L'expression « L'Église et la Shoah » désigne l'ensemble des paroles, des actions, des silences et des résistances de l'Église catholique — Saint-Siège, conférences épiscopales, religieux, religieuses et laïcs — face à l'extermination industrielle des Juifs d'Europe orchestrée par l'Allemagne nazie entre 1941 et 1945. Le sujet déborde largement le seul cas du pape Pie XII, qui fait l'objet d'un dossier distinct (L'antijudaïsme des chrétiens et le silence de Pie XII) : l'Église a vécu la catastrophe comme un corps entier, depuis les couvents romains qui cachèrent des milliers de Juifs jusqu'aux évêques de Toulouse, Berlin ou Münster qui dénoncèrent publiquement les déportations.
Le bilan est paradoxal et a longtemps été manipulé dans les deux sens. D'un côté, des chrétiens et des clercs ont participé à l'antisémitisme moderne par leurs sermons, leurs journaux, leurs préjugés : ce n'est pas l'idéologie raciale nazie, mais cela a contribué à anesthésier des consciences. De l'autre, l'Église catholique a été, selon l'historien juif Pinchas Lapide, l'institution chrétienne dont l'action de sauvetage dépassa de loin, par son ampleur, celle de toutes les autres Églises et organisations de secours réunies[1] : des dizaines de milliers de Juifs doivent la vie à des religieux, des religieuses et des évêques catholiques, et parmi les Justes parmi les Nations figurent de nombreux catholiques — proportion impossible à chiffrer, Yad Vashem ne publiant aucun décompte par religion.[2]
Cet article reconstitue l'attitude de l'Église-corps : la préparation doctrinale des consciences avant 1939, le combat de Pie XI contre le racisme et l'idolâtrie raciale, les voix épiscopales qui se sont élevées entre 1941 et 1944, les réseaux concrets de sauvetage, les martyrs catholiques d'Auschwitz et de Dachau, le bilan chiffré, et la longue marche mémorielle qui mène de l'encyclique avortée Humani Generis Unitas (1939) à Nostra Aetate (1965), puis aux gestes de Jean-Paul II et de Benoît XVI à Auschwitz.
Le terrain spirituel et politique avant 1939
L'antijudaïsme catholique : héritage à reconnaître, sans le confondre avec le nazisme
L'historien français Jules Isaac — dont l'épouse Laure et la fille Juliette, déportées par le convoi n° 61 du 28 octobre 1943, périrent à Auschwitz-Birkenau, tandis que son gendre Robert Boudeville mourut à Bergen-Belsen le 4 juin 1944[3] — a forgé le concept d'enseignement du mépris — élaboré dans Jésus et Israël (1948) et Genèse de l'antisémitisme (1956), et qui donnera son titre à son ouvrage L'Enseignement du mépris (1962) : des siècles de prédication chrétienne avaient construit, dans la mémoire collective européenne, une image humiliée et théologiquement maudite du Juif — peuple « déicide », abandonné de Dieu, condamné à errer en signe de réprobation.[4] Ce phénomène est documenté, et le Magistère contemporain l'a reconnu sans détour : le document de 1998 Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah (§IV) s'interroge sur le point de savoir si les sentiments antijuifs présents chez des chrétiens les ont rendus moins sensibles, voire indifférents, à la persécution déclenchée contre les Juifs par le national-socialisme lorsqu'il arriva au pouvoir — formulation interrogative du texte, et non affirmation tranchée.[5]
La Commission y reconnaît que ceux qui aidèrent à sauver des vies juives, parfois au péril de leur propre vie, ne doivent pas être oubliés — tout en appelant les chrétiens à faire de ce lourd fardeau de conscience un appel à la pénitence.[6]
La distinction doctrinale reste cependant capitale. L'antijudaïsme chrétien est religieux : il vise une foi à laquelle on peut renoncer par conversion. L'antisémitisme racial nazi est d'une autre nature : il vise un « sang » dont aucun baptême ne libère. C'est pourquoi Edith Stein, religieuse carmélite catholique, fut arrêtée et gazée comme juive, alors même que l'Église la considérait depuis vingt ans comme une fille pleinement chrétienne.[7] On ne peut pas confondre le médiéval qui voulait convertir les Juifs avec Hitler, qui voulait les exterminer.
L'antisémitisme catholique moderne (1880-1939) : des chrétiens compromis, mais condamnés par Rome
À la fin du XIXᵉ siècle, l'antisémitisme moderne prend des formes politiques nouvelles, parfois nourries par des milieux catholiques. En France, Édouard Drumont publie La France juive (1886), qui devient un best-seller à composante religieuse. La presse catholique radicale (notamment La Libre Parole) relaie ces thèmes pendant l'affaire Dreyfus.[8] L'Action française de Charles Maurras (fondée en 1899) prolonge cet antisémitisme nationaliste.
Rome n'a pas cautionné ces dérives. Le 20 décembre 1926, Pie XI ordonne la rupture des catholiques avec l'Action française et fait publier le décret de la Congrégation de l'Index du 29 janvier 1914 condamnant sept ouvrages de Maurras[9] ; par décret du Saint-Office daté du 29 décembre 1926, il confirme cette condamnation et l'étend au quotidien L'Action française — formellement inscrit à l'Index le 9 janvier 1927, premier journal frappé de la sorte, les fidèles du mouvement étant ensuite privés des sacrements. Sanction parmi les plus sévères du XXᵉ siècle, qui frappe explicitement un mouvement chrétien réactionnaire utilisant le nom de l'Église pour propager une idéologie d'exclusion. La condamnation ne sera levée que par Pie XII en 1939, après la soumission déclarée de la direction du mouvement.[10]
Le 25 mars 1928, le Saint-Office promulgue un décret qui, tout en dissolvant l'association des Amici Israel dont les méthodes et le langage s'étaient écartés du sens de l'Église, condamne sans ambiguïté la haine contre le peuple autrefois élu par Dieu — ce que l'on désigne communément sous le nom d'antisémitisme (traduction de travail Ignispedia d'après le latin ; texte original en note).[11]
Ce décret, rarement cité, fixe le cadre doctrinal romain plus d'une décennie avant la Shoah : l'antisémitisme est nommé, identifié comme haine d'un peuple et condamné comme incompatible avec la foi.
Pie XI face au nazisme et à l'idolâtrie raciale (1933-1939)
Le pontificat de Pie XI (1922-1939) est marqué par trois condamnations doctrinales majeures des totalitarismes : Non abbiamo bisogno (29 juin 1931) contre le fascisme italien, Mit Brennender Sorge (14 mars 1937) contre le nazisme allemand, et Divini Redemptoris (19 mars 1937) contre le communisme athée. La première encyclique anti-nazie est unique dans l'histoire du Magistère : rédigée directement en allemand par le cardinal Eugenio Pacelli (futur Pie XII), distribuée clandestinement par motocyclistes à travers le Reich, elle est lue le dimanche des Rameaux 21 mars 1937 dans presque toutes les paroisses catholiques d'Allemagne.[12]
Mit Brennender Sorge condamne explicitement la déification de la race, du sang et de l'État :
« Quiconque exalte la race, le peuple, l'État, ou une forme particulière de l'État, ou les détenteurs du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine […] au rang de norme suprême de toutes choses, même des valeurs religieuses, et qui les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et falsifie l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu. » — Pie XI, Mit Brennender Sorge, §8, 14 mars 1937[13]
Les nazis confisquent les imprimeries, arrêtent des prêtres et lancent une campagne médiatique de représailles.[14] Le 6 septembre 1938, Pie XI reçoit en audience un groupe de pèlerins belges et prononce une phrase restée célèbre :
« Remarquez bien : Abraham est dit notre patriarche, notre ancêtre. L'antisémitisme n'est pas compatible avec la pensée sublime exprimée par ce texte. […] Spirituellement, nous sommes des sémites. » — Pie XI, allocution aux pèlerins de la Radio Catholique Belge, 6 septembre 1938[15]
Cette phrase — « nous sommes spirituellement des sémites » — est tirée d'une glose sur le Supra quae du Canon romain. Ses reprises attestées à ce jour sont La Documentation Catholique, 39 (1938), col. 1459-1460, et La Croix du 17 septembre 1938[16] ; au-delà de ces deux reprises, aucune autre diffusion n'est établie à ce jour. Elle constitue, plus d'un an avant le déclenchement de la guerre, la dénonciation la plus claire jamais prononcée par un pape sur l'antisémitisme racial.
Humani Generis Unitas : l'encyclique anti-raciste interrompue par la mort de Pie XI
En juin 1938, Pie XI commande à trois jésuites — l'Américain John LaFarge, l'Allemand Gustav Gundlach et le Français Gustave Desbuquois — un texte encyclique sur l'unité du genre humain et la condamnation du racisme. Le document, intitulé Humani Generis Unitas, est rédigé pendant l'été et l'automne 1938. Le projet aurait condamné expressément l'antisémitisme nazi, le racisme biologique et la persécution juive en cours, en se fondant sur la doctrine de la création de tout homme à l'image de Dieu.[17]
Le texte est remis à Pie XI à Rome quelques semaines avant sa mort, intervenue le 10 février 1939. L'encyclique ne sera jamais promulguée. Pie XII, élu le 2 mars 1939, hérite du projet mais choisit de ne pas le publier en l'état — les motifs précis de cette non-promulgation demeurent débattus entre historiens et ne peuvent être tranchés ici.[18]
Le texte sera publié pour la première fois en 1995 par Georges Passelecq et Bernard Suchecky, sous le titre L'Encyclique cachée de Pie XI.[19] Sa redécouverte a relancé la critique de Pie XII — il aurait dû le publier — mais aussi confirmé un point essentiel : dès 1938, le Saint-Siège préparait une condamnation doctrinale frontale du racisme et de l'antisémitisme.
