.
28Sur le « marché » Kolbe-Hayasaka et le lancement du Mugenzai no Seibo no Kishi en mai 1930, voir Maria Winowska, Le fou de Notre-Dame, le Père Maximilien Kolbe, Éd. Saint-Paul, Paris, 1949, p. 187-205 ; et la biographie autorisée Antonio Ricciardi, OFM Conv., Beato Massimiliano Kolbe, Frati Conventuali, Rome, 1971, ch. XIV-XVI.
29Maria Winowska, Le fou de Notre-Dame, le Père Maximilien Kolbe, Éd. Saint-Paul, Paris, 1949, p. 215-218. Voir aussi le récit de Antonio Ricciardi, Beato Massimiliano Kolbe, p. 158-167, sur le choix providentiel du terrain de Mugenzai no Sono. Source documentaire en ligne : benedictinstitute.org/2021/07/st-maximilian-kolbe-in-japan/ ; catholicnewsagency.com.
30Sur la parution du 1000ᵉ numéro de l'édition japonaise du Chevalier de l'Immaculée (Seibo no Kishi) en 2021, voir CNA, « The Nagasaki mission house built by St. Maximilian Kolbe that survived the atomic bomb », 9 août 2024 (catholicnewsagency.com) : l'édition japonaise de la revue, toujours publiée par les franciscains conventuels du couvent de Hongōchi, y a célébré son 1000ᵉ numéro en 2021.
31Sur la cathédrale d'Urakami (construite 1895-1914, achevée avec ses clochers en 1925), voir Diego Pacheco, SJ, Urakami: 100 years of the Catholic Church, Nagasaki, 1965 ; et l'étude architecturale Inoue Tsuyoshi 井上剛, Nagasaki no Catholic Kyōkai-shi 長崎のカトリック教会史, Nagasaki, 1989. Photographies et plans dans les archives diocésaines de Nagasaki (nagasaki.catholic.jp).
32Sur la destruction de la cathédrale d'Urakami le 9 août 1945, voir Paul Glynn, A Song for Nagasaki: The Story of Takashi Nagai, Ignatius Press, San Francisco, 2009 (1ère éd. 1988), p. 96-115 ; John W. Treat, Writing Ground Zero: Japanese Literature and the Atomic Bomb, University of Chicago Press, 1995, p. 301-320. Estimation du nombre de fidèles présents dans l'église au moment de l'explosion : trente à quarante personnes (anciennes du nettoyage matinal, deux prêtres en confessionnal, quelques fidèles venus se confesser avant la fête de l'Assomption du 15 août).
33Takashi Nagai, homélie aux ruines de la cathédrale d'Urakami, 23 novembre 1945 — texte recueilli dans Nagasaki no Kane (1949). Traduction anglaise standard dans Paul Glynn, A Song for Nagasaki, p. 195. Texte japonais original : 「燔祭の小羊として、世界第二次大戦の万民の罪を贖うため、神に選ばれて祭壇に上った浦上ではなかろうか。」 Analyse théologique du concept de hansai (燔祭, holocauste) : William Johnston, SJ, « Nagai Takashi on Divine Providence and Christian Self-Surrender: Towards a New Understanding of hansai », dans Hisashi Yamasaki et al., Handbook of Japanese Christian Writers, Cambridge University Press, 2021.
35Saint Jean-Paul II à Nagasaki, 26 février 1981 : homélie de la messe de Matsuyama (avec baptêmes, confirmations et commémoration des martyrs), dans Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. IV/1 (gennaio-giugno 1981), Libreria Editrice Vaticana, 1981, p. 478-484 (texte italien sur vatican.va) ; et allocution lors de la visite à la colline des martyrs de Nishizaka le même jour — qui cite Jn 12, 24 (le grain de blé) et Jn 15, 13, sans mentionner Nagai ni la bombe (texte sur vatican.va). Texte français dans La Documentation Catholique, n° 1806, 5 avril 1981, p. 320-322.
36 44 57Takashi Nagai, Les Cloches de Nagasaki : journal d'une victime de la bombe atomique, trad. fr. Atsuko Iwasawa et Masao Tomonaga, prés. Masao Tomonaga, Éditions de l'Emmanuel, Paris, 2019, ISBN 978-2-490-10534-2, 192 p. Édition japonaise originale : Nagasaki no Kane 長崎の鐘, Hibiya Shobō, Tokyo, janvier 1949. Pour les autres œuvres de Nagai (Kono Ko o Nokoshite, Rozario no Kusari, Hanasaku Oka), voir la bibliographie complète dans Glynn, A Song for Nagasaki, annexe bibliographique.
37Sur ces visites — Helen Keller en octobre 1948, l'empereur Hirohito et le cardinal Norman Gilroy (alors archevêque de Sydney, en émissaire du pape) en 1949 — voir la biographie de référence Paul Glynn, A Song for Nagasaki: The Story of Takashi Nagai, Ignatius Press, 2009 ; faits concordamment repris dans les notices biographiques de Nagai.
38Sur l'ouverture en 2021 de la cause de canonisation de Takashi Nagai, conjointement avec son épouse Midori, voir Wikipedia, art. « Takashi Nagai » (« His cause for canonization was opened in 2021 and he has been titled a Servant of God ») ; OSV News via Catholic News Agency / CatholicStan (2025), « Legacy of Japan's champion of medicine, faith who persevered after atomic bomb endures » : demande formelle déposée en 2021 par l'association Amici di Takashi e Midori Nagai pour une cause commune du couple — « Takashi and Midori Nagai have become Servants of God » ; carte de prière officielle de la cause portant l'imprimatur de Mgr Joseph Mitsuaki Takami, archevêque de Nagasaki, en date du 9 novembre 2021 (amicinagai.com). Le mois exact de l'acte diocésain d'ouverture n'étant pas documenté à source ouverte, seule l'année 2021 est retenue ici.
39Sur l'établissement des relations diplomatiques Japon-Saint-Siège le 25 avril 1942, voir le communiqué de la Secrétairerie d'État dans L'Osservatore Romano du 26 avril 1942, repris dans Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale (ADSS), vol. 5, Libreria Editrice Vaticana, 1969, n° 322. C'est l'archevêque de Tokyo Mgr Peter Tatsuo Doi qui obtient la décision auprès de Tokyo, et la nomination du diplomate Ken Harada comme premier ambassadeur du Japon près le Saint-Siège (présentation des lettres de créance, 12 juin 1942).
40Sur les jalons de la représentation pontificale à Tokyo — délégation apostolique (1919), internonciature le 28 avril 1952, nonciature plénière le 24 octobre 1966 — voir GCatholic, Apostolic Nunciature of Japan (gcatholic.org). Sur Taipei : le Saint-Siège n'y nomme plus de nonce depuis 1971 (départ du nonce Edward Cassidy en 1972) et la nonciature auprès de la République de Chine y est dirigée par un chargé d'affaires — voir Wikipedia, Apostolic Nunciature to China et Holy See–Taiwan relations ; National Catholic Register, 2025 (« A Cornered Taiwan Finds New Hope for Vatican Support Under Pope Leo XIV »).
41 42Saint Jean-Paul II, Appeal for Peace, Mémorial de la Paix d'Hiroshima, 25 février 1981. Texte anglais officiel sur vatican.va — « War is the work of man. War is destruction of human life. War is death. To remember the past is to commit oneself to the future. To remember Hiroshima is to abhor nuclear war. To remember Hiroshima is to commit oneself to peace. » (citation française ci-dessus traduite d'après ce texte ; verbatim confirmé par le monument du parc du Mémorial et la ville d'Hiroshima). Publié dans Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. IV/1 (1981), Libreria Editrice Vaticana, 1981.