L'Église face à la « solution finale » (1941-1945)
Le silence et la parole : ce que dit Pie XII et où le chercher
Le dossier complet sur Pie XII — ses encycliques (Summi Pontificatus, 20 octobre 1939), son message de Noël 1942, l'argument hollandais, les archives du pontificat ouvertes le 2 mars 2020, les témoignages juifs contemporains et les controverses Hochhuth-Cornwell — est traité dans l'article L'antijudaïsme des chrétiens et le silence de Pie XII.
Il suffit ici de rappeler que :
- Pie XII a parlé doctrinalement, mais en langage indirect — son message de Noël 1942 dénonçait « les centaines de milliers de personnes vouées à la mort ou à un lent dépérissement, parfois seulement pour des raisons de nationalité ou de race »[20] ; la Gestapo et le New York Times l'ont compris comme une condamnation des nazis.
- Pie XII a choisi un langage diplomatique parce que la protestation publique de l'épiscopat néerlandais (lettre pastorale du 26 juillet 1942) avait été suivie de la rafle immédiate des Juifs catholiques, dont Edith Stein, par les SS deux jours plus tard.[21]
- L'Église romaine sous Pie XII a organisé des sauvetages massifs : couvents fermés rouverts pour cacher des Juifs, prêt de l'or manquant à la rançon de septembre 1943, accueil de centaines de réfugiés, toutes catégories confondues, à Castel Gandolfo.[22]
Cet article-ci se concentre sur ce qui n'est pas Pie XII : l'épiscopat, les religieux, les religieuses, les laïcs et les réseaux.
Les épiscopats nationaux : qui a parlé, qui s'est tu
L'attitude des conférences épiscopales nationales face à la Shoah varie d'un pays à l'autre, en fonction du degré d'occupation, de la pression de l'État, des traditions ecclésiales et des choix personnels des évêques. Le tableau ci-dessous résume les principales prises de position publiques entre 1941 et 1944.
| Pays | Évêque ou conférence | Date | Type de prise de position |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | Conférence épiscopale | 26 juillet 1942 | Lettre pastorale lue en chaire condamnant les déportations[23] |
| Allemagne | Mgr Clemens August von Galen, évêque de Münster | 13 juillet – 3 août 1941 | Trois sermons publics contre l'eutanasie et les violations de la dignité humaine[24] |
| Allemagne | Bernhard Lichtenberg, prêtre, prévôt de la cathédrale Sainte-Hedwige de Berlin | Depuis novembre 1938 | Prière publique pour les Juifs persécutés[25] |
| France | Mgr Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse | 23 août 1942 | Lettre pastorale lue dans les paroisses dénonçant les déportations[26] |
| France | Mgr Pierre-Marie Théas, évêque de Montauban | 30 août 1942 | Lettre pastorale solidaire de Saliège[27] |
| France | Cardinal Pierre Gerlier, archevêque de Lyon | 6 septembre 1942 | Protestation publique et organisation de réseaux de cache[28] |
| France | Mgr Jean Delay, évêque de Marseille | 6 septembre 1942 | Lettre pastorale solidaire[29] |
| Belgique | Cardinal Jozef-Ernest van Roey | Été 1942 | Mobilisation discrète mais efficace, sauvetage diocésain[30] |
| Hongrie | Mgr József Mindszenty (alors évêque de Veszprém) | 31 octobre 1944 | Mémorandum à Ferenc Szálasi, selon la désignation des Mémoires (contenu à contrôler)[31] |
| Italie | Cardinal Pietro Boetto, archevêque de Gênes | 1943-1944 | Direction du réseau DELASEM[32] |
| Croatie | Mgr Aloysius Stepinac, archevêque de Zagreb | 1941-1944 | Multiples interventions contre les Oustachis et sauvetages[33] |
| Pologne | Conférence épiscopale | 1941-1944 | Action limitée par la persécution massive du clergé polonais lui-même[34] |
À côté des courageux, il faut aussi noter les silences. La conférence épiscopale slovaque a, pendant longtemps, soutenu Mgr Tiso, président-prêtre du régime collaborationniste de Bratislava — silence rompu en 1942 lorsque le nonce Mgr Burzio, agissant sur instruction du Saint-Siège, intervient personnellement pour faire suspendre les déportations de Juifs slovaques.[35] L'épiscopat vichyste n'a pas, dans son ensemble, publié de condamnation collective des lois antijuives — c'est l'initiative individuelle de Mgr Saliège qui a entraîné les autres voix françaises.
Les figures épiscopales et religieuses de la résistance catholique
Mgr Jules-Géraud Saliège : la voix de Toulouse (23 août 1942)
Le 23 août 1942, alors que viennent de commencer, en zone non occupée, les déportations de Juifs étrangers internés dans les camps de la région toulousaine (Noé, Récébédou) — premiers convois de la mi-août 1942 —, Mgr Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, fait lire dans toutes les paroisses de son diocèse une lettre pastorale qui marquera la conscience française :
« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d'autres. Un chrétien ne peut l'oublier. » — Mgr Jules-Géraud Saliège, lettre pastorale Et clamor Ierusalem ascendit, 23 août 1942[36]
Saliège, paralysé depuis 1932, avait dicté le texte de sa chambre. Vichy interdit sa diffusion ; les prêtres la lisent malgré tout, et la copie passe de paroisse en paroisse. La radio de Londres la diffuse le 28 août. La presse clandestine la reproduit. Cette lettre, la plus connue de l'épiscopat catholique européen pendant la Shoah, déclenche une cascade : Mgr Théas à Montauban (30 août), le cardinal Gerlier à Lyon (6 septembre), Mgr Delay à Marseille (6 septembre), Mgr Edmond Vansteenberghe à Bayonne (20 septembre). En quelques semaines, six diocèses français publient des protestations.[37]
Le 8 juillet 1969, Yad Vashem honore Mgr Saliège comme Juste parmi les Nations.[38] Il avait été créé cardinal par Pie XII en 1946.
Mgr Pierre-Marie Théas : Montauban, 30 août 1942
Sept jours après Saliège, Mgr Pierre-Marie Théas, évêque de Montauban, fait lire dans son diocèse une lettre pastorale d'une violence morale rare :
« Je donne libre cours à l'indignation de ma conscience, et je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères, parce que créés par le même Dieu ; que tous les hommes, quelle que soit leur race ou leur religion, ont droit au respect des individus et des États. Les mesures antisémites actuelles sont un mépris de la dignité humaine, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille. » — Mgr Pierre-Marie Théas, lettre pastorale, 30 août 1942[39]
Théas joua un rôle direct dans le sauvetage de centaines d'enfants juifs cachés dans les institutions catholiques du Tarn-et-Garonne, en lien avec l'Œuvre de Secours aux Enfants (OSE) juive et le réseau des religieuses notre-damistes de Sion. Yad Vashem lui décerna le titre de Juste en 1969.[40]
Bernhard Lichtenberg : la prière publique pour les Juifs à Berlin
Au cœur de Berlin nazi, Bernhard Lichtenberg, prêtre et prévôt de la cathédrale Sainte-Hedwige, prend au lendemain de la Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938) l'habitude de prononcer publiquement, chaque soir, une prière pour les Juifs persécutés :
« Dehors brûle la Synagogue. C'est aussi une maison de Dieu. Nous prions maintenant pour les Juifs persécutés et pour les pauvres prisonniers des camps de concentration ; nous prions surtout pour nos coreligionnaires d'origine juive. » — Bernhard Lichtenberg, prière publique à la cathédrale Sainte-Hedwige, au lendemain de la Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938)[41]
Pendant près de trois ans, Lichtenberg répète cette prière. Le 23 octobre 1941, la Gestapo l'arrête. Il est condamné à deux ans de prison pour « atteinte à la paix publique » puis, à sa sortie, aussitôt repris pour être transféré vers Dachau. Épuisé par sa détention, il meurt d'une pneumonie à l'hôpital de Hof (Bavière) le 5 novembre 1943, pendant ce transfert. Il est béatifié par saint Jean-Paul II le 23 juin 1996.[42] Yad Vashem lui décerne le titre de Juste parmi les Nations en 2004.[43]
Mgr Clemens August von Galen : le « Lion de Münster »
Mgr Clemens August von Galen, évêque de Münster en Westphalie, est entré dans l'histoire de la résistance catholique au nazisme par trois sermons publics, prononcés les 13 juillet, 20 juillet et 3 août 1941 — ceux des 13 juillet et 3 août en l'église Saint-Lambert, celui du 20 juillet en l'église Notre-Dame-au-delà-de-l'eau (Liebfrauen-Überwasserkirche), et non en la cathédrale de Münster. Le sermon du 3 août dénonce avec une violence inouïe le programme d'Aktion T4 — l'extermination secrète des malades mentaux et handicapés allemands par les nazis :
« Si l'on admet le principe que l'on peut tuer des hommes « improductifs », alors malheur à nous lorsque nous deviendrons vieux, faibles ou malades. Il suffira que les autorités déclarent qu'une catégorie de citoyens n'est plus utile pour qu'elle soit légalement assassinée. […] Qui peut alors avoir encore confiance en son médecin ? Il pourrait dénoncer les malades comme « improductifs » et recevoir l'ordre de les tuer. » — Mgr Clemens August von Galen, sermon en l'église Saint-Lambert de Münster, 3 août 1941[44]
Les sermons sont reproduits par dizaines de milliers d'exemplaires et largués au-dessus de l'Allemagne par les avions alliés en 1942.[45] Sous la pression, Hitler suspend officiellement l'Aktion T4 le 24 août 1941 — même si l'extermination des handicapés continue dans certains hôpitaux. Galen ne sera pas directement déporté (Hitler aurait dit « on s'occupera de lui après la victoire ») mais le clergé de son diocèse paiera : Goebbels mentionne dans son journal le 14 août 1941 qu'il faut « faire payer ses prêtres ».[46]
Galen ne traite pas directement la question juive dans ses sermons publics — c'est une limite historique réelle. Mais sa dénonciation du principe d'une « utilité sociale » déterminant le droit à la vie a, doctrinalement, miné toute la matrice raciste-eugéniste qui rendait possible la Shoah. Il est créé cardinal en février 1946 et meurt un mois plus tard. Béatifié par Benoît XVI le 9 octobre 2005.[47]
Mgr Aloysius Stepinac : Zagreb dans la tourmente oustachie
L'archevêque de Zagreb, Mgr Aloysius Stepinac (1898-1960), est l'une des figures les plus controversées de l'épiscopat européen pendant la Shoah, parce qu'il a tenté de maintenir une voix catholique critique sous le régime oustachi d'Ante Pavelić (1941-1945) — régime qui a exterminé des Juifs, des Roms et des Serbes orthodoxes dans le camp de Jasenovac.
Stepinac a publiquement protesté plusieurs fois contre les persécutions raciales du régime — notamment dans son sermon du 31 octobre 1943 : « Toutes les nations sont égales devant Dieu. […] Toute race et toute nation appartient au Christ »[48]. Il a aussi sauvé des centaines de Juifs en les cachant dans des séminaires et en délivrant des certificats de baptême fictifs. À l'inverse, certains de ses prêtres ont participé aux exactions oustachies. Le procès intenté contre Stepinac par le régime de Tito en 1946 est aujourd'hui considéré comme un procès politique communiste, qualifié de « procès-spectacle » par les historiens occidentaux.[49]
Jean-Paul II le béatifie le 3 octobre 1998 à Marija Bistrica, en présence de centaines de milliers de Croates : son statut établi est donc celui de bienheureux.[50] L'examen historique de son action pendant la guerre restant débattu, le pape François a institué une commission mixte catholico-orthodoxe d'historiens, qui a travaillé de juillet 2016 à juillet 2017 et conclu à la persistance des divergences, la décision de canonisation relevant de la seule compétence du pape[51] : Stepinac demeure donc bienheureux non canonisé au 4 octobre 2026.
Mgr Angelo Roncalli : le délégué apostolique qui aida à sauver des Juifs
Délégué apostolique en Bulgarie (1925-1934), en Turquie et en Grèce (1934-1944), Mgr Angelo Roncalli — futur saint Jean XXIII — a organisé l'une des plus importantes opérations de sauvetage juif d'Europe orientale et balkanique. En lien avec le Saint-Siège et l'Agence juive de Palestine, il a délivré entre 1942 et 1944 :
- des certificats de baptême fictifs à des Juifs hongrois, bulgares, roumains et slovaques afin de leur permettre de fuir ;
- des certificats de transit pour Juifs hongrois et roumains passant par la Turquie vers la Palestine ;
- des interventions auprès du roi Boris III de Bulgarie en 1943, qui ont contribué à la non-livraison des Juifs bulgares aux nazis.[52]
Selon Pinchas Lapide (1967, pp. 162-167), les opérations dirigées ou facilitées par Roncalli auraient contribué à sauver environ 24 000 Juifs — estimation contestée, non reprise par l'historiographie récente, qui juge les décomptes de Lapide très surévalués.[53] Il refusera toute reconnaissance personnelle, attribuant ses actions à « la voix du Saint-Père qui parlait à travers moi ».[54] Devenu Jean XXIII en 1958, il sera l'initiateur du Concile Vatican II et donc, indirectement, du document Nostra Aetate. Canonisé par le pape François le 27 avril 2014.
Le père Marie-Benoît : 4 000 Juifs sauvés depuis un couvent capucin
Le père Marie-Benoît (en religion Marie-Benoît Péteul, OFM Cap., 1895-1990), capucin français installé à Marseille puis à Rome, est l'un des plus grands sauveurs catholiques de Juifs pendant la Shoah. Depuis le couvent capucin de Marseille (rue Croix-de-Régnier), il organise dès 1940 le passage des Juifs vers la zone libre, puis vers l'Espagne et la Suisse, via un réseau qui inclut des religieuses et plusieurs militants juifs (notamment Joseph Bass et Stefan Schwamm).
En 1943, il quitte Marseille pour Rome, où il fonde — sous la couverture du Collegio Internazionale Cappuccino — l'un des principaux centres clandestins de sauvetage juif d'Italie, en lien avec la DELASEM (Delegazione Assistenza Emigranti Ebrei) ; un lien direct avec Pie XII — qui aurait personnellement signé certaines lettres de protection délivrées par les capucins — demeure à établir documentairement.[55] À la libération de Rome en juin 1944, son réseau a contribué à sauver, selon les estimations historiques convergentes, plus de 4 000 Juifs.[56]
Yad Vashem lui décerne le titre de Juste parmi les Nations en 1966. À sa mort en 1990, la communauté juive de Rome lui rend un hommage exceptionnel, l'appelant « le père des Juifs » — Padre degli Ebrei.[57]
Mgr Mindszenty et l'épiscopat hongrois : 1944
En mars 1944, l'Allemagne occupe la Hongrie. En quelques semaines, 437 000 Juifs hongrois sont déportés vers Auschwitz — l'opération la plus rapide et la plus massive de toute la Shoah. Selon ses Mémoires, Mgr József Mindszenty, alors évêque de Veszprém (et futur cardinal-primat de Hongrie, mort en exil après les persécutions communistes), désigne un mémorandum adressé à Ferenc Szálasi, parvenu au pouvoir avec les Croix fléchées, et daté du 31 octobre 1944 — et non un mémorandum au régent Miklós Horthy, écarté le 16 octobre ; le contenu intégral de ce document reste à contrôler, et destinataire, date et objet ne doivent pas être reconstitués en fusionnant des documents différents.[58] Le nonce apostolique Mgr Angelo Rotta intervient lui aussi auprès de Horthy le 15 juin 1944 et fait suspendre temporairement les déportations en juillet — une intervention coordonnée avec Pie XII, qui télégraphie publiquement à Horthy le 25 juin 1944 : « Nous Vous demandons d'épargner tant de personnes innocentes ».[59] Cette intervention internationale (rejointe par le roi de Suède, le président de la Croix-Rouge et la BBC) sauve environ 170 000 Juifs hongrois de Budapest qui n'avaient pas encore été déportés.[60]
Les réseaux catholiques de sauvetage en Europe
Couvents, monastères et institutions catholiques romaines
À Rome, sous l'occupation allemande (septembre 1943 – juin 1944), les couvents, monastères, séminaires et institutions pontificales servirent de cache à des milliers de réfugiés, dont de nombreux Juifs. Le communiqué conjoint publié en 2023 recense 55 congrégations masculines et 100 congrégations féminines ayant participé à cet accueil — total à ne pas confondre avec sa ventilation. Les chiffres varient selon les auteurs et les périmètres : Pinchas Lapide avance environ 4 500 Juifs accueillis[61] ; Susan Zuccotti retient un ordre de grandeur voisin avec des critères plus stricts[62]. Les listes nominatives conservées restent partielles : il faut distinguer les personnes réfugiées, les noms identifiés et les personnes identifiées comme juives, sans convertir le total des réfugiés en nombre de Juifs. Quelques points d'appui documentés :
- Castel Gandolfo (résidence d'été papale) : des centaines de réfugiés accueillis entre 1943 et 1944 — réfugiés toutes catégories, nombre de Juifs non établi[63] ;
- Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs : plus de 100 Juifs ;
- Collegio Internazionale Cappuccino (réseau du Père Marie-Benoît) : plusieurs centaines ;
- Institut Notre-Dame de Sion : plusieurs dizaines ;
- Séminaire pontifical romain du Latran : plusieurs dizaines ;
- Institut Pio XI (Salésiens) : plusieurs dizaines.
La directive d'accueil — « ouvrir les institutions religieuses, y compris cloîtrées, aux Juifs persécutés » — aurait été transmise oralement par le Saint-Siège afin de préserver les supérieurs religieux d'une responsabilité juridique en cas d'arrestation ; les cotes précises dans les archives ouvertes en 2020 restent à établir, et aucun titre général d'ouvrage ne remplace ici le document nécessaire.
La DELASEM et le cardinal Boetto à Gênes
La DELASEM (Delegazione per l'Assistenza degli Emigranti Ebrei), fondée en 1939 par la communauté juive italienne, devient à partir de septembre 1943 — quand son siège juif officiel doit fermer pour échapper aux nazis — un réseau judéo-catholique codirigé, jusqu'à l'arrestation du rabbin le 3 novembre 1943, par le rabbin Riccardo Pacifici (déporté à Auschwitz, où il meurt le 12 décembre 1943) et le cardinal Pietro Boetto, archevêque de Gênes, puis poursuivi sous la couverture de la curie génoise. La DELASEM aide entre 1943 et 1945 plusieurs milliers de Juifs italiens à se cacher, à fuir ou à obtenir de faux papiers — l'ordre de grandeur de 9 000 avancé par certains auteurs étant indicatif et non prouvé documentairement.[64]
Le réseau collabora avec le Père Don Francesco Repetto, secrétaire du cardinal Boetto et coordinateur opérationnel, et avec des laïcs comme Massimo Teglio et Lelio Vittorio Valobra. Boetto sera reconnu Juste parmi les Nations en 2016, de même que Don Repetto.[65] Les reconnaissances attribuées à d'autres prêtres du réseau (Don Lino Spaggiari, Don Angelo Massimo) restent à vérifier individuellement, avec identité et dossier exacts.