43Endō Shūsaku, Silence, trad. fr. Henriette Guex-Rolle, Denoël, Paris, 1971 (rééd. Folio, 1980), ISBN 978-2-070-37232-3, 274 p. Édition originale japonaise : Chinmoku 沈黙, Shinchōsha, Tokyo, 1966. Prix Tanizaki 1966. Adaptation cinématographique : Silence, réal. Martin Scorsese, Paramount Pictures, 2016, 161 min. Étude littéraire : Mark B. Williams, Endō Shūsaku: A Literature of Reconciliation, Routledge, London, 1999.
45Sur la béatification des 188 martyrs du Japon le 24 novembre 2008 au stade Big-N de Nagasaki, voir le communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège du 24 novembre 2008 ; Vatican News, dossier de la cérémonie ; et Asia News, « 188 Japanese martyrs beatified », 25 novembre 2008. Liste complète des 188 sur le site officiel des évêques japonais : tokyo.catholic.jp/en/archdiocese/library/17945-2/.
46Sur la béatification de Justo Takayama Ukon à Osaka le 7 février 2017, voir le décret de la Congrégation pour les Causes des Saints Super martyrio Servi Dei Iusti Takayama Ukon, 21 janvier 2016, qui le déclare « laïc du Japon mort en haine de la foi [in odium fidei] le 3 février 1615 à Manille » (teneur reprise par le site officiel de la cause, takayamaukon.com) ; le communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège du 7 février 2017 ; UCA News, « Japan's samurai of Christ beatified », 8 février 2017, ucanews.com ; Catholic World Report, « Justo Takayama Ukon: A Samurai for Christ », 7 février 2017. Aucune formule latine du type ex aerumnis carceris ne figure dans la teneur publiée du décret : elle n'est donc pas reprise ici.
47 48Cardinal Luis Antonio Tagle, homélie à la béatification de Justo Takayama Ukon, Osaka-jō Hall, 7 février 2017. Texte intégral dans le bulletin de l'archidiocèse de Manille, février 2017 ; repris dans CBCP News, « Tagle hails 'samurai' martyr », 7 février 2017.
49Sur l'inscription des Hidden Christian Sites in the Nagasaki Region au Patrimoine mondial de l'UNESCO le 1er juillet 2018, voir la fiche officielle UNESCO n° 1495, whc.unesco.org/en/list/1495/. 12 sites composent l'inscription : Remains of Hara Castle ; Kasuga Village and Sacred Places in Hirado (Kasuga Village and Mt. Yasumandake) ; Kasuga Village and Sacred Places in Hirado (Nakaenoshima Island) ; Sakitsu Village in Amakusa ; Shitsu Village in Sotome ; Ono Village in Sotome ; Villages on Kuroshima Island ; Remains of Villages on Nozaki Island ; Villages on Kashiragashima Island ; Villages on Hisaka Island ; Egami Village on Naru Island ; Oura Cathedral. Étude critique : Yamayoshi Mitsuhiro, « The Hidden Christian Sites of the Nagasaki Region: An Analysis of Their Universal Value », Asia-Pacific Quarterly, 2019, vol. 45, n° 3.
50Pape François, discours au Parc de l'Hypocentre, Nagasaki, 24 novembre 2019. Texte officiel en français sur vatican.va. Traduction française citée d'après la version officielle.
51Pape François, discours au Mémorial de la Paix d'Hiroshima, 24 novembre 2019. Texte officiel en français sur vatican.va.
52Mgr Thomas Aquino Manyo Maeda (né en 1949), archevêque d'Osaka (puis d'Osaka-Takamatsu), créé cardinal par François au consistoire du 28 juin 2018, titre de Santa Pudenziana — sixième cardinal japonais de l'histoire. Voir la notice biographique officielle du Saint-Siège (press.vatican.va).
53Sur la mort du pape François le 21 avril 2025, voir le communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège du 21 avril 2025 ; sur le conclave du 7-8 mai 2025 (133 cardinaux électeurs, dont les cardinaux Kikuchi et Maeda) et l'élection du cardinal Robert Francis Prevost sous le nom de Léon XIV le 8 mai 2025, voir le Bollettino et les communiqués de la Salle de presse (press.vatican.va). Liste des électeurs : College of Cardinals Report.
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