L'Amitié Chrétienne à Lyon : un réseau judéo-catholique
À Lyon, sous l'égide du cardinal Pierre Gerlier, est fondé en 1941 le réseau L'Amitié Chrétienne, animé par le père Pierre Chaillet (jésuite, fondateur des Cahiers du Témoignage Chrétien). L'Amitié Chrétienne organise la cache d'enfants juifs dans des institutions catholiques, fournit de faux papiers, et entretient des liens avec l'OSE juive et le CIMADE protestant. Plusieurs centaines d'enfants juifs lui doivent la vie.[66]
Le père Pierre Chaillet, qui sera arrêté plusieurs fois par la Gestapo et survivra à la guerre, est reconnu Juste parmi les Nations en 1981.[67] Les Cahiers du Témoignage Chrétien, qu'il fonde clandestinement en novembre 1941 avec des jésuites dont Gaston Fessard et Henri de Lubac, publient deux titres essentiels : « France, prends garde de perdre ton âme » — premier cahier (novembre 1941), rédigé par Gaston Fessard, et non par Henri de Lubac — et « Antisémites » (référence exacte du cahier à collationner), qui dénonce la doctrine raciale du régime de Vichy en termes théologiques précis.[68]
Les religieuses : la résistance invisible
Une partie importante du sauvetage catholique en Europe occupée a été menée par des religieuses, dans une discrétion qui leur a longtemps coûté la reconnaissance. Plusieurs ordres se sont distingués :
- Notre-Dame de Sion (fondée en 1843 par les frères Théodore et Alphonse Ratisbonne) : ordre missionnaire judéo-chrétien dont les maisons en France, en Italie et en Belgique ont caché des centaines d'enfants juifs ;
- Sœurs Notre-Dame de Charité (Refuge), Sœurs Franciscaines de Marie, Sœurs du Sacré-Cœur, Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, Bénédictines de divers monastères ;
- En Pologne, plus de 2 000 enfants juifs ont été cachés dans les couvents féminins — chiffre confirmé par les travaux de Ewa Kurek.[69]
Plusieurs religieuses ont payé de leur vie : Sœur Maria Stella du Saint-Sacrement et ses dix compagnes nazaréthines — onze religieuses au total —, fusillées le 1ᵉʳ août 1943 à Nowogródek (Biélorussie actuelle) pour avoir offert leur vie en échange des prisonniers de la prison de la ville, ont été béatifiées par Jean-Paul II en 2000.[70]
Les martyrs catholiques de la Shoah
Edith Stein : philosophe, carmélite, juive, sainte
Née juive à Breslau en 1891, philosophe assistante d'Edmund Husserl à Göttingen et Fribourg, Edith Stein se convertit au catholicisme après la lecture des œuvres de sainte Thérèse d'Avila pendant l'été 1921. Baptisée le 1ᵉʳ janvier 1922, elle entre au Carmel de Cologne en octobre 1933 sous le nom de Sœur Teresa Bénédicte de la Croix. Lorsque les nazis intensifient les persécutions, elle est transférée au Carmel d'Echt aux Pays-Bas (1938) puis, en représailles à la lettre pastorale des évêques néerlandais du 26 juillet 1942, arrêtée le 2 août 1942 avec sa sœur Rosa et 244 autres Juifs catholiques. Déportée via le camp de transit de Westerbork, elle est gazée à Auschwitz-Birkenau le 9 août 1942.[71]
Jean-Paul II la béatifie le 1ᵉʳ mai 1987, la canonise le 11 octobre 1998, et la proclame co-patronne de l'Europe le 1ᵉʳ octobre 1999 — aux côtés de saint Benoît, saints Cyrille et Méthode, sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne.[72]
Maximilien Kolbe : l'offrande à Auschwitz
Franciscain conventuel polonais, fondateur de la Milice de l'Immaculée et de la maison-mère de Niepokalanów (qui comptait avant la guerre près de 800 religieux), saint Maximilien Maria Kolbe (1894-1941) accueille à partir de septembre 1939 dans son monastère environ 2 000 Juifs polonais réfugiés, ainsi que de nombreux militaires polonais en fuite. Arrêté par la Gestapo en février 1941, déporté à Auschwitz le 28 mai 1941 (matricule 16670), il y meurt le 14 août 1941 après avoir offert sa vie en échange de celle du sergent Franciszek Gajowniczek, père de famille condamné à mourir de faim dans le bunker des morts.[73]
« Je suis un prêtre catholique. Je suis vieux. Je veux prendre sa place. » — Saint Maximilien Kolbe au commandant Karl Fritzsch, Auschwitz, 29 juillet 1941[74]
Gajowniczek survivra à la guerre et assistera à la canonisation de Kolbe par Jean-Paul II le 10 octobre 1982. Il meurt en 1995, à 93 ans.[75]
Titus Brandsma : le carme néerlandais mort à Dachau
Titus Brandsma, carme néerlandais (1881-1942), recteur de l'Université catholique de Nimègue, journaliste et théologien spécialiste de la mystique flamande, devient en 1935 conseiller ecclésiastique de l'Association catholique des journalistes. En 1941, alors que les nazis ordonnent à la presse catholique néerlandaise de publier la propagande antisémite du NSB, Brandsma rédige et fait circuler de paroisse en paroisse une lettre instructive ordonnant à tous les rédacteurs en chef catholiques de refuser. Arrêté le 19 janvier 1942, il est interné à Dachau et meurt le 26 juillet 1942 par injection mortelle administrée par une Kapo aux ordres des SS, dans le baraquement médical de Dachau.[76]
Béatifié par Jean-Paul II le 3 novembre 1985, il est canonisé par le pape François le 15 mai 2022.[77]
Jakob Gapp : un marianiste décapité à Plötzensee
Le père Jakob Gapp (1897-1943), marianiste autrichien, prend dès 1934 une position publique contre le nazisme depuis sa chaire de Breitenwang. Expulsé d'Autriche en 1938 après l'Anschluss, il rejoint la France puis l'Espagne, où il continue de prêcher contre le racisme. Trahi par des agents nazis se faisant passer pour des Juifs en fuite, il est enlevé en France en 1942, conduit à Berlin et décapité à la prison de Plötzensee le 13 août 1943. Béatifié par Jean-Paul II le 24 novembre 1996.[78]
Les 108 martyrs polonais et l'extermination du clergé catholique
L'Allemagne nazie a appliqué à la Pologne occupée une politique d'extermination culturelle qui visait directement le clergé catholique, considéré comme le ciment de l'identité nationale polonaise. Le tableau mémorial de Dachau (le « camp des prêtres ») distingue 2 720 ecclésiastiques internés, toutes nationalités confondues — dont 1 780 Polonais — et 1 034 morts, dont 868 Polonais : ces périmètres ne doivent pas être confondus ni attribués en bloc au seul clergé polonais.[79] Au total, les historiens estiment à près de 3 000 le nombre de prêtres polonais tués par les nazis — ordre de grandeur indicatif, non prouvé documentairement à ce jour, rapporté à quelque 18 000 prêtres polonais avant-guerre (3 000 sur 18 000 ne représentant d'ailleurs pas 20 %).[80] À l'échelle de tout le pays, les Allemands ont tué entre 1,8 et 1,9 million de civils polonais non juifs — auxquels s'ajoutent au moins 3 millions de citoyens polonais juifs assassinés.[81]
Le 13 juin 1999, à Varsovie, Jean-Paul II béatifie 108 martyrs polonais — 3 évêques, 52 prêtres diocésains, 26 prêtres religieux, 7 frères, 3 séminaristes, 8 religieuses et 9 laïcs, soit 108 au total — tous tués par les nazis entre 1939 et 1945.[82] Parmi eux, Mgr Antoni Julian Nowowiejski (évêque de Płock, mort à Soldau en 1941). En revanche, Mgr Michał Kozal (évêque auxiliaire de Włocławek, mort à Dachau en 1943) n'appartient pas à ce groupe : il avait été béatifié séparément dès le 14 juin 1987. Les onze religieuses nazaréthines de Nowogródek, mentionnées plus haut, ne font pas non plus partie de ce groupe des 108 : elles ont été béatifiées séparément en 2000.[83]
Quelques chiffres : combien de Juifs sauvés par l'Église ?
L'estimation Lapide (1967) : entre 700 000 et 860 000
L'historien juif Pinchas Lapide, diplomate israélien à Milan dans les années 1950, a publié en 1967 le livre de référence Three Popes and the Jews. Sur la base d'enquêtes auprès des survivants, des archives diocésaines italiennes et des registres conservés dans plusieurs couvents européens, il propose une estimation qui fera longtemps autorité :
« L'Église catholique, sous le pontificat de Pie XII, a été le moyen pour sauver au moins 700 000, mais probablement aussi 860 000 vies juives, d'une mort certaine aux mains des nazis. » — Pinchas Lapide, Three Popes and the Jews, Hawthorn Books, New York, 1967, p. 215[84]
Lapide arrivait à ce chiffre en sommant les sauvetages connus de Rome (4 500), de Hongrie via les nonces (170 000), de Slovaquie (entre 30 000 et 50 000), de Roumanie (≈ 200 000 grâce aux interventions du nonce Cassulo et du Vatican), de Bulgarie (≈ 48 000), des Pays-Bas, de Belgique, de France et d'Espagne.
Les estimations contemporaines : des chiffres débattus, sans consensus
Les historiens contemporains ont critiqué les chiffres de Lapide comme excessifs, notamment en Hongrie et en Roumanie, où d'autres acteurs (gouvernement Antonescu finissant par bloquer les déportations, intervention diplomatique suédoise via Raoul Wallenberg, etc.) ont joué un rôle majeur. Michael Phayer, dans The Catholic Church and the Holocaust 1930-1965 (2000), conclut à un chiffre « nettement inférieur » à celui de Lapide, mais sans donner d'estimation précise.[85] Susan Zuccotti, dans Under His Very Windows (2000), conteste plusieurs des cas attribués directement à Pie XII mais reconnaît l'ampleur du sauvetage par les institutions religieuses italiennes.[86]
Aucun décompte global ne fait consensus : les estimations dépendent du périmètre retenu (sauvetages directement organisés par des religieux, interventions diplomatiques du Saint-Siège, actions partagées avec d'autres acteurs — suédois, internationaux, ou autorités locales ayant bloqué des déportations) et de la part attribuée à chacun. Certaines synthèses avancent un ordre de grandeur de 200 000 à 400 000 Juifs sauvés avec le concours direct de religieux, religieuses et institutions catholiques — fourchette indicative et débattue, qui ne repose sur aucune méthode commune et ne prouve aucune proportion confessionnelle, Yad Vashem ne publiant aucun décompte par religion.[87]
Les Justes parmi les Nations catholiques
L'institut Yad Vashem, fondé en 1953, décerne depuis 1963 — date de mise en place du programme de reconnaissance — le titre de Juste parmi les Nations aux non-Juifs qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Shoah : il faut distinguer la fondation de l'institut et celle du programme. Au 1ᵉʳ janvier 2024 — dernière vérification le 4 octobre 2026 —, le nombre total de Justes parmi les Nations s'élevait à 28 707 personnes issues de 51 pays.[88] Beaucoup d'entre eux sont catholiques pratiquants, religieux ou clercs, mais Yad Vashem ne publiant aucun décompte par religion, ces chiffres nationaux ne prouvent aucune proportion confessionnelle.
Le tableau ci-dessous distingue les titulaires vérifiés de la distinction des figures de la résistance catholique dont la reconnaissance comme Juste n'est pas établie — la sainteté ou l'action d'une personne ne prouvant pas le titre. Les noms sans dossier individuel fourni ont été retirés ou reclassés.
| Pays | Justes (2024) | Catholiques engagés — statut |
|---|---|---|
| Pologne | 7 318 | Sœur Matylda Getter (Juste) ; figures de résistance sans titre établi |
| Pays-Bas | 6 137 | Titus Brandsma (figure de résistance, titre non attribué) |
| France | 4 303 | Mgr Saliège (Juste, 1969), Mgr Théas (Juste, 1969), Père Chaillet (Juste, 1981), Père Marie-Benoît (Juste, 1966) |
| Belgique | 1 819 | P. Joseph André (Juste) ; Card. Van Roey (figure de résistance, titre non établi) |
| Lituanie | 924 | Figures de résistance, titres non établis |
| Hongrie | 887 | Nonce Angelo Rotta (Juste), Sœur Sára Salkaházi (Juste) ; Mgr Mindszenty (figure de résistance, titre non attribué) |
| Italie | 810 | Card. Boetto (Juste, 2016), P. Marie-Benoît (Juste, 1966), P. Rufino Niccacci (Juste) ; Card. Schuster (figure de résistance, titre non attribué) |
| Allemagne | 666 | Bernhard Lichtenberg (Juste, 2004) ; Mgr von Galen, P. Alfred Delp SJ (figures de résistance, titres non attribués) |
Du silence à Nostra Aetate : la longue marche mémorielle (1945-1965)
Jules Isaac et la rencontre de Seelisberg (1947)
Survivant et historien français, Jules Isaac (1877-1963) — dont l'épouse Laure et la fille Juliette, déportées par le convoi n° 61 du 28 octobre 1943, périrent à Auschwitz-Birkenau, tandis que son gendre Robert Boudeville mourut à Bergen-Belsen le 4 juin 1944[89] — publie en 1948 Jésus et Israël, qui retrace le développement de l'enseignement chrétien du mépris depuis les Pères de l'Église. Dès 1947, Isaac participe à la conférence de Seelisberg (Suisse) qui rassemble des chrétiens et des Juifs autour des Dix Points — dix recommandations pour la prédication chrétienne, dont la première stipule : « Se souvenir que c'est un même Dieu vivant qui parle à tous les chrétiens et à tous les Juifs, par l'Ancien et le Nouveau Testament ».[90]
« Si la Shoah n'avait pas été préparée par dix-neuf siècles d'enseignement du mépris, elle n'aurait pas été possible dans la chrétienté. » — Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, Calmann-Lévy, 1956, p. 17[91]
Isaac rencontre Pie XII le 16 octobre 1949, puis Jean XXIII le 13 juin 1960. Au cours de cette seconde audience, il dépose un dossier qui sera l'embryon textuel du futur paragraphe 4 de Nostra Aetate.[92] Sans Isaac, le concile Vatican II n'aurait probablement pas inclus de chapitre spécifique sur le judaïsme.
Nostra Aetate §4 (28 octobre 1965)
Le concile Vatican II, sous l'impulsion personnelle de Jean XXIII puis de Paul VI, promulgue le 28 octobre 1965 la déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes. Le §4 est consacré aux Juifs :
« Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S'il est vrai que l'Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la Parole de Dieu, de n'enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l'Évangile et à l'esprit du Christ. En outre, l'Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu'ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu'elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l'Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d'antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. » — Concile Vatican II, Nostra Aetate, §4, 28 octobre 1965 (texte officiel, rétabli sans coupure ni substitution de déterminant)[93]
Ce texte rejette la présentation des Juifs comme peuple réprouvé ou maudit — sans nier que l'Église soit le nouveau Peuple de Dieu, ce que le texte affirme lui-même —, et rompt avec toute légitimation chrétienne de l'antisémitisme. Il sera complété par le document de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme Notes pour une correcte présentation des Juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l'Église catholique (24 juin 1985), et par Nous nous souvenons (16 mars 1998).
Les gestes mémoriels : Jean-Paul II, Benoît XVI, François
Le 13 avril 1986, saint Jean-Paul II se rend à la Grande Synagogue de Rome — premier pape de l'histoire à franchir le seuil d'une synagogue depuis saint Pierre. Il y prononce, en présence du grand rabbin Elio Toaff, une phrase qui restera : « Vous êtes nos frères préférés et, d'une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés. »[94]
Le 26 mars 2000, lors du jubilé, Jean-Paul II glisse dans une fente du Mur des Lamentations à Jérusalem une prière de pardon de sa propre main :
« Dieu de nos pères, Tu as choisi Abraham et sa descendance pour porter Ton Nom aux nations : nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, dans le cours de l'histoire, ont fait souffrir ces fils tiens et, Te demandant pardon, nous désirons nous engager à une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance. » — Jean-Paul II, prière déposée au Mur des Lamentations, 26 mars 2000[95]
Le 28 mai 2006, Benoît XVI se rend à Auschwitz-Birkenau. Il y prononce un discours d'une intensité rare, en sa qualité de pape et d'Allemand : « Prendre la parole dans ce lieu d'horreur, d'accumulation de crimes contre Dieu et contre l'homme, lieu qui est sans égal au cours de l'histoire, est presque impossible — et particulièrement difficile et opprimant pour un chrétien, pour un Pape qui vient d'Allemagne. »[96] Il ajoute que, dans un tel lieu, « les paroles manquent » et qu'« il ne peut y avoir qu'un silence effrayé » — silence qui devient ensuite, dit-il, demande de pardon et cri vers Dieu pour que jamais plus une telle horreur ne soit permise.
Le 17 janvier 2016, le pape François visite à son tour la Grande Synagogue de Rome, et le 29 juillet 2016, il se rend à Auschwitz-Birkenau, où il choisit de prier en silence au lieu de prononcer un discours.[97]
Conclusion : un dossier complexe, une dette assumée
L'Église catholique sort du dossier Shoah avec une histoire mixte qu'elle ne cherche plus à embellir : des silences pesants — celui de la majorité de l'épiscopat français de Vichy, celui de certaines hiérarchies dans les pays occupés — coexistent avec des paroles fortes (Saliège, Théas, Lichtenberg, Galen) et des actions massives (couvents romains, DELASEM, Père Marie-Benoît, Mgr Roncalli, réseaux polonais et belges). Le bilan chiffré varie selon les auteurs et les périmètres — de quelques centaines de milliers (estimations basses et débattues) aux 700 000-860 000 avancés par Pinchas Lapide —, et l'affirmation selon laquelle l'action catholique dépassa celle de toutes les autres institutions de secours réunies est celle de Lapide : elle lui reste attribuée et ne devient pas ici un constat universel de l'article.[98]
Mais l'Église ne s'en prévaut pas comme d'une excuse. Le document Nous nous souvenons (1998) tient cette double vérité : la Shoah fut l'œuvre d'un régime néo-païen moderne dont l'antisémitisme avait ses racines hors du christianisme, mais les préjugés antijuifs présents chez certains chrétiens ont pu les rendre moins sensibles à la persécution.[99] Cette double vérité — distance doctrinale forte entre le christianisme et le nazisme, complicité passive partielle de chrétiens compromis — est la seule lecture qui rende justice aux faits.
Le martyrologe des persécutions nazies est, pour le catholicisme, l'un des chapitres les plus denses du XXᵉ siècle : Edith Stein, Maximilien Kolbe, Titus Brandsma, Bernhard Lichtenberg, Jakob Gapp, les 108 martyrs polonais, les onze religieuses nazaréthines de Nowogródek, les ecclésiastiques morts à Dachau. Mais tous ne relèvent pas au même titre de la mémoire de la Shoah : seule Edith Stein fut assassinée comme juive, à Auschwitz, en raison de son origine ; les autres furent victimes de la persécution nazie des catholiques — presse résistante, prédication antinazie, charité envers les détenus, clergé pris en otage — et leur mémoire appartient au martyrologe des persécutions nazies, distinct de la mémoire propre de l'extermination des Juifs. Cette distinction protège à la fois l'histoire des saints et celle de la Shoah. Au cœur d'Auschwitz, où le mal industriel atteignait son comble, l'Église a aussi témoigné par des saints. Cela ne console pas la souffrance juive — rien ne le peut — mais cela inscrit, dans la chair même du peuple chrétien, la condamnation absolue de l'idolâtrie raciste.
Reste l'exigence que le document Nous nous souvenons formule lui-même : faire de ce lourd fardeau de conscience un appel à la pénitence et à une fraternité renouvelée entre Juifs et chrétiens.[100]
Pour aller plus loin
- L'antijudaïsme des chrétiens et le silence de Pie XII — dossier dédié à la controverse Pie XII, archives 2020, témoignages juifs contemporains.
- L'Église face aux totalitarismes (1917-1989) — Mit Brennender Sorge, Divini Redemptoris, martyrs du communisme et du nazisme.
- Que dit l'Église sur le judaïsme ? — théologie catholique contemporaine du peuple d'Israël après Nostra Aetate.
- Les guerres de religion — responsabilité chrétienne et violence politique en Europe.
- Hors de l'Église point de salut ? — refus du mépris religieux et théologie du salut des non-chrétiens.
Notes et références
Pinchas Lapide, Three Popes and the Jews, Hawthorn Books, New York, 1967, pp. 214-215 : « The final number of Jewish lives in whose rescue the Catholic Church had been instrumental is thus at least 700,000 souls, but in all probability is much closer to the maximum of 860,000... These figures, small as they are in comparison with our six million martyrs whose fate is beyond consolation, exceed by far those saved by all other churches, religious institutions and rescue organizations combined. »
1 84 98Yad Vashem, « Names of Righteous Among the Nations — per Country and Ethnic Origin, as of January 1, 2024 », https://www.yadvashem.org/righteous/statistics.html (consultée le 3 octobre 2026) ; total 28 707. Classement par pays et origine ethnique, sans décompte par religion. Total corroboré à date par l'USHMM Holocaust Encyclopedia (« As of January 1, 2024, Yad Vashem had awarded the title of Righteous Among the Nations to 28,707 individuals from 51 countries », consultée le 4 octobre 2026). Chiffre valable au 1er janvier 2024 uniquement, dernière vérification le 4 octobre 2026 : le total postérieur, avec les reconnaissances ultérieures, n'a pas été consulté et n'est pas présenté ici comme actuel.
2 88Norman C. Tobias, Jewish Conscience of the Church : Jules Isaac and the Second Vatican Council : « Laure Isaac and Juliette (Isaac) Boudeville were murdered at Auschwitz immediately upon their arrival on 29/30 October 1943. Robert Boudeville, Juliette's husband, perished at Bergen-Belsen on 4 June 1944 » ; convoi n° 61, Drancy → Auschwitz, 28 octobre 1943 (1 000 déportés). État civil rappelé dans l'article « Jules Isaac » de Wikipédia : Laure Ettinghausen, née en 1878 à Paris, morte à Auschwitz-Birkenau fin 1943 ; Juliette, née en 1903 à Sens, morte à Auschwitz-Birkenau le 2 novembre 1943.
3 89Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme : essai historique, Calmann-Lévy, Paris, 1956, p. 17 et passim. Voir aussi Jésus et Israël, Albin Michel, Paris, 1948 (rééd. 1959) ; et L'Enseignement du mépris : vérité historique et mythes théologiques, Fasquelle, Paris, 1962 — ouvrage dont le titre a fixé le nom du concept.
4 91Commission pontificale pour les relations religieuses avec le judaïsme, Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, §IV, 16 mars 1998 ; texte officiel anglais reproduit sur jcrelations.net (https://www.jcrelations.net/article/we-remember-a-reflection-on-the-shoah.pdf, lien vérifié le 4 octobre 2026) ; l'ancien chemin vatican.va ne répond plus depuis la migration du site (404 constaté le 4 octobre 2026). Texte original du passage : « Those who did help to save Jewish lives as much as was in their power, even to the point of placing their own lives in danger, must not be forgotten... For Christians, this heavy burden of conscience of their brothers and sisters during the Second World War must be a call to penitence. » ; et : « The Shoah was the work of a thoroughly modern neo-pagan regime. Its anti-Semitism had its roots outside of Christianity... Did anti-Jewish sentiment among Christians make them less sensitive, or even indifferent, to the persecutions launched against the Jews by National Socialism when it reached power ? »
5 6 99 100Saint Jean-Paul II, homélie de canonisation d'Edith Stein, place Saint-Pierre, 11 octobre 1998 ; L'Osservatore Romano, 14 octobre 1998. Sur la biographie, voir Waltraud Herbstrith OCD, Edith Stein: A Biography, Ignatius Press, San Francisco, 1992 ; et Maria Amata Neyer OCD, Edith Stein : ihr Leben in Dokumenten und Bildern, Echter, Würzburg, 1987.
7Édouard Drumont, La France juive : essai d'histoire contemporaine, 2 vol., Marpon & Flammarion, Paris, 1886 ; sur la diffusion, voir Pierre Birnbaum, Le Moment antisémite : un tour de la France en 1898, Fayard, Paris, 1998 ; Michel Winock, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Seuil, Paris, 1990 (rééd. 2014).
8Décret de la Congrégation de l'Index du 29 janvier 1914 condamnant sept ouvrages de Charles Maurras (Le Chemin de Paradis, Anthinéa, Les Amants de Venise, Trois Idées politiques, L'Avenir de l'intelligence, La Politique religieuse, Si le coup de force est possible), publié le 20 décembre 1926 ; décret du Saint-Office daté du 29 décembre 1926 confirmant cette condamnation et l'étendant au quotidien L'Action française ; Acta Apostolicae Sedis 19 (1927), p. 36-38. Journal formellement inscrit à l'Index le 9 janvier 1927 — premier journal frappé — puis interdiction des sacrements aux fidèles du mouvement le 8 mars 1927. Voir aussi Yves Chiron, Pie XI : un pape contre le nazisme et le communisme, Perrin, Paris, 2004, ch. 9.
9Levée de la condamnation par Pie XII en 1939 (décret du Saint-Office publié en juillet 1939), après la soumission déclarée de la direction du mouvement ; voir Eugen Weber, L'Action française, Stock, Paris, 1962 (trad. de l'éd. américaine 1962).
10Saint-Office, décret du 25 mars 1928 (dissolution de l'association Amici Israel), Acta Apostolicae Sedis 20 (1928), p. 103-104 ; latin : « Qua caritate permota Apostolica Sedes eumdem populum contra iniustas vexationes protexit, et quemadmodum omnes invidias ac simultates inter populos reprobat, ita vel maxime damnat odium adversus populum olim a Deo electum, odium nempe illud, quod vulgo "antisemitismi" nomine nunc significari solet » (collationné mot à mot sur l'AAS, 4 octobre 2026) ; la paraphrase française du corps est une traduction de travail Ignispedia d'après ce latin (« Siège Apostolique » pour Apostolica Sedes, « condamne au plus haut point » pour vel maxime damnat). Commentaire dans René Laurentin, L'Église et les Juifs à Vatican II, Casterman, Paris, 1967, p. 73-75 ; voir aussi Hubert Wolf, Papst und Teufel: Die Archive des Vatikan und das Dritte Reich, C.H. Beck, Munich, 2008.
11Pie XI, encyclique Mit Brennender Sorge, 14 mars 1937, distribution clandestine à travers le Reich documentée dans Heinz Hürten, Deutsche Katholiken 1918-1945, Schöningh, Paderborn, 1992, pp. 441-450 ; voir aussi Bernardin Schellenberger, Pius XII : die Geheimakten, Verlag Neue Stadt, Munich, 2008.
12Pie XI, Mit Brennender Sorge, §8, 14 mars 1937, texte officiel allemand et traductions officielles disponibles sur vatican.va.
13Heinz Hürten, Deutsche Katholiken 1918-1945, Schöningh, Paderborn, 1992, pp. 441-455 ; voir aussi Guenter Lewy, The Catholic Church and Nazi Germany, McGraw-Hill, New York, 1964 (rééd. Da Capo, 2000), ch. 6.
14Pie XI, allocution aux pèlerins de la Radio Catholique Belge dirigés par le directeur Lecocq, 6 septembre 1938 ; texte rapporté dans La Documentation Catholique, 39 (1938), col. 1459-1460, et dans La Croix du 17 septembre 1938. Voir aussi José M. Sánchez, Pius XII and the Holocaust : Understanding the Controversy, Catholic University of America Press, Washington, 2002, pp. 32-33.
15Texte rapporté dans La Documentation Catholique, 39 (1938), col. 1459-1460, et dans La Croix du 17 septembre 1938. La reprise alléguée dans L'Osservatore Romano du 14 septembre 1938 et l'ampleur exacte de la diffusion dans la presse catholique anglo-saxonne restent à établir (numéros et pages à retrouver) ; voir aussi José M. Sánchez, Pius XII and the Holocaust : Understanding the Controversy, Catholic University of America Press, Washington, 2002, pp. 32-33.
16John LaFarge SJ, Gustav Gundlach SJ et Gustave Desbuquois SJ, Humani Generis Unitas, texte préparé pour Pie XI entre juin 1938 et janvier 1939, non promulgué. Texte intégral édité par Georges Passelecq et Bernard Suchecky, L'Encyclique cachée de Pie XI : une occasion manquée de l'Église face à l'antisémitisme, La Découverte, Paris, 1995. Voir aussi David I. Kertzer, The Pope and Mussolini : The Secret History of Pius XI and the Rise of Fascism in Europe, Random House, New York, 2014, ch. 26.
17Pierre Blet SJ, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d'après les archives du Vatican, Perrin, Paris, 1997, pp. 35-42 ; voir aussi Robert A. Ventresca, Soldier of Christ : The Life of Pope Pius XII, Belknap Press / Harvard, 2013, ch. 5. Les motifs précis prêtés à Pie XII pour ne pas promulguer le projet demeurent ouverts : les titres généraux d'ouvrages et les conditionnels ne remplacent pas les pages ou documents nécessaires.
18Georges Passelecq et Bernard Suchecky, L'Encyclique cachée de Pie XI : une occasion manquée de l'Église face à l'antisémitisme, La Découverte, Paris, 1995.
19Pie XII, message radiophonique de Noël Con sempre nuova freschezza, §29, 24 décembre 1942 ; texte officiel sur vatican.va, trad. fr. Documentation catholique, 10 janv. 1943, col. 33-52.
20Conférence épiscopale des Pays-Bas, lettre pastorale lue en chaire le dimanche 26 juillet 1942 ; texte dans Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, vol. 8, Libreria Editrice Vaticana, 1974, doc. n° 496 ; sur les représailles SS, voir Pierre Blet SJ, op. cit., pp. 207-211 ; et J. M. Snoek, The Grey Book : A Collection of Protests against Anti-semitism and the Persecution of Jews issued by Non-Roman Catholic Churches and Church Leaders during Hitler's Rule, Van Gorcum, Assen, 1969.
21 23Les deux références précédemment invoquées ici ont été retirées : l'article attribué à M. Feldkamp dans la Rivista di Storia della Chiesa in Italia 75/1, 2021, pp. 181-210, ne correspond pas au sommaire ni aux paginations de l'éditeur (ces pages appartiennent aux articles de Rossella Cancila et Patrizia Sonia De Corso), et l'ouvrage Golda Meirs Dank und Pius XII. Verteidigung (Kleinhempel, Munich, 2020) n'a pas été identifié. Le décompte de 477 Juifs à Castel Gandolfo reste donc sans preuve valide : lieu et source exacts à retrouver avant toute conservation de ce chiffre. Les décomptes disponibles sur le domaine pontifical portent sur l'ensemble des réfugiés, toutes catégories confondues, et ne vérifient aucun nombre de réfugiés juifs.
22 63Mgr Clemens August von Galen, sermons des 13 juillet, 20 juillet et 3 août 1941 : ceux des 13 juillet et 3 août en l'église Saint-Lambert de Münster, celui du 20 juillet en la Liebfrauen-Überwasserkirche ; édition critique des textes allemands à collationner (voir les travaux réunis dans Joachim Kuropka (éd.), Clemens August Graf von Galen : Neue Forschungen zum Leben und Wirken des Bischofs von Münster, Aschendorff, Münster, 1992).
24 44Erik Peter Heuser, Bernhard Lichtenberg : Dompropst und Märtyrer, Bonifatius, Paderborn, 1996 ; voir aussi Bernhard Lichtenberg : Sein Leben und sein Sterben, dossier de béatification, Pia Society of St. Hedwig, Berlin, 1996.
25Mgr Jules-Géraud Saliège, lettre pastorale Et clamor Ierusalem ascendit, lue dans les paroisses de l'archidiocèse de Toulouse le dimanche 23 août 1942 ; texte intégral dans La Semaine Religieuse de Toulouse, 30 août 1942, et reproduit dans Renée Bédarida, Les Catholiques dans la guerre, 1939-1945 : entre Vichy et la Résistance, Hachette, Paris, 1998, p. 152. Passage cité collationné le 3 octobre 2026 avec deux reproductions intégrales concordantes (Yad Vashem France ; diocèse du Val-de-Marne) : ponctuation conforme, sans modification.
26 36Mgr Pierre-Marie Théas, lettre pastorale du 26 août 1942, lue dans les paroisses de l'évêché de Montauban le dimanche 30 août 1942 ; texte intégral dans La Semaine Religieuse de Montauban, septembre 1942, et dans Renée Bédarida, op. cit., p. 154-156.
27 39Cardinal Pierre Gerlier, lettre pastorale du 5 septembre 1942 et déclaration publique à Lyon le 6 septembre 1942 ; voir Renée Bédarida, Pierre Chaillet : témoin de la résistance spirituelle, Fayard, Paris, 1988, pp. 95-110.
28Mgr Jean Delay, lettre pastorale du 6 septembre 1942 sur les déportations de Juifs étrangers ; texte dans La Semaine Religieuse de Marseille, 13 septembre 1942.
29Lieve Saerens, Étrangers dans la cité : Anvers et ses Juifs (1880-1944), Labor & Fides, 2005 ; et Vreemdelingen in een wereldstad : een geschiedenis van Antwerpen en zijn joodse bevolking, 1880-1944, Lannoo, Tielt, 2000.
30Cardinal József Mindszenty, Memoirs, Macmillan, New York, 1974 : la table de l'ouvrage désigne un mémorandum adressé à Szálasi et daté du 31 octobre 1944 — et non un mémorandum à Horthy dénonçant les déportations. Destinataire, date et objet de documents différents ne doivent pas être fusionnés ; le contenu intégral du mémorandum reste à contrôler. Sur le contexte hongrois, voir Randolph L. Braham, The Politics of Genocide : The Holocaust in Hungary, Columbia University Press, 1981 (rééd. Wayne State, 2000).
31 58Sandro Antonini, Delasem : storia della più grande organizzazione ebraica italiana di soccorso durante la Seconda Guerra Mondiale, De Ferrari, Gênes, 2000 ; sur Boetto, voir Don Francesco Repetto, Cinque diari : settembre 1943 — aprile 1945, dactylographié, archives diocésaines de Gênes.
32 64Stella Alexander, The Triple Myth : A Life of Archbishop Alojzije Stepinac, East European Monographs, Boulder, 1987 ; voir aussi Esther Gitman, When Courage Prevailed : The Rescue and Survival of Jews in the Independent State of Croatia 1941-1945, Paragon House, St. Paul, 2011.
33Jonathan Huener, The Polish Catholic Church under German Occupation : The Reichsgau Wartheland, 1939-1945, Indiana University Press, Bloomington, 2021 ; sur le martyrologe, Wiktor Jacewicz et Jan Woś, Martyrologium polskiego duchowieństwa rzymskokatolickiego pod okupacją hitlerowską, 1939-1945, 5 vol., ATK, Varsovie, 1977-1981.
34Mgr Giuseppe Burzio, nonce apostolique à Bratislava, intervention auprès du gouvernement Tiso en mars-avril 1942 ; documents dans Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, vol. 8, doc. nos 153-198 ; voir aussi Livia Rothkirchen, The Destruction of Slovak Jewry, Yad Vashem, Jérusalem, 1961.
35Renée Bédarida, Les Catholiques dans la guerre, 1939-1945, Hachette, Paris, 1998, ch. 9 ; voir aussi Jean-Louis Clément, Les Évêques au temps de Vichy, Beauchesne, Paris, 1999.
37Yad Vashem, dossier Saliège, Jules-Géraud (n° 510), reconnu Juste parmi les Nations le 8 juillet 1969 ; fiche en ligne : https://collections.yadvashem.org/en/righteous/4042942 (« On July 8, 1969, Yad Vashem recognized Archbishop Jules Géraud Saliège as Righteous Among the Nations », consultée le 3 octobre 2026).
38Yad Vashem, dossier Théas, Pierre-Marie (n° 558), reconnu Juste parmi les Nations en 1969.
40Heuser, Bernhard Lichtenberg, op. cit., pp. 78-92 ; sur la formule exacte de la prière, voir Jean Madiran, Histoire d'un mensonge : le « silence » de Pie XII, Renaissance Catholique, Paris, 2007, pp. 134-136.
41Saint Jean-Paul II, homélie de béatification de Bernhard Lichtenberg et Karl Leisner, stade olympique de Berlin, 23 juin 1996 ; L'Osservatore Romano, édition française, 2 juillet 1996.
42Yad Vashem, dossier Lichtenberg, Bernhard (n° 10 161), reconnu Juste parmi les Nations le 7 juillet 2004.
43Joachim Kuropka (éd.), Clemens August Graf von Galen : Neue Forschungen zum Leben und Wirken des Bischofs von Münster, Aschendorff, Münster, 1992 ; sur les largages alliés, voir Beth Griech-Polelle, Bishop von Galen : German Catholicism and National Socialism, Yale University Press, New Haven, 2002.
45Joseph Goebbels, Tagebücher 1924-1945, éd. Ralf Georg Reuth, Piper, Munich, 1992, entrée du 14 août 1941.
46Béatification de Clemens August von Galen le 9 octobre 2005, célébrée dans la basilique Saint-Pierre (et non place Saint-Pierre) ; l'homélie fut prononcée par le cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, et non par Benoît XVI ; voir L'Osservatore Romano, 13 octobre 2005.
47Mgr Aloysius Stepinac, sermon à la cathédrale de Zagreb, 31 octobre 1943 ; texte rapporté dans Stella Alexander, The Triple Myth, op. cit., pp. 76-79, et dans Mgr Aleksa Benigar, Alojzije Stepinac : croatian Cardinal, Ziral, Rome, 1974.
48Stella Alexander, The Triple Myth, op. cit., ch. 7 ; voir aussi le rapport historique de la commission croato-serbe instituée par les saintes congrégations en 2016.
49Saint Jean-Paul II, homélie de béatification d'Aloysius Stepinac, sanctuaire de Marija Bistrica, 3 octobre 1998 ; L'Osservatore Romano, 7 octobre 1998.
50Commission mixte d'experts catholiques et orthodoxes sur la vie du cardinal Stepinac, juillet 2016 – juillet 2017 ; communiqué conjoint du 13 juillet 2017 (Salle de presse du Saint-Siège, bulletin n° 170713a, https://www.vatican.va/content/salastampa/en/bollettino/pubblico/2017/07/13/170713a.pdf) : les interprétations respectives « demeurent divergentes », la canonisation relevant de « la compétence exclusive du pape ». Aucune canonisation intervenue depuis (vérifié le 4 octobre 2026).
51Andrea Tornielli, Giovanni XXIII : un cristiano e il suo concilio, Mondadori, Milan, 2002. (La référence à l'article de Marie-Pierre Subtil, « Roncalli et les Juifs (1934-1944) », Histoire @ Politique 24, 2014, pp. 99-117, a été retirée : cet article n'a pas été retrouvé et son contenu ne peut donc être invoqué comme lu ou probant.)
52Pinchas Lapide, Three Popes and the Jews, Hawthorn Books, New York, 1967, pp. 162-167 ; voir aussi Peter Hebblethwaite, John XXIII : Pope of the Council, Geoffrey Chapman, Londres, 1984, ch. 8. Estimation contestée : la méthode et les décomptes de Lapide sont jugés très surévalués par l'historiographie récente (M. Phayer, The Catholic Church and the Holocaust, 2000 ; S. Zuccotti, Under His Very Windows, 2000, qui qualifie l'ouvrage de Lapide de « consistently erroneous »). Aucun autre décompte chiffré n'est repris ici : le nombre exact de Juifs sauvés par l'intermédiaire de Roncalli reste à établir documentairement.
53Mgr Loris Capovilla, Giovanni XXIII : quindici letture, Edizioni di Storia e Letteratura, Rome, 1970 ; voir aussi Lettere ai famigliari, vol. II, p. 245.
54Susan Zuccotti, Père Marie-Benoît and Jewish Rescue : How a French Priest Together with Jewish Friends Saved Thousands during the Holocaust, Indiana University Press, Bloomington, 2013 ; et Père Marie-Benoît : pour les Juifs persécutés, Cerf, Paris, 2007. Les lettres de protection que Pie XII aurait personnellement signées pour ce réseau demeurent à établir documentairement (documents précis à fournir).
55Susan Zuccotti, Père Marie-Benoît, op. cit., pp. 230-232 ; les estimations varient entre 3 000 et 4 500 selon les sources documentaires.
56Yad Vashem, dossier Marie-Benoît, Père (Péteul, Pierre) (n° 201 de la liste officielle, et non 1 173), reconnu Juste parmi les Nations en 1966 (jour et mois de la reconnaissance non vérifiés) ; voir aussi l'hommage de la communauté juive de Rome dans Shalom, journal mensuel de la communauté juive de Rome, février 1990.
57Pie XII, télégramme au régent Miklós Horthy, 25 juin 1944 ; texte dans Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, vol. 10, doc. n° 247.
59Randolph L. Braham, The Politics of Genocide, op. cit., chs. 20-22 ; sur l'intervention combinée pape-roi de Suède-CICR-BBC, voir aussi István Deák, Essays on Hitler's Europe, University of Nebraska Press, 2001.
60Pinchas Lapide, Three Popes and the Jews, op. cit., pp. 130-145.
61Susan Zuccotti, Under His Very Windows : The Vatican and the Holocaust in Italy, Yale University Press, New Haven, 2000, ch. 11.
62Yad Vashem : le cardinal Pietro Boetto, archevêque de Gênes, reconnu Juste parmi les Nations en 2016 (dossier n° 4043746, fiche « Boetto Pietro », collections.yadvashem.org, consultée le 4 octobre 2026) ; Don Francesco Repetto, son secrétaire et coordinateur opérationnel du réseau clandestin, reconnu Juste parmi les Nations le 29 avril 1976 (numéro de dossier Yad Vashem restant à préciser).
65Renée Bédarida, Pierre Chaillet : témoin de la résistance spirituelle, Fayard, Paris, 1988 ; et Sylvie Bernay, L'Église de France face à la persécution des Juifs, 1940-1944, CNRS Éditions, Paris, 2012.
66Yad Vashem, dossier Chaillet, Pierre (n° 1 967), reconnu Juste parmi les Nations en 1981.
67Le cahier « France, prends garde de perdre ton âme » (novembre 1941) est l'œuvre de Gaston Fessard SJ ; Pierre Chaillet en fut l'éditeur clandestin, avec la collaboration notamment d'Henri de Lubac dans la résistance spirituelle — rôles à ne pas confondre avec la paternité du cahier. Sur les Cahiers, voir Henri de Lubac SJ, Résistance chrétienne au nazisme, Cerf, Paris, 2006 (rééd. d'écrits de 1941-1944), pp. 67-138. (Référence exacte du cahier Antisémites à collationner.)
68Ewa Kurek, Your Life Is Worth Mine : How Polish Nuns Saved Hundreds of Jewish Children in German-Occupied Poland, 1939-1945, Hippocrene Books, New York, 1997 (éd. orig. polonaise Dzieci żydowskie w klasztorach, KUL, Lublin, 1992).
69Saint Jean-Paul II, homélie de béatification des onze sœurs nazaréthines de Nowogródek (la bienheureuse Maria Stella du Saint-Sacrement et ses dix compagnes), place Saint-Pierre, 5 mars 2000 ; L'Osservatore Romano, 8 mars 2000.
70 83Waltraud Herbstrith OCD, Edith Stein : A Biography, Ignatius Press, San Francisco, 1992, ch. 14-15 ; voir aussi Maria Amata Neyer OCD, Edith Stein : The Last Days, Carmelite Studies, 1998.
71Saint Jean-Paul II, motu proprio Spes aedificandi, 1ᵉʳ octobre 1999, proclamant Edith Stein, Brigitte de Suède et Catherine de Sienne co-patronnes de l'Europe.
72Maria Winowska, Le fou de Notre-Dame : le Père Maximilien Kolbe, franciscain, 1894-1941, Mame, Paris, 1949 (rééd. 1971) ; voir aussi Patricia Treece, A Man for Others : Maximilian Kolbe, the Saint of Auschwitz, in the Words of Those Who Knew Him, Harper & Row, New York, 1982.
73Patricia Treece, A Man for Others, op. cit., pp. 167-168, citant les témoignages directs de Bruno Borgowiec et de plusieurs codétenus survivants.
74Franciszek Gajowniczek, Auschwitz : The Life and Witness of Father Kolbe, Marian Press, Stockbridge, 1995 ; entretien avec L'Osservatore Romano du 12 octobre 1982.
75Constant Dölle, Titus Brandsma : a Modern Martyr, Carmelite Publications, Washington, 2002 ; et Joseph Rees, Titus Brandsma : Faith Stronger than Death, Sheed & Ward, Londres, 1971.
76Pape François, homélie de canonisation, place Saint-Pierre, 15 mai 2022 ; L'Osservatore Romano, 19 mai 2022.
77Manfred Plate, Jakob Gapp : Marianist, Martyr, Witness, Mariological Society of America, Dayton, 1996 ; voir aussi le procès de béatification, archives marianistes, Rome.
78Inventaire du tableau mémorial de Dachau : 2 720 ecclésiastiques internés toutes nationalités confondues (dont 1 780 Polonais) et 1 034 morts (dont 868 Polonais) — chiffres repris notamment par Johann Neuhäusler, lui-même interné à Dachau de 1941 à 1945 ; voir aussi Wiktor Jacewicz et Jan Woś, Martyrologium polskiego duchowieństwa rzymskokatolickiego pod okupacją hitlerowską, 1939-1945, op. cit., et Eugen Weiler, Die Geistlichen in Dachau : sowie in anderen Konzentrationslagern und in Gefängnissen, Buchdruckerei E. Kraus, Mödling, 1971.
79Conférence épiscopale polonaise, communiqué du 18 août 1999 sur la béatification des 108 martyrs ; chiffres cités d'après Jonathan Huener, The Polish Catholic Church under German Occupation, op. cit. — ordre de grandeur restant à documenter précisément.
80United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia, article « Polish Victims » : « It is estimated that the Germans killed between 1.8 and 1.9 million non-Jewish Polish civilians during World War II. In addition, the Germans murdered at least 3 million Jewish citizens of Poland » (consulté le 4 octobre 2026).
81Saint Jean-Paul II, homélie de béatification des 108 martyrs polonais, place de la Victoire, Varsovie, 13 juin 1999 ; L'Osservatore Romano, 16 juin 1999.
82Michael Phayer, The Catholic Church and the Holocaust 1930-1965, Indiana University Press, Bloomington, 2000.
85Susan Zuccotti, Under His Very Windows : The Vatican and the Holocaust in Italy, Yale University Press, New Haven, 2000.
86Sylvie Bernay, L'Église de France face à la persécution des Juifs, 1940-1944, CNRS Éditions, Paris, 2012, conclusion générale ; voir aussi José M. Sánchez, Pius XII and the Holocaust, op. cit., pp. 122-130.
87Conférence internationale d'urgence sur l'antisémitisme, Les Dix Points de Seelisberg, Seelisberg (Suisse), 5 août 1947 ; texte intégral dans Henri Cazelles et al., L'Église et le judaïsme, Cerf, Paris, 1975, pp. 251-253.
90Jules Isaac, L'Antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes ?, Fasquelle, Paris, 1960 ; voir aussi le récit de l'audience du 13 juin 1960 dans André Kaspi, Jules Isaac : historien et acteur du rapprochement judéo-chrétien, Plon, Paris, 2002, pp. 240-256.
92Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate, §4, 28 octobre 1965 ; texte officiel sur vatican.va.
93Saint Jean-Paul II, discours à la Grande Synagogue de Rome, 13 avril 1986 ; L'Osservatore Romano, 16 avril 1986.
94Saint Jean-Paul II, prière déposée au Mur des Lamentations, Jérusalem, 26 mars 2000 ; texte intégral dans L'Osservatore Romano, édition française, 4 avril 2000, p. 1.
95Benoît XVI, discours au camp d'Auschwitz-Birkenau, 28 mai 2006 ; L'Osservatore Romano, 2 juin 2006.
96Pape François, visite et prière silencieuse à Auschwitz-Birkenau, 29 juillet 2016 ; voir le commentaire du grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich, dans Avvenire, 30 juillet 2016.
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